L*UÉIUTAGE DU COMTE DE FOIX
qui es toit son cousin germain, et le tint ou fons de la fosse VIII * jours * tous entiers ; et quant il le délivra, il le raenchonna à quarante mil frans et les ot tous ^ appareilliés ^, et depuis, tant comme il vesqui, il le tint en tel hayne que il ne se osoit ^ voir ® devant luy. Et, se le conte de Fois euist vesqui encoires seulement deux ans , ce visconte ne euist jà tenu pietde son héritage, ne de Foix, ne de Berne.
Or se départirent ^ l'un de l'autre • toutes gens qui à ce parlement à Orthais avoient esté , et s*en retournèrent en leurs lieux, et laissièrent le visconte de Chastelbon * chevir de ^^ ses besoignes , lequel se ordonna au plus tost que il pot , et pria aucuns chevalliers et escuiers , lesquels il pensoit bien à avoir, à estre delés luy ; et se départy d'Orthais à bien deux cens chevaulx et s'en vint à Morlenc une bonne ville fermée la. dernière de Berne au lés devers Bigorre à quatre lieues de Pau et à six de Tarbe. Le second jour que ils furent là venus et que ils se ordonnoient pour aler à Saint-Gausens une bonne ville à l'entrée de la conté de Foix séant sur la rivière de Garonne , nouvelles leur vindrent que l'évesque de Noyon et messire Buriau de la Rivière et le conseil du roy estoient venus à Thoulouse. Si demanda le visconte de Chastelbon conseil à messire Rogier d*Espaigne comment il se cheviroit et quel chose il feroit. Messire Rogier luy respondi et dist : « Puisque nous avons ouy
• nouvelles d'eulx , nous nous tenrons icy sans aler plus « avant , et regarderons quel chose ils vouldront faire. Je
• suppose assés que ja scèvent-ils une partie de nostre estât,
• et ce que ils vouldront faire , ils le nous signifieront et « manderont dedens briefs jours. »
La parole de messire Rogier d'Espaigne fut tenue et oye ;
•■• Mois. — •-• Comptant. — •-• Trouver. — '•• Les uns d^avec les autres. — *"" Pourvoir à.
344 LE VICOMTB DE CASTELfiOlf EÉCLAMB
et se tindrent tous quois à Saint-Gausens attendans nouvelles. Au voir dire pour entrer en la conté de Foix ils n*avoient que faire plus avant ; car les bonnes villes , les chasteaulx , les passages et les entrées sur la rivière de Garonne estoient tous clos : premièrement Palaminich , Cassères, Montesquieu, Carias , Ortingas , le Fossach et la cité de Pamiers et le chastel en la garde de ceulx de la ville, et puis Savredun , Montant , Massères , Belpuis et tous les chasteaulx sur la frontière d*Ârragon. Et disoient en la conté de Foix que nul estrangier à puissance de gens d*armes n*entreroit en ville , ne chastel qui fuist en leurs mains , si seroit la chose esclarchie. Et toutefois, à ce que ceulx du pays monstroient , ils avoient grant affection à demourer et estre au roy de France , et estre gouvernés et menés par ung séneschal , ainsi comme le pays et la cité de Thoulouse sont et ceulx de Quarquassonne et de Beauquaire ; mais il * n*en ala pas à leur * entente, sicomme je vous recorderay assés briefment ; car il advint que quant le conseil et les commissaires du roy de France dessus nommés furent venus à Thoulouse et ils demandèrent des nouvelles à Tarchevesque du lieu et au séneschal de Foix et de Berne , on leur en dist assés ; car plusieurs soufSssans hommes de Thoulouse et de là environ , pour tant que grandement ils avoient amé le conte de Foix, avoient esté au senice et obsëque qui fait avoit esté à Orthais. Si avoient enquis et demandé du pays et de Testât d*icelluy , et on leur en avoit dit une partie , voire ceulx qui en cuidoient aucune chose savoir.
Sur cel estât se advisèrent et conseillèrent ensemble Tévesque de Noyon et le seigneur de la Rivière. Si furent conseilliés que ils manderoient messire Rogier d'Espaigne
En ala par auti'o.
