‹ Œuvres de FroissartChapitre 20 sur 75 · DE VENTADOUR · texte numérisé non relu

DE VENTADOUR

1 ce * qu'Us poYoient , disoient : « Commeûciés ailleurs ,

• et pma vous retonrnerés par icy. n Les chevalliers respendirent : « Alain , vous y mettes trop longuement , car ff noQs voulons icy commenchier , et se vous ne vous « dâivrés « nous vous occirons icy de bonnes dagues. • Les deux qui ouir^nt ces paroles ^ doubtôrent la mort , car voirement on la fuit ce que Ten peult, et au voir dire il vaulsist mieulx et plus honnourable leur euist esté que oa les euist là oocis que déportés ; car depuis ' pour ^ ce fidt ils morurent de mort honteuse , sicomme vous orrés incontinent en Tistoire.

Ancoires en cest détri ^ s'advisa * Alain ^ Rous, et trouva ung antre art de pratique assés soubtil , se riens leur eust valu 9 et dist : « Messire GuiUemme et vous messire Jehan, « il est bien vérité que là dedens celle tour a jusques à

• trente hommes armés, et les y avons fait entrer à grant

• paine; car bien sçaviomj que jamais Us ne se fuissent incU- « nés, ne accordés à nostre traittié , et pour ce les avons- « nous enfermés par devers nous pour estre au dessus de eulx

• tant que vous eussiés la possession du fort, et les y lai-

• rons voulentiers se vous voulés. Ce seront vos ^.prison-

• niers , mais bailliés-nous les deniers tous ou en partie « ainsi que faire le devés, et nous en iaissiés aler. 9

Les chevalliers, quant ils ouirent ces * paroles ^®, se contentèrent assés, et puis se advisa messire GuiUemme le BoutaiUier et dist : « Comment qu U soit , avant que nous met-

• tons l'argent jus, ne plus hors des panniers , nous voulons « avoir la congnoissance de toutes les clefs de céans, et « nous monstres les lieux où eUes vont. » Alain vey bien qa*U ne povoit finer autrement : si les envoya quérir en

•-• Tant. — " Par. — • Faisant. — •* Pierre. — • Boni. — Ne«T«Uei.

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une chambre où elles eetoient. Quant elles forent apportées sur la place, on In^ demanda : • Or nous enseigniés conmient,

• ne où elles vont et quels lieux elles defferment. » Trop envis luy monstroit Alain les defii de la grosse tour ; car sa destruction y gésoit. Toutesfois ils les orent et deffermèrent la tour et trouvèrent tous les XXX compaignons très-bien armés qui dedens estoient quatis et * repus '. Alain fut tout esbahy , quant il yey que les chevalliers firançois se mirent en ordonnance devant luys de leurs gens et il oy les paroles que messire Guillemme le Bouteillier dist» qui furent telles : « Entre vous qui là dedens avés esté enclos et rqpus, yssiéi

• tout bellement et sans effiroy , se vous ne voulés estre

• tous mors. Nous vous prendrons à prisonniers, et n^avés t garde de mort, se vous nous voulés dire vérité. • Quant dis veirent les François et ils entendirent que on leur vouloit &ire telle grftce que pour estre prisonniers, si mirent jus ' toutes ^ leurs armures et s*en vindrent rendre à ceolx tout bellement ; car deffense ne leur valloit riens.

Or furent prins ces trente hommes et mis à part et examinés bien et loyaulment. Ils congnurent tout le tadt et la trahison en la présence de Alain Rous et Pierre Rous qui ne le povoient nyer. Si dirent adont à eulx les chevalliers de France : « Il nous desplaist grandement de ce que nous

• vous trouvons en celle defiaulte. Nous ne vous pugnirons

• pas, car la matière est trop grande. Nous en lairons oon- « venir monseigneur de Berry, et, se il veult avoir pitié de

• vous , nous le voulons bien. Espoir Ten aura-il pour le « grant plaisance que il aura de la prinse de ce chastel, car

• cestoit le chastel du monde que il ^ désiroit * le plus '^ à « ravoir. • Enooires fist celle parole à Alain Rous et Pierre Rous, qui se veoient attrapés, grant bien, pour la détrianoe

Mncés. — '« Léon battons et. — ^ Convoitoit. — * Yotelkn.

