XIV. — FROISSART
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euls sans nul retour , mais non furent en trop de lieux , et par espédal de Aymerigot Marcel et de ses gens; car, depuis que le chastel d^Aloise fîit rendu par vendition au conte d*Ermignach , qui siet ou droit coeur d'Auvergne , si y fist Aymerigot et conseilla & fiiire moult de maulx.
Celluy Aymerigot avoit bien en deniers tous appareilliés pour paier et finer > de cent mil frans, et tous luy venoient de pillages et de roberies , de raenchons et de pactis , et avoit mené oelle ruse plus de dix ans. Le conte d*Ermignach tttidoit trop fort à avoir celluy Aymerigot en sa route , et disoit qu il ne le lairoit point derrière pour'deux raisons : Tune raison estoit que de Aymerigot il aymoit grandement la compaignie et conseil , car en tous iais d*armes il le sentoit soubtil et appert pour embler et eschieller forteresses ou pour donner conseil en toutes les manières d*armes que on les vouloit avoir, et luy fiûsoit dire et par aucuns moiens remonstrer que trop grant prouffit luy ' seroit '. La seconde raison estoit, et l'entendoit le conte ainsi, que, se Aymerigot demouroit derrière, quoyque il eust vendu et délivré Aloise et autres fors qu'il temoit , et receu Targent , il povoit de rechief en Auvergne et enRouergue ^ faire moult de maulx.
Aymerigot aux traittiés du conte se dissimuloit, et disoit ainsi : c Quant je verray le département du conte d*Ermi- « gnach et que ce sera tout & certes qu*il s'en yra, je croy « bien , au bon vouloir que j'ay maintenant , que je ne de- « mourray point derrière. » Aultre * parole * , ne plus acceptable ne povoit-on avoir, ne extraire de luy. Le conte d* Armignach se tenoit en Gomminges et sur le Thoulousain en son pays , et entendoit à fSûre ses finances et à pourvoir gens, et eoist son voiage trop plus tort hasté que il ne fist,
* La tomme. — ^ Peioii ai il s'en mloit aveac laj. — * Oa aiiUan. — *^ lUsponse.
se le voyage d*Affriqu6 û*euist esté, mais ce le ^ détria ' une saison , car plusieurs chevalliers et escuiers qui ou dit voyage estoient aies, luy avoient prommis ayde et compaignie si tost que il se mettroit au chemin, et il ne povoit faire ses besongnes fors que en faisant. Et ce voyage de Barbarie se fist tant soudainement que on ne s*en donna de garde, quant les nouvelles en vindrent en France ; et en celle saison que ces nouvelles s*espardirent, ores & primes se conclurent les traittiés de la composition du conte d*Ermignach à ces guerroieurs d* Auvergne et des terres dessus dittes : si s*en hastail, ce que il peult, de payer et de délivrer l'argent aux capitaines.
Trop estoit Aymerigot Marcel courrouchié , et bien le monstra , de ce que le fort d'Aloise delés Saint-Flour il avoit vendu, ne rendu pour argent, et s*en veoit trop abaîssié de seigneurie et moins crému ; car , le temps que il Tavoit tenu à rencontre de toute la puissance du pays, il estoit doubté plus que nul autre et honnouré des compaignons et des gens d*armes de son costé. Et tenoit et avoit tenu tondis ou chastel d* Aloise grant estât bel et bon et bien pourveu , car ses pactis luy valoient plus de ' vingt * mil ^ frans* par an. Si estoit triste et pensif quant il regardoit ^ à son estât * , comment il se déduiroit ; car son trésor il ne vouloit point amenrir , et si avoit apris à veoir tous les jours nouvoaulx pillages et nouvelles roberies, dont U avoit & parchons * du butin , et il veoit que à présent ce prouffit luy estoit clos , et disoit, ymaginant ainsi en son courage, que trop tost il s'estoit repenti de bien fidre et de pillier et de rober en la manière que devant il fSEÛsoit et avoit fait. Tout considéré, c*estoit bonne vie. A la fois il se devisoit aux
«-■ Détourna. — »^ Dix. — «^ Floarina. — '-• En »oy. — • Fait U plus grant partie.
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oompaignons qui lay ayoient aidié à monar oeUe ruse, et diaoit : c II n*6st temps , esbatemens , (ur « argent , ne gloire , en oe monde, que de gens d'armes et de goerroier ainsi que par cy-deyant avons fSût ! Gomment estionsHious resjoms quant nons cheranchions à Faventore , et nons pouyons tronver sor les champs ung riche abbé on ong riche prieur ou ung riche marchant on une route de muUets de Monpellier, de Nerbonne, de Limons , de Fougas , de Bésiers, de Garcassonne ou de Thoulouse , chargiés de draps d*or ou de soye, de Bruxel|e ou de ^ Moustier-Viller ', et de pelleterie venant des foires du Lendit ou d'ailleurs , ou d*espioeries venans de Bruges, ou d'antres marchandises venans de Damas ou d'Alexandrie ? Tout estoit nostre ou raenchonné à nostre voulenté. Tous les jours nous avions nouvel argent. Les villains d'Auvergne et de Limosin nous pourvéoient et amenoient en nostre chastel les Ués et la farine, le pain tout cuit, Tavoinepour les chevaulx et la littidre , les bons vins , les bueCi , les moutons , les
* brebis ^ , tous gras , et la poulaille et la vollaille. Nous estions estofiSto comme roys. Et quant nous chevaulchions, tout le pays trembloit devant nous ; tout estoit nostre
* allant et retournant *. Gomment prinsmes-nous Garlat, moy et le bourg de ' Gompaigne * f comment prinsmesnous * Galusel ^* , moy et Perrot-le-Bemois f comment eschiellasmes-nous, vous et moy sans autre ayde, le chastel de Merquel qui est an conte Dauffin ? Je ne le tins que cinq jours, et si en rechups sur une table cinq mil firans, et encoires en quittay-jou mil pour Tamour des enfians du conte Dauffin. Par ma foy, ceste vie estoit bonne et belle. Et me tiens pour trop décheu de ce que j'ay rendu,
•^MoiMtier-VilUer. — »^ Cabris. — ••• Devant et derrière. — *** Compane.. Copaane. -^ '-** Caloaet.
« ne vendu ^ Âloise ' , car il faisoit à tenir contre tout le c monde, et si estoit, au jour que je le rendy, pourveu de t toutes nécessités pour vivre et tenir sans estre rafireschy c * d'autres ^ pourvéances pour sept ans. Je me tiens de ce t conte' d*Ermignach pour trop villainement décheu. Olimc barbe et Perrot-le-Bemois me disoient bien que je m*en t repentiroie. Certes de ce que j*en ay fait , je m'en repens c trop grandement. »
Quant les compaignons qui povres estoient et qui servi avoient Âymerigot Marcel , oyrent dire et mettre avant telles paroles , ils vêoient que il luy anoioit et que il parloit de bon cuer et tout à certes. Si lui disoient : « Âymerigot « nous sommes tous prests à vostre commandement. Se renouvelions guerre , et advisons quelque bon fort en Auvergne ou en Limosin , et le prendons et fortefSons. Et par ainsi nous aurons tantost recouvré tous nos dommages , et si fait si bon et si bel voiler en Auvergne et en Limosin ^ que meilleur n*y peult faire ; car premièrement le conte DaufSn et messire Hues son frère sont hors du pays , et plusieurs chevalliers et escuiers en leur compaignie ou voyage de Barbarie ; et par espécial le sire de Coucy qui est regard souverain de par le roy es marches de par dechà, est ou dit voiage. De luy n'avons garde, ne du duc de Berry ; car cellui-là se tient à Paris et là se donne du bon temps. » — « Je ne scay , dist Aymerigot , mais je suis en bonne voulenté , réservé ce que on m'a par mos exprès enclos en la chartre de la triève. x A ce respondirent les compaignons : « Que de ce ? Or le tenrés-vous, se vous voulés. Vous n'estes homs en riens au roy de France , si ne lui devés foy, ne obéis-
*-* Le chastel d* Aloise. — *^ De nooTellet. — 'A merreillet et tant.
166 stcB
sanoe. Vous estes > homs * aa fdj d^Angleterre, car vostre héritage, lequdestoit toot perdu ti destruit, siet en Limosin ; et se nous Gùsons guerre pour Tirre, car vivre nous fimlt Jà les Anglois pour œ ne nous en scauront mauvais gré , mais se trairont tantost œu^ qui gaingnier voulront , aveuc nous, Bt si avons cause et title assés pour &ire guerre mainloaant ; car nous ne sommes pas tous pajés des pactis que on nous doit en Auvergne. Nous manderons aux viUains des villages^ mais que nous aions trouvé fort pour nous tttiir, que ils nous paient : autrement nous leur fanons guerre, > — c Or avant, dist lors Ajmerigot ; où nous pourrons-nous à ce comm^icement logîtf pour nous recueillir f > Là en y eut aucuns qui re^KMidirent et dirent ainsi : t Nous scavons ung fort désemparé sur Féritage du seigneur de U Tour , que nul
ne garde. Traions-nous là Um» premièrement et le fortifie»». Bt quant fortefié Taurons , nous le garnirons, et eouirons légièremeiit et à nostre aise en Auvergne et en Limosin. > — c Et où gist ce fort f > dist Aimerigot. — A une lieue près de U Tour, dirent ceulx qui le congnoisscMent et qui jà ainsi lavcùent annundiié, et le nommeon U Rodie-de-Vendaix. • — t Par ma fov , dist Aymarigot , vous dittes vray ; U Roche est ung droit lieu pour nous , et est tenue U terre où il siet , quoyque pour le présent il soit désemparé, des arrière-fie& de * Limoges ^, etnous le yrons veoir , et se lepraidrons et fortefierons. • Ainsi sur ce i»x)pos Us se fondi^nent et conclurent. Bt ung jour se * cudllirent * tous ensemble et s*en vindrent à U Rodie-de-V»daix. Quant Aymerigot ^ (ut là venu , de rechief fl le voult encoirss advisor pour recongnoistre et veoir se leur paine y sat>it employée du fort^er ; et quant il
^ HoomL — ^ liaousîa. — ^ AMamblArait ^ * Bin roato.
DE VBMDAT. 167
Feut bien advisé , environné et concheu toutes les gardes et les defienses, si luy pleut encoiresmieulx et plus grandement que devant. Si le prindrent de fait et de force , et petit & petit le remparërent et fortiffièrent avant qu'ils courussent, ne feissent nulles contrariétés sur le pays. Et quant ils veirent quil estoit fort assés pour tenir contre siège et assault, et que tous les compaignons furent montés et pourveus , ils commencièrent à courir sur le pays , à prendre prisonniers et à raenchonner, et à pourveir leur fort de chars, de vin et de sel , de fer et d*achier et de toutes choses qui leur po* voient ^ besongnier ' ; ne riens n*estoit, qui ne leur venist à point, s'il n'estoit trop ' hault ^ ou trop * parfont •. Les pays de là environ et les bonnes gens qui cuidoient estre en paix et en repos parmy la triève qui estoit donnée entre les roys et les royaulmes, se commencèrent à esbahir ; car ces pillars et robeours les prendoient en leurs maisons et partout où ils les povoient trouver , aux champs et aux labourages, et se nommoient les ^ Avantureurs *.
Le sire de la Tour, quant il senty que il avoit tels voisins si près de luy que à une lieue de sa meilleure ville la Tour, ne fut pas bien asseuré et âst garder fortement et destroittement ses villes et ses chasteaulx. La contesse daufSne , une moult vaillant dame et de grant prudence, qui se tenoit avecques ses enffans en une sienne bonne ville et fort chastel que on dist Sardes séant sur la Rivièr^-FÉvesque, ne fut pas bien asseure , quant elle ouy dire que Aymerigot et ses routiers avoient fortifié * la Roche-de-Vendaix. Si envoia tantost à tous ses chasteaulx ^^ et les âst pourveir de gens d*armes defiensables tels que à Marquel ou " à Dable ^* , à Cillach, à Bière et partout, à la an que nul ne fuist souprins,
" Servir. — »-* Chaud. — " Pesant. — '■• Avantureux. — • Le cbastel de. — ** Et bonnes TiUes. — **-«* A Oadable.
