‹ Œuvres de FroissartChapitre 30 sur 75 · DU DUC DE BOURBON · texte numérisé non relu

DU DUC DE BOURBON

« noos avons fortune trop diverse et que nous perdons nos- « tre chemin et la veue l'un de Fautre, si nous radreschons c en Tisle de Comminères, et là attendons tous Tun Fautre. » Ainsi comme proposé Tavoient , ils le firent , et les premièrains qui ou dit jsle vindrent, attendirent les seconds et les derreniers. Et avant que tous fuissent venus , cils qui espars estoient parmy la mer, ils y misrent bien noeuf jours.

£n Tisle de Cominiôres a de plusieurs beaulx esbatemens , combien que il ne soit pas grant. Si se raffreschirent les seigneurs ^ et loôrent Dieu quant ils eurent la congnoissance que tous sans perte, ne dommage ils se trouvoient là assamblés. Et, quant ils se vouldrent départir, les patrons et les seigneurs de France qui souverains des autres estoient, orent conseil et * collation ' ensemble pour euls pourveoir de conseil et d'advis , quant ils sceurent que si près de la ville d'Affirique estoient , comment au venir sus ils se maintenroient.

Nous nous souffrirons pour le présent à parler des seigneurs de France et de leur arroy , car temprement nous y retournerons , et parlerons de plusieurs autres besongnea qui en celle saison advindrent en France , et par espédal ou pays d'Auvergne en la marche de la terre du conte Dauffln» lequel estoit en ce voyage dont je parle présentement.

En celle saison que la cueillette de gens d'armes se fist en France pour aler en Barbarie et que ils n'avoient fors entendu que de furnir leur voyage sur fourme ^ de bonne entente et pour exaulchier la foi crestienne, autres ymaginations mauvaises et trahiteuses estoient ens ôs coeurs des pillarsetrobeours qui se tenoient en Auvergne,- en Rouergue

* Et M tindrent tout aises. «^ Relations. — * De bonne manière et.

160 8li6£

et en Limosin, quoyqae les pays cuidoient bien estre asseors et le deuissent par droit et par raison estre , car la chartre de la triôve dentre France et Angleterre avoit esté publiée par tous les fors et aux capitaines qui guerre ' d'Ânglois * fikisoient , et leur estoit dit , monstre et esclarchy vifirement À tous que ceulx qui Tenfrainderoient et briseroient , ne yioleroient ' article qui en la ditte chartre de la triôve fuist escript et contenu , ce seroit sur si grande amende que de recepvoir pugnition mortelle sans avoir nulle espérance de rémission. Et par espécial Perrot le Bernois , capitaine de Caluset , Aymerigot Marcel , Olimbarbe , capitaine d*Ouzac en la marche d* Auvergne, estoient nommés estroittement et closement en la ditte chartre À la fin que , se en nul cas préjudiciable euls ou les leurs fieûsoient ou consentoient À faire chose qui & faire ne fuist, que ils ne 8*en peussent point excuser.

Les aucuns capitaines qui doubtoient la sentence de recepvoir mort honteuse ou de enchéir en Tindignation du roy de France et de ses vassaulx , tenoient et tindrent bien les poins de la chartre sans enfraindre, ne obvier & rencontre ; et les aucuns non. Dont depuis ils le comparèrent chière* ment, comme vous orrés et sera remonstré avant en Tistoire.

Vous devés scavoir, sicomme il est contenu en nostre livre-icy dessus et dedens le procès de Tistoire faite , ditte et ordonnée par vénérable et discret homme sire Jehan Froissart, trésorier et chanoine de Chymay, comment traittiés furent entre les pays , c*est-assavoir Rouergue, Auvergne, ^ Caoursin * et Limosin, aux capitaines qui tenoient plusieurs fors et garnisons, eus es dis pays, ennemis et contraires au royaulme de France ; et en furent meneurs et traittmirs Jehan, conte d*Ermignach, et ^ Albéraut ^ , dauf-

^ Pour Ut Aagloii. — * Peint, ne. — ^ Qaeroj. — *-* Bernard.. B4nnt.