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On les mist ious deux en une chambre et bonnes gardes sur eols, et les autres aussi en tours et chambres bien fermées. Et puis fut le chastel visité hault et bas. Si y trouvèrent les François assés de pourvéances : toutes les y laissièrent sans riens vuidier , ne partir , fors que For et l'argent et les armures. Tous ce fdt mis à butin , et en ot chascun sa part, et les prisonniers demeurèrent aux chevalliers qui en feirent moult bonne garde.

En la fourme et manière que je vous recorde, fut le fort chastel de Mont-Ventadour reprins des François. En celle saison messire GuiUemme le Bouteillier y ordonna cappitaine pour le garder ung escuier de Lymosin , ^ vaillant homme et sage, qui s*appelloit Pierre Madich , et avec luy bien trente lances de bonnes gens et raenchonnèrent ceùlx qui à raenchonner faisoient, et aux plusieurs, grans et fors pillars, François renoiés, ils feirent trenchier les testes ou pendre à ung gibet que on fist devant le fort. Quant ils eurent ordonné du lieu , les chevalliers se départirent et advisèr^it que ils yroient devers le duc de Berry et luy menroient Alain Rous et Pierre Rous.

Nouvelles s*espandirent partout que le fort chastel de Mont-Ventadour estoit repris. Les pays d'Auvergne et de Lymosin et des marches voisines en furent grandement resjoys ; car les anemis du royaulme de France Tavoient tenu plus de XV ans et en ce terme fait * trop ' de dommages et de contraires au pays et moult de gens apovris.

Messire Guillemme le Bouteillier trouva dedens le fort de Ventadour une joeune escuier breton, moult bel enflant, que on nommoit le Monadich, et avoit esté cousin à Giefiroy Teste-Noire , et estoit là venu nouvellement pour aprendre les armes , et estoit yssu hors d'une abbaye de Bretaigne ,

* Moult — *^ Moolt de maulx et.

y^ SliGB PB VEMTADOUR.

c^ point ne youloit estr^ inûisne. L^ * compaignons * fran*^ çois le vouloient pendre ç>u déceler aveac les autres, mai» le chevdlier en ot pitié et luy saulva la vie parmy tant qa*il jura que il le serviroit jusques à sa voulenté et demourroit bon François, et il le fut.

Depuis ne s^oumérent-ils 1& point longuement , mais se mirent au retour pour venif* par devers le duc de Berry , et se défirent les bastides , et se départirent les gens d'armes ', et retourna chascun en ^n lieu ; mais les capitaines yindrent à Rion devers le d|ic de Bejrry et amenèrent en leur compaignie les prisonniers bretons qui estoient moult esbahis et prioient à mesaire Guillenime 1<q Bouteillier et & messire Jehan Bonne-Lifj>o^ que pou? Dieu et par pitié ils ne voulsissent pas le duc de Berry ii^urmer trop dur à rencontre d*eulx , et ils leur orent en convenant. Tant chevauchèrent qu*ils vindrent à Rion , et 1& trouvèrent le duc et la duchesse. Le duc recueilly ses gens à grant joye« car moult tepoit & bel et à grant le conquest du chastel de y^itadour, et leur donna des beaulx dons et des beaulx présens.

Les chevalliers demandèrent au duc quel chose il vouloit que on fesist de Alain Rous et Pierre Rous. Il respondy que il s'en conseilleroit , sicomme il flst , et trouva que il les envoieroit en France devers le roy. Dont fut mandé le séneschal d'Auvergne : il vint ; on luy délivra les deux Bretons dessus dis , et cils les emmena en France & Paris ,' et furent mis en prison ou chastel de Saint-Anthoine en la garde du visconte d'Ascy , qui gardien et chastelain du dit chastel estoit pour le temps. Ils n'y furent pas longuement, mais furent rendus et délivrés au prévost de Paris et amenés en Chastele^ et là jugiés à mort conimetraitours et robeours

*-* Cheralian. — ' Ltt ans àm a^ptrM.

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