DU ROI DE FRANCE
estoient gouvernés , et ce lu; seroit grant honneur et prouffit , et Ten ameroient trop mieulx ses subgets. Le roy si enclinoit assés , car il traveilloit voulentiers et veoit nouvelles choses ; et bien luy disoit le sire de la Rivière qui nouvellement estoit retourné des marches dont je parle , que les gens de la séneschaulchie de Thoulouse , de Carcassonne et de Beaucaire le désiroient grandement à veoir pour le duc de Berry qui le gouvernement en avoit eu et les avoit tant traveilliés et chargiés de tailles et d*aydes, par information d un sien famillier qui s*appelloit Bérthisach , lequel n avoit pitié de nulluy , que riens ne leur estoit demouré ; et, pour y pourvoir, bon seroit que le roy y alast, et aussi il verroit et manderoit à Thoulouse le conte de Fois que il désiroit moult à veoir.
Si se ordonna le roy, sur ce pourpos, et * envoya * faire ses pourvéances sur les chemins grandes et grosses , et signifia à son oncle de Bourgoingne et à sa tante la duchesse que il passeroit au long parmi * son pays *, et vouloit veoir ses cousins et ses cousines leurs enfians, et emmenroit en sa compaignie son ifrère de Thouraine et son oncle de Bourbon.
Ces nouvelles du roy qui vouloit venir en Bourgoingne , pleurent grandement bien ^ , et moult en furent joyeulx le duc de Bourgoingne et la duchesse , et ordonnèrent tantost et firent crier et publier unes festes et unes joustes à estre à Dijon, et furent chevalliers et escuiers de Bourgoingne , de Savoye et des marches prochaines requis et priés pour estre à celle feste , et s'ordonnèrent et appareilliôrent tous selon ce.
Entretant que les pourvéances du roy se faisoient pour aler en Avignon et en Languedoch , et que le duc de Bour-
•*• Ordonna envoyer. — "Sa terre. — 'Au duc de Bourgoingne et à la duchefte.
SS LB DUC D*IRLA1IDB
goingna et la dndiesse se ordonnoient et iqppareiUoieiit pov raenaillior le roy (et aussi fidsoient tous ehevalliers et esouiers de leur marcàs et encoures plus loingtaines) , qui Touloient estre à la fioste à D^oii et aux joustas, adrindrant aatres choses en FVanee.
Vous sçavés comment le duc dlrlande qui jadis fut nommé le conte d*Acquessufort , estoit débouté , banny et eschacié pour ses démérites et dessertes hors du royaulme d'Angleterre par le &it et puissance des oncles du roy Rîohart d'An^etarre (et par espécial le duc de Glocestre Tavoit plus acqueilly et grevé que nuls des autres) « et comment pour luy saulver et garder il estoit afiuy en Hollande, et se tint ung petit de temps en la ville de Dourdrecht , et depuis Ten convint partir , car le duc Aubert qui sires estoit de Dourdrecht et de Hollande , luy véa sa terre et sa demeure dessoubs luy , ne pas ne le voult tenir & rencontre de ses cousins germains d'Angleterre , quoyque le roy Richart Feu euist ^ rescript *, et convint œ duc dlrlande départir de Dourdrecht et venir à ' Ultrsct ^ demeurer, et là se tint et fuist tenu ung grant temps , se il voulsist ; car la dté dUtrect est franco à recepvoir toutes gens , puis que on paye bien ce que on prent, et ce duc d'Irlande avoit bien de quoy payer , car soixante mil firancs de France luy estoient venus du connestaUe de France pour la rédemption de Jehan de Bretaigne. Et si scavés comment le roy de France Tavoit mandé , et si estoit sur * seur-eondnit * ¥ena devers le roy, et s*i tint bien ung an ou environ ;
Requit par rescriptios. — •• Utrse. — •"•
SB RETIRE EN BRàBANT. 33
0t 611 âdsoit le roy grant feste pour ce qu il estoit estrangier.
