PILLAGES EN AUVERGNE
OU royaulme 4le France. Si forent 4âlivré3 au bourel et mis et loyëe sur une charrette et amenés à la trompette jusques à une place que on dist aux Halles, et là mis ou pillory et tournés quatre tour# devant le pueple, et Ut furent leuts et publiés tous leurs fais , et puis furent décolés et esquartellés et envoyés les quartiers aux quatre souverwies portes de Paris. Ainsi finôrent leurs vies les deux frères bretons , Alain Rous et Pierre Rous , ^ en perdant honteusement devant tout le monde par leur avarice honneur et chevance '.
En celle saison et entretant qpe les triôves se tenoient en France et en Angleterre par mer et par terre , et que les deux roys et leurs subgets les vouloient bien tenir , réservé aucuns pillars qui se tenoient en Auvergne , ceulx , au title de marche , herrioient le pays et les povres gens degà la rivière de Dourdonne et delà ; mais les souveraiDs capitaines qui estoient rendus par traittié et composition, ne avooient pas leurs fourfais , mais s en dissimuloient grandement, et, quelque dissimulation qu*il y euist , pour le dommaige que le pays d*Auvergne en recepvoit , les plaintes en venoient à Paris, et ot conseil le roy de France d'envoier devers le roy d*Angleterre et luy .escripre et signifier tout Testât de ces pillars qui guerre faisoient ens es parties et pays enclos en la paix, soubs Fombre de leurs pactis , laquelle chose ne se devoit , ne povoit bonnement , ne loiaulment faire.
Entandis que ces choses se démenoient , et je crois bien que le roy d*Angleterre s'en excusa , car tenu estoit de ce faire et du pourvoir , les trois chevalliers dessus nommés dont nostre histoire fait mention , qui avoient emprins
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Bt perdirent les net honteoiement et le £:>rt eluiitel 4e Yentadoor.
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armes & ssûre en la marche de Calais près de Saint-Inghele» ▼erth , c'est-assaToir ^ Bouchicaolt le joeone , ' Regnaolt de Roye , et le sire de Saint-Py, s'ordonnèrent grandement pour accomplir leur désirier et payer leur promesse et le droit des armes ; car signifié ils lavoient nottoirement et publié et par espécial ens on royaolme d*Angleterre, dont là estoit grant nouvelle « et en estoient ou dit royanlme ' chevalliers et escoiers resveilliés très-grandement ; et avoient les plusieurs chevalliers et escuiers, joeunes ^ adventuriers ^ et qui armes à faire désiroient , ymaginations eues sur ce pour sçavoir quel chose ils en feroient. Les aucuns disoient entre euls que grant blasme leur seroit et à grant reprouche leur retoumeroit, ou cas que la place prise si près de Calais estoit , se ils ne passoient la mer et aloient veoir les chevalliers et &ire les armes. Et vous nommeray aucuns de çeulx qui le plus de parlement en tenoient : premièrement messire Jehan de Hollande , conte de Hostidonne, et en avoit grant désir ; aussi avoit messire Pie^ de Courtenay , mes- , ,8ire Pierre Traiton, messire Jehan Goulofire, messire Jehan Roussel, messire Thomas Scorbonne , messire Guillemme y Clifieton , messire Nicole Climeton, messire Guillemme >i Taillebourch, messire Godefrov de *Seta^« messire Guillemme ' Hasquenay *, messire Jehan ^^ Bolledas ", messire
Jehan d*Arondel , messire Jehan d*Aubrechicourt , messire Henry de Beaulmont et plusieurs autres chevalliers , plus de cent. Et disoient : « Pourvéons-nous pour aler par delà
• à Calais , car ces chevalliers de France n'ont mis, ne
• ordonné ce jeu en nostre pays, fors que pour nous avoir
• et veoir , et certes ils ont bien fait et sont bons compai-
• gnons. Si ne leur fimldrons point à ce besoing. • Ceste
• Mettire. — ■ Messire. — ■ D^Angleiarre. — *^ ATentareax. — •-' Seta. — •^ Basqnenaj. — *^* BolUm.