DB YENDAT. 161

fin d'Auvergne et conte de Clermont. Et tant exploittièrent * ces deux * seigneurs et par bonne dilligence que ils y ren dirent, que ils adoulcirent aucuns capitaines par manière et condition que ils dévoient renonchier à la guerre de France le terme durant des triôves , et les amenèrent jusques à composition et * vendition ^ de leurs forts. Et fut Tachât des seigneurs dessus nommés fait aux cappitaines , et après le renonchement ùàt , s'en dévoient aler aveuc le conte d'Ermignach en Lombardie et là où il les vouldroit mener pour aidier à faire guerre à rencontre de messire Galéas , conte de Vertus, lequel avoit deshérité ses cousins germains les enffans de son oncle messire Bemabo , sicomme il est escript et contenu icy-dessus en nostre histoire ; et pour avoir Tayde et le confort d*euls et pour nettoier les pays dessus nommés des pillars et des robeurs qui ^ tant mefiaisoient * aux hommes et aux femmes des pays dessus dis, le dit conte d'Ermignach et le conte Dauffin son cousin s'en estoient loyaulment ^ ensonniés '. Aussi à la requeste et prière des bonnes gens , des bonnes villes et du plat pays des terres dessus nommées, et tant que, par amiable ordonnance , une taille et coeillotte d*or et d*argent avoit esté fititte en Auvergne, en Gevaudan, en Rouergue, en * Caoursin ^^ et en Limosin jusques à la somme de deux cens mil firans , et s en estoient les povres gens du pays pris si près du payer que les plusieurs en avoient vendu et engagié leur héritage pour vouloir demeurer en paix en leur nation et nourrechon. Et cuidoient les bonnes gens , comme on leur donnoit à entendre, que de iceulx pillars et robeurs, qui les fors et les garnisons avoient widié, parmy For et l'argent que paie et délivré en avotient , estre quittes & tousjours mais de

••• Les du. — »^ Reûdition. — ■-• Tous manlx faiaoUnt. — ' Et diligamment. — -* ' Empeachiôs.. acqaittét. — *^ Queroj.

Xnr. — FR0188ART. 1 1

emhaxDM nul retour, ibûboii fareoten trop de boa , et jmr eÊSféââl de AjflMrigc^ Mar»! et de m fe»; cv, depuis que la dnstel d* Akm» firt reods par nititiiiM a conte d^Ermignadi , qm âet om droit eœar d'AsraqgBe « à 7 ist A jnerigot et eooseiUa à fiûre momti de ■■nlr

Celliiy ÀTnierigot croît bieft en denifln tous appareilBéi pour puer et ftner * de eent mfl finmt, et tous Imj Tcooient de pillages et de roberîee, de raendioiii et depectîs , et svoît mené celle rvee ptau de dix ans. Le conte d'Emigiiadi teodoît trc^ fort à avoir ceUoy A jnerîgot en ta route , et diKHt qall ne le lairmt point derrière poor'deax raisons : Fane raison estoit que de Aymerigot il ajmoit grandement la compaignie et conseil « car en tons fids d'armes il le sentoit soabtil et i^Mrt ponr emMer et esdiidler forteresses on pour donner conseil en tontes les manières d*armes que on les Tonloit aroir, et fai j foisoît dire et par anains moiois remonstrer que trop grant pronffit lay * ser(»t '. La seconde raison estoit, et Fentendoit le cmte ainsi, qne, se Aymerigot demonroit derrière* qnojqne il eost yenda et déliTré Alaise et antres fors qnll tenoit , et recen Targeat , il poTmt de rsehief en Anrergne et enRonergne ^ faire moolt de manlx.