Or n'est-il riens dont on ne se tanne.
Bien est vérité, quoyqae le duc fuist devers le roy, le sire de Coucy le haioit de tout son coeur. Bien y ayoit cause, car ce duc , ainsi que vous sçavés , combien que en autres affaires il fuist bien pourveu de sens, d'honneur et de ^ parole plaisant * et de grant largesse , si estoit-il ti'op fourfait envers la fille au seigneur de Coucy que à femme il ayoit prins et à espouse, car sans nul title de raison, fors à mauvaise et trahiteuse temptation et déception, il s*en estoit desmarié pour prendre une autre femme, laquelle estoit de Boesme et des damoiselles de la royne d* Angleterre ; et tont ce avoient consenty le roy et la royne sa femme à tort et à péchié, et en avoit dispensé le pape Urbain de Rome à la prière et Êtveur du roy dessus-dit et de la royne ; et ce péchié greva trop fort en conscience et en tous autres afiaires le duc dlrlande , pour quoy le sire de Coucy qui trop bien estoit du conseil de France (aussi il le valloit et desservoit et le povoit ens es besongnes de France desservir et valloir tons les jours, car il estoit sage et pourveu), si âst tant et procura avec ses bons amis messire Olivier de Clichon et le seigneur de la Rivière, messire Jehan le Merchier et autres, que le roy luy donna congié, et luy fut dit de par le roy que il esUsist place et demeure où il voulsist , mais que ce ne fiist ou royaulme de France : il le feroit là conduire et mener sauvement et seurement.
Celluy duc d*Irlande regarda que on estoit tanné de luy, et se veoit en péril tous les jours du seigneur de Coucy et de son lignage. Si considéra que mieulx le valloit à eslongier
*.* BeUe parleure.. éloquence.
XU. — PR0I8SART. 3
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que approchier, et advisa qu*il se trairoit en Brabant, et fist prier au roy qu'il en voulsist rescripre à la dachesse de Brabant, que par sa grAoe il peuist demourer paisiblement et courtoisement en son pays. Le roy 8*i accorda moult voulentiers et en rescripvy à sa belle tante de Brabant, laquelle ^descendy*àlapriôre du roi. Si fut le duc dlrlande conduit et aconvoyé de gens du roy et amené jusques à Louvain et là se tint. Et à la fois aloit en ung chastel qui siet près de LouTain , lequel il avoit emprunté & ung chevallier de Brabant.
Avec ce duc dlrlande se tenoit Tarchevesque dTorch, lequel estoit aussi eschacié , banny et bouté hors d'Angleterre pour une meisme matière , et estoit cel archevesque de ceulx de Neufeille d'Angleterre , et sont grant gent en Northombreland et moult puissants de lignage et de terres. Si se tindrent ces deux seigneurs eschaciés , sicomme vous oyés dire , à Louvain ou là près , tant que ils vescurent ; car oncques depuis ils ne peurent venir à paix , ne à merchy envers les oncles du roy d'Angleterre , et là morurent : je ne sçay de euls parler plus avant.
Environ la Saint-Michiel se départy le roy de France de Fostel de Beaulté delés Paris , et laissa illec la royne , et prist le chemin de Troyes-en-Champaigne pour aler en Bourgoingne , le duc Loys de Thouraine en sa compaignie et son oncle le duc de Bourbon , le seigneur de Coucy et moult d'autres chevalliers. Si exploitta le roy tant qu'il vint ' à Dijon. Le duc de Bourgoingne et le conte de Nevers son fils estoient venus au devant très à Chastillon-sur-Saine.
Quant le roy fut venu à Dijon , vous devés scavoir que la
^ Se condetoeodjf. — * Bd Boargoingne et arriva.
