‹ Œuvres de FroissartChapitre 62 sur 75 · COMTE DB POIX £T DE BÉÀRR · texte numérisé non relu

COMTE DB POIX £T DE BÉÀRR

moult * lye * de leur revenue, car on Tavoit moult désirée. Premièrement» ils se trairent par devers les dessus nommés et leur monstrèrent et bailliôrent toutes les lettres et procès qui venoient de France et qui mention fidsoient de ce que ils avoient labouré et exploittié. Par semblant Tévesque de Noyon et le seigneur de la Rivière en firent grant chière et furent moult ' lies ^ de ce que Téritage et les appendences demouroient au visconte de Chastelbon en la fourme et manière que le bon conte Gaston les avoit tenus sus les conditions qui mises et escriptes y estoient.

Or fu ad visé que messire Rogier d*Espaigne et messire Espaing de Lyon qui de celle légation estoient venus , pour remonstrer à leur partie comment ils avoient en leur voyage exploittié, prendroient de rechief la paine et le travail puisque tant en avoient-ils eu , et s'en yroient devers le visconte de Chastelbon et les consauls de Fois et de Berne , et feroient ^ tant * que les choses seroient bien ^ couchies *, et aussi tout ce leur appartenoit à fidre. Sicomme il fut proposé et ordonné , ils le firent. Et quant ils se furent en la cité de Thoulouse rafireschis deux jours, ils s'en partirent et prindrent le chemin de Saint-Gausens. Le visconte n*estoit point là quant ils y vindrent , mais estoit à Tentrée de Berne en ung ' trop ^^ bel chastel que on appelle Pau, et là le trouvèrent. Il fut moult resjouy de leur venue , car fort les avoit désirés à veoir. Et quant il sceut la vérité que le roy de France se vouloit déporter du vendaige qui devoit avoir esté fait pour la conté de Foix , ancoires fut-il plus resjouy que par avant ; car pour payer et rendre prestement les deniers dessus nommés, on les sçavoit très-bien où prendre et encoires assés d'autres de demeurant.

•-• JojêQx. — *^ Jojttax. — •^ En telle façon et maniôre. — ^* Coodoites. — •^ Moult.

SI6 " cOHPtencBS

Il m*est advis , et aussi poorroit-il sembler ft ancuns que des besoiugnes de Fois et de Berne je aj pour le présent assés parlé et traittié. Si m*en touldray ^ départir * et entrer en autre ' propos ^, car du démener an long la matière il y fSuddroit trop de paroles et d^escripture, et je me scay bien de quoy autre chose ensonnier. Tout condut, le yisconte de Chastelbon demeura conte de Fois et sire de Berne en la fourme et manière que le conte Oaston de Foix de bonne mémoire Favoit tenu , et luy firent foy et hommage tous ceulx qui fiûre luy deurent , et départy ses deux cousins les bastars de Foix messire Yeurain et messireOrar tien bien et largement des hiretages et des * meubles * tant que ils s*en contemptèrent ; et rendy au roy de France » c*est-à-entendre à ses ^ commissaires * tout l'argent entièrement , dont la conté de Fois estoit chargie. Ces besoingnes ne furent pas si tost aohiefVées , et demeurèrent jusques en Testé bien ayant réresque de Noi(m et le seigneur de la Rivière en la marche de Thoulouse et en la cité encoires ung temps , car point partir ne s*en vouloient jusques à ce que toutes les choses seroient en bon estât et fuissent mises au prouffit et honneur du roy *.

Or parlons de Tassamblëe des seigneurs de France et d'An^eterre, qui se fisten la bonne cité d*Âmiens sur fourme de paix ou de trières en celle saison que Ten compta pour lors en Tan de Nostre-Seigneur mil CGC. mi " et XI au my-quaresme.