Aymerigot anx traittiés dn oonte se dissinmloit, et disoit ainsi : • Quant je yerray le départemmt dn conte d*Ermi-

• gnach et que ce sera tout à certes qu'il s'en yra, je croy

• bien , au bon vouloir que j'ay maintenant , que je ne de-

• mourray point derrière. » Aoltre ^ parole ^ , ne plus acceptable ne poyoit-on avoir, ne extraire de luy. Le conte d*Armignach se tenoit en Comminges et sur le Thoulousain en son pays , et entradoit à faire ses finances et à pourvoir gens, et euist son voiage trop plus tort hasté que il ne fist,

* Ls toBUiis. — ^ Pareil si il ■*«ii Aloit areac \nj. — * Oa siUtara. — *^ lUsposes.

DE YEMDAT. 163

se le voyage (l*Affrique n euist esté, mais ce le ^ détria * une saison , car plusieurs chevalliers et escuiers qui ou dit voyage estoient aies, luy avoientprommisayde et compaignie si tost que il se mettroit au chemin, et il ne povoit faire ses besongnes fors que en faisant. Et ce voyage de Barbarie se flst tant soudainement que on ne s'en donna de garde, quant les nouvelles en vindrent en France ; et en celle saison que ces nouvelles s*espardirent, ores & primes se conclurent les traittiés de la composition du conte d*Ermignach à ces guerroieurs d'Auvergne et des terres dessus dittes : si s'en hastail, ce que il peult, de payer et de délivrer l'argent aux capitaines.

Trop estoit Aymerigot Marcel courrouchié , et bien le monstra , de ce que le fort d*Aloise delés Saint-Flour il avoit vendu, ne rendu pour argent, et s*en veoit trop abaissié de seigneurie et moins crému ; car , le temps que il Favoit tenu à rencontre de toute la puissance du pays, il estoit doubté plus que nul autre et honnouré des compaignons et des gens d'armes de son costé. Et tenoit et avoit tenu toudis ou chastel d'Aloise grant estât bel et bon et bien pourveu , car ses pactis luy valoient plus de ' vingt ^ mil ^frans* par an. Si estoit triste et pensif quant il regardoit ^ à son estât * , comment il se déduiroit ; car son trésor il ne vouloit point amenrir , et si avoit apris à veoir tous les jours nouveaulx pillages et nouvelles roberies, dont il avoit À parchons ' du butin , et il veoit que à présent ce prouffit luy estoit clos , et disoit, ymaginant ainsi en son courage, que trop tost il s estoit repenti de bien faire et de pillier et de rober en la manière que devant il &isoit et avoit fait^ Tout considéré, c*estoit bonne vie. A la fois il se devisoit aux

*-■ Mtoarna. — »^ Dix. — " Flourins. — '-• En soy. — • Fait la ploa grant partie.

oompiagacifts q«i hgr atoioit lôdîé à mener celle ruse, et UisûÂt : « 11 a>»l tMqis , esbatemens , or , argent , ne (Hloir» « Ml Cl» WMirie^ que de gens d'armes et de guerroier ainsi qift»[^ cy^etant avons fiùt ! Gomment estions-nous f9^)oiU2» qnaat bous chevaachions À Faventore , et nous fiHigrva» troarer sur les champs ung riche abbé ou ung rk^ pciiMur ou ung riche marchant ou une route de »fclWt> ii» Monpellier, de Nerbonne, de Limous , de Fou- IPM ^ de Bésiers, de Carcassonne ou de Thoulouse , char- IpAi de drq»s d*or ou de soye, de Bruxelje ou de ' Moustîer^ViUer *, et de pelleterie venant des foires du Lendit ou d'ailleurs , ou d*espioeries venans de Bruges, ou d*autres MMMrohandises venans de Damas ou d'Alexandrie ? Tout estoit aostre ou raenchonné À nostre voulenté. Tous les jours nous avions nouvel argent. Les villains d'Auvergne et de Limosin nous pourvéoient et amenoient en nostre chastel les blés et la farine, le pain tout cuit, l'avoine pour les chevaulx et la littière , les bons vins , les buefs , les moutons , les * brebis ^ , tous gras , et la poulaille et la vollaille. Nous estions estoffés comme roys. Et quant nous chevaulchions, tout le pays trembloit devant nous ; tout estoit nostre ^ allant et retournant *. Comment prinsmes-nous Cariât, moy et le bourg de ^ Gompaigne * f comment prinsmesnous * Calusel '® , moy et Perrot-le-Bemois f comment eschiellasmes-nous, vous et moy sans autre ayde, le chastel de Merquel qui est au conte DauflSn f Je ne le tins que cinq jours, et si en rechups sur une table cinq mil firans, et encoires en quittay-jon mil pour l'amour des enffims du conte Dauffin. Par ma foy, ceste vie estoit bonne et belle. Et me tiens pour trop décheu de ce que j'ay rendu,