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èancbasm de BomfgmgfMè et la oontesse de Nerers sa fille le leeaeillireiit grandeoMBt etljemMit, et tons les antres seigneors anasi pour ramoar do roj, et 4 sa bienveniie estaient feones à Dijon grant foison de dames et de damoisdles que leroy yeoit voulentiers. L& estoit la dame de Sa^y» la dame de Vergy, la dame de Pagny et moult d*aatres dames et dam4?»~>^W , jmmes et ^ firisqnes * et bien * acroyées ^. Si flocrwnmencftrent les festes , les danses et les caroUes et les esbatemens, et s^efibrchoient ces dames et ces damoiselles de danser, chanter et elles resjotr poor Famoar dn roy , du duc de Thouraine et du duc de Bourbon , du seigneur de Couçy et d'autres. Ung lundi, ung mardi et ung mercredi tous ces trois jours il 7 eut joustes fortes et roides et bien joustées , età toutes d<mné pris au mieulx fEÛsant. Et fut le roy huit jours en la yille de Dijon en tous esbatemens. Au ^ dixième* jour y il m*est advis qu'il s*en party en prendant congié, ccnnme il me semble , à son onde le duc de Bourgoingne, à sa beUe tante la duchesse et à leurs beaulx enffans. Llntention du duc de Bourgoingne estoit telle que hastiTem^it il poursieuTroit le roy son nepyeu et seroit en Ayignon delés luy, et sur ^ tel ' estât il party de Dijon , quant il eut prins congié aux dames et aux damoiselles.
Ainsi se départy le roy après toutes ces festes, et exploitta tant par ses journées qu'il vint à ViUe-Noeufre dalés Avignon en son hostel royal lequel estoit appareillié pour luy. Et là estoient les cardinauls d'Avignon *, celluy d*Agrefueil, celluy de Saint-Marcel , celluy de Chastel-Nuef et plus de trèse, qui alèrent sur les champs à rencontre de luy, et finrent tous resjouys de sa venue.
Le duc de Berry estoit jâ venu et logié en Avignon eus
" Fnichm.. gmim. — ^ ArrMes.. aornéet. — •^ Nea^iAine. — CeL — * CeUnj d'Amiens.
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on palais da pape ; mais il vint à Ville^Neofra contre le roy sw œpTw , et sa loga en la livrée d*ÂiTaa que on dist à Montais ens ou chemin de Montpellier. Le duc de Boorgoingne arrlTa Vendemain que le roy fut venu & Ville-NeufVe par la riviàre de Roane , car il eatoit entré en une grosse barge k Lyon^ror-le-Rosne , et forent le roy et les quatre ducs tous ensemble & Ville-Neufve , et U eurent conseil et ▼oulenté de passer oultre le pont en Avignon et aler an palais veoir le pape. Si s'ordonnèrent sur ce et tant que sur le point de neuf heures du matin le roy passa le pont d'Avignon acoompaignié de son firôre et de ses trois ondes et de douze cardinaulx, et sen vint au palais , et là Tattendoit oelluy qui se nommoit pape Clément, en la chambre de consist(nre, séant en une chaiôre pontificalement en sa papalité.
Quant le roy de France fot venu si avant que en la veue du papa , il Tenclina , et quant il fot venu jusques à luy , le pape se leva , le roy de France le baisa en la main et en la bouche , le pape se assist et fist seoir le roy delés luy sur ung si^ lequel Ten avoit ordonné tout propre pour luy. Puis s'assirent les quatre ducs, quant ils eurent fait la révérence au pape séant qu'ils baisiôrent en la main et en la bouche, et séoient les quatre ducs entre les cardinaulx.
Après toutes ces révérences et bienvenues il fot heure de disner. Si se retrairent devers la grande chambre du pape en la sale ot les tables estoient mises et dreschies. On lava ; le pape s'assist tout seul à sa table et tint son estât. Le roy s*assist aussi à une autre table et tout seul. Les cardinaulx et les ducs s'assirent tous par ordonnance. Si fot le disner bel et bien estoffé. Après ce disner, et vin et espioes prinses, la chambre du roy ou palais estoit toute ordoimée et appareillie. Si se retray le roy et les quatre ducs, et avoit chasçun sa chambre toute pi^rée et ordonnée dedens le palais.
