‹ Œuvres de FroissartChapitre 46 sur 75 · XIV. — PROISSART · texte numérisé non relu

XIV. — PROISSART

LB COMTE DAAHAGIUC

devant , nous avons eu aux barrières tous les jours assault et escarmuche. » — « Or c*est bien, dist le chevallier. Demain au beau cler jour, s^il plaist à Dieu, nous verrons comment ils se porteront , ne quel chose ils vouldront faire. Ils ne scèvent point de ma venue : si feray une secrette yssue et embusche sur euls. » — « Ha ! a ! sire, respondirent ceulx qui parloient à luy, il vous Csuildra bien garder et adviser quel chose vous vouldrés jEsLire, ne emprendre, car ils sont sôze mil chevaulx ou plus; et, se ils vous tenoient à la descouverte sur les champs, sans bataille par Teffort de leurs chevaulx ils feroient si grant * pouldrièré ' sur vous et sur vos gens que de vous-meismes vous sériés tous desconfis. » Respondy le chevallier: « Or à tant paix ! Je verray demain comment la besoigne se portera. Il nous &ult &ire aucun exploit d*armes puisque nous sommes jusques çy venus. » Ainsi cessèrent leurs paroles, et retourna chascun à son logeis , et le chevallier tout ' quoiement ^ signifia à ses gens que à Tendemain il vouloit yssir de Alexandrie et aler en embusche sur les champs et que tout homme feust prest et appareillië.

Quant ce vint & Tendemain, messire Jacques de la Venue se arma et appareilla et fist armer et appareillier tous les compaignons , et yssirent tous hors par une * porte * à la couverte sur les champs & Topposite de Fost, et s*en alèrent luy et environ trois cens hommes d*armes en sus de la ville bien demy lieue et se boutèrent en une vallée où point on ne les veoit , et en fist demourer deux cens k la barrière et leur dist : • Se nos ennemis viennent escarmuchier, si vous « deffendés fSûntement , et vous laittes, tout en reculant et « defiendant, amener jusques l où nous sommes. • Ils respondirent ^ : « Voulentiers. »

• • Dtmroï. — •^* Secrôtament. — •^ Voie. — ' Qu'ib le feroieot.

Ce jour flst moult bel et moult chault. Le conte d'Armeignach qui estoit jeune chevallier entreprendant et de grant voulenté , quant il ot oy sa messe en son paveillon et beu ung coup , demanda ses armes et se fist armer tout au cler et à Testroit et de toutes pièces , et prist son glaive et flst desveloper son pennon tant seulement et dist : » Alons veoir « la ville et escarmucbier. Nous retournerons au disner. o Et quant ilsedéparty, il n emmena point aveuc luy cent hommes, car il ne cuidoit avoir à faire comme à nulluy , et s*en vindrent il et ses gens tout lapas devant les barrières. Vérité est que petit à petit le sieuvoient gens d*armes , et les plusieurs n*en tenoient compte, disans : « A quoy faire nous « traveillerons-nous et armerons ? Quant nous avons esté « jusques aux barrières, nous ne ^ trouvions * à qui parler ». Ainsi se tenoient-ils tous quois et entendoient à euls logier ou à boire ou à mengier ou juer ou faire autres ' huiseuses ^ ; et le conte d^Armeignach s en vint escarmucbier devant les barrières, et commencièrent ^ à lancher et à jetter Tun & Tautre ainsi que gens d*armes font ce mestier. Gaires ne furent en cel estât les deffendans, quant ils commencièrent à reculer , ainsi que dit leur avoit esté , petit à petit , et tant alèrent que ils se retrouvèrent sur lembusche.

Quant messire Jaques de la Verme yey ses compaignons et ses ennemis approchier , si descouvry son embusce et sailly tantost hors. Là furent environnés et recueillies aux pointes des glaives les Ermignas , et aussi vaillamment se deffendirent, et tousjours leur .venoient gens petit à petit. Là eut fait moult de belles appertises d*armes et bouté par terre et relevé maint homme d*armes. Ce fut le jour Saint- Jaques et Saint-Christophle , et * descendoit si grant challeur du ciel ^ que proprement il estoit advis à ceulx qui estoient

•"• Savions. — "^ Ojaeasetôs. — 'A escarmachier et. — •*' Faiaoit ti grant challeur.