L*HÉI11TÂGE DU COMTE DE FOIX. 345
qui estoit de foy et de hommage au roy de France et oflBcier au roy, séneschal de Quarquassone. Se * luy requerroient • , 8e mestier * estoit * , à demourer delés euls. Sicomme ils le proposèrent, ils le firent, et envolèrent ung homme de bien et unes lettres closes et séellées devers messire Rogier d'Espaigne. Celluy se party de Thoulouse et entendi qu'il trouveroit messire Rogier d'Espaigne à Montroial-de-Rivière ou à Saint-Gausens, et le visconte de Chastelbon , se * mestier faisoit • , car ils estoient de Morlens avalés jusques en rentrée de la conté de Fois. Au départir de Thoulouse , il print le chemin de Saint-Gausens et chevaucha tant que il y vint , car il y puet avoir environ douze lieues. Luy là venu , il se traist par devers messu^ Rogier et luy monstra ses lettres et luy dist qui les luy envoyoit. Messire Rogier les prist , ouvry et lisi , et puis respondy et dist à « Tescuier : Vous demourrés mais huy , et de matin yous • vous partirés , et espoir aurés-vous compaignie. » Cils accorda.
Sur ces lettres et sur cel estât dessus nommé se conseillièrent ensemble le visconte et messire Rogier. Euls conseilliés, pour le meilleur ordonné fut que messire Rogier se départiroit de là et yroit à Thoulouse et parleroit à Févesque de Noyon et au seigneur de la Rivière et orroit et sçauroit quel chose ils vouldroient dire ou faire. AFendemain se misrent au chemin messire Rogier d'Espaighe et cils qui les lettres avoit apportées, et chevauchèrent tant ce jour , et leur route , que ils vindrent ^ sur le soir • à Thoulouse. Et se * traist *® messire Rogier d'Espaigne et ses gens à hostel, et le messagier devers ses maistres.
Sceu fut des commissaires du roy , que messire Rogier
•-« Le retidodroient. — * * Faisoit. — ^ Besoing estoit, — '■• Coucher. - •-•• Tira.
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estoit venu. Celle nuit se passa. A lendemain après la messe , messire Rogier se traist devers Tévesque de Noion et le seigneur de la Rivière, lesquels le receurent moolt doulcement et bien le sceurent faire. Quant ils se furent approchiés et accointiés de paroles , Fëvesque de Noyon et le sire de la Rivière Tun par Fautre commencèrent à parler et à proférer bellement et sagement pourquoy ils estoient venus ; et premièrement ils monstrèrent les procurations du roy et comment ils estoient establis à prendre saisine et possession de la conté de Foix.
Messire Rogier congneut bien toutes ces choses , et tint les procurations à bonnes et les lettres de créance aussi. Et quant il eut tout oy et entendu , il répliqua ung autre propos moult doulcement et dist : • Monseigneur de Noyon et « vous, sire de la Rivière, je ne suis pas si avant du conseil « de nostre sire le roy comme vous estes ; et , se je en « estoye , je conseilleroie ou aideroie à conseillier ainsi , « (saulve vostre correction), que le roy represist son argent « et ung peu oultre , lequel il dist et monstre (et bien est
• vérité que il a preste sur Féritage ^ avoir de la conté de « Fois après la mort du conte darrain trespassé), et laissast
• le droit héritier venir à la conté de Fois et à son héritage, a Si feroit , ce croy-je , son prouffit et son honneur et la a salvation de son àme. Et ad ce que je vous ay dit et pro-
• posé , je vous y mettray raison , et vous le veulliés « entendre. Premièrement , cest une chose toute clère et « nottoire que il n*esloit nul besoing au conte de Foix de « engaigier sa terre ' , car de For et de Fargent avoit-il « assés ; et ce quil en flst et avoit enpensé à iaire , ce ne a fut fors pour frauder et déshériter son hoir le visconte
' Du feo conte pour le reprendre et. — * Par fraude.