A avighoh. S7
fii te fetraist chasenn en sob lieu, et là se tmdrent le ^l«s éis joofs que ils s^oomèrtBlit en Âvignoni
An cinquième jour que le royde France fut venu et entré en Avignon , vint le jeune conte de Savoie^ cousin germain du roy et nepveu au duc de Bourbpn. Si fût le roy moult resjouy de sa venue, car bien lavoit veu le roy Fautre jour « quant il passa À Lyon-sur-le-Rosne « et luy avoit dit qu*il le venist vecMr en Avignon, sicomme il fist.
Le roy de France et le duc de Thouraine son firàre et le conte de Savoye qui estoient jeunes et de légier esprit i quoique ils fussent logiés delés le pape et les cardinauls , si ne se povoient-ils tenir , ne ne vouloient aussi que toute nuit ils ne fuissent en danses et en caroles et en esbatemens avecques les dames et damoiselles d*Avignon , et leur administroit leurs reveaulx le conte de Genève qui estoit fi*ère du : pape. Si fist et donna le roy de France moult de largesses et de dons aux dames et damoiselles d*Avignon, tant que toutss s*en louoient ^
Vous devés scavoir que le pape et tous les cardinaulx fîirent moult resjouys en ces jours de la venue du jeune roy de France, et, pour dire vérité, bien y avoitraison que ils le fuissent , car sans Famour du roy leur affaire estoit petite. Et bien considéroient et dévoient considérer que de tous les roys crestiens ils n*en avoient nuls obédiens à eulx, se ce n'estoit par la faveur , amour et aliance du roy de France; Vray est que le roy de France , le roy d*Escoce et le roy d'Espaigne obéissoient « et le roy d*Arragon s'estoit nouvellemrat déterminé ; mais la détermination avoit fait la.royne Tolent de Bar qui cousine germaine au roy de France estoit : autrement il n'en euist riens esté, car ea devant le roy d*Arragon. le père et tous les autres royaulmes se tenoient
* Qnmdement
88 OUILBS TI
ff
Matres. Or regardes doncqnes se le pape et les deroient bien oonjouir le roy de France et son oonseU, quant toute leur puissance et tout le prouffit de quoy ils vivoient et dont ils tenoient leur estât, venoit de ce costë.
Le roy de France fut avec le pape et les cardinaulx si longuement qu'il luy pleut, mais je ne sçay quans jours, en joies, en reveaulx et en esbatemens ; et ou joieulx advénement du roj le pape âst grâces ouvertes à tous clercs estans en court et en ung mois advenir, et donna nominations au roj sur tous les collèges cathédraulx et autres collégiaux , et sur chascun coU^ deux prouvendes d expectation , et réserya toutes grâces en devant faittes, et Touloit que les grâces du roy procédassent, ainsi comme dles feirent : dont moult des clers du roy furent pourveus par ces grâces. Pareillement il en donna aussi au duc de Thouraine , an duc de Berry , au duc de Bourgoingne et au seigneur de Coucy, et furent toutes expectations retardées, qui en devant avoient esté faittes et données , et estoit le p^M si courtois et si lai^ pour Tamour de la venue du roy, que nul n*en aloit escondit ^
Quant le roy de France se fut esbatu delés le pape et tenu au palais environ huit jours, et que le pape à grant loisir luy eut remonstré toutes ses besoingnes (et bien luy donnoit â entendre par ses paroles et complaindoit grandement de ' l'antipape ^ de Rome qui luy empeschoit son droit et mettoit le tourble et le différent en l*Église , le roy 8*endinoit bien â ce que pour y pourvoir , et promist de bonne voulenté adont au pape Clément, que, luy retourné en France , il n*entendroit â autre chose, si auroit mis FÉglise à ung : sur ces paroles se oonf<»rta très-grandement le pape), le roy de Franoe print oongié à luy et s*en retourna à
•^ N« raflbié. — ^ L'antre pape.