308 LE GOIITB D*ARIUGrfAC

en leurs armures, que ils fuissent en ung four ardant , tant estoit lair chault et sans yent , ne à peines les plus légiers et les plus jeunes n*avoient nulle puissance de faire grant plenté d*armes. Et ce qui aidoit aut gens du seigneur de Milan, ils estoient bien trois contre ung. La pouldriôre et la fumiôre qui sailloit des gens et des chevaulx et de la terre, les ^ ensonnioit grandement *, sique souvent ils perdoient ja veue Tun de 1 autre , et plus ceulx de par le conte d*Armeignach que leurs adversaires.

Là advint audit conte- une trop dure adventure d*armes , car il fut tellement oppressé de chault et si attaint que il ne se povoit aidier, et chéj en trop grant foiblesse. Si se bouta sus elle hors de la bataille , ne nuls n*entendo it à luy , ne amy , ne ennemy , et trouva assés prôs de là en ung aunoy ung petit missel d*eaue courant qui venoit hors de cel aunoy. n senty Tiaue au piet, ainchois que il la veist. Si luy fut advis proprement que il fîiist en paradis , et se assist tout seul sur le ruissel sans ce que nul 1 empeschast. Quant il fut assis , à grant peine il osta son bachinet et demeura à nue teste couverte de une coiffe de toille tant seulement, et puis se baissa et plonga son visage en Teaue, et commença à boire et à reboire tant que il en valu pis ; car en teuvant celle yaue firoide, la grant challeur que il avoit , ne le laissoit saouler, et tant en but et à tel oultrage que le ' sain ^ du corps luy reffiroida, et commença ^ à ausser et à entrer en foiblesse de * poplisie ^ et à perdre la force de ses membres et le mouvement de la parole , ne ses gens ne sçavoient que il estoit devenu, et jà en y avoit grant * foison ' de prins et de créantes, qui se tenoient tous quois, ne plus ne se combatoient.

*•■ OreToit monlt. — • * Sang. — • Fort. — •' Popelaeie. — •*• Nombre.

EN LOlfbARDlE. 509

En ce party que je vous ay dit du conte d'Armeignach le trouva en sus des autres ung escuier sauldoier au duc de Milan, et quant il le vey en ce party, il eut grant merveille et ne sçavoit qui c'estoit. Bien veoit qu'il estoit chevallier et homme ' dlionneur *. Si luy demanda Tescuier : « Qui estes- « vous? Rendés-vous. Vous estes mon prisonnier. » Le conte entendy bien la parole, mais il ne povoit parler, car il avoit jà la langue si morte et le palais si clos qu'il ne fidsoit que ' habeter ^ ; mais il luy tendy la main et fist signe qu'il se rendoit. U le voult faire lever, mais il ne poet. Si demeura delés luy, et les autres entendoient à combatre, et y ot faitte mainte apertise d'armes.

Quant messire Jaques de la Verme qui fut sage chevallier et perchevant , vey que la journée se portoit bien pour luy et les siens, et que ils avoient mort et prins grant ^ foison * de leurs ennemis et que ses gens se commençoient à fouler et à lasser et les Ermignas à venir et à mouteplier tous frôs et tous nouveaulx et ^ à chargier de fait * ses gens, si se mist à la retraite devers Alexandrie tout sagement et tout en escarmuchant, lanchant et deffendant.

L'escuier qui l'aventure avoit eu de trouver le conte d'Armeignach en Testât que je vous ay dit , ne le voult pas laissier derrière, car il luy sembloit bien homme d*honneur, et pria à ses compaignons que ils luy voulsissent aidiep à porter et mener à sauveté en la ville , et de ce qu'il en auroit de raenchon, il ' les en ^® départiroit bien et largement. Ceulx qui priés et requis en furent , le firent et luy aidièrent à porter et mener, et, à quel peine que ce feust , ils l'emportèrent en la cité et le mirent chiés son maistre , et fut le conte désarmé et desvestu et mis sur ung lit.