l*h£ritage du comte de poix. 347
« de Chastelbon pour tant que il Tavoit acueillié en hayne , a * et si ne sçavoit espoir cause pourquoy *. Secondement « le prouflt du roy en faisant ce que j'ay dit, seroit en ce « que la terre de Foix luy cousteroit bien autant à garder « tous les ans que les rentes en vauldroient à ses recet veurs, * Tiercement * il perdent Fommage et le service « d'un * homme dont il seroit servy , qui bien y fait à « regarder. ^ Et si ^ sera grandement chargié en sa con- « science de déshériter autruy. Aussi au vendre Téritage et « à acheter Téritage, qui justement voulsist estre aie avant » « on deuist avoir appelle tous les prochains du conte de
• Fois , qui ou temps advenir povoient avoir cause par « succession de venir et calenger Féritage de la conté de « Foix, et ceulx sommés et satisfais , se riens y vouloient « ou savoient que dire au vendage , et riens n*en a esté a fait. Pourquoy, beaus seigneurs, ces raisons considérées, « vous qui estes cy venus et qui estes seigneurs et hommes « de grant entendement et du conseil du roy, veulliés pen«- « ser • sus • avant que vous promeuves chose nulle qui « tourne à fraude , ne que la conscience du roy nostre « sire en soit chargie ; car vous fériés mal et péchié , et « encoires est-il bien temps de y aiséement pourveoir et « remédier. Mon cousin le visconte de Chastelbon m*a içy « envoyé par devers vous pour proposer et vous remon- « strer toutes ces choses bien au long , et vous prie hum-
• blement , et je pour luy , que vous y veulliés entendre, a car il ne fait pas bon prendre, ne 'retenir tout ce que de « force Ten pourroit bien avoir. »
Quant messsire Rogier d*Espaigne ot parlé et proposé ce
*-* Et si ne sçaToit comment, par qnoj le roj pourroit tomber en déshonnenr, consentant à cette fraude. — *-* Avec cela. — * Poiasant. — •^ Tiercement il. — •-• Sur ce que j'ay dit.
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que vous avés oy, Tévesque de Noion et le sire de la Rivière regardèrent lun sur Fautre, et puis parla premiers Tévesque et dist : • Messire Rogier , nous veons et savons assés que a ad ce que vous avés dit et proposé vous ne voulés que « tout bien; mais nostre commission ne s*estent pas si avant « que pour quitter , ne pardonner ce marchié que le roy et a le conte Gaston de Foix ont fait ; mais pour Tamour de « vous et pour adreschier aux besongnes et que toutes par- « ties se comptentent , nous metterons ceste chose en soufa franco, et vous prendrés la paine et le traveil dealer en « France devers le roy et son conseil. Si leur remonstrerés « ce que bon vous semblera, et, se vouspovés tant, ne si bien « exploittier par vostre promotion et traittié , que l'éritage « de la conté de Foix demeure au visconte de Chastelbon « auquel elle doit succéder » sicomme vous le dittes , nous « en serons tous joieux , car nous ne voulons nulluy dést hireter. • — « Messeigneurs , respondi messire Rogier, « vous m*avés * saoulé à cela dire •. Or • vous tenés tous
• aises en la cité de Thoulouse ; car vos frais et despens
• seront paies de l'argent qui est ou chastel d'Orthais. • Ainsi exploitta sur deux jours qu'il fut à Thoulouse messire Rogier d'Espaigne devers les commissaires du roy : on n'y povoit envoier meilleur procureur de luy.
Au tiers jour prist congié aux dessus dis * messire Rogier d'Espaigne et leur dist : « Messeigneurs , je croy bien que « pour adreschier à ces besoingnes , puisque je les ay enta- « mées , il me fauldra chevauchier en France , et ne sçay « pas en quel estât je trouveray le roy , ne la court. Se je « demeure ung petit oultre raison, ne veuilliés pas anoyer, « car ce ne sera pas ma coulpe de brief exploittier se je puis , « mais la coulpe de ceulx ausquels je auray à besoingnier,
••• Cootenlé en le dUant. — * Séjoanié« et. — * Commisiaire».
L^fléRlTAGE DU COMTfi DE POIX. 3l9
« et souvent je vous * raffreschiray * de lettres et de mes- « sagiers. » — « Aies à Dieu, * dirent * les seigneurs, mes- « sire Rogier ; nous le savons bien. »
Ainsi tous contens les parties se départirent lun de Tautre. Us demourèrent à Thoulouse , et messire Rogier d'Espaigne retourna à Saint-Gausens devers le visconte de Chastelbon auquel il recorda toutes les paroles dessus dittes. Le visconte fut tout resjoy de ces nouvelles et dist : a Mes- « sire Rogier , beau cousin , je me confie grandement en « vous , et la chose me touche trop grandement ; car c'est « pour l'ëritage dont je suis venu et yssu de lingnie et « dont je porte les armes. Je ne scauroie qui envoyer en a France fors que vous, ne qui sceust devant le roy, ses « oncles, ne leurs consaulx proposer ceste matière que vous, ic Si vous prie que pour Famour de moy et pour le très- « bien desservir ou temps advenir vous vous veulliés char- « gier de ce voyage. » Messire Rogier d'Espaigne respondy et dist : « Je savoie bien que vous ^ m en chargeriés ^, et « pour Famour de vous et par lignage je le feray. »
Depuis ne demeura pas long terme que messire Rogier d'Espaigne se ordonna de tous poins pour aler en France sur la fourme et estât que vous avés oy , et prist le chemin de Rodais pour abrégier sa voye ; car bonnes triëves estoient entre les Franchois et les Anglois : autrement le chemin que il prist , ne luy euist esté point ^ bien * prouffitable , car sus les frontières de Roergue , de Quersin et de Lymosin en ces jours il y avoit encoires beaucoup de fors qui • faisoient guerre d'Anglois *®.