168 uiGE
car trop fort doabtoit oellai Âymerigot pour tant que autreffois il avoit eu de ses florins & ong seal paiement cinq mille firans. Sachiés que tous les pays d*Auvergne et de Limosin se commencèrent grandement à effrayer. Si advisôrent chevalliers et escoiers et les gens des bonnes villes, telles que Clermont, que Montferrant et que Rion, que ils envoieroient devers le roy de France, ainsi que ils firent.
^ Endementiers * que ce pourchas se fist des bonnes villes d'Auvergne et de la contesse daufSne qui se mist avec euls, et envoièrent devers le roy de France et son conseil et devers le duc de Berry qui pour lors se tenoit à Paris delés le roy, se fortifliôrent grandement ceulx de la Rochede-Vendaix. Et au commencement de leur forteiBement , ils firent une fiieillie où ils logoient et esconsoient leurs cbevaulx pour la pluye et autrement. Quant toutes manières de gens avantureus qui cassés estoient de leurs gaiges , entendirent que Aymerigot Marcel faisoit guerre , si en furent tous resjouys et s en vindrent bouter en sa route et compaignie , et ot tantost de pillars et de robeours plus qu*il n*en vousist avoir ; ne nuls ne demandoit gaiges fors la retenue de luy, car bien sçavoient tous ceulx qui en sa compaignie se mettoient , que assës ils gaingneroient puisque Tabandon du pillier et du rober ils auroient. Si couroient tous les jours, une fois dessoubs et Tautre dessus ; ne nul ne leur aloit au devant, et se faisoient renommer et congnoistre en moult de lieux ; ne on ne parloit d*autre cboee en Auvergne , ne en Limosin , que de ceulx de la Roche-de-Vendaix. Moult en estoit le pays eflraé.
Ceulx de Caluset, dont Perrot-le-Bemois estoit capitaine, tenoient fermement la triève , et ne fiûsoient nulle guerre. Et quant le dit Perrot vey que Aymerigot couroit ainsi le
^ EademMitrM.
DB VERDAT. 1G9
pays qu*il cuidoit bien comprins es triëves et asseuré , si fut tout courrouchié sur Âymerigot et dist qu il faisoit mal, et luy manda ainsi qu'il ne vouloit que luy, ne les siens euissent nul retour en Caluset , ne en lieu où il euist puissance. Âymerigot n'en âst compte, car il avoit bien où aler et retraire ^ sans * Caluset ; et avoit gens assés, et tous les jours luy en venoient de ceulx qui se vouloient aventurer & mal ùÀre. Perrot-le-Bemois deffendy , sur la vie , à ceulx qui dessoubs luy estoient et se tenoient , que nuls ne se mesist aux champs pour porter contraire , ne dommage & ses voisins , mais vouloit establement tenir la triôve. Olimbarbe , cappitaine de Ouzac , se dissimuloit aussi de cest afiaire et disoit touteffois que il vouloit tenir la triève ; mais il me fut dit que ses gens couroient couvertement à la fois, et, quant ils avoient aucuns bons pillages, il en vouloit bien avoir le prouflSt.
Les bonnes gens d*Âuvergne et par espécial ceulx de Glermont , de Monferrant et de Ryon qui en message aloient devers le roy de France et le duc de Berry, exploittèrent tant par leurs journées que ils vindrent à Paris , et trouvèrent là le roy et le duc de Berry , le duc de Thouraine et le connestable messire Olivier de Clichon. Si se trairent tantost devers le conseil du roy et le conseil du duc de Berry , et là monstrèrent ce pour quoy ils estoient là venus , et comment Aymerigot Marcel guerroioit et ' traveilloit * le pays d'Auvergne et comment les gens qui mal y faisoient, se multiplioient tous les jours. Si prioient pour Dieu que l'en y pourveist ; car , se on les laissoit longuement convenir , ils honniroient le pays d'Auvergne et la frontière de Lymosin.
Quant ces nouvelles furent venues au roy et au duc de
*■* Ailleara qu'à. — •* Détruisoit.. Herrioit.
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Berry, si en furent grandement courrouciés ; car ils cuidoient bien avoir le pays ' atrièvë '. Si demandèrent : « Et « ceulx de la garnison de Caluset et de Ouzac font-ils nul c mal ? » Us respondirent que de nulluy ils ne se plaindoient encoires fors que de Aymerigot Marcel et de ses routes qui fortiflBé avoient la Roche-de-Vendaix. Dont respondirent le roy ' et le duc de Berry ^ : t Or aies , bonnes « gens ; pensés de vous , car nous y pounrerrons ^ temc promeut * et tellement que vous vous en percevrés. Et c retournés au plus tost que vous pourrés en vos lieux et c dittes ces responses à ceulx qui par deçà vous envoient. » Ces bonnes gens ^ d'Auvergne se tindrent à contens de ces responses et se raffireschirent et reposèrent deux jours & Paris , et puis retournèrent * en Auvergne quant ils eurent prins congié par espécial au duc de Berry.
Le roy de France et ses consauls ne misrent point en oubly ces nouvelles ; car le duc de Berry auquel il touchoit grandement pour tant que il tenoit grans héritages en Auvergne , âst avanchier la besongne , et regardèrent qui ils y pourroient envoyer des parties de France. Vous sçavés, sioomme il est icy-dessus contenu en nostre histoire , que le sire de Coucy estoit lors institué et ordonné de par le roy et son conseil à estre capitaine et souverain regard de tout le pays , mouvant de la mer de la Rochelle , retournant et comprendant jusques à la rivière de Bourdonne en alant jusques à Bordiaulx-sur-Géronde. Or sçavés-vous que le sire de Couçy n estoit point ou pays , mais ou voyage de Barbarie avec les autres seigneurs de France et d'autres pays. Néantmains à son département il avoit ordonné et institué son cousin messire Robert de Béthune , visconte de
•-■ A triôTe. — • De France. — • Son oncle, -^ •-• De bref. — ' Du pajt. — * En leupa nuisons.
Miaulx , à estre lieutenant ou pays dessus nommé , et en souvint au conseil du roy , et dirent ainsi que mieulx appartenoit que le yisconte euist la charge de ce voyage pour aler en la Languedoch que nuls autres. Si fut demandé où on en orroit nouvelles. Sceu fut qu il se tenoit à Condé-sur-Marne * ; on escripvy devers luy ou nom du roy , et luy mandoit le roy que, • ces lettres veues , tantost il venist à Paris.
Le message qui les lettres portoit , se hasta tant que il vint à Condé et là trouva le visconte delés sa femme. Si luy bailla les lettres de par le roy de France. Le visconte les prist , ouvry et lisy , et quant il sceut de quoy elles parloient, si dist que il obéiroit au commandement du roy : c*estoit raison. Il ordonna ses besongnes du plus tost que il pot et se départy de Condé-sur-Marne et chevaucha tant que il vint à Paris. Il trouva le roy et son conseil qui luy dirent : « Visconte , exploittiés-vous et assamblés gens d*armes de vostre retenue ; car il vous fault aler en Auvergne. Il y a des pillars, desquels Aymerigot Marcel est chief , selon ce que nous sommes infourmés , qui
• hérient ^ et travaillent les bonnes gens. Faittes tant que tous soient boutés hors , et , se vous povés * attraper • cel Aymerigot Marcel , si le nous amenés : nous en aurons grant joye. Il est ordonné que vous serés délivré à Clermont-en-Auvergne de la somme que vous aurés de gens d*armes , et pour aler de cy jusques à là parlés au trésorier des guerres : il luy est chargié que il vous délivre aucune chose pour vos moindres frais, et vous délivrés ; car la besongne demande haste. »
Le visconte respondi que il estoittoutprest. Si retourna à son hostel, et, luy estant à Paris, il âst escripre et envoler
• Une sienne TiUe. — ■ Incontinent. — ^ Destniisent. — " Trouver.
bastivement anx chevalliers et escoiers de France et de Piccardie de sa eongnoissance et retenue, en eolx signiffiant que ils se déliTrassent et venissent à Chartres et que l le trouveroient-ils et là feroit-il la monstre. Tous chevalliers et escuiers qui mandés furent , obéirent voulentiers , car ils amoient le visconte et le tenoient à bon capitaine , et vindrent et furent tous en la cité de Chartres au jour que ^ préfichié ' estoit , et se trouvèrent bien deux cens lances et tous gens ' d'armes ^ bons et féables.
Quant l furent tous assamblés les François et les Piccars, ils se départirent de Chartres , et prindrent le chemin à radresce pour aler en Auvergne, etexploittiôrent tant que ils vindrent en Bourbonnais. Les nouvelles s*espardirent ^ en Auvergne * que grant secours leur venoit de France. Si en fut tout le pajs resveillié et resjouy. Bien estoit de nécessité que ces gens d*armes de France s*avancassent pour venir en Auvergne au devant de ceulx de la Roche-de- Vendaix ; car, se ils euissent encoires attendu six jours, Âjrmerigot et ceulx de sa route avoient jette leur visée de venir courir à puissance en ce plain pays entre Clermont et Montferrant et la Ville-Noeufve-sur-Aillier et tout environ Ryon et jusques à ^ Ganap *. Et sachiés , se ils euissent fait ce voyage , qu*ils euissent porté dommage au pays de * cent mil frans ; car en la marche que je vous dy, gist toute la greisse d* Auvergne ; ne nuls ne fuist aie au devant , car le pays pour lors estoit wit de gens d*armes , et si oouroit la renommée que la route Aymerigot estoit plus grande assés qu*elle ne '^ souloit *' : ce leur (aisoit ressoingnier.
Aymerigot et '' sa route " estoient tous prests de faire celle chevauchie , mais nouvelles vindrent entre euls, je ne scay
•-• Préfix. — ••* !)• e:ii6rre. — •^ Partout le psyt d*AQTergii6. — '^ OmmuU.. Cwrnat. — • Plot de. — ••**• Fut. — •*•*• Set gcot.
DB TBNDAT. 173
comment ce fut ou par pèlerins ou ^ par espies ' , que grant foison de gens d'armes , desquels le visconte de Miaulx estoit chief, approuchoient durement et venoient de France pour eulx faire guerre et bouter hors de la Roche-de-Vendaix. Ces nouvelles les retardèrent et les firent tenir tous clos dedens leur fort et sentirent tantost que ils auroient le siège.
Or se commença Âymerigot à doubter et à repentir de ce qu*il avoit fait, car bien scavoit que , s*il estoit tenu , il ne vendroit à nulle raenchon. Si en parla à aucuns de ses compaignons et dist : « J*ay tout honny ; j'ay eu mauvais conseil. Convoitise sans raison me destruira , se ' fort ^ n*y a. » Dont respondirent ceulx à qui il en parloit et devisoit .: a Pourquoy vous desconfortés-vous ? Nous vous avons veu le plus conforté homme d*armes qui fuist en toutes ces marches. Nous avons bonne garnison et forte, et si est bien pourveue , et si sommes gens tous de deffense et de voulenté qui avons autant chier et ^ avions * nos corps à garder que vous avés le vostre. Vous ne povés perdre que nous ne perdions. Se par cas d*aventure advenoit que vous estiés prins , vous fineriés trop bien par ^ raenchon ' , car vous avés grant finance , et nous n'avons riens. Se nous sommes prins , c*est sur la teste ou la hart : il n*y aura autre rémission. Si nous vendrons chiôrement , et nous garderons aussi du mieulx que nous pourrons , et pour ce , Aymerigot , ne vous esbahissiés en riens de chose que vous veés et oés ; car nous n*avons garde du siège, et si * guerroions ^® sagement. » Ainsi les compaignons confortoient Aymerigot Marcel. Tant exploittiôrent ces gens d*armes de France , le vis-
•-' Aaltrement. — *^ Reconfort. — " Aimona. — ^-^ Raiion. —
• •• Guerroierons.