••• De *rè8-grant honneur. — •-* Balbutier.. Barbeter. — *^ Nombre. — ^^ Qui fort frappoient sur. — •-'• Leur.

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en leurs armures, que ils fuissent en ung four ardant , tant estoit lair chault et sans yent , ne à peines les plus légiers et les plus jeunes n*avoient nulle puissance de faire grant plenté d*armes. Et ce qui aidoit aut gens du seigneur de Milan, ils estoient bien trois contre ung. La pouldrière et la fumiôre qui sailloit des gens et des chevaulx et de la terre, les ^ ensonnioit grandement *, sique souvent ils perdoient ja veue Tun de Tautre , et plus ceulx de par le conte d* Armeignach que leurs adversaires.

Là advint audit conte* une trop dure adventure d^armes » car il fut tellement oppressé de chault et si attaint que il ne se povoit aidier, et chéj en trop grant foiblesse. Si se bouta sus elle hors de la bataille , ne nuls n entendo it à luj , ne amj , ne ennemj , et trouva assés prôs de là en ung aunoy ung petit missel d*eaue courant qui venoit hors de cel aunoy. n senty Tiaue au piet, ainchois que il la veist. Si luy fut advis proprement que il fuist en paradis , et se assist tout seul sur le missel sans ce que nul Tempeschast. Quant il fut assis , à grant peine il osta son bachinet et demoura à nue teste couverte de une coiffe de toille tant seulement, et puis se baissa et plonga son visage en Teaue, et commença à boire et à reboire tant que il en valu pis ; car en i)euvant celle yaue firoide, la grant challeur que il avoit , ne le laissoit saouler, et tant en but et à tel oultrage que le ' sain ^ du corps luj reffiroida, et commença * à ausser et à entrer en foiblesse de * poplisie ^ et à perdre la force de ses membres et le mouvement de la parole , ne ses gens ne sçavoient que il estoit devenu, et jà en j avoit grant * foison * de prins et de créantes, qui se tenoient tous quois, ne plus ne se combatoient.

«•■ OreToit moult. — •^ Sang. — • Fort. — •' Popelatie. — •*• Nombre.

EN LOlfbARDlE. 509

En ce party que je vous ay dit du conte d'Armeignach le trouva en sus des autres ung escuier sauldoier au duc de Milan, et quant il le vey en ce party, il eut grant merveille et ne sçavoit qui c'estoit. Bien veoit qu'il estoit chevallier et homme ' dlionneur *. Si luy demanda Tescuier : « Qui estes- « vous? Rendés-vous. Vous estes mon prisonnier. » Le conte entendy bien la parole, mais il ne povoit parler, car il avoit jà la langue si morte et le palais si clos qu'il ne faisoit que ' habeter ^ ; mais il luy tendy la main et fist signe qu'il se rendoit. Il le voult faire lever, mais il ne poet. Si demeura delés luy, et les autres entendoient à combatre, et y ot faitte mainte apertise d'armes.

Quant messire Jaques de la Verme qui fut sage chevallier et perchevant , vey que la journée se portoit bien pour luy et les siens, et que ils avoient mort et prins grant ^ foison * de leurs ennemis et que ses gens se commençoient à fouler et à lasser et les Ermignas à venir et à mouteplier tous frôs et tous nouveaulx et ^ à chargier de fait * ses gens, si se mist à la retraite devers Alexandrie tout sagement et tout en escarmuchant, lanchant et deffendant.

L'escuier qui l'aventure avoit eu de trouver le conte d'Armeignach en Testât que je vous ay dit , ne le voult pas laissier derrière, car il luy sembloit bien homme d*honneur» et pria à ses compaignons que ils luy voulsissent aidiep à porter et mener à sauveté en la ville , et de ce qu'il en auroit de raenchon, il ' les en ^® départiroit bien et largement. Ceulx qui priés et requis en furent , le firent et luy aidièrent à porter et mener, et, à quel peine que ce feust , ils l'emportèrent en la cité et le mirent chiés son maistre , et fut le conte désarmé et desvestu et mis sur ung lit.

•-• De ^rès-grant honneur. — •-* Balbutier.. Barbeter. — ^ Nombre. — ^'* Qui fort frappoient sur. — •-'• Leur.