♦-•Moastier-Villier. — •• Csbrit. — •-• Devant et derrière. — *^ Comj>aiie. . Copanne. — **'* Caloset.

DE VEIIDAT. 16S

« ne vendu ^ Aloise ' , car il faisoit à tenir contre tout le

• monde, et si estoit, an jour que je le rendy, pourveu de i toutes nécessités pour vivre et tenir sans estre rafireschy

• * d*autres ^ pourvéances pour sept ans. Je me tiens de ce i conte' d*Ermignach pour trop villainement décheu. Olim-

• barbe et Perrot-le-Bemois me disoient bien que je m'en t repentiroie. Certes de ce que j*en ay fait , je m*en repens

• trop grandement. »

Quant les compaignons qui povres estoient et qui servi avoient Âymerigot Marcel , oyrent dire et mettre avant telles paroles , ils vêoient que il luy anoioit et que il parloit de bon cuer et tout & certes. Si lui disoient : • Âymerigot » nous sommes tous prests à vostre commandement. Se renouvelions guerre , et advisons quelque bon fort en Auvergne ou en Limosin , et le prendons et forteffions. Et par ainsi nous aurons tantost recouvré tous nos dommages , et si fait si bon et si bel voiler en Auvergne et en Limosin ^ que meilleur n*y peult faire ; car premièrement le conte Dauffin et messire Hues son frère sont hors du pays , et plusieurs chevalliers et escuiers en leur compaignie ou voyage de Barbarie ; et par espécial le sire de Goucy qui est regard souverain de par le roy es marches de par dechà, est ou dit voiage. De luy n*avons garde, ne du duc de Berry ; car cellui-là se tient à Parte et là se donne du bon temps. » — « Je ne sçay , dist Aymerigot , mais je suis en bonne voulenté , réservé ce que on m*a par mos exprès enclos en la chartre de la triève. s A ce respondirent les compaignons : « Que de ce f Or le tenrés-vous, se vous voulés. Vous n*estes homs en riens au roy de France , si ne lui devés foy, ne obéis-

*-* Le chastel d* Aloise. — *-' De nouvelles. — * A merreillet et tant.