DE SAIIfT-nfOLEYBRT. 107
chose fîit si eslerée en Angleterre que ^ ceulx qui nul désir, ne Toulenté n*avoient de &ire armes, certefioient que ils y seroient pour Teoir ceulx qui armes feroient sur la place au jour et terme qui mis y estoit.
Or s'ordonnèrent chevalliers et escuiers, tous Tun par l'autre et pour la plaisance des autres, à venir à Calais, et les grans seigneurs qui tenir leur estât y vouloient, y envoioient devant fSedre leurs pourvéances , et firent passer leurs harnas de paix et de guerre et leurs chevaulx, et puis passèrent les seigneurs quant ils sentirent que les jours approuchoient que les joustes se dévoient faire. Messire Jehan de Hollande passa tout premièrement la mer , qui estoit frère du roy, et plus de soixante chevalliers et escuiers aveuc luy , et arrivèrent à Calais et là se logèrent.
A rentrée du joly mois de may furent tous pourveus les trois joeunes chevalliers de France dessus nommés, qui à Saint-Ingheleverth les armes fSetire dévoient , car à ce faire en France, en Angleterre et en Escoche signifié ils Favoient ; et vindrent premièrement à Boulongne-sus-Mer et là furent ne sçay quans jours , et puis se départirent et vindrent à Tabbaye de Saint-Ingheleverth. Eulx là venus , ils entendirent que grant foison de chevalliers et d*escuiers estoient yssu hors d'Angleterre et venus à Calais. De ce furent-ils tous resjouys, et pour approuchier la besongne et que les nouvelles en venissent entre les Anglois , ils envoièrent ordonnéement sur la place entre Calais et Saint-Ingheleverth tendre trois vermaulx pavillons moult beaulx et moult riches , et à Feutrée de chascun pavillon et par devant avoit deux targes qui là pendoient, armoyées des armes aux seigneurs, une targe de paix et l'autre de guerre ; et estoit ordonné que cils qui courir et &ire armes voul-
' Proprement.
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ua À Iim ^*em^« deroit tonchier on enroier faine tonca.er Tuue dd«. tftTgis oa toutes deux , se il hiy plaisoit , xii il aeroit raeiMÎUié et déUyré de joastes selon ce que il deuianJeroit. Bt pour approchier la beaongne et parler te aroiea » je vow diray comment il en adyiat.
Le ^ XX* * jottT de may , eicomme oertefié et pronondiié etiï^t « fiuent les trois chevalliers dessus nommés en leurs teoi^ toua appareilliés pour faire armes , et les chevaulx toU0^ preeta • ordonnés et ensellés , ainsi que la jouste le fiquiiroit Et yssirent ce jour de Calais tous cherallien et eiOliiers qui faire armes vouloient ou dévoient ou qui déâr et plaisance des armes veoir faire avoient. Et obevanokièrant tant qu*ils vindrent droit sur la place, et se trairent tous d*un lés. La place où jouster on devoit , estoit belle et ample et ounye , yerde et herbue.
Messire Jehan de Hollande envoia tout premièrement hurter par ung sien escuier à la targe de guerre de messire Bouchicault. Ce fiiit « messire Bouchicault yssi hors de son pavillon tout appareillié et monta & cheval et print targe et puis lance bonne et roide et bien achérée , et s'eslongèrent les deux chevalliers , et quant ils orent bien advisé Fun Fautre, ils ' espouronnôrent ^ de grant randon * et vindrent Tun sur Tantre sans eulx espargnier , et consieuvy Bouchicault en telle manière le conte de Hostidonne que il luy percha la targe , et luy coula le fer au dessoubs du bras et tout oultre sans point bleschier • et passèrent de ce coup et empainte les * chevalliers tout oultre et s*arrestèrent ordonnéement sur leur pas , et fut ceste jouste moult prisie. A la seconde jouste , ils se hurtèrent ung petit , mais nul mal ils ne se firent , et à la tierce lance les chevanlx refusèrent.
*'* Le XXI*. — *^ Férireot oheraalx des etperooi sans eulx espargnier. — * • Monlt fort. — • Deux.