Nous lairons ung petit à parler de messire Rogier d*Es-
'-• Envoyeray. — '"* Respondirent. — •"* Me chargeriés de ce voyage. — ''• Bon, ne. — •*• Se tenoient pour les Anglois.
SSO LB DOC DE BIBTAGIIB
paigne qui ^ chemine ' à effort ce ' qu il peult , et parlerons du roy de France et du duc de Bretaigne.
Vous sçavés , sicomme il est contenu cy-dessus en nostre histoire en plusieurs lieux , comment le duc de Bretaigne et messire Olivier de Cliçon pour ce temps connestable de France avoient hayne Tun sur Tautre. Le duc de Bretaigne, aveuc la hayne que il ayoit sur le dit messire Olivier, trèsgrant envie avoit que il estoit si bien du roy et de son secret consdl « et y eust voulentiers mis tourble et empes» chôment , se il sceust ou peust et se il ne doubtast le roy trop à coorrouchier. Et, comme dit est , souvent se repentoit de ce que , quant il tint en son dangier messire Olivier de Clichon ens ou chastel de l'Ermine , que tantost il ne le fist morir ; car, se mort euist esté , on Teuist passé et oublié , ne nuls ne luy en eust fitit guerre , que bien ne luy fuist aie au devant.
Le duc pour ces haynes et envies que il avoit sur le dit messire Olivier, se tenoit dur ^ et auster ^ et clos en toutes obéissances lÀ où bonnement il povoit résister à rencontre de la couronne de France ; et bien sgavoit que il faisoit mal , et point n*y pourveoit , mais souffroit les choses aler à * rencontre ^. Et tenoit à amour les Ânglois trop grandement et faisoit pourvoir ses villes et ses chastiaulx d*artilleries et de vivres , et mandoit en Angleterre couvertement * gens d*armes et archiers et les establissoit en ses fors ; et donnoit à entendre que il attendoit gu^re , et ne scavoient ses gens de où, ne à qui il vouloit faire guerre. Néantmains tout ce que il faisoit , estoit bien sceu en France , et en
• • Chevâacbe tant. — • Si. — " Hmut. — ••' L'aventare. — • Pour atoir.
EST MANDÉ A TOURS. 55i
parloient les aucuns bien largement * , mais il n*en tenoit compte *, ains cbeminoit tousjours avant et se conâoit grandement de plusieurs de ses ' choses ^ en sa cousine la duchesse de Bourgongne. Il avoit droit , car de ce * lés • certes il estoit bien adreschié et apuyé et moult ^ fort porté * ; car la noble dame par cause de lignage Tamoit pour tant que le conte de Flandres son père qui cousin germain avoit esté à ce duc , Tavoit tousjours amé et conforté en toutes ses tribulations. Celle dame de Bourgoingne dont je vous parle, estoit bien dame, car le duc son mary ne Feuist point voulentiers courrouchie , et bien y avoit cause , car de par la dame le duc tenoit grant foison de beaulx et bons et grans héritages, et si en avoit de beaulx enfians, de quoy le duc estoit plus tenu à elle, et aussi estoit toute la couronne de France.
Ces haynes et * dissimulations *® impétueuses et merveilleuses se convoient entre ces parties , et quoyque le duc de Bretaigne euist esté en France et à Paris devers le roy et luy euist fait hommage et aouré , je ne vous sçay pas bien à dire se ce fat de bon cuer ; car , luy retourné en Bretaigne , on en perchut en luy trop petit de bon amendement. Il avoit juré obéissance et que au pape d*Avignon il obéiroit , mais non flst oncques , ains le condempna en ses paroles , et ne vouloit nuUuy souffrir à pourvoir de bulles de ce pape , et se tenoit neutre en trop de choses , et donnoit les bénéfices, et ne povoit nul clerc venir à " pourvision ^* du bénéfice en son pays, se il neluy plaisoit grandement bien. Avec tout ce des commandemens et des exploits
* Sar sa partie. — *'* Et bien sçaToit le duc de Bretaigne que plusieura seigaeura en France , et non pas tous , l'avoient grandement contre courage. — *^ Affaires. — V Lieu, — '"• Supporté, — *"•• Diaaentions. — "'*■ Provision.