Vous devés savoir que les pourvéances y furent fiûttes grandes et grosses avant que les seigneurs y venissent ,

*.• lUrertir. — ^ Procte* — • Anir«t. — • De leur Cra père. — Î-* Commii. — * Et da eolxi car de ce faire ik eetoieDt duayiéi.

d'ahers. 377

pour le roy premièrement \ pour son firère et pour ses oncles, et aussi pour aucuns hauls barons de France et prélats qui ordonnés y estoient & estre. Moult y estoit l'apparant grant, et s'efforchoient tous seigneurs de Ut estre , car commune renommée couroit que le roy Richart d'Angleterre en personne y seroit ; et le désiroient à yeoir ceulx qui point ne Tavoient veu , mais il n*y fut point. Si vint-il jusques à Douvres sur Tentente que de passer la mer et ses trois oncles avec luy , le duc de Lancastre , le duc dlorch et le duc de Olocestre. Quant ils furent lÀ venu , ils eurent plusieurs ymaginations à savoir se ce seroit bon que le roy passast * oultre. ' Tout regardé et considéré , le conseil d'Angleterre se ^ tourna & ce * que le roy demourroit à Douvres ens ou chastel avec le duc de Glocestre qui demourroit delés luy. Si s'ordonnèrent au passer le duc de Lancastre et le duc d'Iorch , le conte de Hostidonne , le conte d'Erby » messire Thomas de Persy , Tévesque de Duren , rëvesque de Londres et tous ceulx du conseil , et ne passèrent pas tous à ung jour , mais envoyèrent les pourvéances devant , et puis passèrent les seigneurs , et vindrent en la ville de Calais et Ut se logièrent. Quant le jour approcha que * on deubt ^ estre ensemble à Amiens au parlement , lés dessusdis seigneurs et leurs gens se départirent de la ville de Calais « et estoient plus de douze cens chevaulx, et chevauchèrent ordonnéement et en bon arroy.

Or estoit ordonné de par le roy de France et son conseil, que les Anglois partis de Calais et venans leur chemin & Amiens et retoumans de Amiens à Calais et euls estans à Amiens, le parlement durant ils seroient délivrés et deffraittiés de toutes choses, c'est-à-entendre des firais de bouche de euls et de leurs chevaulz.

• Pour ton estât. — " La nier. — *^ Troant d*opiiiioii« — •^ Le» MÎgnears deToient.

378 coHPiftERcn

En la oompaignie du duc de Lancastre et du duc dlordi venoit leur * cousine < fille de leur sereur et fille du seigneur de Coucy, une jeune dame qui s*appelloit madame d*Irlande, car elle avoit eu espousé le duc d*Irlande, comme dessus est dit Celle jeune dame venoit veoir son père le seigneur de Coucy à Amiens , car je suppose qu*en devant ce elle Tavoit petit veu. Si avoit trës-ardant désir de le veoir, et c^estoit raison. Si venoit en bon arroj ainsi comme une dame vesva qui petit de joye avoit eu durant son mariage.

Ordonné estoit de par le roy de France et son conseil que les ducs et les seigneurs, lesquels estoient yssus d'Angleterre et venus hors à Calais pour venir à Amiens en instance de tenir là siège et ordonnance de parlement et traittié de paix, seroienthonnouréssi estoffëement comme on ponrroit, et que les quatre ducs de France qui jà en Amiens estoient venus, c*est-assavoir le duc de Thouraine, frère du roy , le duc de Berry, le duc de Bourgoingne et le duc de Bourbon ystroient tous hors sur les champs en recueillant, en coiyouissant et en honnourant les seigneurs d'Angleterre qui an parlement venoient. Et advint que pour accomplir Tordonnance iiûtte, que à Teure que les deux ducs d'Angleterre frôres approuchoient la cité d'Amiens , les quatre ducs dessus nommés et tous les hauls barons de France qui là estoient, yssirent hors en grant arroy jusques sur les champs. Et tout premièrement ainsi yssi aux champs le duc Louys de Thouraine , frère du roy, et chevauchoit en grant arroy ' et le premier encontre des ^ deux ducs en Angleterre ses cousins. Et là ainsi ^ se recueillirent * tous entre eulx moult honnourablement en telle manière que seigneurs pourveus et nourris en cela sceurent bien faire. ^ Quant ils eurent ung petit parlé

fl.t

Niepce. — *^ Et deroit le premier avoir encontre lei. — ^ 8*aiitresalnèrent. — * Le dac de Tboandna print la parole, et.