^^Hiu» vi^ )tiautx et les autres , que ils vindrent à Moulins ^ *' AiiviMrgtie *, et puis passèrent oultre ; mais la duchesse ^ ^iMurU>a , fille du conte daufiïn , recuelly à Moulins le >û»ix>uto et les chevalliers moult grandement et leur donna 4 dumer ; puis passèrent oultre et vindrent ce jour du soir i^iiûr a Saint-Poursain , et là ils se raffreschirent ; et de 1â U» vindrent à Clermont où ils furent recueillies de Téveeque du lieu et de ceulx de la ville. Là orent les compaignons de l'argent , car le pays , pour les gens d*armes payer , avoit fiùt une coeillote. Si furent délivrés à Clermont. Ils passèrent oultre et vindrent à Nostre-Dame-d'Orchival , à quatre lieues de la Roche-de-Vendaix. Là s'arrestèrent le Tisconte de Bfiaulx et ses gens. Et là estoit fait le mandement des chevalliers et des escuiers d'Auvergne et de Limosin. Si se assamblèrent là tous , et quant ils se furent assamblés , ils se trouvèrent plus de ' IIII" ^ lances , que nngs , que autres , et environ VI" arbalestriers genevois. Là estoient avec le visconte le sirede^Montigny *, vermendoisien, et son frère, le sire de ^ Doumont ', messire Bérault de la Rivière, * messire Ouillemme le Bouteillier, le seigneur de '^ Donnée ^\ le seigneur de la Roche ^', le sire de la Tour, messire L^ys " d*Authebière **, le seigneur de ** Saint- Ampisse '*, messire Robert Dauffin et plusieurs autres ; et estoient cappitaines des Gennevois deux vaillans escuiers , lesquels on nommoit Aubert " de l'Espinette " et " Calevace ^, et estoit pour ce jour maistre de lostel du visconte de Miaulx img gentil escuier qui s*appelloit Loys de la Glisuelle, et estoient tous ces gens d*armes gennevois '^ et '*
« Bonrbonnoii. — ^ 1119. — •• MonUga. — '-• Doammrt. — •^ Et pladeara d'âutret, et d'AuTergna. — "•' Domme. — " " D'Aubiôre. — *•-•• Saiot-Aoïnse. — "•• L'EipinoUe. — «^ Calevicha. — Tout.. Bons.
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arbalestriers pourveus de toutes pièces. Autrement ils ne fuissent point passés aux gaiges , ne au regard du visconte.
Quant ceulx de la Roche-de-Vendaix , Âymerigot Marcel et Guiot du ^ Séel * , son oncle , entendirent que ces gens d*armes , François , Piccars , Auvergnois et Genne- Tois, s*assambloient et estoient venus jusques à Nostre- Dame-d'Orchival et s'ordonnoient pour venir mettre le siège devant leur fort , si s*avisèrent quel chose ils feroient pour mieulx résister à rencontre d'eulx. Premièrement ils regardèrent qu*ils n*avoient que faire de là tenir leurs chevaulx puisque ils aroient le siège et qu'ils en seroient trop ' emblaiés ^. Âssés près du fort de la Roche-de-Vendaix siet ung autre fort qui s'appelle Saint-Soupery, et se tenoit pour ce temps ce fort à Âymerigot Marcel , et là demouroit sa femme. Si y envoia une grant partie de ses chevaulx. Si ordonnèrent que ils envoieroient leurs pages et leurs chevaulx à Saint-Soupery , et à tant les y envoièrent.
Vous devés scavoir que la Roche-de-Vendaix est durement forte, et si siet, au voir dire, en moult forte place, et moult en avoit esté le sire de la Tour de ceulx du pays blasmé de ce que il Tavoit laissie désemparée; et disoient en Auvergne communément les hommes que ce dommage ils recepvoient par luy , car bien il peuist avoir tenu la Roche-de- Vendaix , ou se tenir ne la vouloit pour le coustage , avoir habandonné aux hommes du pays qui tellement l'eussent désemparé que jamais nuls depuis ^ n'y ' fuist amasés ; mais au désemparer on avoit laissiés les murs tous entiers et une partie du manoir , et tel l'avoient trouvé Âymerigot et ses gens. La Roche-de-Vendaix est divisée des montaignes qui sont à l'environ haultes et dures, et est la Roche à par
«.• Sel. — »^ Empeschéi. — •* Ne s'y.
176 8IÉGB
Iny ; et sur Tun des lés il y a ung pan de roche , et sur la roche ils avoient fait leurs manteaulx et leurs atoumemens pour eulx garder et deffendre , et ne les povoit-on assaillir de nul costé fors par devant et par escarmuche.
Or se départirent de Nostre-Dame-d*Orchiyal le visconte de Miaulx , chevalliers et escuiers et genevois arbalestriers, et cheminèrent tant qu*ils vindrent devant la Rochede-Vendaix , et se logèrent et amasèrent idnsi comme gens bien ' usés ' d*annes scôvent faire, et misrent le siège, et petit à petit amendoient leurs logis. Quant la contesse dauffine qui se tenoit à Sardes , sceut les vrayes nouvelles que la Roche-d^Vendaix estoit assi^;ée et les Ânglois dedens , si en fut resjouie , et pour ce que elle pensoit bien que le visconte de Miaulx, de si loing venu que de France et de Piccardie , il n*avoit fait venir, ne acharier tentes, ne pavillons , elle y pourvey ; car elle ordonna ' et fist appareillier deux tentes belles et bonnes qui estoient de son seigneur le conte dauffin , et les envoia au visconte de Bfiaulx qui estoit devant la Roche-d&-Vendaix , par manière de prestet pour s*en aidier le siège durant. Le visconte rechupt ce présent en bon gré et se recommanda moult de fois à la contesse dauffine en la remerchiant des tentes que envoiées luy avoit , car bien luy venoient à point. Le sire de la Tour estoit en son pays et à une lieue de son chastel et de sa maison ; si avoit aussi ce que il luy ^ besoingnoit *. Tous chevalliers et escuiers se ordonnoient au mieulx que ils povoient ou sçavoient , et avoient vivres et pourvéances & foison, qui leur venoient de toutes pars à bon marchié. Le temps estoit bel et secq , et Tair quoy et chault , tel comme il est ou mois d*aoust et de hemu. Si se tenoient voulentiers les chevalliers * et les compaignons dessoubs les fueillies et
•^ Ruaéa. — • Tantôt. — ^ Convenoit. — • Lm etcajera.
DE YEHDAT. 177
les ramées, quant elles estoient verdes et nouYellement coppées ^ , et de cela ' avoient-ils ' bon reoouvrier*
Or vindrent nouvelles en Tost , qui misrent en doubte les seigneurs et les compaignons, que les garnisons voisines des ennemis comme de Galuset et d*Ouzac se cueilleroient ensemble et vendroient ung soir ou une matinée resvellier Tost quant on s*en donroit le moins de garde , et lôveroient le siège. Le visconte de Miaulx et les chevalliers en eurent conseil ensemble et ordonnèrent que se seroit bon qu*ils envolassent ung hérault à Perrot-le-Bemois , capitaine de Calttset 9 et à Olimbarbe , capitaine d*Ouzac , pour sgavoir leur entente à celle fin que ils n'en fuissent sourprins , et que de ces garnisons englesques ils fuissent asseurés ou en guerre ; et, selon ce que on leur feix>it de response , ils se pourverroient. Si y envolèrent ung hérault de leur costé et Tinformèrent et chargièrent de ce qu'il devoit^ Cèdre ^. Le hérault se départy de Tost et chevaucha devers le fort de Caluset et exploitta tant qu*il y vint , et trouva d*aventure à la barrière Perrot-le-Bemois à grant foison de ses compaignons qui s'esbatoient à jetter la pierre. Il descendy jus de son cheval et demanda le capitaine; on luy enseigna. Quant il fut devant luy , il ' parla ^ et fist son message bien et à point de tout ce dont infourmé on Tavoit. Perrot-le- Bemois respondi ad ce et dist : « Hérault , vous dires à « vos * maistres * qui cy vous envoient , que nous voulons « aussi entièrement et léaulment tenir la triève qui donnée « est et séellée entre France et Angleterre , comme nous « voulons que on la nous tiengne , et se nous sçavions Âme « des nostres qui Tenfirainsist , ne violast par aucune « adventure, se nous le povions tenir, jious en prenderions
« Et là amen^. - " Estoit-il. — * • Dire. — •■^ Le salaa. — *"* Seigneara.
Xnr. — FR0I88ART. 12
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« telle correction comme il appartendroit à prendre et que « promis Tavons. Et vueil bien que vous dittes à vos mais- « très que ce que Aymerigot Marcel a fait , c^est hors de « nostre conseil et ordonnance , ne oncques il n*en parla «• à nous. Et luy avions bien deffendu à luy et aux siens le « retour en nostre seigneurie , et , se nous le tenions , il « aroit mal fine. • Le hérault fut mené dedens le fort et disna. Après disner il prist congié. Perrot-le-Bemois luy fist délivrer pour ' Tamour ' des seigneurs de France dix firans ; il les prist et demanda le chemin à Ouzac , et on luy enseigna, et tant chevaucha le hérault qu*il vint à Ouzac et trouva le capitaine du lieu qui s*appelloit Olimbarbe et estoit gascon. Le hérault ' parla à luy sur la fourme et manière que parlé avoit à Perrot-le-Bemois. Olimbarbe respondi tout pareillement et dist que pour riens il n*enfrainderoit la triève , car il ne vouloit pas estre deshonnouré. Le hérault disna ou chastel d*Ouzac, et, au prendre congié , on luy donna dix frans , et puis s*en départy et retourna devers ses maistres à la Roche-de-Vendaix. Quant il fut venu et descendu , les chevalliers estoient moult engrans de oyr nouvelles. Si s*assamblèrent à Fentour du visconte, et l généralement il dist et remonstra bien et sagement comment il avoit esté à Caluset et à Ouzac, es quels lieux il avoit trouvé les capitaines , et les responses sur les paroles que dit avoit le hérault , dont respondu avoit esté. Le visconte de Miaulx et les chevalliers en tindrent plus grant ^ bien ^ que en devant ne faisoient de Perrot-le-Bemois et de Olimbarbe , et yssirent de toutes doubles de ce costé , et continuèrent le siège devant la Roche-de-Vmdaix *.
Le siège estant devant la Roche-de-Vendaix, vous devés
Lliottiitiir. — ' Osiooii, — ^ Compta. — * En boa oonTenant.
DB YENDAT. 179
savoir que tous les jours il y avoit escarmuche de ceulx. de dehors à ceulx de dedens , et souvent en y avoit de blechiés du trait , car Genevois sont malement bons arbalestriers et soubtils et de juste visée. Ainsi se continua et tint le siège bien neuf septmaines. ^ L*entrepresure ' de la garnison estoit grandement à Tavantage de ceulx de dedens , et je vous en compteray la manière et Fordonnance. Sur aucuns costés ils povoient bien yssir quant ils vouloient malgré leurs ennemis , car pour tout asségier environnéement et eulx tollir leurs yssues , il y convenist plus de VI" hommes.