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Ville-Neafve , et aussi firent son firàre et ses oncles \ et là ung jour donna-il À disner à tous les cardinaulx et au conte de Genève , frère du pape. Ce disner fait , il print congié A eulx et dist que à Fendemain il chevaucheroit * vers ' M onpellier , et les remerchia très-grandement des révérences qu'ils luy avoient faittes , et les cardinaulx retournèrent en Avignon.
Ordonné fut du conseil du roy que il se départiroit au matin , son frère et le duc de ^ Bourbon ^ en sa compaignie, et prist congié À ses oncles le duc de Berry et le duc de Boui^oingne, et leur dist que ils retoumeroient en leur pays et que ils n*avoient que faire aveuc luy pour ceste fois; car il vouloit aler jusques à Thoulouse et là mander et veoir le conte de Fois. Les deux oncles se contentèrent moult bien de ce ; car pour lors le conseil du roy estoit si grant que Berry , ne Bourgoingne n'y avoient nulle voix, ne audience fors de menues choses. Et jà avoit-on osté au duc de Berry le gouvernement de Languedoch et remis par membres et par séneschauchies au proufSt du roy , dont le pays des marches de Garcassonne et de Bésiers , de Nerbonne , de Fougaux , de Bigorre et de Thoulouse estoit moult resjouy; car voirement du temps passé avoit esté trop fort * examiné ^ et traveillié de tailles que le duc de Berry y avoit mises et assises, sicomme je vous esclarchiray assés prochainement, car la matière le ' demande *.
Quant le duc de Berry et le duc de Bourgoingne veirent que le roy se ordonnoit ainsi de aler devers Montpellier et pour visitter le pays de Languedoch et qu*il les mettoit
• Barrj et Bourgoingne. — *■* Jusques à. — •"• Bourgoingne. — •^ Anojé. — •^ Requiert.
40 CHABLBft Vl
derrière et ne les youloit point mener ayeue Iny , â en forent tons mérancolieox , mais sagement s'en dissimulèrent et en parlèrent ensemble en disant : « Le roy s*en va en Languedoch pour faire inquisition sur ceulx qui lont gouverné et pour traittier au conte de Fois qui est le plus orgueilleus conte qui vive aujourd*huj , ne oncques n*ama , ne prisa voisin qu*il eust , ne roy de France , ne roy d'Engleterre , ne roy d'Arragon , ne roy d'Espaigne, ne roy de Navare ; et se ne maine le roy de France avec luy de son conseil que la Rivière , le Merchier , Montagu et le Bègue de Villaines. Quel chose en dittes-vous, ^ firère ?» ce dist le duc de Berry. Respondi le duc de Bourgoingne : « Le roy nostre nepveu est jeune , et, s*il croit jeune conseil, il se décepvera ; et sachiés que la conclusion n*en sera pas bonne , et vous le verres. Pour le présent U le nous ' convient endurer ' , mais ung temps vendra que ceulx qui le conseillent , 8*en repentiront, et le roy aussi. * Aillent * de par Dieu où ils veulent, et nous retournerons en nos pays. Tant que nous serons ensemble, nuls ne nous fera tort. Nous sommes les deux plus grans membres * du royaume de ^ France. » Ainsi se devisoient les deux ducs , et le roy de France se départy au matin de Ville-Nœufve delés Avignon , et prinst le chemin de Nismes et vint là disner. Encoires demeurèrent les deux ducs dessus nommés delés le pape trois jours , et le sire de Coucy aussi. Au quart jour ils s*en départirent , et s en ala chascun en son pays ; et le roy , le jour qu*il 8*en ala disner en la cité de Nismes , il s en ala gésir & Luniel.
Quant le roy se party de Luniel , il vint au disner & Montpellier , car il n*y a que trois petites lieues. Si fut
• Beau. — •• Faut fouflKr. — " Votaent. — • ' Qui soient en.