166 SIÉGB

sanoe. Vous estes " homs • au roy d'Angleterre, car vostre héritage, lequel estoit tout perdu et destruit, siet en Limosin ; et se nous GEÛsons guerre pour vivre, car vivre nous fault. Jà les Ânglois pour ce ne nous en sçauront mauvais gré , mais se trairont taniost ceuljc qui gaingnier voûlront , aveuc nous. Et si avons cause et title assés pour faire guerre maintenant ; car nous ne sommes pas tous payés des pactis que on nous doit en Auvergne. Nous manderons aux villains des villages, mais que nous aions trouvé fort pour nous tenir, que ils nous paient : autrement nous leur ferons guerre. » — • Or avant , dist lors Aymerigot ; où nous pourrons-nous à ce commencement logier pour nous recueillir f » Là en y eut aucuns qui respondirent et dirent ainsi : • Nous scavons ung fort désemparé sur Féritage du seigneur de la Tour , que nul ne garde. Traions-nous là tous premièrement et le fortifions. Et quant fortefié Taurons , nous le garnirons, et courrons légièrement et à nostre aise en Auvergne et en Limosin. » — • Et où gist ce fort î » dist Aimerigot. — A une lieue près de la Tour, dirent ceulx qui le congnoissoient et qui jà ainsi 1 avoient annunchié, et le nommeon la Roche-de-Vendaix. » — « Par ma foy , dist Aymerigot , vous dittes vray ; la Roche est ung droit lieu pour nous , et est tenue la terre où il siet , quoyque pour le présent il soit désemparé, des arrière-fiefs de * Limoges ^« et nous le yrons veoir , et se le prendrons et fortefierons. » Ainsi sur ce propos ils se fondèrent et conclurent. Et ung jour se ^ cueillirent * tous ensemble et s*en vindrent à la Roche-de-Vendaix. Quant Aymerigot ^ fut là venu , de rechief il le voult encoires adviser pour recongnoistre et veoir 86 leur paine y seroit employée du fortefier ; et quant il

^* HomaL — *^ Limousiii. — ^ Aiiamblérent — * Et ta roate.

Feut bien advisé , environné et concheu toutes les gardes et les defienses, siluy pleut encoires mieulx et plus grandement que devant. Si le prindrent de fait et de force , et petit à petit le remparërent et fortiffierent avant qu'ils courussent, ne feissent nulles contrariétés sur le pays. Et quant ils veirent quil estoit fort assés pour tenir contre siège et assault, et que tous les compaignons furent montés et pourveus , ils commencièrent à courir sur le pays , à prendre prisonniers et à raenchonner, et à pourvoir leur fort de chars, de vin et de sel , de fer et d*achier et de toutes choses qui leur povoient ' besongnier * ; ne riens n*estoit, qui ne leur venist à point, s'il n'estoit trop ' hault ^ ou trop * parfont •. Les pays de là environ et les bonnes gens qui cuidoient estre en paix et en repos parmy la triève qui estoit donnée entre les roys et les royaulmes, se commencèrent à esbahir ; car ces pillars et robeours les prendoient en leurs maisons et partout où ils les povoient trouver , aux champs et aux labourages, et se nommoient les ^ Avantureurs '.

Le sire de la Tour, quant il senty que il avoit tels voisins si près de luy que à une lieue de sa meilleure ville la Tour, ne fut pas bien asseuré et âst garder fortement et destroittement ses villes et ses chasteaulx. La contesse daufSne , une moult vaillant dame et de grant prudence, qui se tenoit avecques ses enffans en une sienne bonne ville et fort chastel que on dist Sardes séant sur la Rivièr^-l'Évesque, ne fut pas bien asseure , quant elle ouy dire que Aymerigot et ses routiers avoient fortiflSé • la Roche-de-Vendaix. Si envoia tantost à tous ses chasteaulx ^^ et les âst pourvoir de gens d*armes defiensables tels que à Marquel ou " à Dable " , à Cillach, à Bière et partout, à la an que nul ne fuist souprins»

" Servir. — •-* Chaud. — " Pesant. — '-• Avantureox. — • Le chatte! de. — ** Et bonnes TiUes. — *'^' A Oadable.

ev trop fcii doQbtoit eeDm AyiDs^ot p^ fois fl aroît eadesa florins à mig seul fifmwit cinq mille frans. Sadiiés qoe toos les pajs dTAnrcigne et de limnein se oommeneh^nt giandement à effirmyer. Si ediiaèient die- Tallîers et escoÎCTs et les gens des bonnes TiUes, telles qoe Qermont, qoe Montfeirut et que Rion, que ils enfoîeroie&t derers le roj de Franoe, ainsi que ils firent.