DE SAUfT^mOLEYERT. i09
L6 (X)iit6 de Hostidopne qui voulentiers joustoit et qui estoifc eechauffé , revint sur son lés , attendait que messire Bouebicaulb represiat sa lance ; mais point ne la reprendoit €i BEiûnstroit Bouchicault contenance et ordonnance que ploa pour o& jour tant que au dit conte il n*en vouloit faire. Quant le conte de Hostidonne yey ce , il envoya hurter par ung sien escuier à Tescu de guerre du seigneur de Saint-Pj, eteellii)^ qui jamais n*emst refiusé, yssi tantost hors de son j^aviUon et monta à cheval et print sa targe et sa lance , et qjiant le oonte vey qu'il estdit prest et que il ne demandoit ^odlajouste, il esperonna le cheval de grant vouloir , et Saint-Pj autant bien le sien. Si avalèrent leurs lances et a^adreoôrent ï\m sur ràutre,.mais & rentrer ens les chevaulx croiflièrent) et toutesfois ils se consieuvirent, mais, par la oroisure qui lut prinse à meschief, le conte fut desheaulmé^ Si retourna vers ses gens et moult tost il se fist rebeanlmer et vepristâE liuace, et le sire de Saint-Py la sienne; et espe* TOBœAjmxt de p^^dnnes^ lances et se Périrent ens es targes dur étroit , et furent sur le point que de porter Tun Tautre à' tenre, mais ils ohanglèrent les chevaulx de leurs gambes et hÎBn se tindrent , et retournèrent chascun en son lieu et se raffireschirent ung petit et prindrent vent et alaine. Messire Jelum de Hollande qui grand affection avoit de fai!re honnaurablement ses armes^ reprint sa lance et se joindy en sa targe et esperonna son cheval , et quant le sire de Saint-Py le vaj venir, il ne reffusa pas , mais s'en vint à rencontre de^luy au plus droit que il oncques polt. Si se attaindirent les deux chevalliers de leurs lances de guerre sur les heanl^. moA d'aohier si dur et si roit que les estincelles toutes vermeilles en voilèrent De celle attainte fut le sire de Saint-Py dasheanlmé , et passèrœt les deux chevalliers moult ^ frisquement * oultre, et retourna chascun sur son lés.
^^Oentement.
it^m te sfeMh grandement prisie , et disoient «i JUipMi que les trois chevalliers le conte de Boachicault et le sire de Saint-Py jousté sans eulx espargner, ne porter ùmiros de rechief requist le conte de Hostidonne hnœ pour Tamour ^ de sa dame '» mais on luy
^^ifiot 10 départy messire Jehan de Hollande du reng img autre ; car il avoit toutes les six lances et bien assises tant que honneur et grftce il en gMi asQuis de toutes parties. Dont fut appareillié ung n^Dljl «hsndlier d*Ângleterre, qui s*appelloit le conte Mares- ^ éL envoia hurter, ainsi que ordonnance le portoit, à 4e guerre de messire Regnault de Roye , et, ce ùit , Regnault yssi hors de son pavillon armé de toutes comme à luy appartenoit, et monta sur son cheval M l^y fut tout prest. On luy mist sa targe au col et boucla, ^ pis print sa lance. Si eslongèrent les deux chevalliers chevaulx et puis esperonnôrent de grant randon, en A tous deux Tun contre Tautre , et fS&illirent ceste prejouste par le desroiement de leurs chevaulx, dont ils it moult courrouchiés. De la seconde lance fut messire Regnault de Roye enferré et rompy sa lance ; à la tierche ils viOonvrArent , et se férirent de tel randon sur les heaulmes que les estincelles de feu en saillirent, et fut le conte Mareschai desheaulmé : il passa oultre et retourna firisquement à son lés et ne jousta plus pour ce jour ; car il en avoit fSùt
Adont se tndst avant le sire de Cliffort, ung moult appert et vaillant chevallier d*Ângleterre, cousin germain à messire Jehan Candos qui fut si preu et si vaillant chevallier , et
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DE SÀlHT-iriGLBYERT. IH
envoya horter, ainsi que ordonnance le portoit, d*ane verge à la targe de guerre de messire Bouchicault. Tantost le chevallier yssi hors de son pavillon armé de toutes pièces, ainsi que à luy appartenoit , et monta sur son coursier qui luy estoit tout prest, et prist sa targe au col ; on luy boucla, et empoigna sa lance et mist en Tarrest.
