SB RÉFUGIE EN BRETAGNE
Tavoit inclinée, et que, Dieu merchj, pour or, ne pour argent elle ne yendroit jà son honneur. Toutes ces paroles , ces prommesses et ces secrets furent sceus de la duchesse de Thouraine , laquelle manda tantost la jeune dame et la fist venir en sa chambre. Quant elle y fut venue, elle la nomma par son nom et luy dist moult yréement : « Comment me vou- 0 lés-vous faire tort de monseigneur ?» La jeune dame fut esbahie et luy dist tout en pleurant : « Nennil, madame, se « Dieu plaist, ne je ne le vueil faire, ne je ne Foseroie penc ser. » Dontreprist la ducesse la parole et dist : « Il est ainsi, « car j'en suis toute infourmée que monseigneur vous ayme 0 et vous Tamés aussi, et ont les besongnes aie si avant que « en tel lieu il vous prommist mille couronnes d*or, mais « qu il peuist avoir ses voulentés de vous. Vous les reffu- • sastes. De ce feustes-vous sage, et pour ceste fois je le « vous pardonne. Mais je vous deffens , si chier que vous a amés vostre vie , que à monseigneur vous n*aiés plus de a parlement , mais donnés-luy congié. » La dame qui se veoît accusée de vérité et en dangier , respondy et dist : t Certes, madame , je m*en délivreray du plus tost que je « pourray , et feray tant que jamais n'en orrés nouvelles qui « vous desplaisent. » Sur cel ' estât la duchesse luy donna congié, et la jeune dame retourna à son hostel.
Or advint que le duc de Thouraine, qui de tout ce ne scavoit rien, et qui jeunement et ardamment aymoit celle dame, se mist en lieu où la dame estoit. Quant elle le vey , si le fuy et ne luy fist ' ung * semblant d'amour, mais tout au contraire de ce qu'elle avoit fait autreffois ; car elle n*osa, et aussi elle Tavoit promis à la duchesse dé Thouraine. Quant le duc vey la contenance d'elle, si fut tout esbahy et pensif, et voult savoir à quelle fin elle se maintenoit ainsi. La jeune
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dame luy dist tout en pleurant : « Monseigneur , ou vous c aTés révélé tous les secrets de la prommesse que vous me a feistes une fois, à madame de Thouraine, ou autre pour c vous. R^ardés en vous-meismes à qui vous vous estes c descouvert ; car de madame de Thouraine et non d autruy c j*en ay esté en grant dangier, et luy ay juré et prommis, « réservé celle fois-icy , que je n*aray jamais parlement À t vous , dont elle peuist entrer en jalousie. » Quant le duc oy ces paroles, si luy furent trop dures et trop obscures à ^ son plaisir*, et dist : • Ma belle dame, je vous jure par ma foy, c avant que je ' euisse ce dit ^ À la duchesse , j'aymeroie c plus chier À perdre cent mille firans ; et puisque vous l'avés c juré, tenés vostre parole ; car, quoyqu*il me couste , * je « saray * qui a révélé nos secrets. »
Sus cel estât se party le duc de Thouraine de la jeune dame et la laissa en paix , et pour Teure n en fist nul semblant ; mais comme firoit et attempré de manières se souffiry, et pour ce n*en pensa-il pas moins, et vint ce soir delés madame de Thouraine sa femme et souppa emprôs elle et luy monstra plus grant semblant d'amour que point endevant n'avoit fait , et tant fist par doulces paroles et traittables que la duchesse luy descouvry ces secrets et luy dist comment elle le sgavoit par messire Pierre de Craon.
Le duc de Thouraine tourna pour 1 eure tout en revel et n*en parla point ^ plenté *. Celle nuit passa. A Tendemain sur le point de neuf heures il monta à cheval et se départy de Saint-Pol et sen vint en Louvre et trouva son frôre le roy qui devoit oyr sa messe. Le roy le recueilly doulcement et lyement, car moult Taymoit, et se percev le roy aux manières que le duc fidsoit, qu*il estoit courrouchié ; si luy demanda :
*** Sa pUisanoe.— ^ Voas eoine àM\é.— ^ J'en tçaarmy la fond.. U vérité. — '^ Bfoolt.