Or advint que le siège estant devant la Roche, Âymerigot qui fut et estoit pour lors moult ymaginatif , regarda à son fait et considéra toutes choses , et veoit que point il n'avoit bien , ne aagement fait ; mais pour tourner son ' méfiait ^ en droit et affin que celle Roche-de-Vendaix luy demourast, il advisa que à toute dilligence il envoieroit en Angleterre ung sien vallet bien enlangagié et bien besongnant, et porteroit lettres de créance au roy d'Angleterre , au duc de Lancastre et ou conseil du roy. De ce pourpos il en parla à ung sien oncle qui s*appelloit Guiot du Séel , homme en Teage espoir de LX ans , mais moult estoit usé d*armes et congnoissoit assés le monde. Quant Aymerigot luy ot dit la manière et sur quelfourme ilvouloit envoier en Angleterre, cils Guiot en fut assés content et dist que de là envoier homme bien enlangagié et ^ bien ' besongnant ^ , on né pourroit perdre. Si prindrent ung vallet de leur congnoissance nourry avec euls. Âymerigot, avant son département , Tenditta très-bien et infourma en disant ainsi : « Nous te mettrons hors de céans saulvement et hors de « tous périls malgré nos ennemis. Je te délivreray or et
" L'eotrepriw. — *^ Fait. — ^' Instruit •' Infoarmé«
i80 sitoE
argent assés pour mieulx besoingnier et exploittier. Tu t*en yras en Angleterre et porteras ces lettres , unes au roy « les autres au duc de Lencastre , et les tierces au conseil du roy. Tu me recommanderas bien et sagement k eulx. Toutes les lettres sont de créance. On te demandera tantost sur quel estât tu es là venu. Les recommandations faittes , dy-leur que Aymerigot , leur petit saudoier et homme de toute bonne voulenté appareillié à tous leurs senrices, est enclos et asségié en ung petit fort lequel est tenu des arriôre-flefs de Limosin , hiretage au roy d'Angleterre ; et cils qui sont devant ce fort & main armée , se paynnent et traveillent tous les jours pour luy prendre et les compaignons qui le gardent et deffendent , desquels ceulx qui sont devant , ung chevallier cousin au seigneur de Coucy, qui s'appelle Robert de Béthune et visoonte de Miaulx, est capitaine institué de par le roy de France. Si prie au roy d'Angleterre et aus» à son conseil et au duc de Lancastre comme à celluy qui est souverain^ en Bourdelois eten l'iretage du roy d'Angleterre, que ils vueillent mander à ce visconte de Miaulx que il se parte du siège et liôve et oste ses gens ; et ne oublie pas à faire escripre ce point en la lettre , pour à ce visconte donner plus grant congnoissance que il se met en paine de rompre la paix donnée et séellée à Lolinghen séant entre Boulongne et Calais. Et pour ce que je ne scay de ces lettres, que le visconte en vouldra dire, ne quelle response il en fera (car il est assés estrange et merveilleus) , fais que tu aies autretant bien lettres du roy, de son conseil et du duc de Lancastre adrescans au duc de Berry ; car, se le duc de Berry veult, tantost ils se départiront du siège et lèveront. Et fais tant , pour
'Regard.
DE VEMDAT.
« mieulx besongnier , que tu aies avec toy ung escuier « d'onneur de par le roy ou de Tostel du duc de Lancastre. « ^Si le me salue* et luy dy de par moy'queilYiengneavec « toy. Il scet trop bien besongnier , et si est * bien con- « gneu du duc de Berry et des seigneurs de France , et je « luy donneroie cent frans. Et mets bien en ta mémoire « toutes ces paroles dont je te ay * enditté • et infourmé , « et en soies soingneux , et dy bien par delà à ceulx aus- « quels tu ^ parleras *, que ce petit fort lequel jay fortifié , « s*il demeure anglois , vendra encoires trop grandetnent à « point à ceulx qui guerre feront es marches de par deçà « pour le roy d'Angleterre , car il siet sur frontière de « pays et pour faire sur ' une saison gaingnier à courir en « Auvergne et en Lymosin deux cens mille frans *. •
Quant Aymerigot Marcel , prééent Guiot du Séel son oncle, ot4^ien inditté et ^^ infourmé " son vallet, et que les lettres de créance furent escriptes et séellées et que il luy ot délivré cent frans pour ses menus frais , il s'ordonna pour partir et s'en vint de nuit et tout à pié bien ^* acon< voie à ung autre fort lequel estoit à Aymerigot Marcel , et le nommoit-on Saint-Soupery. Quant il fut là venu , il prist tout tel cheval que il vouloit avoir à son advis le meilleur de la route , car il estoit à chois , et avoit à faire ung grant chemin. Il monta sus et passa parmy le royaulme de France comme ung François d'Auvergne et vint à Calais , et se acointa du capitaine nommé messire Jehan de Beauchamp , et luy compta une partie de ses besoingnes à la fin que il fuist plus tost avancié , sicomme il fut , car le capitaine luy flst tantost avoir passage. Il passa oultre et
' Et 86 Erbj le héraait (il est aa dac de Lancastre) est en Angleterre — " Aaquel tu prieras. — * Trop. — "^ Instruit. — '"• Prieras. — • Ou plus. — ••^* Instruit. — " Accompaignié et.
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vint à Douvres, et lorsque son cheval fut hors du vaissel , il monta et se mist an chemin et exploitta tant que sur ung jour et demy il vint à Londres , et ot si bonne adventure que le roy d'Angleterre et ses deux oncles le duc de Lancastre et le duc dlorch ^ et le conseil estoient là tous et au palais à Wesmoustier pour conseillier des besongnes de Northombreland ; car les Escochois, selon ce que les plaintes se faisoient au roy et à son conseil , ne tenoient point bien la triôve , siques on devoit ordonner pour là envoyer. Â ce point vint le vallet de Âymerigot à Londres. Il se traist à hostel , il se acointa de son hoste et luy dist une partie de son entente. L*oste , pour le adreschier, le amena à Westmoustier et flst tant que premièrement il parla au duc de Lancastre, et se tenoit en sa chambre , car enooires n*estoient-ils point entrés en conseil, ' et ' luy bailla les lettres qui venoient à luy. Le duc les prist et lisi. Quant il les ot lentes , il ^ se * traist d'un lés * pour scavoir de celle créance. Le vallet luy dist et compta tout de chief en chief comment la besongne aloit ainsi que vous avés ouy et .que Âymerigot ^ Tavoit infourmé *. Le duc entendi à .ces paroles et luy demanda se il avoit plus de lettres. Il respondy : « Oy , au roy et à son conseil. • — « C'est bien , « dist le duc , et je vous feray avoir entrée et audience. » Et le recommanda à ung sien vallet de chambre.
Le duc de Lancastre ala au conseil , et, quant 11 vey que point et heure fut, il * promeut ^* la besongne du vallet. A la promotion du duc , le vallet fut appelle. 11 vint avant et bailla ses lettres au roy et à son conseil. On les ouvry et lisy. Il fut là examiné et demandé de la créance. Cils estoit
• Et le dac de Olocettre. — " Le ▼wlet. — •^ Le. — • • Traiit le Tarltt en on lieu à ptrt. — '•• Lny aToit chargié. — • *• Poarveut irfte-grandement à.
DE VENBAT. i83
tout advisé et bien hardy de parler. Si ne fat point esbahy; autrement il n*euist là que faire. Si remonstra la besongne de Âymerigot moult sagement et plus seurement assés que on ne luy avoit chargié tant que de ious il fat voulentiers ouy. Quant il eut dit et fait ses requestes , on luy respondy que on en auroit conseil et advis et que de ce que il requerroit il ^ auroit brief response '. Il yssi de la chambre du conseil et vint au dehors, et là attendi tant que les ' lettres furent conseillies ^ et que ^ on Ten flst response '.
La response fut telle que le roy escriproit au viseonte de Miaulx et au duc de Berry sur la fourme et ordonnance que Aymerigot requéroit, et aussi feroit le duc de Lancastre, et délivreroit à ^ l'homme • qui apporté avoit les lettres, ung escuier gentil homme d*Ângleterre et de Tostel du duc de Lancastre, lequel passeroit la mer et feroit tous ces messages et apporteroit ces lettres , et pour mieulx exploittier • Herby '® le hérault venroit avec luy et aideroit à faire tous ces pourchas, pour tant qu*il congnoissoit assés les seigneurs d*Âuvergne et par espécial le duc de Berry. Le vallet qui les lettres avoit apportées de par Âymerigot , se contenta grandement de ceste response , et poursieuvy depuis dilligamment le duc de Lancastre et en fist si bien son devoir et sa diligence que sur briefs jours ses lettres furent escriptes , et le gentil homme de Tostel au duc de Lancastre ordonné- et chargié pour aler en cest voyage , et Tappelloit-on , ce me semble , " Herbery " , et devoit Herby le hérault passer la mer avec luy , laquelle chese il flst voulentiers , car le vallet de Aymerigot luy dist que , se il passoit la mer , il aroit de son maistre cent firans tous contants.
'-• Seroit responda. — •-* Seigneura furent conseiUiés. — •• La respoDse en fÙBt faite et rendue. — '-• Geluy. — •-*• Derby. — "-•• Hertbéry.
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Qiaant ces lettres furent escriptes et séellées , les trois les prindrent , et puis se départirent du duc de Lancastre et se misrent au chemin et exploittèrent tant qu^ils vindrent & Douvres et avanciôrent leur voyage, et eurent tantost une nef passagière qui les mist oultre et d*une marée ou havône de Calais , et yssirent hors et alèrent en la ville logier , et, quant la mer fut retraite , ils mirent hors leurs chevaulx et se départirent de Calais et prindrent le chemin de Boulongne. Ils passèrent oultre et toute Piccardie et vindrent & Paris. Point n*y séjoumôrent ; ils se misrent au cliemin et exploittiôrent tant qulls vindrent en Auvergne, et quant ils approchièrent Ljrmoges et en ce pays où la Roche-de- Vendaix siet , ils alèrent tout entour pour y venir couvertement.
Sur la fourme et estât que je vous recorde , exploitéerent tant le messagier et Fescuier avec Herby le hérault que ils vindrent assés près de la Roche-de-Vendaix. Quant ils forent venus ^ aucques ' sur le siège, l'escuier et le hérault advisèrent pour le mieulx que point ils n^yroient tant que pour le présent en la ' Roche Me-Vendaix , mais ils y envoieroient le vallet qui les estoit venus quérir en Angleterre et disoient qu*ils exploitteroient du surplus bien sans luy ; car , se on le veoit en leur compaignie , on suposeroit tantost que on les seroit aies quérir en Angleterre , et que ce seroit une chose faitte à la main , et mieulx monstreroient , quant on les orroit parler entre eulx deux et deviser , que la besongne seroit acertes pour le roy d*Angleterre ^ et que * plus de gens s*en ensonnioient. Le vallet obéy à 1 ordonnance des deux pour le mieulx , et retourna ou fort de nuit par le chemin quil scavoit sans le dangier de ceulx qui devant séoient , et trouva Aymerigot
Joiquet. — ••* Ville. — ** Que si.
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Marcel et Guiot du Séel son oncle et leurs compaignonâ qui luy firent bonne chière quant ils le veirent. Et furent tous esmerveilliés quant sur si briefs jours il estoit aie et retourné d*Angleterre. Il recorda à Âymerigot comment il avoit exploitië, et comment Tescuier du due de Lancastre ei Herby le hérault estoient yssus hors d'Angleterre en sa compaignie pourveus des lettres du roy d'Angleterre et du duc de Lancastre adreschans au visconte de Miaulx et au duc de Berry, se il besoingnoit : « Et pourquoy , dist Aymerigot , ne sont-ils venus jusques à cy ? » — « En nom Dieu , respondy cil , ils le font tout par sens et par conseil et cautelle , sicomme ils me dirent ; car entre eulx deux feroient et ^ avancheroient ' bien le message, et ne veulent que nuls de par vous soient veus en leur compaignie. » — « Ils sont sages et bien ad visés , respondy Guiot du Séel ; ils monstreront que de fait le roy d'Angleterre et le duc de Lancastre les envoie par decli& la mer et que la besongne leur touche. » — « En nom Dieu , respondy le vallet , vous dittes vérité. » De cet nouvelles fut Aymerigot tout resjouy et dist à son vallet : Tu as moult bien exploittié et sur brie& jours , et bien le te guerredonneray. »
Vous devés s^avoir que ' lliomme ^ envoie par le duc de Lancastre et Herby le hérault en sa compaignie * comme * tantost yssus hors d'Angleterre , ainsi comme ils estoient « s'en vindrent devant la Roche-de-Vendaix et droit où les François tenoient leur siège , et demandèrent le logis au visconte de Miaulx. On leur enseigna , et y furent menés. Ils trouvèrent le visconte devant sa tente , qui s'esbatoit & veoir jetter la pierre. Quant ils furent venus jusques à luy, ils l'enclinèrent et le saluèrent. Le visconte leur rendy son
*•] Acheveroient. — •-* L'escayer. — " Ainsi qu'ila eatoient.