Les deux chevalliers esperonnèrent et vindrent Tun sur Tautre de grant randon et se férirent ens es heaulmes tant que les estincelles de feu en saillirent. Point ne rompirent les lances , ne oncques les chevalliers les estriers nen guerpirent , mais passèrent oultre et s arrestèrent chascun sur leur pas et se ordonnèrent de grant voulenté pour courir la seconde lance, et esperonnèrent les chevaulx et vindrent Tun contre l'autre sans eulx espargnier* Messire Bouchicault
rompy sa lance et fut de ce coup desheaulmé , mais point ne chéy.
Les deux chevalliers passèrent oultre et s*arrestèrent sur leur pas. Messire Loys de Gliffort s*appareilloit encoires pour jouster à Bouchicault ; mais Bouchicault ne mettoit son heaulme : dont s*avisa le sire de Gliffort qull parferoit ses armes à ung autre. Si envoia hurter par ung sien escuier sur Tescu au seigneur de Saint-Py , lequel yssi tantost hors de son pavillon et monta sur son cheval qui luy estoit tout prest , et print sa targe et sa lance et s'ordonna pour jouster , et s'en vindrent lun contre l'autre de grant randon et se consieuvirent de plain coup. Le sire de Gliffort rompy sa lance en trois tronchons sur la targe du seigneur de Saint-Py , et le sire de Saint-Py le féry sur le heaulme et le desheaulma, puis passa oultre, et chascun des chevalliers se traist sur son lés. Le sire de Gliffort retourna entre ses gens et n'en flst plus pour ce jour , car on luy dist que vaillamment et honnourablement il s'estoit porté.
Après se tray avant ung gentil chevallier et de grant
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Toolenté , qui s'appelloit Henry , sire de Beaomtti&t en Angleterre, et envoia hurter & la targe de gaerrè de mes- 8ireBoachicaalt.Le chevallier fut tantost prest de respondre, car j& estoit & cheval davantaige ( car il avoit en devant jousté au seigneur de Cliffort), et print sa tai^ et sa lance et se mist en ordonnance pour bien jouster. Les deux chevalliers esperonnôrent les chevaulx de grant randon et s*en vindrent l\in sur Tautre. Le sire de Beaumont n'employa pas bien sa lance et consieuvy Bouchicanlt en widant , et Boachicault le féry de ' plaine * lance emmy sa targe et le porta jus par terre, et puis passa oultre. Le chevallier se releva , qui fut aidié de ses gens et remis à dieval. Âdont se traist avant le sire de Saint-Py et s*ordonna pour jouster su chevallier. Si joustèrent deux lances bien et courtoisement sans eulx dommagier.
Messire Pierre de Courtenay qui grant désir avoit de jouster et de fSure six lances , envoia hurter par ung sien escuier d*une verge, ainsi que ordonnance se portoit, à tous les trois escus de guerre , de laquelle chose on fut esmerveiUié, et luy fut demandé comment il Fentendoit. Il .respondy que sa plaisance estoit telle que il vouloit courir à chascun des chevalliers de France , se il ne luy meschéoit sur le chemin , et leur requist moult que ils luy voulsissent accorder. Et ainsi ils luy accordèrent.
Âdont s*avança messire Regnault de Roye tout premier et print sa targe et sa lance , et se mist en bonne ordonnance pour jouster , . et esperonnôrent les chevaulx de grant voulenté , et se advisèrent justement pour consieuvir Fun Tautre sans euls espargnier , mais ceste première lance ils faillirent ; car les chevaulx re£fusèrent , de quoy ils furent moult courroachiés , et retournèrent sur leur lés ,
••• BODIM.