1 Endementiers ' que œ ponrdias se fist des bonnes TÎUes d'Auvergne et de la contesse danffine qui se mist avee enls, et envolèrent devers le roy de France et son ccMueil et devers le dnc de Berry qui poor lors se tenoit à Paris delés le roy, se ibrtiflièrent grandement cenlx de la Rodiede-Vendaix. Et an commencement de leur fbrteffiement , ils firent une fiieillie où ils logrâent et escmsoient lenrs chevanlx pour la plnye et antrement. Quant tontes manières de gens avantnrens qoi cassés estment de lenrs gaiges , entendirent qne Aymerigot Marcd faisoit guerre , si en furent tous resjouys et s en vindrent bouter en sa route et compaignie , et ot tantost de piUars et de robeours plus qu'il n en vousist avoir ; ne nuls ne demandoit gaiges fors la retenue de luy, car bien scavoient tous ceulx qui ea sa compaignie se mettoient , que assës ils gaingneroient puisque l'abandon du piilier et du rober ils auroient. Si couroient tous les jours, une fois dessoubs et l'antre dessus ; ne nul ne leur aloit au devant, et se fiûsoient renommer et congnoistre en moult de lieux ; ne on ne parloit d'antre chose ea Auvergne , ne en Limosin , que de ceulx de la Rocbe-de-Vendaix. Moult en estoit le pays eflraé.

Ceulx de Caluset, dont Perrot-le-Bemois estoit capitaine, tenoient fermement la triève , et ne fiûsoient nulle guerre. Et quant le dit Perrot vey que Aymerigot couroit ainsi le

^ EadOTftWitrts .

DE VERDAT. 1G9

pays qu*il cuidoit bien comprins es triëves et asseuré , si fut toat courrouchié sur Âymerigot et dist qa*il faisoit mal, et lay manda ainsi qu il ne vouloit que luy, ne les siens enissent nul retour en Caluset , ne en lieu où il euist puissance. Âymerigot n'en âst compte, car il avoit bien où aler et retraire ^ sans ' Caluset ; et avoit gens assés, et tous les jours luy en venoient de ceulx qui se vouloient aventurer & mal ùàre. Perrot-le-Bemois deffendy , sur la vie , à ceulx qui dessoubs luy estoient et se tenoient , que nuls ne se mesist aux champs pour porter contraire , ne dommage & ses voisins , mais vouloit establement tenir la triève. Olimbarbe , cappitaine de Ouzac , se dissimuloit aussi de cest afiaire et disoit toutefibis que il vouloit tenir la triève ; mais il me fut dit que ses gens couroient cou vertement à la fois, et, quant ils avoient aucuns bons pillages, il en vouloit bien avoir le proufflt.

Les bonnes gens d*Âuvergne et par espécial ceulx de Clermont , de Monferrant et de Ryon qui en message aloient devers le roy de France et le duc de Berry, exploittèrent tant par leurs journées que ils vindrent à Paris , et trouvèrent là le roy et le duc de Berry , le duc de Thouraine et le connestable messire Olivier de Clichon. Si se trairent tantost devers le conseil du roy et le conseil du duc de Berry , et là monstrèrent ce pour quoy ils estoient là venus , et comment Aymerigot Marcel guerroioit et ' traveilloit * le pays d'Auvergne et comment les gens qui mal y faisoient, se multiplioient tous les jours. Si prioient pour Dieu que l'en y pourveist ; car , se on les laissoit longuement convenir , ils honniroient le pays d'Auvergne et la frontière de Lymosin.

Quant ces nouvelles furent venues au roy et au duc de

Lt

Ailleurs qQ*à. — '-* Détruisoit.. Herrioit.