A MOirrrELLIBR. 41
recen des boargois , des dames et des damoiselles de la ditte ville moult liement et grandement , qui le désiroient moult à Teoir , et luy furent fais et donnés plusieurs beaulx présens et riches , car Montpellier est une moult puisant ▼ille et garnie de grant marchandise , et moult la prisa le roj lorsqu^il Tout veue et considéré leur fait et leur puissance. Et bien fut dit au roy que sans comparaison elle EToit esté trop plus riche que pour le présent on ne la trouvoit , car le duc d*Angou et le duc de Berry Tavoient malement pillie et robée : dont le roy complaindoit moult les bonnes gens qui avoient eu si grant dommage, et disoit et leur promettoit qu'il y pourverroit , et si refourmeroit tout le pays en bon estât. Ancoires fut dit au roy , luy estant et séjournant en Montpellier : « Sire , ce n*est riens de la povreté de ceste ville , envers ce que vous trouvères sur le pays , plus yrés avant ; car ceste viUe-icy de soymeismes est de grant recouvrance pour le fait de la marchandise dont ceulx de ceste ville s'ensonnient par mer et par terre , mais en la séneschaulchie de Garcassonne et de Thoulouse et ens es marches d environ où ces deux ducs ont eu puissance de mettre les mains , ils n*y oût riens laissié , mais tout levé et emporté. Et trouvères les gens si povres que ceulx qui souloient estre riches et puissans , à peine ont-ils de quoy faire ouvrer et labouser leurs vignes , ne leurs terres. C'est grant pitié de veoir euls , leurs femmes et leurs enfans , car ils avoient tous les ans cinq ou six tailles sur les bras , et estoient raenchonnés au tiers , au quart ou au dixième du leur , ou à la fois du tout , et ne povoit estre une taille payée quant une nouvelle leur sourdoit sur les bras ; et ont , «comme on le peult bien scavoir, ces deux seigneurs vos oncles , depuis qulls ont eu le gouvernement du pays de la Languedoch , levé du pays mouvant de Ville-Neufee
4t CHAKLtt fl
delësAyignon jttsques en Thoaloosain.alant environ jusques à la rivière de ' Garonne ' et retournant jasques à la rivière de Doordonne , ' la somme de trente cens ^ mille frans. Et par espécial, depuis que le duc d*Angou s*en fut départy * de la gouverne * et que Ten le rendi au duc de Berry, celluy la trop fort adommagié et apovry ; car encoires le ^ laissa 'le duc d*Ângou gras, dru et plain,*et'* ne le prendoit que sur les riches hommes qui bien avoient puissance de paier ; mais le duc de Berry n*a nulluy espargnié , ne povre , ne riche , et a tout messonné et cueillie devant luy , et par le fait d un sien conseillier et trésorier qu*on appelle Béthisach qui est de nation de la cite de Bésiers , sicomme vous verres et ourés les complaintes des bonnes gens qui vous en crieront à avoir la venganoe. »
 ces paroles respondoit le roy et disoit : « Si Dieu m*ait & Time, je y entendray voulentiers, et y pourverray avant mon retour et pugniray les mauvais, car je feray faire inquisition sur '' les officiers de mes oncles qui ont ou temps passé gouverné les parties de la Languedocb, et seront corrigiés ceulx qui Tauront desservy ''. » Le roy de France se tint en la ville de Montpellier plus de douze jours ; car Tordonnance de la ville, des dames et des damoiselles et leurs estas et leurs esbatemens que il y trouvoit et veoit , et ses gens aussi , luy plaisoient grandement bien. Le roy , au voir dire, estoit lÀ à sa nourrechon , car pour ce temps il estoit jeune et de légier esperit. Si dansoit et caroloit aveuc ces ^' firisques '^ dames de Montpellier toute la nuit, et leur donnoit et faisoit bancquès et soupers grans
— *-** Car k duo d Angoa. — *« Las servilMn et. — *' Et jpagnj mIou Uar malAdt, — **-** PrischM.