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salut , et puis leur demanda dont ils venoient. Ils respondirent qu'ils estoient là envoies de par le roy d*Ângleterre çt le duc de Lancastre. « Vous soies les trôs-bien venus , « respondy le visconte de Miaulx , pour tant, et quelles « nouvelles vous ammainent maintenant en ceste sauvage « contrée ? • — « Monseigneur , dist le hérault , veés-cy « ong escuier qui est à monseigneur de Lancastre, qui vous « apporte lettre du roy d'Angleterre et du duc de Lancas- « tre. Si les lires , se il vous plaist , et pour ce que je con- « gnois ung petit le pays par dechà , je suis venu en sa « compaignie. •
Adont luy bailla Tescuier les lettres , et le visconte de Miaulx les prist et regarda les seaulx et congneu trôs-bien qu'elles estoient bonnes et apportées d'Angleterre. Si prist ong de ses hommes à part qui bien sçavoit lire. Si les lisi toujtes de chief en chief par deux ou par trois fois tant que le visconte les eut bien entendues. Si pensa sur ces escriptores et regarda comment le roy d'Angleterre luy escripvoit. que il estoit et logoit , dormoit et reposoit sur son héritage à main armée, et se mettoit en paine tous les jours de rompre la triève , laquelle chose il ne povoit , ne devoit faire , car c'estoit grandement ou préjudice des séellés que séellés avoient entre luy et son adversaire de France , et mandoit (telle estoit la conclusion de la lettre) que , ces lettres veues et leues, le visconte ^ et ses gens se partissent et levassent le siège et laissassent à Aymerigot Marcel paisiblement possesser de son héritage lequel luy avoit moult cousté à fortifier.
Ces paroles et autres plusieurs coulourées avoit encoires dedens ces lettres, et tout à Tayde de Aymerigot Marcel. Tout idnsi et sur une meismes fourme, comme les lettres du
' De Meaulx.
DE TENDAT. 187
roy d^Angleterre parloient , chantoient celles du duc de Lancastre , et mandoit le duc comme duc ^ excersis de * la duchié d*Acquitaîne. Adont respondy le visconte de Miaulx , quant il se fut advisé , et dist : Beaus seigneurs , ces nou- « velles que cy vous m*apportés , demandent bien à avoir « conseil. Je m en conseilleray, et puis je vous en responde- « ray. » Lors se trairent arrière Tescuier et le hérault et tantost trouvèrent qui les prist et qui les mena boire du vin au visconte. En ce détry et espace se conseilla le visconte , car il manda le seigneur de la Tour , messire Guillemme le Bouteillier, messire Robert DauflSn, messire Loys d'Ambière et aussi le seigneur de Montigny, vermendoisien, et messire Bernard de la Rivière , mais cil-là estoit de son hostel. Quant ils furent tous venus et mis ensemble , il renouvella ' les paroles et pour quoy il les avoit mandés , et leur fist lire les lettres là envoiées. Lorsque les chevalliers les ouirent, ils furent tous esbahis comment jà lettres povoient estre venues et apportées d'Angleterre ; car encoires n'avoientils pas là esté à siège ung mois, a Je vous diray, dist le vis- 0 conte , que j'en suppose. Cils Aymerigot Marcel est ung « soubtil varlet. Si tost qu'il vey qu'il auroit le siège, il « envoia ung sien varlet espoir en Angleterre pour impé- « trer ces lettres. Or y obéiray-je , se je vueil ; je vous dy « bien que j'en responderay tan tost ; mais de ce que le roy tt d'Angleterre et le duc de Lancastre me mandent , je n'en a feray riens , car je ne suis tenu en riens de obéir à eulx « fors au roy de France nostre sire qui m'a cy commis et 0 envoie. On face cy venir le hérault et l'escuier avant , « et je leur feray response. »
Tantost on ala pour eulx quérir, et furent amenés devant le visconte et les chevalliers qui là estoient. Quant ils furent
Exerçant. — ' Incontinent.
188 mAgi
yeaxks^ .ils inclinèrent les chevaliers, et levisconte * commença à parier , et lors se tealt chascun, et dist en telle manière : Herby , et vous Thomelin Herebery (ainsi estes-vous nommés selonc la teneor des lettres que vous m*avés apportées), il me semble que vous estes icy venus et envoies de par le roy d'Angleterre et le duc de Lancastre , lesquels sont infourmés , je ne sçay pas comment ou par Fimpétration de Aymerigot Marcel ou par aultruy qui le vueille aidier et qui ait esté en Angleterre, ou nom de luy , que je suis pour le présent à main armée demeuré et logé sur Téritage du roy d'Angleterre et me mande que je m'en parte et liève le siège et laisse paisiblement Aymerigot Marcel joyr et possesser d*un petit fort , lequel à grant paine et & grans coustages il a fortiffié. Et me mandent encoires que je me mets en péril et en adventure de moy deshonnourer, car je vueil et consens à rompre la chartre de la triôve qui est donnée et séellée à tenir fermement et establement le terme de trois ans entre le roy de France et le roy d'Angleterre. Je vousdy, beaus seigneurs, que à rencontre de la diartre de la triève je ne puis, ne vueil obvier que je ne tiengne la triève, et, pour chose que je séjourne et toge icy , qu'elle soit en riens enfrainte , violée , ne brisie. Je suis homme au roy de France nostre sire, lequel m*a içy envoie et estably comme ung sien petit mareschal pour le présent, car il est venu à la congnoissance du roy et de son conseil par la complainte des nobles du pays d'Auvergne et de Lymosin et des bonnes gens des bonnes villes et du plat pays qui^^prand perte et grant dommage ont recen à ce que Aymerigot Marcel a en celle marche et sur le départementdespays'advisé'uneforteplace ethabitation désertée et condempnée à non demonrer jamais; il l'a prinse et for-
' Uar chef. - ^
DE YENDAT.
tiffiée, et sur ce il ne Fa pas &it pour fort, ne maison de paix, ne de soûlas, mais en a fait ung retour de larrons et de pillars et de murtriers. Si m*est commandé de par le roy que je me tiengne icy pour defiendre et garder le pays. Et à la fin queceulxqui y sont amassés et qui tiennent le fort, que on nomme la Roche-de-Vendaix, ne puissent multiplier en leur mauvaistié , et de ce qu*ils ont fait, eulx pugnir et corrigier par telle sentenoe que à leur fourfait appartient , je me mets en paine de eulx prendre et avoir , siques . beaus seigneurs . au commandement du roy auquel je vueil et doy obéir , j*en feray mon devoir et m*en acquitteray léaument, et de çy ne me mouveray , ne partiray pour mandement qui me viengne tant que auray le fort et ceulx qui le tiennent à rencontre de moy et de mes compaignons. Et, se Âymerigot Marcel vouloit dire et mettre avant que je me soye avanchié de rompre la paix (de la triôve c*est-à-entendre) , car en triôve doit estre bonne paix, il se traie avant et je le feray combatre et callengier par aussi bon et meilleur qu'il ne soit , et luy feray monstrer et prouver que il-meismesl'a enfrainte plainement et rompue par trop de poins et d'articles, siques , beaus seigneurs , tout considéré , je vous fay response. Vous povés retourner , quant il vous plaist, et, vous venus par delà , que vous ne vueilliés dire , ne recorder autres paroles , ne plus , ne mains , que je vous ay dit ; car les reporteurs de paroles mal assises infourment, tel fois ^ de estre ', les seigneurs à rencontre et au contraire de vérité. » — « Monseigneur , respondi Tescuier, nous ne sommes , Herby , ne moy, cy venus senon pour raporter ce que nous orrons et que on nous dira , et puisque vous n'en voulés autre chose faire, nous n'avons
Eit.
190 siàGB
« que séjourner icy. > Us prindrent congié , et le visconte demoura. Il fist à leur département délivrer au hérault dix frans pour Tonneur du roy d'Angleterre et du duc de Lancastre qui là Tavoient envoie et à qui il eatoit.
Quant ils se furent départis du visconte , et on les ot mis ou grant chemin pour venir et retourner en la cité de Clermont , car ils disoient quils 8*en vouloient aler à Paris et que par là estoient-ils venus et ils eurent chevauchié environ demi lieue ensemble , entre euls deux commenciôrent à parler et rentrer en leur matière et disrent ainsi : « Nous i avons riens fait. Il nous fisuilt aler devers le duc de « Berry \ car il est sires de ce pays, dist Herby , car il « 8*escnpt duc de Berry et d'Auvergne. Ce visconte de i Miaulx ne Tosera courrouchier , se le duc luy veult mani der que il se départe^de là. Et nous avons lettres du roy « d'Angleterre et du duc de Lancastre adrechans à luy. i Si est raison que il les' voye et que nous sachons son i entente. > Ils tindrent ce propos et chevauchièrent tant que ils vindrent à Clermont. Ils y furent les bien venus , car le hérault congnoissoit assés le pays , il y avoit autresfois esté, et disoit partout, quant on leur demandoit que ils quéroient , que ils estoient messagiers au roy d'Angleterre. Euls venus à Clermont-en- Auvergne , ils demandèrent du duc de Berry où il se tenoit. On leur dist que pour le présent il estoit en Auvergne en ung très-bel chastel , lequel chastel on appelle la Nonnette. Le hérault sçavoit bien * la Nonnette, car autresfois il y avoit esté. Si se départirent de Clermont et chevauchièrent et vindrent à ' Usorie ^ et de là à la Nonnette. Ils montèrent à mont , car la montaigne est haulte à monter à merveilles avant que on soit au chastel.
* Et d*Aav«rgna. — ' Le dit chaital dé, — *** Iiaotre.. Uioire.
Quant ils furent venus là sus , ils trouvèrent grant foison de gens au duc de Berry, qui s^esbatoient en la place devant la porte. Le hérault fut tantost recongneu des aucuns. Si furent menés devers le duc qui pour Tamour du roy d*Angleterre et du duc de Lancastre leur fist bonne chière. L*escuier anglois qui portoit les lettres adreschans au duc de Berry , les luy bailla. Le duc les prist, ouvry et lisi tout au long par deux fois. Quant il les ot luttes , il pensa sus et ' buisina * ung petit , et puis respondi courtoisement à la plaisance de ceulx qui apportées les avoient ; car il dist : « Pour Tamour de nos cousins, nous en ferons « voulentiers nostre povoir. »
De ceste response furent l'escuieret le héraxdt tous ' lies ^ et cuidièrent à ce coup avoir exploittié de tous poins, mais non eurent , sicomme je vous diray. Si ne demoura-il mie en la négligence du duc de Berry , car de commencement il fist * devoir de lever le siège en grant dilligence , et si enclinoit, pour complaire au roy d* Angleterre et au duc de Lancastre qui l'en prioient, que le siège fust levé de devant la Roche-de-Vendaix et que le petit fort demourast à Âymerigot Marcel , et ou cas quil luy demourroit , on le feroit tenir tout paisible et amender ses fourfais , se il avoit courrouchié le roy ou son • conseil '.
