ET DU DUC DE BRETAGNE
entre ces parties ; mais , non obstant toutes ces choses et aliances, il convint mettre Jehan de Bretaigne jus les armes de Bretaigne et prendre celles de Chastillon, et, se aucune chose vouloit porter de Bretaigne pour tant que il en ^ yenoit * d*estrassion de par sa mère qui fille avoit esté de ung ' duc de Bretaigne, sur les armes de Chastillon il povoit prendre une bordure d^ermine ou trois lambeaulx d*ermine, ou ung escuchon \ et non plus avant.
Ainsi se portèrent ces parchons, les devises et les ordon* nances. Et se appaisèrent ces parties, et demoura le duc de Bretaigne en la bonne amour du roy de France et de ses oncles et disna delés le roy , et là fut Jehan de Bretaigne conte de Pentèvre , et se monstrèrent grant samblant d amour par le moien et aliance de ce mariage ; mais oncques * il * ne volt veoir messire Olivier de Clichon, tellement le avoiMl accueillie en grant haine. Aussi messire Olivier n*en fist mie grant compte, car il le hayoit de toute sa puissance.
Les mariages concordes et aliés , et les seigneurs jurés et obligiés pour procéder avant en temps advenir , quant les enfians auroient encoires ung peu plus de eage , de tout ce furent lettres levées et tabellionnées. Les seigneurs orent advis que ils se départiroient de Tours et que trop y avoient séjourné , et se retrairoient vers Paris, car le terme approchoit que ils dévoient aler et estre à Amiens la cité aux parlemens le roy de France personnellement , son frère et ses oncles et leurs consauls à rencontre du roy d'Angleterre , de ses frères , de ses oncles et de leurs consauls qui aussi y dévoient estre. Si prist le duc de Bretaigne congié au roy , à son frère et à leurs oncles et à ceulx où il avoit
• • Kstoit. — • Fils du. — * D*ermine ou chef do gueules, — ^ Le duc.
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^ sa grâce, et se dëparty de Tours et retooma arrière en son pays. Aussi firent * les autres seigneurs ' , le duc de Berry et le duc de Bourgoingne ; mais le roy de France « le duc de Thouraine, le duc de Bourbon et le sire de Cïoucy demourèrent derrière : je tous diray par quelle raison.
Vous avés bien icy dessus oy recorder en nostre histoire comment Loys de Blois « fils au conte de Bloys , estoit mort jeune enfant en la ville de Biaumont en Haynnau : dont madame Marie de Berry , fille au duc de Berry , demoura vesve et à cela perdy-elle tant que merveilles des biens de ce monde et grant foison de beaulx héritages , car Fenfiant estoit ung grant héritier et euist esté ou temps advenir ung grant seigneur ; je vous en tndtte et parole pour ce qu*ou temps ftdvenir je vueil que on sache à qui les héritages qui à autrui furent, sont revenus et par quelle manière et condition.
Celluy conte Guy de Blois et Marie de Namur sa femme n*estoient point tailliés , ne ^ proportionnés ' à engendrer jamais enfiians , car par bien boire et fort mengier doulces et * délitAbles ^ viandes ils estoient malement fort engreissiés. Lie .conte ne povoit mais chevauchier , mais * charrier se faisoit * quant il vouloit aler d un lieu en autre ou au déduit des chiens ou des oiseaulx , et tout ce savoient bien les seigneurs de France.
Or advint en ce tandis que le roy et les seigneurs dessus nommés séjoumoient à Thours en Thouraine, que le duc de Thouraine '^ eut " une ymagination laquelle il mist à eflet :
• Lo mieulx. — • Tous. — * Comme. — *• Apportiomiëg. — *-' Amiables. — * * Sa faisoit mener en une charctte. — **^* Cealz ds son coaseil entrèrent en.