100 SliGK

et en Limosin, qaoyqae les pays cuidoient bien estre asseors et le deuissent par droit et par raison estre , car la chartre de la triôve dentre France et Angleterre avoit esté publiée par tous les fors et aux capitaines qui guerre ' d'Anglois ' fiiisoient , et leur estoit dit , monstre et esdarchy vifvement à tous que ceulx qui Fenfirainderoient et briseroient , ne violeroient ' article qui en la ditte chartre de la triève fuist escript et contenu , ce seroit sur si grande amende que de recepvoir pugnition mortelle sans avoir nulle espérance de rémission. Et par espécial Perrot le Bernois , capitaine de Calttset , Aymerigot Marcel , Olimbarbe , capitaine d*Ouzac en la marche d* Auvergne, estoient nommés estroittement et dosement en la ditte chartre à la fin que , se en nul cas préjudiciable euls ou les leurs fiûsoient ou consentoient à fiure chose qui & fidre ne fuist, que ils ne 8*en poussent point excuser.

Les aucuns capitaines qui doubtoient la sentence de recepvoir mort honteuse ou de enchéir en Tindignation du roy de France et de ses vassaulx , tenoient et tindrent bien les poins de la chartre sans enfraindre, ne obvier & rencontre ; et les aucuns non. Dont depuis ils le comparèrent chièrement, comme vous orrés et sera remonstré avant en Tistoire.

Vous devés scavoir, sicomme il est contenu en nostre livre-içy dessus et dedens le procès de Tistoire fSûte , ditte et ordonnée par vénérable et discret homme sire Jehan Froissart, trésorier et chanoine de Chymay, comment traittiés furent entre les pays , c*est-assavoir Rouergue, Auvergne, ^ Caoursin * et Limosin, aux capitaines qui tenoient plusieurs fors et garnisons, ens es dis pays, ennemis et contraires au royaulme de France ; et en furent meneurs et traitteors Jehan, conte d*Brmignacb, et * Albéraut ^ , dauf-

^ Pour 1m ÀBgloit. — * P^int, m. — ^ Qoaroy. — *-* Bernard.. Béraot.

fin d'Auvergne et conte de Glermont. Et tant exploittiôrent * ces deux ' seigneurs et par bonne dilligence que ils y ren dirent, que ils adoulcirent aucuns capitaines par manière et condition que ils dévoient renonchier à la guerre de France le terme durant des triôves , et les amenèrent jusques & composition et ' vendition ^ de leurs forts. Et fut Tachât des seigneurs dessus nommés fait aux cappitaines , et après le renonchement fait , s*en dévoient aler aveuc le conte d'Ermignach en Lombardie et l où il les vouldroit mener pour aidier à faire guerre à rencontre de messire Galéas , conte de Vertus, lequel avoit deshérité ses cousins germains les enfians de son oncle messire Bemabo , sicomme il est escript et contenu icy-dessus en nostre histoire ; et pour avoir Fayde et le confort d*euls et pour nettoier les pays dessus nommés des pillars et des robeurs qui ^ tant mefiaisoient * aux hommes et aux femmes des pays dessus dis, le dit conte d*Ermignach et le conte Dauffin son cousin s'en estoient loyaulment ^ ensonniés '. Aussi à la requeste et prière des bonnes gens , des bonnes villes et du plat pays des terres dessus nommées, et tant que, par amiable ordonnance , une taille et coeillotte d*or et d*argent avoit esté faitte en Auvergne, en Gevaudan, en Rouergue, en * Caoursin '^ et en Limosin jusques à la somme de deux cens mil frans , et s'en estoient les povres gens du pays pris si près du payer que les plusieurs en avoient vendu et engagié leur héritage pour vouloir demeurer en paix en leur nation et nourrechon. Et cuidoient les bonnes gens , comme on leur donnoit à entendre, que de ioeulx pillars et robeurs, qui les fors et les garnisons avoient widié, parmy For et Fargent que paie et délivré en avoient , estre quittes & tousjours mais de

*-* Les du. — *^ Readition. — *-* Tous maalx faiaoient. — * Et diligamment. — * * Empeachiés.. acqoittét. -* *^ Qaeroy.

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