Le duc de Berry qui se vouloit acquittier de ce dont il estoit pryé , et délivrer les Anglois qui estoient en son hostel , escripvy tantost unes lettres bien dittées et bien orëonnées du mieulx que on les peult faire, adrechans au visconte de Miaulx , et , les lettres faittes , avant qu'elles fussent séellées, il les fist lire devant les Anglois , lesquels les * tindrent ' à bonnes et à bien parlans. Ces lettres furent
'-■ Busia.—*^ Joyeux. — ■ Grandement son. — •■* Oncle — •■• Cuidièrent.
apportées par ung escuier notable du duc de Berry au siège de la Roche-de-Veniaix et baillis au visconte de Miaulx , lequel les prist , ouvry et lisi, et puis appella les chevalliers et les escuiers d*oimeur qui là estoient , et les flst lire en leur présence, entandis que cils qui apportées les avoit , estoit ^ à boire ; car on luy fist bonne chiôre pour * Tamour ' du duc de Berry, ce fut raison : c Sei-
• gneurs , dist le visconte à ses compaignons, nous ne
• demourrons point en paix puisque le duc de Berry veult « porter et aydier Aymerigot Marcel, rhomme du monde
• qui depuis douze ans a plus grevé et guerroie le pays
• d*Auvergne et fiadt I4 tant de povres gens. Et cuidpie que
• le duc le haist moult 'grandement, mais non îeit à ce qu*il
• monstre , quant il veult et commande expressément que i je me parte de cy. Par ma foy , je n*obéiray pas à pré-
• sent & ces lettres , mais m*en excuseray et de raison par c le roy nostré sire et son conseil qui cy m*ont envoyé , et « au département enjoint estroittement et commandé que « pour mandement que je eusse , se il ne venoit de la bou- « che du roy , je ne me départisse de cy , si auroie le fort « de la Roche-de-Vendaix prins et conquesté , et Aymeric got aussi prins, conmient que il fuist , se prendre le « povoie. Et le duc de Berry me mande tout le contraire et
• que tantost et sans dëlay , ses lettres veues, j*en liôve le « siège. Par ma foy , je n*en feray riens. » ^ Si * respondirent les chevalliers et escuiers d^Auvergne qui là estoient et qui ouy parler Tavoient : « Vous parlés bien royaulment c et léanlment , et nous demourrons tous delés vous. Mais
• sachiés de costé , se sçavoir on le peult , qui a esmeu
• maintenant * monseigneur ^ de Berry à escripre et prier
• pour ses ennemis. Nous supposons que Herby le hérault
• Meoé. — •-» L'Iionoêur. — ^ Sii«. — • ' Le doc.
DE YERDAT. 198
i et rescuier anglois qui apportôrent les lettres Fautre
• jour icy à vous , pareillement de par le roy d*Ânglet»rre
• et le duc de Lancastre luy aient aussi apporté lettres. » — « Vous ^ ne dittes pas * grant merveilles , dist le vis*
• conte , et je le sçaray , se je puis. »
Adont fiit appelé Tescuyer du duo de Berry pour luy faire la response. Il vint , et quant il fiit venu en la présence du visconte et des chevalliers et escuiers dlionneur , le visconte parla ainsi et dist et nomma Tescuier par son nom, car bien le congnoissoit : c Pierre, je vueil bien que vous sachiés que je doy et vueil devoir toute obéissance à monseigneur de Berry , car il est si grant et si prouchain du roy nostre sire que je ne Toseroie courrouchier. Mais moy et mets compaignons qui cy sommes et avons esté bien six sepmaines à siège devant ce fort pour le prendre et les larrons qui dedens sont assiégiés, à Festroit commandement de la bouche du roy et de son conseil, si nous esmerveil- Ions grandement, etbieny acause, comment monseigneur de Berry nous ' prie * pour ses ennemis éi que nous départons de cy et * estons * le siège. Se fidt estoit, nous disons généralement , et le dient aussi tous ceulx qui cy sont par la bouche de moy , que nous donnons grant matière et bon exemple à tous larrons et pillars qui courir vouldroient ens es royaulmes de France, que ils feissent du pis que ils pourroient. Pierre , vous dires ainsi à monseigneur de Berry de par nous tous et de par moy en chief , que nous sommes et suis tout prest et enclins à fSEure ce que à luy plairoit et commanderoit ; mais il m*est si tràs-estroittement commandé et enjoint du roy et de son conseil à cy estre et tenir le siège tant que à bonne conclusion Tauray nds
•-• Dittes. — ••• Mande. — "^ Leviona.
Xnr. — FR0I88ART* 13
IM uiM
c oomme floorandii capitaine de tous oeulx qui devant le
« fort & âége sont, que je ne Toseroie enfraindre, ne paa-
• ser. Et dittes bien que à nul antre mandement • ne oom- « mandement ne obéyray fors au roy à qui je sois subjet et
• qui m'a icy envoie , mais je vous pry qoe me dittes une t chone, se scavoir le puis. ^ Dont * vient-il maintenant & c pryer monseigneur de Berry pour Ajrmerigot Marcel qui
• tant ' a contrairié les^ pays d'Auvergne et de Lymosin ? Il c est prins et attrapé ainsi que traittre doit estre, et pour c venir à maie fin, et bien Ta desservy ; car contre ce qull
• a juré à tenir, il * erre et a aie et mefiSût *• » — t En nom « Dieu, respondi l'escuior, sire, ils sont venus deux hommes « d'Angleterre de par le roy d'Angleterre et le duc de s Lancastre , et prient trop fort pour Aymerigot Marcel. »
— « Je vous en croy bien, reqiondy le visconte, c'est Herby t le hérault, et si est ung escuier avec luy , qui s'appelle c Hertbery. Us m'apportèrent aussi l'autre jour lettres, t ancques sur la fourme, sicomme je suppose, conmie le roy
• d'Angleterre et le duc de Lancastre rescripvent à mon-
• seigneur deBerry. ^ Sicques' , Pierre , dittes à monsei-
• gneur de Berry encoirto de par moy avec les paroles que c je vous ay recfaargiées au dire , que il considère bien
• toutes choses ; car toutes ces prières qui viennent de delà c la mer , ce sont prières impétrées et ausquelles nul seic gneur de par deçà , sll ayme l'onneur et le prouflSt du
• royanhne de France, ne se doit encliner, ne descendre. »
— « Monseigneur , reqiondy l'escuier , soies tout * reoon-
• forte '* que je ne oublieray rien , car Aymerigot n'est c pas trop bien en ma grflce. De Aymerigot " j'ay ^* trop c plus ehier à veoir la pugnition que la délivrance. »
*-* D*où. — *^ A (kit d« contraire et de maofaittié aux. — ^ A «rré et aie et méMiré. — '*• Doocqaea. — *^ Certain., conforté. — ••^J'anioie.
DE YENDAT. 195
Âdont prist Tescaier congié au visconte et aux chevalliers et escaiers. Us luy donnèrent. Il monta à cheval et se départy d*eulx , et depuis exploitta tant luy et son page que il revint à la Nonnette où il trouva le duc de Berrjr auquel il flst son message, et reoorda tout ce dont on Tavoit infourmé de dire et bien sagement. La conclusion fiit telle que il dist bien que le visconte de Miaulx avoit dit que pour nul mandement qui venist, ne qu*il euist, il ne se départiroit du siège de la Roche-de-Vendaix , se le roy de France estroittement ne luy mandoit. Geste response ne rechupt point le duc de Berry en trop grant gré , et luy sembla que il povoit bien tant au royaulme de France que on devoit obéyr à ses lettres et par espécial ^ en la terre * d'Auvergne. Quant Tescuier anglois et Herby le hérault eurent oy la response que Fescuier monseigneur de Berry avoit rapportée, et que point le siège ne se lèveroit , si furent tous pensifs et veirent bien que ils traveilloient en vain. Si demandèrent au duc ' : « Monseigneur, que nous conseiUiés-vous à faire ?
• Nous départirons-nous de vous sans riens exploittier ? « Le roy d'Angleterre et le duc de Lancastre avoient grant
• flanoe en vous , que vous fériés lever le siège, pour tant « que la Roche-de-Vendaix gist en vostre seigneurie. » — « SoufErès-vous, dist le duc. Aymerigot est en forte place , « il n*a garde d'estre prins , se il ne luy mesvient trop gran- « dément ; et je doy prochainement aler en France devers « le roy , et moy venu par delà, j*en parleray au roy et & « son conseil, et pour Famour de mes cousins d^Àngleterre « qui en prient , je y adrescheray ce que je pourray , et ff vous venrés aussi avec moy. Si verres comment je exploit- « teray. »
Sur ceste parole s'appaisièrent et contemptèrent Fescuier
Oo pays. — ' En disant.
196 nteB
et le héranlt Depuis ne demoura que quatre jours que le duc de Berry se départy de la Noimette , et laissa illec la duchesse sa femme et graut part de son hostel , et s*en yint & Rion-en-ÂUTergne. Quant il fut là Tenu , il y s^ouma plus de huit jours , attendant le conte de Sansscmre et le sire de Revel que U avoit myoiés en Avignon pour ses besoingnes. Quant ils furent venus « ils se départirent de là tous ensraible , et se nûsrent an chemin parmy le pays de Bourbonnois et chevauchèrent tant à petites journées que ils vindrent à Bourges-en-Berry , et là fut le duc deux jours , et puis s*en party au tiers jour, et vindrent à Meunsnr-Yèvre , ung chastel à luy • et ' à droit là ' Tune des plus belles maisons dn monde y avoit pour lors , car le duc de Berry exoeUentement y avoit feit ouvr^ et jolyer et édifier , et avoit Inen cousté trois cens mille frans. Là séjourna le duc quinse jours , dont moult en annoyoit aux deux Ânglois , qui (Nrocnroient pour Aymerigot Marcel ; mais ils n'en povoient autre chose av(Hr. et s*en dissimuloit jà le duc et n*en fiûsoit jà plus compte , je vous diray pourquoy et comment.
Le conte de Sanssoire et le sire de Revel qui estoient les souverains de son ccmseil avec messire Pierre Mespin , avoient trop grandement * pesé ^ et chai^gié le fitit de cel Aymerigot , et en avoient par conseil blasmé doukement monseigneur de Berry et Iny avcûent dit que il ne se avoit que faire * d*ensonnier *trop avant de cel Aymerigot ; car sa vie avoit esté et estoit deshcmnourable , et estoit ung pillart faulx et mauvais , tndtre contre la couronne de France et par lequel trop de villains fiôs de pilleries et roberies avoient esté fidttes, soustenues et avandes en Auvergne et en Lymosin , et n'estoit pas ung hcnume pour
Ulee. — *^ Apeté. ^ "^* £>• toy metlm*.
DE Y£NDAT. 197
qui on deoist pryer , ne parler ; mais en deToit-on laissier convenir le roy et son conseil.
Ces paroles et autres avoient grandement reffroidié et reffroidoient et retardoient le duc de Berry , et n'en faisoit mais ainsi que nul compte. Néantmains les deux Anglois dessus nommés faisoient grandement leur devoir de ramentevoir au duc , et le duc, en luy dissimulant , leur en respondoit courtoisement et leur disoit : i Souffrés-rous. Nous « serons tantost à Paris , mais que nous soions départis « de çy. » Et quoyque il deist , encoires se tenoit-il & Meun-sur-Yôvre et se tint plus de trois sepmaines , et se derisoit au maistre de ses euvres de taille et de pointure , maistre ^ Adryen * Beau-Nepveu , à fiiire nouvelles ymages et pointures , car en telles choses avoit-il grandement sa iantasie , de tous jours faire ouvrer de tailles et de pointures , et il estoit bien adreschié , car dessus ce maistre Adryen dont je parle , n^avoit pour lors meilleur , ne le pareil en ' nulles * terres , ne de qui tant de bons ouvrages fuissent demeurés en France ou en Haynnau dont il estoit de nation , ne ou royaulme d*Angleterre.
Or vous vueil-je dire et reoorder quelle chose il advint de Aymerigot Marcel et de la Roche-de-Vendaiz. Il qui estoit assés ymaginatif , quant il vey que la détriance se mettoit si longuement à lever le si^ , si pensa bien que les messagiers du roy d'Angleterre et du duc de Lancastre ne povoient riens impétrer et que ces prières et ces lettres aloient tout à néant. Si advisa ung autre tour et s'apensa que il se départiroit de là et chevaucheroit de nuit et de jour tant qu'il resveilleroit les cappitaines de Pierregort et de Pierreguis , Ouionnet de Sainte-Foy et Emaudon de Saint&<!oulombe, Emauldon de Rostan, Jehan de Marsan ,
*^ Asdriea. — "^ Cent milles de.