D'AMOIfS. S79

ensemble et oonjouy Ton Tautre, le duc de Thouraine print congié à eulx et s*en retourna arrière » * et * sa route ' , laquelle estoit belle et grande , et rentra dedens la cité d'Amiens, et s*en ala au palais de Tévesque où le roy estoit , et là descendy et se tint en la chambre du roy avec luy. Et les autres trois ducs ses oncles de Berry, de Bourgoingne et de Bourbon chevauchàrent depuis le département du duc de Thouraine chascun en son arroy, et encontrôrent sur les champs ces deux ducs d'Angleterre. Si les recueillièrent de chière et de parole grandement et honnourablement , et là furent les conjouissances et accointances de ces ducs belles à veoir.

Après ce que les ducs se furent ainsi recueillis et conjouis , le gentil conte daulfln d'Auvei^e qui du temps que il fut hostagier en Angleterre , avoit eu grant amour et grant compagnie au duc de Lancastre (car pour ce temps assés s'entr'amôient) se avança et vint tout à cheval encliner et ^ conjouir ^ le dit duc de Lancastre , et quant le dit duc l'ot recongneu et àdvisé, si l'accola moult estroittement et luy * monstra ^ grant signiâance d'amour et de bon cuer , et lorsque ils orent une espace parlé ensemble, ils cessèrent. Car le duc de Berry et le duc de Bourgoingne vindrent, qui reprindrent la parole au duc de Lancastre, et le duc à euls, et le duc dé Bourbon, le sire de Céucy et le conte de Saint- Pol se approuchèrent du duc d'Iorch, messire Aymond , du conte de Hostidonne et de messire Thomas de Perssy , et se conjouirent et * s'entr'acueillirent ' grandement de paroles doulces, traittables et amoureuses, et toudis approuchoientils la cité d'Amiens.

A entrer en la bonne cité d'Amiens furent les honneurs

'-* Aocompaigné de. — * Avec qui il Mtoit venu. — ^ Saluer. — V Fi«t. — " S*a8samblèrent.

S80 CONFiREIICBS

moult grandes , car le duc de Lancastre chevauchoit «ntrs le duc de Berry et le duo de Boorgoingne , mais lorsque leurs chevauls mouvoient , c*estoit tout d*un pas : aussi ayant estoient les testes des cheyaulx les unes oomme les autres, et bien entre eulx y prendoient garde, et passaient tous trois et de firont ainsi dessoubs la porte d*Âmiens , et ainsi cheyaucbèrent tout le petit pas en honnourant l\ai Fautre jusques au palais de Févesque où le roy et son fr^ le duc de Thouraine ^ estoient *, et là descendirent des chevaulx et montèrent les degrës, et tenoient les deux duos de Berry et de Bourgoingne par les mains, en montant les degrés du palais et en alant devers le roy , les deux ducs frères d*Ângleterre, et tous les autres seigneurs les sieuvoient de près par derrière.

Quant ils fturent venus devant le roy , les trois ducs de France qui les adextroient et les autres ' barons ^ de France se agenoullèrent devant le roy , mais les deux duos d'Angleterre demeurèrent en leur estant : ung seul petit s*enclinèrent * pour honnourer le roy*. Le roy vint tantost jusques à euls et les prist par les mains, et fist lever ses oncles et les autres seigneurs, et puis parla moult doulcement à enix^ et eulx à luy , et s*entr'acointèrent de paroles, et ainsi tous les autres barons de France parloient aux barons et chevalliers d'Angleterre , et ces accointances premièraines fSedttes, les seigneurs d'Angleterre qui là estoient, pour Teure prindrent congié au roy et à son frère et à leurs oncles : on leur donna. Ils yssirent hors de la chambre et forent aconvoiés bien avant et descendirent les degrés du palais et montèrent sur leurs chevaulx, et 8*en vindrent bien accompaigniés à leurs hostels , et les acconvoièrent le connestable de France , le seigneur de Couçy , le conte de Saint-

*-* U« attendaient. — ^ Seigneurs. — ^ Par honneur.

