LE DUC DE BEBTAGNB EST IIAND& A TOURS
et aussi son adversaire Olivier de Clichon point il ne verroit. Tout ce luy eut-on en ^ couvent * avant que il se voulsist loyer , ne obligier de venir à Tours en Touraine.
Or retournèrent en France les dis ambassadeurs et comptèrent au roy et à ses oncles comment ils avoient exploittié. On s*en comptenta , car on nen povoit autre chose faire , ne avoir. Si firent le roy et les seigneurs qui à Tours dévoient aler, leurs pourvéances là faire grandes et belles, ainsi que pour y demeurer deux ou trois mois ; car bien sentoient et ymaginoient que leurs traittiés et parlemens ne seroient pas si tost accomplis.
Or vindrent le roy de France , le duc de Thouraine son frère , le duc de Berry le duc de Bourgoingne , Jehan ,de Bourgoingne son fils , le duc de Bourbon, le sire de Coucy, le conte de la Marche, le conte de Saint-Pol et tous les consauls de France à Tours en Touraine, et s*y logièrent. Aussi y vindrent d*un lés le connestable de France et Jehan de Bretaigne son beau-fils *, car bien y avoient à faire. Le duc de Bretaigne vint après euls bien XV jours, et disoient les aucuns , quoyque il les euist là fait venir , que point il ne vendroit ; car il se envoia excuser par trois fois , et disoit que il estoit ^ deshaittié ^ et que il ne povoit chevauchier. Finablement il vint. Si estoient ses pourvéances toutes faittes pour luy et pour ses gens, et furent logiés tous à leur aise et au large. Si encommencièrent les parlemens à entrer, et à aler les moyens des parties de Tun à Tautre. Les jours estoient cours , sicomme ils sont en yver. Si ne povoit-on pas moult longuement parlementer devant disner, ne après disner jusques au soir, qui ne vouloit besoingnier à la chandeille.
* * ConTeiuuit. — * Et lenn consaolx. — * * Malade.
ROGBR D*KSPAGRB ARRIVE A TOURS. S55
Les parlemens et ces traittiés estans à Tours sur la forme et manière que je vous compte entre le roy de France et le duc de Bretaigne qui durèrent moult avant en lyver , vindrent de Thoulouse et des parties de Foix et de Berne messire Rogier d*Espaigne et messire Espaing de Lyon , et arrivèrent à Tours ung mercredy. La cité estoit si remplie de seigneurs et de toutes gens que à grant peine porent-ils estre logiés. Touteffois ils le furent et alèrent devers le roy et les seigneurs, et remonstra messire Rogier d'Espaigne au roy et à son conseil , aussi à tous les autres seigneurs et leurs consauls, sagement et bellement S ce pour quoy il estoit là venu , non pas à trop grant loisir *. Et de ce fut- il bien aisié, car le roy et les seigneurs estoient si chargiés pour le fait de Bretaigne qui moult leur touchoit, que à paines povoient-ils entendre à autre chose que à ceste. Néantmains messire Rogier fut voulentiers oy , mais il ne luy fut point si briefment respondu , ^ ainchois fut démené et prolongié ^ plus de deux mois , et luy disoit-on toudis : « Nous nous ff conseillerons. » Et ce conseil ne venoit ' oncques ^.
Encoires y eut-il autre empeschement , le roy là estant à Tours, et qui moult cbarga le conseil, car là vindrent de par le roy d'Angleterre messire Jehan Clanwou, ^ chevallier ' et chambellan du roy, et Richard • Rochalle *^, clerc en lois et en drois et du conseil du roy d'Angleterre , parler au roy de France et à son conseil sur lestât dont je vous ay parlé autreffois et ce pour quoy messire Thomas de Perssy et le sire de Clifibrt " furent et avoient esté en devant à Paris. Quant les Anglois furent venus à Tours, on cloy tous trait-
*'* Pour les affaires du visconte de Castelbon quant à la conté do Foix et seigneurie de Béarn. — '-* Avant séjourna. — - ^ Point. -^ '■• ConseiUer. — ••• Rohalle. — " Kt les autres.