198 siAge
Pierre d*Ancliin , Raymonnet de ' Compaigne * et plusieurs autres Gascons et Bernois , et tous ton Ânglois et grans guerroieurs ; et feroit tant par belles paroles que tous ces capitaines s'assambleroient et monteroient en Auvergne sur Tespôce et convoitise de fort gaignier, et venroient ou de soir ou de matin lever le siège et prendroient tous les gentils hommes qui là seroient trouvés , et bien auroient pour cent mil frans de prisonniers sans le menu butin. Il en parla à son oncle Ouiot du S6A et luy dist tout le long de sa ' visée * en disant: « J*ay tel chose proposé. Qu*en dittesvous f » H respondy et dist : « Je n*y voy que tout bien. Autrement ne serons-nous point délivrés de ces François. » — • Or , beanlx oncles , dist Aymerigot, je feray ce voiage puisque vous le me conseilliés , mais je vous prie d*une chooe avant mon département. » — t Quelle? » dist Ouiot du Séel. — t Pour escarmuche que les François facent , ne pour saillie , que vous ne vueilliés point ouvrir les barrières « ne yssir au dehors ; car, se vous le fiûsiés, vous y pourries plus perdre que gaignier. » Ouiot respondy : • Je m'en garderoy bien. Nous nous tendrons i^ dedens tous clos tant que vous revenrés et que nous orrons nouvelles de vous. • — « Voire, beaulx oncles , dist Aymerigot , je vous en prie. Autrement ne les povons-nous courronchier que de nous tenir enclos. De leurs assauls et escarmuches n'avons-nous gturde. • Depuis ne demourèrent pas trois jours que Aymerigot Marcel se départy de la Roche-de-Vendaix , ung page tant seulement avec luy, et se mist au chemin. Il passa oultre sans le dangier des François , et avoit intuition de ramener des compaignons avmtnreus et de lever le siège. Et quoyque Aymerigot Marcel feist ce et fust hors de la garnison ,
*-* CompsiM.. Copsna. — *•* Paasét.
DB VEIIDÀT. 199
œolx de Tost n*en scavoient riens ; car on povoit bien entrer et yssir hors de la Roche-de-Vendaiz sans le dangier , ne sceu des François, quant on yooloit.
Tous les joors il y avoit devant le fort escarmuche et assault aux barrières , et advint que environ cinq ou six jours après ce que Âymerigot se fut party de la Roche-de- Vendaix , il y ot ung assault ùit des François grant et bel et bien ordonné, et furent les François partis en trois parties , et chascune partie flst armes ; car ce Oniot du Séel estoit bon homme d'armes et longstemps en avoit usé, mais encoires à ce jour il se fourflst par oultrecuidance , car il ala hors de Tordonnance de son ^ nepveu * qui lui avoit chaîné que pour assault que on fesist, que point n yssist hors, ne ouvrist les barrières.
A cel assault y eut trois escuiers, deuxd*Âuvergne et ung breton , lesquels estoient en &isant armes sur ung pan de mur au plus près de la forteresse. Ces trois escuiers par espécial dessus tous les autres s*i portèrent vaillamment et y firent beaucoup d*armes. Cils d'Auvergne estoient nommés ' Cacquart ^ de la Violette et * Winoc * de Rochefort, et le breton le Monadich , qui jà fiit prins en Limosin ou chastel de Mont-Ventadour dessus dit , et estoit à messire Ouillemme le Bouteillier. Et dura cel assault jusques à la nuit, et y acquirent ces trois escuiers grant grftoe, mais quel paine, ne traveil que les François euissent ce jour en assaillant , si ne conquisrent-ils riens.
Or advint en après à une autre escarmuche que le visconte de Miaulx ot nouvel sens et advis, et mist en embusche douze hommes d'armes de ses gens en une vieille ^ croûte * et dist aux autres compaignons : • Aies escar-
•^ Cousin. — »-* Ricbart. — «^ Ubi&ot. — '•• GrotU. — • Au dehors du fort.
100 ftliGB
« moachier anx barrières, et se vous veés que oeulz dedens
« saiUmt dehors , ainsi que ils pourront bien ûdre, car ils
• sont con^oitteux de gaingnier, si reculés petit à petit tant
• que TOUS soies rettrais oultre Tembusche , et lors ceulx
• de Tembusche sanldront avant , et vous aussi retoumec rés. Ainsi seront-ils. enclos, et par celle manière seront-
• ils prins et attnqiés : je n*y yoy meilleur avantage. » Tout ainsi que le visconte le devisa et ordonna , fut-il
fiât , et fiirent œulx nommés , qui seroient des douxe en embnsehe. Lonyade la Glisueilleen fut IVm, Robert de Bétencourt , Vandale d* Arby , Guillemme de la Sanchoie , Qnionnrt de Vill^aque, Pierre de Saint-Vital, Pierre-le-Col, Andrieu de la Rodbe , Jehan ^ SaiUemaigre *, et tant que ils fiirent douce bons hommes d'armes , et s*embnschèrent en une vidle eronls an ddiors du fort , et les autres oompaignmis alèrent escarmnchier tds que ' Winoc * de Roehafort , * Caoquart * de la Violette et le Monadich , et estoient moult ' firisquement * armés de toutes pièces à la fin que ils fuissent plus ccmvoittiés de ceulx de dedens ; et estoient les escarmucheurs aussi Xn tant seulement. Quant ils furent si avant que & la barrière , ils commenchièrent à assaillir fidntement et & faire le simple, parquoy Guiot du Séel n*en * tenist ^* compte et saulsist hors. Si dist à ses compaignons : • Par saint Marcel, nous sauldrons hors, car s à la barrière sont joeunes compaignons qui encoires ne
• congnoissent les armes à ce qulls monstrent : nous leur
• aprend<ms à les congndstre. Us seront nos prisonniers ,
• ils ne nous pèvent eschapper. » A ces mots il flst ouvrir la barrière , et sailly hors tout innamier , et ne luy souvint pas de ee que Aymerigot hiy avdt dit à son département ,
-• Saltmagas. — ^ Lubiaot — *^* Riohart. — '•• Gentemaot — Pirt.
DE YENDAT. 901
car le grant désir que il avoit de faire armes et de gaingnier ancune chose, luy âst oublier, et commença Tescarmuche.
Quant cils François veirent que cils du fort estoient tout devant , ils furent tous resjouys , et commencièrent petit à petit à reculer , et cils du fort à poursieuvir. Et tant alèrent que ils passèrent oultre la première embusche , et quant ils furent ensus et ils veirent qu*il estoit heure , ils saillirent hors de la croûte et se mirent entre le fort et leurs ennemis en criant : « Coucy ! Coucj ! au visconte ! » Si furent enclos devant et derrière. Quant Ouiot du Séel en vey Tordonnance , si congnut bien que il s*estoit méfiait et que fort estoit de luy saulver , ne retraire , si commença à reculer pour revenir à la garnison , mais on luy sailly au devant. Que vous feroie-je long compte ? Ils furent là tous prins et attrapés , ne oncques nul n*en eschappa , et furent amenés au logis du visconte devant les chevalliers qui là estoient , qui en eurent grant joye ^ Par le conseil que le visconte de Miaulx donna , furent Guiot du Séel et ceulx qui ce jour estoient yssus hors du fort , pris et attrapés et menés en l'ost devant les seigneurs de France et d'Auvergne.
Quant le visconte vey Guiot du Séel , si luy demanda où Aymerigot estoit et que il en desist la vérité , car il le cuidoit ou fort. Il respondy qu'il ne sçavoit et que il s'estoit party du fort , plus avoit de XII jours. Dont pensèrent les seigneurs qu'il estoit * aie au pourchas '. On le fist mener arrière et tous les compaignons qui avec luy avoient esté prins.
Là demanda le visconte aux chevalliers d'Auvergne quel chose il estoit bon à faire de ce Guiot et de ses compaignons et que ils en voulsissent user par leur conseil. Messire
' Est grant aoUs. — *** Devena.
1112 SliGB
Oaillemme le Bouteillier ' respondy et dist ' : • Certes je suppose que Âymerigot soit aie au secours et resveillier les oompaignons des garnisons en Pierregort et en Pierreguis , car tousjours trouvera-il , quojque trièves soient , qui s*aventurra voulentiers pour mal faire. Et pourroit advenir que il venroit sur nous de soir ou de matin avant que nous en sceuissons riens , et nous pourroit porter contraire et dommage ; car Aymerigot Marcel est moult soubtil et de grant pourchas , siques fisûsons une chose. Disons à ce Guiot du Séel et à ceulx qui sont avec luy , que ils nous fSeushent rendre le fort de Vendaix, ou nous leur ferons à tous ' tranchier ^ les testes sans déport , laquelle chose, se ils ne le veulent fiEtire , ils n en soient point espargniés. • — c Ce conseil est bon , respondy le visconte , car au voir dire , pour avoir ce fort , sommes-nous venus en ce pays. Se nous n avons orendroit Aymerigot Marcel, une autre fois vendra-il à point. •
Adont s*appareillièrent le visconte de Miaulx, le sire de la Tour , messire Robert Danffin , messire Guillemme le Bouteillier et les autres , et vindrent devant la porte au plus près que ils porrent , et lÀ furent amenés Guiot du Séel et les autres. Le visconte ouvry la parole et Tadrecha premièrement à Guiot du Séel pour tant que il estoit capitaine : • Guiot du Séel , vous devés sçavoir , et tous ceulx c qui cy sont des vostres , que nous vous ferons à tous
• trenchier les testes sans d^rt, se vous ne nous faittes
• rendre le fort de la Roche-de-Vendaix , et 1à où vous la
• nous rendrés , nous vous lainms aler quittes et délivres.
• Or * eslisés * laquelle ^ parchon * que vous voulés , ou
• la mort ou la vie. •
• Uj. — • Ainsi. - ^ Cooptr. — ^ Anaéê. — ' «Part
De oeste parole furent Guiot et ses compaignons tous esbahis, et regardèrent que trop mieulx leur valloit à sauver leurs vyes que à morir. Guiot du Séel leur respondy et dist : « Seigneurs , je m*en mettray en peine. » Adont vint-il jusques à la barrière et âst tant que il parla à ceulx qui dedens le fort estoient , et ils trairent avant , et sachiës que ceulx qui dedens le fort estoient , se tenoient encoires pour tous desconâs. Ils ne sçavoient de qui ùire capitaine puisqulls avoient perdu leurs ^ maistres et les meilleurs de leurs compaignons , siques, tantost que Guiot du Séel parla à euls et traitta, ils furent d*accord et conseilliés de rendre le fort par condition telle que ils emporteroient tout le leur, et auroient respit bon et ségur ung mois entier pour euls retraire là où mieulx leur plairoit. Tout ce leur fut accordé, escript et séellé. Ainsi eurent les François le fort de Vendaix et par bonne aventure de Fescarmuche , et pour ce dist-on : « Toutes fortunes bonnes et maies adviennenl en « armes, qui les poursieut. »
Quant la Roche-de-Vendaix fut rendue aux seigneur^ de France et d*Auvergne, qui assiégiée Tavoient , vous devés savoir que cils du pays environ furent grandement resjouis. On tint à Guiot du Séel et aux autres moult bien tout ce que on leur avoit prommis. Quant ils orent prins ce que porter en porrent et vouldrent , on leur donna congié et vrayes asseurances qui duroient ung mois pour aler où * mieulx leur plairoit '. Le visconte de Miaulx et les seigneurs habandonnèrent la Roche-de-Vendaix à ceulx du pays, lesquels entendirent tantost au ^ désemparer ^, au rompre et au brisier, tellement qu*il n*y demeura tour entière , ne en estant habitation nulle , ne pierre Tune sur Fautre. Tout fut reversé et porté par terre.
• Deux. — "Il leur plaisoit. — •^ DeBtroire.