DU GOni IM( BLOIS. 360
je vous diray quelle. Il sentoit délés luy grant finance , espoir ong milion de florins , lesquels il avoit eus et prins par nuuriage aveuc madame Valentine de Milan sa femme, fille au conte de Vertus. Ces flourins il ne les savoit ob emploier. Si regarda que le conte Guy de Bloys tenoit grans hiretages, et après sa mort ils yroient tous en diverses mains. La conté de Bloys devoit retourner & Jehan de Bretaigne , car il estoit son cousin germain ; les terres de Haynnau au duc de Jullers ou au duc de Lancastre, excepté Ghimay qui deyoit retourner & ceulx d'Ësconflans ^ en * Champaigne, la conté de Soissons qui avoit esté au conte de Blois, et aux contes de Blois anchiennement estoit aliénée, car le sire de Goucy en estoit ' en Tiretage pour ^ sa délivrance d'Angleterre. La terre de Dargies et du Nouvion retoumoit aussi aux autres hoirs. Les terres de Hollande et de Zéellande retoumoient au conte de Haynnau. Ainsi se despéchoient ces beaulx et ces grans héritages, et tout ce sçavoient bien tous les seigneurs de France : pour quoy le duc de Tbouraine qui mise et finance avoit assés pour acheter et paier tous ces hiretages du conte de Blois , se par achat raisonnable et vendage led pooit avmr, se advisa qu'il en feroit traittier * devers le conte de Blois et par espécial , se il pooit * avohr ^ la conté de Blois , c'est une terre et ung pays bel et noUe et qui trop grandement luy seroit * bien séant , car la conté de Blois marchist à la duchié de Touraine, et & la conté de Blois appendent moult de beaulx fie&.
Le duc de Thouraine sur ceste ymagination ne reposa , ne cessa point, et en parla premiàrement au roy de France son frère et puis au duc de Bourbon et au seigneur de
♦^ D*hommage de. — ••* Héritier Qioyennant. — • Par le roy. ,— ^ Parvenir à. — * Trop grandement.
xnr. — PROiSBART. 24
S70 TBins
Coucy pour la cause de ce que le sire de Couçy estoit ung grant traitteur et bien en la grâce du conte Guy de Bloys, et il avoit à femme la fille de son cousin germain le duc de Loheraine. Bien se gardèrent le duc de Thouraine et les seigneurs dessus dis et leurs consauls que ils ne parlassent et en riens se descouvrissent de leur intention, ne de ce que Us vouloient promouvoir à faire , au duc de Berry , ne an duc de Bourgoingne ^ : au duc de Besrrj pourquoy, je le TOUS diray.
Madame Marie sa fille estoit doée sur toute la conté de Blois de six mille firans par an. Si pensoit bien le duc de Berry que par le moyen de ce douaire et la charge dont la terre estoit chargie , la conté de Blois seroit sienne ; car plus convoitteux de luy on ne povoit trouTer. Le duc de Boui^ingne aussi ' : pourquoy ? Pour ce que Marguerite son aisnée fille avoit à mary GuiUemme de Haynnau «fils an conte de Haynnau , et les terres de Haynnau , de Hollande et de Zéellande povoient bien encoires par aucune incidence retourner , fuist par achat ou autrement, à son fils le conte d^Ostrevan ou à son fils Jehan de Bourgoingne qui pour lors avoit à femme Marguerite Taisnée fille au conte de Haynnau. Si proposèrent ces quatre , le roy et les dessus nommés, que au département de Tours en Touraine ils vendroient en Blois veoir le conte Guy de Blois qui se tenoit à YIU petites lieues de Tours en ung bel chastel que on appelle ' Ghastel-Morant ^ et traitteroient de celle marchandise à luy et à la contesse Marie sa femme qui estoit tant conyoiteuse que nulle dame plus de luy.