A MONTPBLLIBR. i3
et beaolx et bien eâtoffés, et leur donnûit ' joiaulx , verges * d*or et fremaillets à chascune selon ce que il veoit et coneepvoit qu'elle le valloit. Tant flst le roy que il acquist des dames de Monpellier et des damoiselles grant gr&ce, et voulsissent bien les aucunes que il fiiist là demeuré plus longuement qu*il ne fist ; car c*estoient tous reviaulx , danses , earoles et soûlas tous les jours et toutes les nuits au recom* m^ichier.
Vous scavés, et bien lavés ouy dire et recorder plusieurs fois, que les esbatemens des dames et des damoiselles encouragent voulentiers les coeurs des jeunes gentils hommes et les eslièvent en désirant et requérant toute honneur. Je le dy pour tant que en la compaignie du roy avoit trois jeunes gentils hommes de bon affaire , de haulte emprinse et de moult grant vaillance, et bien le monstrèrent, sicomme je vous recorderay ; mais les noms des trois ' Franchois ^ je vous nommeray : premièrement Bouchycault le jeune, secondement messire Regnault de Roye , et tierchement le seigneur de Saint-Py. Ces trois chevalliers pour ce temps estoient chambrelens du roy, etles aymoit grandement le roy, et bien le valloient ; car il en estoit moult bien paré et servy en armes et en tous estas que bons chevalliers doivent ou pèvent servir leur seigneur. Euls estans à Montpellier entre les dames et damoiselles, ils furent resveilliés de faire armes sur Testé qui retoumoit, et, sicomme je fus adoncques infourmé , la plus principale cause qui les y enclina , vint de ce que je vous diray.
Vous sçavés, sicomme il est icy dessus contenu bien avant en nostre histoire, le rpy Charles de bonne mémoire vivant,
•*• Anneli. — "^ Chavaliers.
44 JOUTE M 8IRB D» CLART
comment mossird Pierre de Courtenay , angloid et de grfmt aiEûre d*arme8 et de nom, ' party * du royaulme d*ÂngIeterre et vint en France et à Paris » et demanda armée à fidre à meaaire Guy de la Trimouille, préeens le roy et les seignenrs etoeulxqoiyeoir le vouldroient. Messire Guy de laTrimouilte re8p<mdi ad ce ponr faire les armes et ne Teuist jamais reffîisé. Et forent, le roy de France et le duc de Boorgoingne estans en la place et plusieurs haulx barons et plusieurs chevalliers de France, les deux chevalliers armés, et coururent Tun contre Tautre, ce me semble, une lance. A la seconde Ten les prist sus, et ne voulu consentir le roy que ils en feissent plus avant , dont le chevallier anglois se contenta mal, et voulsist , ad ce qu'il monstroit , avoir fait les armes jusques à oultrance ; mais on Tappaisa de belles paroles, et luy fot dit que il en avoit assés fait et que bien devoit soufBr , et luy forent donnés du roy et du duc de Bourgoingne beaulx ' présents, et se mist au retour, quant il vey que autre chose n*en auroit, pour retourner en Calais, et luy fot pour convoy baillié le sire de Clary qui pour le temps estoit ung frisque et resveillié chevallier. Tant chevauchièrent messire Pierre de Courtenay et le sire de Clary que ils vindrent & Luceu où la contesse de Saint-Pol, qui pour ce temps estoit seur au roy Richard d'Angleterre, se tenoit. La contesse fot moult resveillié et resjoye de la venue, messire Pierre de Courtenay ; car elle avoit eu & mary , en devant le conte de Sunt-Pol, son cousin le seigneur de Courtenay, mais il moru jeune , et ancoires les Anglois Tappelloient madame de Courtenay, non pas contesse de Saint-Pol.
Ainsi que messire Pierre de Courtenay et le sire de Clary estoient & Luceu en Artois delés la contesse de Saint-Pot qui moult joieuse estoit de leur venue, et que Veux se devise
•-• Imj. — • Dons tt.