Les François qui lÀ estoient venus ou service du roy et avec le visconte , prindrent congié aux chevalliers et escuiers d* Auvergne , et eulx à eulx , et se départirent les ungs des autres , et retournèrent ceulx d*Âuvergne et de Limosin en leurs maisons. Lie visconte ^ donna congié de retourner en Piccardie une quantité de ses gens , et il s*en ala vers la Rochelle et s*en vint logier à Saint-Jehan-FÂngelier pour garder la frontière ; car encoires j avoit-il des pillars et robeurs qui couroient à la fois en Saintonge quant ils veoient leur plus bel : si leur vouloit aler au devant , car il y estoit tenu.
En la fourme et manière que vous m*avés oy reoorder » fat prins et conquis le nouvel fort la Roche-de- Vendaiz , et nus à démolition, dont tout le pays fat moult resjouy , et en forent les bonnes gens plus asseurés ; car, au voir dire , se il fast demeuré, il leur euist porté trop de donmiages et trop de contraires.
Les nouvelles de la prinse et du fait , sicomme il avoit aie , de la Roche-de-Vendaix, en vindrent au duc de Berry à ' Canteleu ' en ung manoir qui sien estoit, séant entre Chartres et le Mont-le-Héry à neuf lieues de Paris. Il n*en tint compte, car il estoit desjà tout refroidie de impétrer grâce au roy pour Âymerigot. Quant Herby le hérault en fat infourmé et que les chevalliers du duc luy dirent que la RocheKle-Vendaix estoit prisse et abatue , si dist à Tescuier qui avec lui estoit : • Hertbery , j*ay perdu cent
• frans que Aymerigot m*avoit prommis. •— « Pourquoy, ne
• comment ? » dist Tescuier. • — En nom Dieu, la Roche-
• de-Vendaix est ^ rendue * ; les François Tout conquise.
• Prendons congié au duc de Berry et retournons en Angle-
• terre. Nous n^avons ioy que faire. • Respondy Fescuier :
* De Mûalx. — ^ Caatcloo. — ^ Prise.
DE YBNDAT. 20$
• Paisqa*ainsi est, je Me loe '. • Dont prindrent-ils congié au doc, et le duo leur donna , et escripvy au duc de Lancastre et au roy d* Angleterre sur la fourme que ils luy avoient escript, et fist au département donner à Tescuier ung moult beau ronchin et au hérault quarante frans. Ils se départirent du duc et se mirent au chemin le plus droit que ils porrent pour venir à Calais ; je croy assés que ils retournèrent en Angleterre.
Or vindrent aussi ces nouvelles à Aymerigot Marcel qui biaoit son pourchas pour lever le siège des François. Quant les premières nouvelles Ten vindrent, si voult scavoir comment la besongne avoit aie. On lui dist que ce avoit esté par une saillie que son oncle Guiot du Séel avoit £Gdte mal adviséement et oultrecuidéement sur les François. « Ha ! a! du traiteur viellart ! dist Aymerigot. Par saint Marcel, se je le tenoie icy , je Tocciroie. Il m'a deshonnouré et tous les ' compaignons aussi. Je luy avoie à mon dépar^ tement si estroittement enjoint et ^ commandé ' que pour assault , ne escarmuche que les François feissent , nullement ils ne se avanchassent de ouvrir la barrière, et il a &it le contraire. Ce dommage ne me peult estre recouvré, car je ne me sçay où retraire. Cils de Caluset, Perrot*le- Bemois et cils d*Ouzach vuelent tenir la triôve , et mes compaignons sont tous espars, ainsi que gens desconfis et desbaretés. Jamais ne les aroye rassamblés , et aussi , se je les avoie tous ensemble, je ne les saroie où mener. A tout considérer , je me trouve en ung dur party , car j'ay courrouchié trop grandement le roy de France et le duc de Berry et les barons d*Auvergne et tous cenlx du
• L*accorde. — * Antres. — * • Deffenda.
106 SUPTUCK
c pajs , car je leur ay ùàt guerre , la triève dorant. Je c coidoie gaigoier , mais je sois en grant aventare de perc dre « ne je n*ay qui me conseille , ne je ne me sçay conc seillier. Je vouldroie ores estre « moy et le mioi et ma
• femme, en Angleterre, et comment y pourroie-je aler, ne c tout mon avoir porter ? Je seroie desrobé et rué jus c vingt fois avant que je fusse à la mer, car tous les passac ges en Poitou, en la Rocelle , en France , exx Normendie
• et en Piccardie sur la mer sont estroittement gardés , et c je me suis four&is. Geste chose est toute clore. Si seroyc je pris et retenu , c*est sans doubte , et envoie devers le
• roy. Ainsi je seroie perdu, et le mien aussi. Le plus ségur c pour moy seroit de moy traire à Bourdeaulx-sur-Géronde, c et petit à petit de fort en fort mander le mien et moy là c tant tenir que la guerre renouvellera ; car j*ay bien c espoir que après ces trièves (mal fuissent-elles prinses , c ne venues !) entre France et Angleterre , elle sera plus c forte et plus chaude que devant, car les compaignons c auront tout aloué , si vouldront avoir et conquérir , com-
• ment qull prende , ne adviengne, du nouvel. »
Ainsi se devisoit , que je vous dy , Aymerigot Marcel à par soy, et estoit tout ^ tristre'et pensif, et ne savoit lequel chemin tenir ' ou ^ retourner en Auvergne ou aler à Bourdeaulx et là mander sa femme et le sien retraire petit à petit coyement et * celéement *. Se il euist ce bit, de toutes voies il euist tenue la meilleure , mais il flst le contraire totalment , dont il luy en meschey ^. Ainsi paye fortune ses gens: quant elle les a eslevés tout hault sur la roe , elle les reverse tout bas jus oi la boe. Exemple par cel Aymerigot. Le fol avoit bien la finance, sioonmie Ten disoit en Auvergne , de cent mil frans , et tout perdi sur ung jour corps et
•^ Trille. — »-♦ Ne l'U devoit — " Secrétemaat. — ' Qrandemeot.
D^AIMBRIGOT MARCEL. 307
avoir « ûque je dy que fortone luy joua bien de son jeu , ainsi que à maint en a joué et jouera encoires.
Aymerigot Marcel en ses plus grandes tribulations se advisa qu*il avoit en Auvergne ung sien cousin germain escnier et gentil homme , lequel on nommoit Toumemine , et que il iroit devers luy et luy remonstreroit toutes ses besongnes et prendroit conseil de luy. Sicomme il le devisa, il le fist. Il s*en vint , luy et son page tant seulement, chiés ce Toumemine et entra ou chastel. Il cuida trop bien estre arrivé à cause de lignage, mais non fut. Cils escuier nommé Toumemine n*estoit pas bien en la gr&ce du duc de Berry , mais le hayoit \ et bien le sgavoit Tescuier : si en estoit plus doubteux. Si advisa , quant il vey venir son cousin en son hostel, c*est assavoir cil Aymerigot , que il le prendroit et retendroit et jamais de là départir ne le lairoit, et sa prise il signifieroit au duc de Berry en luy remonstrant que, s*il luy vouloit pardonner ' nettement ' et absolutement son maltalent , il luy envoieroit Aymerigot Marcel , et puis en fesist ce qu*il vouldroit.
Tout ainsi comme il le ^proposa*, il le fist; car, quant Aymerigotfut venu ens ou chastel de Toumemine son cousin, et il eut mit son espée jus, et on luy ot baillié chambre pour luy appareiUier , et il se fut revestu et remis à point, il demanda auxvallès: « Ou estmon cousin Toumemine ? • (encoires ne Tavoit-il point veu). — « Il est en sa chambre, respondirent c les vallets, venés le veoir. • — « Voulentiers, • dist Aymé- . rigot. Et cils savoient jà toute la voulenté de leur maistre.
Quant Aymerigot fiit revestu de nouvelle * gonne ^ et appareillié, et il ot desvestu une bonne cotte d*achier que par usage il portoit et mis jus son espée , il dist aux vallôs : c Alons , Alons. Je vueil aler veoir mon cousin
• Moult fort. — •-» Naement. — ^ Penwu - ••» Robe.
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' ^urm»mPr% U .^ ^ grart temps que je ne le veys. » " i. iniiiiiiinirnii infr "^H ^ti Toamemine estoit. Quant V 4iài^ ^«Mià jujiimii à kqr, Aymerigot le salua, qui nul mal » ^ ^--mti^^ l^iMMPMttttM respondi : • Comment , Aymeri- > >vii.« ^ ^'«^w ^ mandé , ne fût venir ^ celle part ' t « V v^jk uM' MMuMa bittd deshonnourer . Je tous prens pri- ^ iXiliiimr : anÉTMMnt je ne me aoquiteroie pas bien envers Uà giMM^^M» 4e France , ne monseigneur de Berry ; car v^Miik ^Mie ftiob et trahitre, qui avës enfiraint les tridves \ ^ llgiaim. Si le vous fault comparer. Et pour la cause Jn^ vviMt « monseigneur de Berry me het et ' traite de ma ittgri <Ml de m'avoir vif , mais je feray ma paix par vous , ^Hir)!^ vous y rendray ^ ou mort ou vif : jamais de céans liiiMlârés t.
|l9 ces paroles fut Aymerigot tout esbahy , et respondy : CMunent , Toumemine , je suis vostre cousin germain. VM<6 tout acertes que vous le dittesf Lie faittes-vous pour moy * effiroier * f Je suis venu içy en grant flanœ pour vous veoir et remonstrer mes besongnes , et vous me iaittes si crueuse chière , et me dittes paroles si dures. • — c Je ne sçay , dist Toumonine , que vous voulés dire , ne proposer ; mais ce que vous ay dit , je le vous tendray. • Dont nûst-il la main à luy, et ses vallets saillirent avant , qui estoient tous advisés quel chose ils dévoient faire.
Là fut prins Aymerigot , ne nulle deffense ne povoit avoir en luy ; car il estoit tout nuds et enclos en ung chastel ; ne pour parole , ne langaige que il sceuist dire , ne monstrer, Toumemine ne s*en volt souffrir que de deux jambes il ne le feist mettre en ' deux * fors fers et dedens une tour forte et bien fermée de bonnes gardes sur luy.
•^ C^ans. — •-• Sachiës que je yfooM •rmy.— •^ Enajer. — '■• Uns.
D*AI1IBIUG0T MARCEL. 209
Quant ^ il ' ot ainsi fait , jà estoit le chastel clos et bien fermé. Il prist les clefs et âst ung commandement que nul de ses vallès sur la vie ne s^avançast pour aler vers la porte , se il n*y estoit envoyé. Son commandement ibt bien tenu.
Il escripvy unes lettres tout à sa voulenté , lesquelles lettres se dévoient adreschier au duc de Berry , et escripvoit que il tenoit en prison Aymerigot , et, se le duc luy vouloit quitter et pardonner son maltalent et faire sa paix partout , il luy délivreroit. Quant ces lettres furent escriptes et séellées , il prist Fun de ses vallets le plus ' féable * et agréable, et luy dist : « Va-t-én en France
• devers monseigneur de Berry. BaiUe-luy ces lettres , et
• ne retourne point que tu n*en aies response. » Le vallet prist ces lettres et monta sur ung cheval fort et appert. Si se départy du chastel et ^ exploitta * tant par ses journées que il vint à Pans. Le duc de Berry se tenoit pour le temps 1à. U vint devers luy et luy bailla les lettres de son maistre Tournemine.
Le duc prist les lettres et les lisy , et , quant il les ot leues, il commença à sourire et à dire ainsi à ses chevalliers qui estoient delés luy : • Voulés-vous oyr nouvelles de Aymerigot Marcel ? Il est attrapé par son cousin germain Tournemine ; il le me escript et le tient prisonnier. » Les chevalliers qui oïrent ces paroles « dirent : Monseigneur, ce sont bonnes nouvelles pour le pays d* Auvergne et de Limosin , car en Aymerigot ils ont eu long temps ung mauvais voisin. Or a-il ^ fieût , ae vous voulés ; car il en * passera parmi le gibet , ne autre pardon , ne raenchon il n*en devroit avoir. • — • Je ne
«■• Tournemine. — •-* LoyaL. Fiable, — •^ Piit. — *•• Tant ûdt de mal qae, se voua Tonlës, il.