Or estoit advenu que ung vaillant homme et de grant prudence, chevallier en loix et en armes et bailly de Blois ,
* Ne aa duc de Bourbon. — ' PareiUement fut reculé de ce eonetU. -- '•' Chastel Ragnaut.
lequel se nommoit messire Regnault de Sens, fat , infooimé de toutes ces besoingnes, je ne vous sçay pas bien dire par qui. Quant il le sceut , il en eut pitié pour l^amour de son seigneur le conte de Blois qui en ses vendages faisant dpnt ^ il n*aYoit que faire ' , se. pourroit déshonnourer et sqs loiaulzhoirsdeshireter, et que tout ce seroit à la dampnatiom de son âme. ' Il ^ , pour obvier à ces besoingnes, se départy de Blois et cheyaucha toute nuit et vint & Chastel-Morant et âst tant que il parla au conte et luy dist : « . Monseic gneur le roy de France , le duc de Thouraine , le duc c de Bourbon et le sire de Coucy vendront cy. » — o C*est c vérité , respondi le conte ; pourquoy le dittes-vous ?» — c Je le dy pour tant , dist le chevallier / que vous serés c pressé et requis de vendre vostre héritage , et pour ce c ayés bcmadvis sur ce. »
De ceste parole fut le conte fort esmeryeillié et respondy : c Certes, bailly, je ne puis pas deffendre les gens à parler, c ne à faire leurs requestes ; mais avant que je feisse ce c marchié pour vendre mon héritage , ne deshériter, ne c firauder mes hoirs et moy déshonnourer, il ne me c demourroit plat d'argent , ne escuelle à vendre , ne à « engagier. » — o Monseigneur , respondy le chevallier , 0 or vous en souviengne , quant temps et lieu seront ; car c vous verres tout ce que dit vous ay. » — c N*aiés nulle c doubte, bailly , dist le conte ; je ne suis pas encqires si 0 fol, ne si jeune que je me doye endiner & tels traittiés.: » Sur cel estât se départy le bailly de Blois, car il ne vouloit pas que les dessus dis seigneurs le trouvassent lÀ , et retourna en la ville de- Blois et lÀ se tint.
Dedens deux jours après que il se lut party du conte , evous le roy de France à privée maisnie, le duc de Thouraine
Se poToit bien passer. — ^ Le dit messire Regnaut.
son frôre , le due de Bourbon leur onde et le sire de Coaey venir à ce Chastel-Morant. Le conte et la contesse luy firent bonne chière , ce fut raison , et furent moult re^oys de la venue du roy de oe que tant il s'estoit humilié que de venir en ung chastel du conte. Adont le roy , pour attraire la conte de Blois & amour et pour amener à son entante» luy dist : « Beau cousin » je yoy bien que voua estes ung sei* « gneur en nostre royaulmegamy d*honneur et de lar- « gesse , et avés eu du temps passé plusieurs frais et coua* « tages. Pour y récompenser , nous vous donnons et c accordons uneayde qui vous vauldra bien vingt mille c frans en vostre conté de Blois. s Le conte dist : t Qrant « merchis ! s et retint oe don qui oncques prouffit ne luy flst , car il n*en ot rien.