Pol , messire Jehan de Vienne et plusieurs autres barons * de France , et quant ils les orent mis & leurs hostels, la fille au seigneur de Cioucy madame d'Irlande fut logie aveuc son pore, et toutes ses gens aussi.

Ordonné estoit de par le roy de France et son conseil, ayant que les seigneurs d'Angleterre vemssent en la cité d*Amiens , et Tordonnance on Tavoit signifié et publyé à tous affin que nuls ne s'en peust par ygnorance excuser et que chascun selon son estât se gardast de ' mesprendre ' , que nul ne feust si oultrageux, sur la peine d'estre décapité, que il euist parole rigoreuse , débat , ne rihotte en la cité d'Amiens , ne au dehors aux Anglois , et que nul chevalier et escuier sur estre en l'indignation du roy ne parlast d'armes fiiire , ne emprendre à chevallier, ne escuier d'Angleterre , et que tous chevalliers et escuiers de France coiyouissent , fuist ^ sur les chaussies * , fiiist au palais , fuist ena es églises , de doulces paroles et courtoises les ehevalliwi d'Angleterre , les escuiers et autres , et que nuls pages, ne varlets des seigneurs de France, sur la teste perdre , ne esmeust débat , ne rihotte hors de son hostel k qui que ce fidst, et que tout ce que chevalliers et escuiers d'Angleterre demanderoient il leur Ait donné et abandonné, et que nul hoste, sur se four&ire, ne demandast, ne presist point de leur argent pour boire , ne pour mengier, ne pour autres communs firais. Item estoit ordonné que nul dievallier et escuier de France ne povoit aler de nuit sans torses ou * torsins ^ , mais les Anglois y povoient bien aler , se ils vouloient , et fut ordonné que , se ung Anglois estoit de nuit trouvé , ne encontre sur les chaussies, que on le devoit doulcement et courtoisement racon-

' Et cheYsliera da royaume. — " Enfreindre. — ^ Es champs. — ••' Torchis.

882 coHPiiBicis

Toier et remettre en son hostel oa entre ses gens. Item estoient ordonnés & quatre qnarfours en la cité d'Amiens quatre goets et en diasenn guet mil hommes , et , se fin se prendoit de nuit en la ville par aucun incident , les quatre guets ne se dévoient mouvdr ^ de leur place , mais au son d*une cloche se dévoient autres gens avanchier pour remédier au feu. Item estoit ordonné que nul cheval-* lier , ne escuier pour quelconques besongnes que il euist à faire , ne se devoit , ne povoit avanchier pour parier a|i roj f se le roj meismes ne Tappelloit ou parloit & luy. Item fut ordonné que nul chevallier, ne escuier de France ne povoit parier , ne deviser ensemble tant que chevalliers et escuiers d'Angleterre seroient en la place, et sur euls ils adreschassent et tournassent leur parole. Item fut ordonné sur amende grande que nul hostellain en son hostel » ne autre ne fouroellast , ne mesist hors de voye, par manière de 'tesche d'aucune' convoitise, ars, ne saïettes qui fuissent aux Ânglois ; mais , se les Anglois par leur courtoisie kor vouloient donner, ils les povoient bien prendre.

Vous devés savoir que toutes ces choses et autres estoient promenés , faittes et ordonnées pour bien et par grant délibération de bon conseil pour mieulx garder et honnourtt* les Anglois, car sur grant ^ confidence * de paix et d*amour ils estoient là venus. Bt estoient ces ordonnances lÀ fiiittes par si destroitte condition que qui les euist enfraintes » ne brisies par manière de mauvaistié , sans nul déport on excusanœ il euist payé Tamende. Tout les jours petit s'en failloit.

