‹ Œuvres de FroissartChapitre 48 sur 75 · FAVORABLE A LA GUERRE · texte numérisé non relu

FAVORABLE A LA GUERRE

Or considérés comment amour , paix , ne concorde povoient estre, ne venir, ne par quel moyen entre ces parties ; car les Franchois mettoient en leur traittié à avoir Calais abatue et à tenir en leur seigneurie Gliuines , Hames, Melk, et Oye et toutes les terres de * Fretin • et des ' appendences ^ de Gliuines jusques au fil de Teaue de Gravelinghes. Vray est que le roy de France et ceulx ausquels il en appartenoit à parler , vouloient bien rendre au roy d*Angleterre et à ses hoirs autant de terre ou plus , venant et retournant en prouffit pris en Acquitaine , comme les villes et les chasteaulx et les terres dessus nommées valloient par an à la couronne d'Angleterre , et contre cel article arguoit trop fort le duc de Glocestre et disoit ainsi : « Les François nous veulent payer du nostre. Jà scôvent- « ils , et nous Tavons par Chartres séellées du roy Jehan « et de tous ses enffans , que toute Acquitaine nous fut tt baillie et délivrée et sans ressort , et ce que ils en ont « depuis fait et repris , ce a esté par fraude et mauvais a engien , et ne ^ visent , ne soubtiUent ' nuit et jour k a autre chose que ils nous puissent dëcepvoir ; car , se « Calais et les terres que ils demandent, leur estoient rentt dues , ils seroient seigneurs de toutes les frontières sur a mer, et yroient toutes nos conquestes à néant , ne jÀ À tt la paix tant que je vive , je ne me accorderay. »

En ce temporal dont je parole , estoit trop grandement ^ bien ^ ung chevallier de France , de la nation d'Anjou et de Bretaigne et moult gentil homme et de noble estration, lequel chevallier on nommoit messire Pierre de Craon, * du

Fretun. — ** Dépendances. — •-• Tendent. — '-• Aimé du roy de France. — * Et aussi estoit-il.

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duc de Thouraine ; et par luj estoit tout fait devers le duc et sans luy n'estoit riens fait. Celluy chevallier tenoit moult grant estât devers le duc , et aussi grant que il le tenoit « Tavoit-il tenu delés le duc d*Ânjou qui s'estoit escript roy de Naples « de Sézille et de Jhérusalem. Et avoit finance grande sans nombre, et couroit ^ escandôle * sur luj et commune renommée parmy le royaulme de France et aussi en autres terres et pays , que il avoit desrobé le duc d*Ânjou , pour laquelle renommée et doubte le dit messire Pierre de Craon s estoit absenté du jeune roy de Sézille et de la royne sa mère qui femme avoit esté au duc d* Anjou , et ne se veoit point bien voulentiers en leur présence. Néantmains tant avoit-il fait que du roy de France et du duc de Thouraine il estoit très-bien *.

Or sçavés-vous que messire Olivier de Clichon , pour ces jours connestable de France , d'autre part aussi estoit moult bien du roy de France et du duc de Thouraine son frère , et oils Favoit acquis par les beauls et bons services que il leur avoit £ûs en armes tant à euls comme au roy Charles leur père ; et si savés que la fille messire Olivier de Clichon avoit à mary Jehan de Bretaigne , firère germain à la royne de Jhérusalem. Messire Olivier de Clichon, pour tant principalement que il s*estoit alyé de mariage à Jehan de Bretaigne , estoit si mal ^ du duc de Bretaigne que le duc le hayoit À mort et le tenoit pour son ennemy couvertement et Jehan de Bretaigne aussi. Et se repentoit ^ trop * le duc que quant il ot en son dangier dedens le chastel de TErmine , messire Olivier de Clichon , connestable de France, que il ne le fist morir. Celluy messire Pierre de Craon estoit tant bien du duc de Bretaigne , comme il vouloit ; car il estoit son cousin, et euist, ens ou

•-• E*5Uodr«. — ■ Aimé. — • En grâce. — " Fort

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temps que il estoit si bien en la grâce du roj et de son frère le duc de Thouraine , voulentiers tourblé par aucune incidence , sll peuist , le connestable par devers le roy et le duc de Thouraine. Ainsi les envies qui tousjours couvertemônt ont long temps régné en France , se couvroient et dissimuloient , ^ mais elles * vindrent à trop mauvaise conclusion.