Après ce don &it on commença à entrer en traittié pour vendre et pour acheter la conté de Blois pour le duo de Thouraine , et en ouvrirent premièrement la matière le roy et le duc de Bourbon, et trouvèrent sur ces procès la conta de Blois assés froit. Dont se trairent ces seigneurs à la contesse de Blds, et luy remonstrèrent tant de paroles coulourées et comment ou tenais advenir ce seroit une povre ' femme ' et que mieulx luy vaiUoit qu'elle demourast une dame ' riche ^ d*or et d'argent et de beaulz joiaulx que toute nue et toute povre , car elle estoit trop taillie de sourvivre le conte , et que * elle conseiUast au conte son mary que caste marchandise se fesist
La contesse qui estoit et qui fut une des convoitteuses dames du monde « pour la très-grant ardeur de convoitise qui nuit et jour Taguillonnoit, pour oe * trésor de flourins avoir ^ , s'i endina et * tellement * procura avec autruy : ce
'-' Dame. — * Paiitanto et. ~ * Et garnie. — * (Tettoit son arantage qoe. — •-* Les florina aToir. — •• Tant
DU COlITi DE BL0I8. 373
Ait UDg yallet de chambre que le conte avoit , lequel on appelloit Sohier, et estoit de nation de la ville de * Malines et fils d'un povre homme ' tistreran ' de draps. Ce Sohier avoit tellement sourmonte le conte de Blois que par luy estoit tout fait et sans luy n*estoit riens fait. Et lùy avoit jà donné le conte de Blois plus de cinq cens frans de revenue, que à sa vie , que à héritage ^. Or regardés le grant meschief et comment les aucuns seigneurs sont menés. En ce Sohier n'avoit sens , ne prudence qui à recorder face , fors la folle plaisance du seigneur qui ainsi Tavoit ^ enchierry *, ainsi que le duc de Berry en ce temps avoit ^ Take Thiebault, ung gardion aussi de nulle valleur, auquel par plusieurs fois il avoit bien donné la somme de deux cens mille frans et tout perdu. Se ce Sohier volsist (de ce ne se puet-il excuser) , de la marchandise que le duc de Thoundne flst au conte de Blois» il n^euist riens esté ; mais il» pour complaire au roy , à son fràre , au duc de Bourbon et au seigneur de Couçy et aussi à la contesse de Blois qui j& y estoit du tout assentie et enclinée pour la grant convoitise de l'argent veoir et avoir, bouta son seigneur en loreille et * charpenta et mâchonna ' tant que le conte se desdist de ce que premièrement avoit dit et certifSé à son bailly, comme dit est ; et fut la conté de Blois vendue après son décès la somme de deux cens mille frans , et les devoit le duc de Thouraine délivrer du douaire de la dame de Dunois qui assignée de six mille frans, *^ tout son vyage ", estoit sus. Et encoires y deut avoir fait ung vendage de toutes les terres de Haynnau, et en devoit le duc de Thouraine paier deux cens mille frans. Bien est vérité que le conte Ouy de Blois réserva la
* La Tillê de. — ** Tineran. — * Il laj an oonatoit bian toiia laa ans trois ou quatre mille pour son eatat tenir. — ^ Pria en amonr. — ^ Ung gardien. — *^ Braeaa. — •^'^ Sa TÎe dorant.
374 LE COMTB DE CASTBLBOII RBCOIQIU
Youlenté du conte de Haynnau son naturel seigneur duquel en foy et en hommage il tenoit les terres, et ne s*en voelt oncques chargier. Mais le roy de France et le duc de Thouraine s*en chargèrent et prindrent tout ce que adyenir en poToit et qui en appartenoit à faire sur euls , et loyèrent , avant leur département , le conte de Blois d avant en paroles , en lettres et en séellés, comme fidre la peurent et sceurent ; car il n*avoit là nuUuy de son conseil fors que Sohier qui oncques ne fut à Tescole, ne congnea > lettre ', et jà estoit-il aussi tout tourné pour euls. Ainsi ou aucques prés se portèrent ces marchandises, et je les ay escriptes au plus justement que j ay peu à la fin que en temps advenir par la mémoire de mon escripture la vérité en soit sceue ; car le conte Guy de Blois mon seigneur et mon maistre , comme jeune , ignorant et mal conseillié le plus par sa femme et par ce vallet de chambre nommé Sohier, fist et passa ce povre marchié ; et quant les choses des vendages et achats furent tous bien et seurement mis à Tentente du roy et du duc de Thouraine son frôre et de leurs consauls, les seigneurs prindrent congié et s*en retournèrent en France. Si fut grant nouvelle de ce vendage en plusieurs ' pays.
Nous parlerons ^ ung petit de messire Rogier d^Espaigne et de messire Espaing de Lyon, et compterons comment ils exploittèrent depuis que ils se furent départis de la cité de Tours en instance de retourner en Foix et en Berne et devers Tévesque de Noyon et le seigneur de la Rivière qui les attendoient à Thoulouse. Tant exploittèrent-ils par leurs journées que ils vindrent en la cité de Thoulouse. On fut
'-' LettrM. — * Terres et. Contre et. — * Et reeorderoai.