Par le terme de quinze jours estoient les seigneurs de France et d'Angleterre en parlement ensemble, et riens ne mettoient & conclusion , car ils estoient en trop grant diffé-

* Pouranciuia chose qiialoonqad,-**^Tetqii« da.— ^ ConildéiiitioB.

d'amuois. 385

rent. Les François demandoient à avoir CSalais abatue et renversée par terre tellement que nuls ne y habitast jamais. Les Ânglois,estoient à ce moult contraires, et jamais n*euiftsent passé ce traittié , car vous devés croire et savoir que Calais est la ville au monde que la communaulté d*Ângleterre ayme le mieulx , car tant comme ils seront seigneurs de Calais, ils dient ainsi que ils portent les defs du royaulme de France à leur chainture. Et quel différent que les seigneurs frangois et anglois euissent ensemble de leurs offres et de leurs requestes et demandes, et com longuement que ils y mesissent, si se départoient-ils tousjours, les parlemens fines , moult amiablement ensemble ; et disoient les deux chancelliers (celluy de France et celluy d'Angleterre) : c Vous retoumerés demain sur cel estât et procès, et, espoir, « parmy la paine et dilligence que nous y mettrons et c rendrons , auront nos besongnes bonne conclusion. » Et donna le roy de France & disner par trois fois très-notablement ens ou palais à Amiens aux seigneurs, d'Angleterre, «t aussi firent le duc de Thouraine, le duc de Berry, le duc de Bourgoingae et le duc de Bourbon. Le seigneur de Couçy et le conte de Saint-Pol, chascun par luy, donnèrent à disner une fois à tous les chevalliers d'Angleterre qui an parlement estoient venus. Et ' quanques ' les Anglois pr^adoient, tant que de vivres, tout estoit payé et délivré'. Et estoient clers ordonnés de par le roy et son conseil qui tout escripvoient, et cUs qui créoient leurs denrées, estoient remis à la chambre ^ des deniers.

Vous devés savoir que le duc Jehan de Lancastre et son firère le duc dlorch, quoyque ils fuissent là venus, avoient leur charge du roy d'Angleterre et du conseil, tellement que par nul traittié proposé, ne & proposer ils n'y povoient riens

*-• Tout ce que. — • Par le roy. — • Dei comptes et.

884 coRrimcM

prendre , ne mettre. Plusieurs gens ne Touldroient point croire ce qui est et oe que je vous diray, et toutesvoies c'est pure Térité. D est ainsi que toute la communaulté d'Angleterre s'endine touqours et est plus endinée à la guerre qoB à la paix ; car du temps du bon roy Edouard, de bonne mémoire , et de son fils le prince de Galles, ils oreai tant de belles et haultes Tictoires sur les Françcrfs et tant de grans conquestes , de raenchons et de radiats de Tilles et de diasteanlXy que les povres en estoient devenus riches , et ' les gens anglois ' qui n'estoient pas gentils ' de ^ natiritë % par euls * avanchier ^ hardiement et vaiUammmt ens èa guerres, aToient tant oonquesté que par puissance d'or et d'argent ils estoient anoblis. Bt Touloient les antres qui yenoîent après, ensieuTir ' celle vie *, quoyque moult dqmis le tempe du roy Édosard et de son fils le prince de Qallee , par le ^* fidt ^^ et emprise de messire Bertran du Olaiaquin, oonnesiable de France, et de plusieurs autres bons chefal- Uers de France , sicomme il est contenu en nostre histxHre ^ çy-derrière ", les Anglois estoient moult reculés et reboutés. Le duc de Glocestre, maisné fils du roy Edouard, s'encli* noit assés à l'oppinion de la communaulté d'Angleterre et d'aucuns povres chevalliers et escuiers dudit pays qui désiroient la guerre pour soustenir leur estât et leur ^^ oisiveté" , et pour ce estoient les différens et les tndttiés de paix trc^ fors à fidre et trouver, quoyque le roy le voulsist bien et le duc de Lancastre. Et par leur promotion estoient encoires ces journées de parlement et de paix assignées et ordonnées en la dté d'Amiens, mais au fort ilsn'osaissent courroudiier la communaulté d'Angleterre. Bien vouloient les An^ois paix, maie que on leur restituast tontes les terres dcmnées

••• CeubL. — ' Hommes. — ^ Nature. — •■' ATantorer. — •^ La vie pareille à edx. — *^* Sens. — *"• Çj-detant. — *^^ Ulsense.