Le connestable de France avoit tousjours esté trouvé si léal chevallier en tous ses fais envers la couronne de France, que tous Tamoient, réservé le duc de Bourgoingne qui Tavoit trës-grandement ' contre ^ courage , et la hayne parfaitte venoit par la duchesse de Bourgoingne sa femme, laquelle estoit et fut dame de hault courage. Elle ne povoit nullement amer ce connestable de Fraîice ; car le duc de Bretaigne luy estoit trop prochain de lignage , et tout ce que son pore le conte de Flandres avoit amé , elle amoit» et tout ce que son père avoit hay , elle hayoit : de telle condition fut -elle.

Cils messire Pierre de Grâon qui pour lors se tenoit en la court de France et le plus delés le duc de Thouraine, escripvoit souvent de son estât et de ses besoignes amoureusement et secrètement devers le duc de Bretaigne , et le duc vers luy. La fourme , ne la substance de leurs rescriptions ne puis-je pas savoir ; mais touteffbis , je sire Jehan Froissart , acteur de ceste hist oire , une fois que j*estoie à Paris et en ce temps que ung grant meschief fut près advenu par nuit sur le corps de messire Olivier de Clichon , connestable de France , et par la oultrageuse et merveilleuse emprise de messire Pierre de Graon , sicomme je vous recorderay avant en Tistoire et esclarchiray, quant temps et lieu sera de en parler , pour ce que je veoie les

Tant qu'ellei. — •• En.

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choses obscures et en grant trouble et bien taillies de mal aler , mis grant peine à ce que je peusse savoir Tintroduction de ceste matière et pourquoj messire Pierre de Craon avoit esté et estoit si soudainement eslongié de la grâce , amour et faveur du roy de France et du duc de Thouraine. Tant enquis et demanday à ceulx qui en cuidoient et dévoient savoir aucune chose , que l'en me dist la vérité de ' Tenclavure *, sicomme famé et renommée couroit ; et tout premièrement la hayne vint du duc de Thouraine au dit messire Pierre de Craon par sa coulpe , car il révéla ou deult révéler les secrets du dit duc de Thouraine à madame de Thouraine, et, se il le fist, il se fourflst grandement.

Le duc de Thouraine avoit pour lors tellement à grâce ce messire Pierre de Craon que il le tenoit pour son compaignon et le vestoit pareillement de ses draps et le menoit partout où il aloit et luy descouvroit tous ses secrets. Cils duc de Thouraine pour lors estoit jeune et amoureux , et jroulentiers veoit dames et damoiselles et se jouoit et esbatoit entre elles , et par espécial, sicomme il me fut dit , il aymoit très-grandement une très-belle jeune ' dame ^ de Paris. Ses amours furent sceues et ses secrets révélés tant que la besongne tourna à grant desplaisance pour le dit duc , et n en sceut le dit duc de la révélation qui proprement encoulper, fors messire Pierre de Craon ; car ^ iP de tous ses secrets s estoit â luy descouvert, et lavoit mené secrettement avec luy ^ là oCi il avoit parlé ^ à la jeune dame. Le duc qui fort aymoit la dame , devoit avoir promis mille couronnes d or, mais que il en peuist avoir sa voulenté. La dame les avoit re£fusés et disoit qu'elle n amoit point le duc , pour son or , ne pour son argent , fors par bonne amour qui â ce

• • L'œuvre. — • Et frisqae. — ^ DamoiieUe. — •^ Lo duc. — *** Quant il aloit parler.

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