U DUC DE miBTAGRS
qui venoient de la chambre de parlement à Paris , il n'en faisoit nul compte , mais vouloit que ses sergens ^ exploittassent * tousjours devant ou avant en leur oflSce. Meismement les prélats de Bretaigne , les évesques et abbés perdoient grant foison de leurs juriditions par ce duc de Bretaigne , dont les plaintes grandes et grosses venoient * en la chambre de parlement à Paris , mais ils n en povoient avoir autre chose ; car , quant il estoit requis et admonnesté de venir ojr droit en la chambre de parlement ou que il y envoyast personne ydoinsne et fondée soufBsamment de procuration à oyr droit pour luy ou contre luy , les oflSciers du roy, au commandement de ^ leur maistre ^, venoient en Bretaigne pour sommer le duc et * aemplir ^ leur commandement ; mais quant ils estoient là venus , ils ne povoient veoir le duc , ne parler à luy en nulle manière, et se faisoit excuser. Et quant les sergens du roy estoient partis , le duc disoit : • Oy, oy, je iray ou envoieray à Paris pour oyr t droit ! Je ne m*en * mésaiseray * jà ! Je fus, n*a pas trois • ans , là pour oyr et avoir droit ; mais oncques je n*en t ouys parler mot. Nos seigneurs de parlement le tournent t bien ainsi que ils veulent. Us me tiennent bien pour i jeune et pour ygnorant, quant ainsi me veulent mener. Je t vueil bien *® dire ^' que, se les hommes de ma duchié de Bret taigne estoient '' tous ^' à ung et obéissans à ma voulentë, t ainsi que il le deussent estre , je donroie au royaulme t de France tant à faire que les desraisonnables entendet roient à raison , et ceulx qui ont servi loyaulment , t seroient payés loyaulment, et ceulx qui ont desservy à t estre justiciés, seroient justiciés, et ceulx qui vouldroient t avoir droit , auroient droit. »
••• Ezerçtasent.. Proc^dasMDt. — * Souvent. — * * Leur maittrat — ^' Accomplir. — •^^ Travailleray. — ••" Qu'iU sachent.— '•'•Toat,
EST MAlfDÉ A TOURS. ZSS
Vous devés sçavoir qu6 toutes tels choses et autres assés estoient moult souvent mises en place et resveillies en la chambre du roy. Et disoient ceulx de son destroit conseil : i Ce duc est ^ présumptueux et * merveilleux en fierté et t orgueil ' , quant on ne le puet amener à raison. Et , se t on luy suefire ses oppinions aporter sur la noblesse et
• franchise du royaulme de France , * elle ^ en pourroit
• estre trop grandement • afibiblie ^, et se y * exemplieront • « tous autres seigneurs, dont la jurisdition du royaulme de t France petit à petit se perdera. »
Si fut advisé pour remédier et pour obvier H toutes ces choses que doulcement on le manderoit à Tours en Thouraine, et le roy de France se traveilleroit tant pour lamour de luy que il venroit là et seroit à rencontre de luy , et seroient delés le roy et son conseil souverain le duc de Berry et le duc de Bourgoingne , 1 evesque de Chartres et révesque d'Ostun. Et estoient ces quatre expressément nommés pour tant que le duc de Bretaigne les avoit plus à gr&ce que tout le demourant de France, excepté le ^^ conte " d*Estampes et le seigneur de Coucy , car ces deux estoient encoires bien en sa grâce.
. Sur Testât que je vous " déclaire '^ , on persévéra , et furent envoies en Bretaigne devers le duc le conte d*Ëstampes et maistre Yves d*Eurient, lesquels eurent moult de traveil et de peine à esmouvoir le duc ad ce que il voulsist venir coutre le roy et ses oncles à Tours en Touraine. Tant luy remonstrèrent de belles paroles coulourées et armées de ^^ bonnes raisons ^^ , que il s*i enclina et dist que à Tours en Thouraine il venroit et que on ne lavoit que faire de presser pour aler plus en avant, car poiilt il n*yroit,
« Trop. — ^ Orgueilleux. — *■• II. — •' AffoibU. — • • Prendront exemple. — ••-*• Seigneur. — " " Dis. — «' » Raison.