D^AMIEIIS. 385

et accordées ou traittié de la paix faitte à Bretigny devant Chartres, et que les Franchois paiassent XIIII<^ mille frans qui estoient demeurés à payer quant ils renouvellèrent la guerre.

En celle saison dont je parolle, furent les parlemens moult grans en la cité d* Amiens sur fourme et estât de paix, se on ïj peuist avoir trouvée , et grant peine et diligence y rendoient les seigneurs qui là estoient. On se puet esmerveillier à quoy la deffaulte fut, que la paix ne se fist ; car par espécial le duc de Bourgoingne y entendoit trop fort de la partie des François, et le duc de Lancastre de la partie des Ânglois, réservé ce que ^ sa charge * il n*euist osé passer '. Quant on vey que on traittoit et parlementoit et que riens on ne faisoit, si se commenciôrent les seigneurs & tasner et à lasser , et pour ^ adoulcir * les Anglois, par quoy ils euissent cause de euls encliner & raison, il leur fut offert à tenir en Acquitaine tout ce que ils y tenoient paisiblement , et neuf bonnes éveschiés quittes et délivres et sans ressort ; mais on vouloit avoir Calais abatue, et la somme de XUIP mille frans on les paieroit sur trois ans.

Le duc de Lancastre et le conseil d*Angleterre respondirent à ces offres et dirent : « Nous avons icy séjourné ung « grant temps , et n*avons riens conclud, ne conclure ne « povons , tant que nous aurons retourné en Angleterre et « ce * remonstré au conseil du roy nostre sire et aux trois « estats du royaulme, et soyés seurs et certains que toute « la dilligence que moy et mon frère dlorch y pourrons « mettre et nos consauls qui qr avons esté, nous Ty met- « trons voulentiers, réservé de la ville de Calais & abatre. « Nous n'en oserions parler ; car, se nous en parlions, nous

V* Ce qui Iny ettoit enchargié. — ' Oaltre. <» ^ Attraire. — ' Qae toat oe loit.

uv. — rRoissÂET. 25

3^ CONFÉaEMÇBS

tt en serions en la hayne et indignation de la greigneur « partie du royaulme d'Angleterre. Si nous vault mieolx « taire et cesser que dire chose où nous puissons recepvoir « bayne et blasme. »

Encoires souffissi assés ' ceste response au roj de France et à ses oncles , et dirent que sus traittié de paix , euls retournés en Angleterre , ils se meissent en peine » et que du costé du royaulme de France ils * n*estrainderoient ' point pour grant chose, car la guerre avoit trop duré : si en estoient avenus trop de ^ maléfices ^ au monde.

Or fut regardé entre ces parties, pour tant que les triôves failloient à la Saint-Jehan-Baptiste entre Franoe et Angleterre , que on les ralongeroit encoires ung an tout entier à durer et à courir sans nulle violence par mer [et par terre de tous leurs conjoinds et leurs ahers sans * mauvaise occasion ^, et de tout ce que les consauls du royaulme d'Angleterre respondroient , on leur bailleroit en leur compaignie deux chevalliers * et cils rapporteroient la parole et Testât du pays d'Angleterre. A tout ce faire et tenir se accordèrent le duc de Lancastre et le duc dlorch son frôre et le conseil du roy d*Angleterre qui là estoient.

Il me fut dit en ce temps , et on en vey grandement les apparans, que le roy de France désiroit de * bon cuer '* de venir à conclusion de paix , car grans nouvelles couroient pour lors parmy le royaulme de France et ailleurs que TAmourath-Bacquin estoit entre à tout grant puissance de Turs ens ou royaume de Honguerie , et ces nouvelles avoit rapportées messire Bouchicault le ainsné, mareschal de France, et messire Jehan de Carouge , lesquels estoient " venus ^* des parties de Grèce et de Turquie, pour quoy le

• Ce«te parole et. — "Ne tiendroient. — *• Maalx. — •■' Enfreindre. — • De France. — V* Moalt.. Grandement. — "'• ReTenns et retonméa.