310 LB COKTS* d'armagnac

Messire Jaques de le Verme et tous ses compaignons rentrèrent ens es barrières et ens es portes qui furent tantost refermées , et aToient ^ beaucoup * de prisonniers. Si se trairont à leurs hostels et se désarmèrent et rafireschirent et aisièrent de ce qu'ils orent , et pareillement les Hermignas qui à la bataille ayoient esté , retournèrent et se désarmèrent. Et quant les nouvelles vindrent en lost que nuls ne sçavoit à dire que le conte d*Armeignach estoit devenu , car point n estoit retourné , ils furent tous esbahis, et ne sçavoient que dire , ne penser ; et vindrent plusieurs où la bataille avoit esté « et cherchèrent les morts et la place lÀ environ, et point ne le trouvèrent. Si retournèrent en Tost ainsi que gens tout esbahis.

L*escuier qui ' fianchié ^ avoit le conte d'Ârmeignach , avoit grant désir de savoir quel homme il tenoit, et s en vint à ung escoier d*honneur gascon , qui prisonnier estoit et ^ recréant * sur sa foy , et luy pria, et à son maistre aussi, que ils voulsissent aler avec luy à son hostel : ils y alèrent. L*escuier lombart mena Tescuier francois en une chambre et au lit du conte d'Armeignach qui trop fort se plaindoit, et fist avoir grant lumière pour le mieulx regarder et ^ adviser * , et luy demanda : « Dittes-moy , mon amy , congnoissiés- « vous cest homme ? » L'escuier se baissa et de bien près regarda ou vyaire le conte d'Armeignach, mais incontinent le recongneut et dist au Lombard : « Certainement oyl , je • le doy bien congnoistre , car c'est nostre cappitaine et « chief monseigneur le conte d*Armeignach et non aultre. » De celle parole fut Tescuier lombard moult resjouy , quant il sceut que il avoit à prisonnier le conte d*Armeignaeh ; mais du dangier de mort en quoy il le veoit et du mal que il endurcit, estoit-il moult dolant et non sans cause , car il

•■• Pleoté. — *^ Trouvé. — '"• R«ceu. — '•• Voir A son ai«e.

luy tournoit à grant dommage, ce luy sembloit. a Or parlés « à luy , dist le Lombard ; je n*en puis extraire parole. » Âdont luy compta-il là où il Tavoit prins et comment il le avoit trouvé. L'escuier francois voult mettre en parole le conte d*Armeignach, mais il estoit jà si ^ passé * que il n*entendoit à chose que on luy demandast , ne desist. Si dist * son maistre : « Alons , alons ; laissons le reposer, d Si le laissièrent en tel estât, et celle propre nuit trespassa le conte d^Armeignach par la manière que je vous recorde.

Quant ce vint à Tendemain au matin et les nouvelles furent sceues et publiées que le conte d'Armeignach estoit mort en Alexandrie sur son lit , si ne voult point messire Jaques de la Verme que sa mort fuist celée , mais le flst & savoir et publier en Tost par leurs gens meismes que ils tenoient prisonniers, pour veoir et sentir comment ces François se maintendroient. Ils furent de ces nouvelles si esbahis en tout Tost et si desconfis que ils le monstrèrent ; car ils n*avoient nul capitaine à qui ils se peussent retraire , ne qui fuist chief de la guerre , car ce n*estoient que gens de routes et de compaignes, et dirent entr'euls : c Saulvonsa nous et mettons au retour. Nous avons perdu la saison. »

Tantost fut sceu en la cité d'Alexandrie que les Ermignas se desconfissoient de euls-meismes et n'avoiènt nul capitaine. Si fist ^ incontinent ^ armer tout homme et yssil* hors à cheval et à piet et venir sur Fost en escriant : a Pavie au seigneur de Milan ! » Oncques homme des Ermignas ne se mist à deffense, mais se laissièrent prendre et occir, ainsi que meschans gens , et fut le butin et le conquest moult grant pour les compaignons qui estoient venus avec messire Jaques de la Venue, et avoient tel effiroy et tel hideur ces * meschans ^ gens qu ils se rendoient à leurs ennemis sans defiense nulle,

« Oultre. — • De mal. — • A. — *-• Tantost. — •-' Menuea.