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tiés et consaalsy et eatexkdj-on à cenls et à leur d^Tramoe. D me (ut dit que ils a{^K>rtoient lettres de créance aa roj et aadoc de Berrj et aa duc de Boorgoingne. On lesonjparte*. La créance estoit telle que le roj d'Angleterre et ses ondes Tooloient sçavair se le roy de France et ses consanls estaient aisiés et en Tonlenté de tenir le parl^aent à Amiens ainsi qae proposé estoit, sur foorme de paix dentre les deux rojs» leurs conjoinds et leurs ahers. Le roy de France qui ne désiroit antre chose , à ce que il monstroit « que de Tenir à bonne paix, respondj : « ^ Oy * • , et, luy déUrré du doc de Bretaigne et party de Tours, il nent^ideroit jamais à antre chose , si seroît vena à Amiens , sicomme ordonné estoit, et là attenderoit les * traitteors ^ d*AngIeterre et leur ferait faire la meilleure chière ' que possible luy seroit *•
De tout ce se contentèrent grandement les Anglois , et forent par cinq jours À Tours en Touraine le plus delës le roy et les seigneurs ^ de la chancellerie * de France. Quant ils orent fait ce pour quoy ils estoient venus , ils prindrent congié au roy et aux seigneurs. Le roy leur fist donner de ses largesses , dont ils le remercièrent • , et furent délivrés aux hostels de par le roy, et puis se départirent. Et sachiés que pour lors ils ne veirent point le duc de Bretaigne , ne ne parlèrent à luy, car point ne vouloient que les Franchois y eussent aucune souspechon de mal, et retournèrent parmy France et Piccardie à Calais , et là montèrent en mer , et arrivèrent à Douvres , et puis vindrent à Londres , et trouvèrent le roy et les seigneurs du conseil à Westmoustier , ausquels ils firent de tout ce que ils avoient veu et trouvé , bonne response, voire telle qu*il appartenoit à dire. La response et la relation que ils firent , pleut bien au roy et à
• • Oïl. — •-* Ambassadcurt. — •• Qu'on pourroit. — * * Et le chan celi«*r. — • Oran*Iement.
NÉGOCUTIOKS DE ROGER D*£SPAGIIE. 557
son conseil, et se ordonnèrent sur ce pour venir à Amiens. Or vous compterons-nous des légauls de Berne et de Fois et de leur délivrance.
Vous devës scavoir que messire Rogier d'Espaîgne et messîre Espaing de Lyon qui en légation estoient venus en France de par le viscontede Chastelbonetpoursesbesongnes, se acquittiërent vaillamment et loyaument , et si en orent moult de peine et de traveil à poursîeuvir le roy et la court et ceulx de Testroit conseil ; c'est-à-entendre les chevalliers et les clers de la chambre ' boutoient au roy en l'oreille • que il presist la conté de Fois et Tatribuast au domaine de la couronne de France puisque les Foissois le vouloient. Ad ce s'enclinoit ' le roy , mais le duc de Bourçoîngne ne s'i vouloit accorder comme sage et ymaginatif , et disoit que le roy avoit des terres et des possessions assés à garder sans enchargier celle nouvelle payne et déshireter le droit héritier, mais conseilloit que le roy represist l'argent et les flourins qui paies avoient esté et aucune chose oultre. Néantmains il m'est advis que le duc de Bourgoingne n'en eust point esijé creu ; mais le duc de Berry reprist la besoingne et s'en charga de tous poins parmy le moyen que je vous diray.
Vous scavés conmient il advint de luy jadis et du conte Gaston de Fois, quant il envoia en Berne devers le dit conte si notables personnes que le conte de Sansoirre, le visconte d'Ascy , le seigneur de la Rivière et messire Guillemme de laTrimouille pour traittier du mariage madamoiselleJehenne de Boulongne, laquelle le conte de Fois avoit en garde et en nourrechon. Le conte de Fois entendy bien aux traitteurs et
Mettoient en conseil au roy. — ' Âssés.
RiGOaATlONS
au mariage , mais la response fut telle que jà le duc de Berry ne laroit à femme s'il ne paioit trente mil frans pour sa nourrechon et pour la garde de la jeune dame et fille de Boulongne. Le duc les paya , car il vouloit avoir la dame. Or luy en souvint-il quant il fut temps et heure, et manda messire Rogier d*Espaigne et messire Espaing de Lyon en sa chambre à Tours , et se flst là enclorre entre eulx trois, et leur dist : • Se vous voulés venir à bonne conclusion de « vos procès , vous y vendrés , mais avant il me convient i ravoir trente mille frans lesquels mes gens paièrent ung t jour ^ qui passa * avant que je peusse avoir ma femme, t Tousjours a esté Tymagination de moy telle que, se je 0 sourvivoie le conte de Foix, ils me retoumeroient. »
Les deux chevalliers , quant ils orent oy le duc de Berry ainsi parler, regardèrent Tun Tautre sans mot sonner. Lors dist le duc : • Beaulx seigneurs, pour vérité dire et remonstrer, je vous ay toUu la parole. Gonseilliés-vous et parlés ensemble, car sans ce traittié faire du tout à ma voulenté, le vostre, soies certain, jamais ne se passera ^. Je me fay bien fort de beau frère de Boui^oingne que du tout il en fera à ma voulenté. Vous devés entendre que il a en gouvernement les marches de Piccardie et je les marches de Languedoch. ' Au-dessus * de moy, ne contre ma voulenté sachiés que nuls ne parlera , ne contredira ; et ce visconte de Chastelbon treuve et trouvera argent assés, car le conte mort en avoit plus assamblé que le roy n en ait en trésor. » Lors parla messire Rogier d*Espaigne et dist : tr Monseigneur, or soit que nous voulsissons accorder vostre demande, si n'avons pas la mise avec nous. » — o Ha ! a ! respondi le duc, messire Rogier, jà pour ce ne demourra. Vous en ferés la debte sur vostre foy et séellé, et les vous
**• Et mirent oaltre aa conte de Fois. — ** Au-dessous.