D^AMIBKS. 387

roy de France en sa jeunesse avoit très-grant affection pour mettre sus ung voiage et aler veoir celluy Amorath-Bacquin et recouvrer le royaulme d*Erménie que le Turs avoient conquis sur le roy d'Erménie, lequel roy d'Erménie avoit esté présent à Amiens à ce parlement , et là avoit remonstré ses besoingnes au duc de Lancastre et au duc dlorch qui bien le congnoissoient , car jà Tavoient-ils bien veu en Angleterre, et voiremént il y fut une fois pour traittier de la paix , quant le roy fut à TEscluse. Dont en considérant ces besongnes et en confortant les paroles du roy d*Erménie , le roy de France , sur la fin de parlement et au congié prendre, en parla moult doulcement au duc de Lancastre, et furent les paroles telles : « Beaulx ' nieps * , se 0 paix povoit estre entre nous et le roy d'Angleterre, nous a pourrions ouvrer au passage en Turquie en confortant le 0 roy de Honguerie et Tempereur de Gonstantinoble aus- « quels TAmorath-Bacquin donne assés à faire , et recou- « vrerions le royaulme d*Erménie que les Turs tiennent, a On nous a bien dit que TAmorath est ung ' bien ^ vail- « lant homme et de grant emprinse ; et sur tels gens qui « sont contraires à nostre créance et la ^ guerroient * tous les a jours , nous devrions nous endiner au vouloir deffendre. tt Si vous prions , biaulx ^ nieps * , tout à certes que vous a y veuilles entendre et promouvoir ce voiage ou royaulme « d'Angleterre quant vous y vendrés. » Le duc de Lancastre luy * eut en convenant '^ que il s'en acquitteroit et si bien en feroit son devoir que on s'en percevroit ; et sur cel estât furent prins les congiës ensemble.

Les parlemens qui se tindrent *^ en la cité d'Amiens , durèrent environ quinze jours, et se départirent tout pre-

'-• NepTea.. Cousin. — •-* Moolt. — ■-• Griôvent, — '• Cousin. — •••• PromÎBt. — " Ensemble.

388 coiiriRBiicBs

mièrement les seigneurs d^Angletarre qui là estoient venus, et en reportoient par escript tons les traittiés qui là avoient esté fais, pour remonstrer au roy d*Angleterre et à son conseil. La ducesse dlrlande se départy d^Âmiens et prist congié à son père le seigneur de Coucy et se mist au retour aveuc ses oncles. Tous les Anglois se départirent. Et devés savoir que depuis qu'ils yssirent hors de la ville de Calais venans à Amiens et euls retoumans là et estans à Amiens , ils ne despendoient riens , se ils ne vouloient , car le roy de France les fist toutes pars deffraier des despens de bouche de euls et de leurs chevaulx.

Le duc de Boui^ingne s*en retourna en Artois et en la cité d*Arras et là trouva la ducesse sa femme qui avoit visite le pays de Flandres. Le duc de Thouraine , le duc de Berry et le duc de Bourbon demeurèrent delés le roy , et estoit Fintention du roy de venir à Beauvais et à Gisors et là jouer et esbatre et par ce chemin retourner à Paris.

Vous devés savoir que avec le duc de Lancastre et le duc dlorch se mirent en leur compaignie deux chevalliers de France par Tordonnance du roy et du conseil (ce furent messire Jehan de Chastel-Morant et messire Taupin de ^ Cantemelle * ) pour aler en Angleterre et pour rapporter nouvelles et response des traittiés que les Anglois emportoient , et vindrent à Calais, et jusques à là acconvoièrent messire Regnault de Roye , le sire de ' Montquarel ^ et le sire de la Viefnlle les ducs d'Angleterre , et là prindrent congié à tous , et puis retournèrent , et les Anglois passèrent oultre en Angleterre quant il leur * vint à plaisir * , et arrivèrent à Douvres et là trouvèrent le roy et le duc de Glocestre qui les y attendoient.