812 LB COMTB D*ARHA61IAC

et mettoient jus leurs armeures et estoient amenés en Alexandrie par grans tropeaulx « et les chassoient les Lombars devant eulx et les souldoiers , ainsi qu*on chasseroit ^ nng foucq * de bestes qui sont cueillies devant une ' place ^.

Or considérés la grande infortunité et povre aventure du conte d*Armeignach et de ses gens et comment pour bien faire selon Tintention de luy il luy retourna à grant mal quant il fut là mort si meschamment. Et s*il euist attendu' cinq jours tant seulement « messire Jehan Haccoude fiist venu et descendu en Tost à Y^ lances et à mil brigans de piet, par lequel Haccoude ^ plenté * de beaulx £eds d'armes se feussent £ûs « et tout se desrompy et perdy par povre aventure.

Vous devés et povés croire et savoir que quant le duc de Milan soeut la vérité de la besongne et que ses ennemis , desquels il se doubtoit grandement , estoient mors , pris et desconfis et ^ mis en chace * , et proprement le conte d*Armeignach estoit mort « si en fut grandement resjouy et en ayma et prisa et consola en son cuer trop fort son chevallier messire Jaques de la Verme « par Temprise duquel et bonne aventure la besoigne estoit achiévée. Si le ordonna et institua depuis souverain dessus toute sa chevallerie et le fist maistre et régent de tout son souverain conseil.

Le duc de Millau advisa sur les prisonniers quel chose il en feroit , et en voult délivra son pays et leur fist telle gr&ce et courtoisie que aux gentils hommes fist rendre et donner à chascun * ung *^ cheval et à tout homme ung flourin, et '^ avec ce les quitta ^* de leur prison et de leurs maistres qui pris les avoient. Mais à leur département il leur fist jurer et convenanchier que jamais & rencontre de luy ne

•^ Proyê.. Troapema. — •^ ForUretie. — " Moalt — '*• EocacUé«. — •••• Son. — "-•• Parmi oe toot qoittM.

EN LOMBARDIB. 31 S

s^armeroient. Si yssirent ces gens desconâs de Lombardie et de Piémond et entrèrent en la conté de Savoie et en la DaufBnë de Vienne et orent tant de povretés que merveilles est à considérer et à ^ parler *, car on ne les vouloit recaeillier en nulle bonne ville fermée. Et se clouoient villes , cités et chasteaulx à rencontre d*eulx. Chascun ot tantost despendu son flourin , si les convenoit pour Dieu quérir leur vie, se morir ne vouloient par famine, et obéirent en grant dangier. Aucunes gens en avoient pitié : si leur faisoient aumosnes et charités , et les autres non, mais les gaboient et vitupéroient et disoient moult honteusement : a Âlés , a aies quérir vo conte d^Armeignach qui se tua et creva de a boire à la fontaine devant Alexandrie, d Encoires fut le meschief trop grant pour euls , quant ils vindrent sur la rivière du Rosne, car ils la cuidièrent passer légièrement pour rentrer ens ou royaulme de France , mais non firent. Commandé et deffendu estoit par le roy que tous passages leur fuissent clos. Si eschéirent en très-grant dangier et péril et en toute povreté ; ne oncques depuis ne se peurent rajoindre, ne remettre ensemble.

Ainsi se desroropy et gasta Tarmée du jeune conte * d*Armeignach, et demeura sa sereur en ce dur party comme elle estoit au devant. Le duc de Milan renvoya par ung évesque de son pays et par les plus prochains que le conte d*Armeignach euist par delà à la journée que il fut prins, le corps dudit conte ^ en ung sarcus moult bien enbausmé à son frôre messire Bernard d*Armeignach qui fut moult courrouchié de ces nouvelles et à bonne cause ; mais tant que pour lors il n*en peult autre chose ^ avoir *. Si fut le dit conte ensevely en Téglise cathédral de la cité de Rodaix et là gist.

'-* Rdcorder. — ' Jehan. ^ * Et oommanda qQ*il fost mis. — ^ Faire.

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