Quant le roy et ces seigneurs se veirent ^ , si orent grant

*-* CanteixMrle. — ^ MontcâTrel. — ^ PUot — ' Et lai «arent ojt.

d'amibiis. 389

parlement ensemble sur le fait et ordonnance du parlement d'Amiens. Trop bien plaisoit au roy d'Angleterre tout ce que fait en avoient ses oncles ; mais le duc de Glocestre qui tousjours a esté dur et rebelle à ces traittiés , proposa SOS et dist que sur cela ils ne povoient faire , dire , proposer , ne accepter nulle bonne proposition de paix , et convenoit que ces traittiés et procès fuissent apportés au palais de Wesmoustier à Londres, et le conseil général des trois estas d'Angleterre tous là mandés , et ce que ils en feroient ou conseilleroient , on en feroit et non autrement. La parole du duc de Glocestre fut tenue et oye : on n'euist osé aler à rencontre , car il estoit trop grandement en la grâce et amour du pays.

Adont fut dit aux deux chevalliers Ae France qui là estoient venus : « Il vous en fault venir avec nous à Lon- « dres. Autrement n*en pourrons avoir response. » Les deux chevalliers obéirent , ce fut raison , et se misrent au chemin , quant le roy d'Angleterre et les autres seigneurs se y misrent , et exploittèrent tant l'un par l'autre que la greigneur partie des seigneurs vindrent à Londres.

Le roy Richard d'Angleterre, quant il vint à Dardeforde, prist la voye et le chemin d*Ëltem ung très-bel manoir , et là se tint et rafreschy , car la royne sa femme y estoit , et depuis vindrent-ils à Gènes et de là ils s'en alèrent pour la Saint-Jeorge à Windesore , et là furent les chevalliers de France respondus. Mais avant que je vous dye la response que ils orent » je vous parleray ung petit du roy de France.

Après ce que le parlement ot esté à Amiens , le roy de France eschey par incidence et par luy mal garder en fièvre et en chaude maladie, dont luy fut conseillié à muer ayr.

390 MALADIE DD ROI DE FEAlfCE.

Si fut mis en une littière et vint à Biauvais et si tint tant qu*il fut guéry, et estoit ou palais de Tévesque, et son frère le duc de Thouraine delés luy , et aussi ses oncles de Berry et de ^ Bourbon * , et là tindrent ces seigneurs leurs Pasques. Et depuis, quant le roy fut tout fort et en bon point et que bien il povoit chevauchier , il s*en vint à Gisors à rentrée de Normendie pour avoir le déduit des chiens , car il y a là environ grant ' foison ^ de beaulx bois.

Le roy estant à Gisors , messire Bernard d*Axineignach vint là en bon arroy , le conte dauffin d*Âuvergne que il trouva à Paris , en sa compaignie , et releva la conté d*Anneignach , la conté de Gomminges et la conté de Rodais du roy, et luy en fist hommage aux us et aux coustumes que les seigneurs subgets du roy de France reliefvent leurs fiefe, et de ce que il devint homs du roy , on en leva lettres tabellionnées , grossées et séellées , et puis prist congié, et aussi flst le conte dauffin, et retournèrent ensemble à Paris et de là en leurs pays d*Auvergne et de la Languedoch.

Environ TAscension retourna le roy de France à Paris en bon point et en bon estât , et se loga en son hostel à Saint-Pol , lequel on avoit tout oi*donné pour luy , et jà y estoit la royne de France venue et la duchesse de Thouraine.

Or compterons-nous de messire Jehan de Chastel-Morant et de messire Taupin de Cantemelle , qui attendoient la response du roy d* Angleterre et des Anglois. Ils furent à la feste de Saint-Jeorge à Windesore où le roy d'Angleterre , ses oncles et ses firères et grant ^ foison * des seigneurs

• • Boor^ngne, — •-* PlenU, — '^ Nombre.

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