XIV. — FROISSART
du roi et les ménestrels de rose. Tontes les mes étaient tendoes de riches tapisseries ; des fontaines versaient des flots de nn ou de lait» La cérémonie du couronnement eut lieu le lendemain dans la chapelle du palais, et pendant six jours on vit se succéder des Jontet brillantes. Les bourgeois de Paris espéraient qu*à cette oociwion le roi réduirait les impôts ; leur espoir fut déçu , car à son départ on éUva de nouveau la gabelle. {Religieux de Saint»De%i$,)
Juvénal des Ursins s*arréte Tolontiers, malgré son austérité, an tableau de ces magniflcences ; il se plaît k décrire Fange qui descendit par « engins bien faits » du haut des tours de Notre-Dame et le grand cerf aux cornes dorées , portant an cou la defise du roi , qui gardait le lit de justice.
Tout à côté de la cathédrale se trouvait le carrefour des jonglenrs (cwuui vici joeulaiorum). Là demeurait en 1381 François de Pise, dont le nom fait penser à Christine de Pisan.
Les registres du Parlement fixent au dimanche 22 août 1389 Feutrée d^Isabeau de Bavière à Paris. On ajoute : « Jamais ne foi « veue, ne fecte plus grant feste en ce royaume. »
Ces réjouissances et ces fêtes rappellent 4 Fesprit ce feuillet d*nn manuscrit d*Eustache Deschamps , offert en 1383 à Charles VI » où , à côté d*une miniature représentant une joute brillante, ae trouvent in» acrits ces vers :
Or regardés tous les délis
Du monde et les hommes jolis ;
Il finent en pleurs et en cris.
{Bibl. nationale de Parie n<» 20020.)
Cette fois encore le poète était prophète.
Isabeau de Bavière avait pour mère une fille de Bamabo Viaeonti, duc de Milan.
On n*a pas assez remarqué l'influence qu*exeroèrent au XV* siéda deux {princesses, toutes deux d'origine italienne et sorties de la même maison. On ne voit pas toutefois qu*il j ait eu beaucoup de sympathie entre Isabeau et la duchesse Valentine d*Orléans.
Vers cette époque le duc de Berrj faisait transcrire le Miroir dei Ikmee (n^ 0555 de la bibliothèque de Bourgogne) et un auteur anonyme écrivait sur le même sujet un traité naïf et élégant qni a appartenu à la maison do Moreul.
Tous ces enseignements devaient recter sans écho.
On conserve à la Bibliothèque nationale de Paris les Heures dlsabeau.
On lit ao commencement : « Sires Deus, tous poissans peires , soies « à ton attcelle propisse. »
Un peu plus loin : « Très dous Jhésu-Cris , Je me commande à toj « mon corps et mon Ame et ma vie et les cinq sens de mon corps. »
Et 4 la fin : « Très-dous Deos-^ donne -moy grâce que Je puisse bien « tons TOUS oommandemens gardeir tous les Jours que Je Tiveraj. »
Peu de miniatures. Il j en a une qui représente le baiser de Judas. Isabeau n'en réservait pas d*autre ni A son époux, ni & son fils.
On possède le testament d'Isabeau de Bavière, du 2 décembre 1431. Elle signait : Isabeth. Elle y passe sous silence son fils et réserve ce titre aux ducs de Bedford et de Bourgogne. Telle était alors la situation de la capitale on Jadis on lui avait fait une réception si brillante, que Henri VI, roi de France et d'Angleterre, avait, en 1424, cru devoir statuer par une ordonnance spéciale sur le « soulagement » de cette cité « A laquelle généralement toutes les autres nations ont eu de « toute ancienneté leur regard et leur considération. » Elle était alors « fort empirée par guerres et famine. »
Tandis que la vraie reine Isabeau se montrait favorable aux Anglais , la petite reine Odette de Champdivers se déclarait en 1424 en faveur de Charles VII.
Trêve entre lu FrançaU et les Aillait (pp. 25, 26.) — II s*agit ici de la convention signée à Lelinghen le 18 Juin 1389, qui établissait une trêve Jusqu'au 16 août 1392.
Zouie tT Anjou épouse Yolande d* Aragon (pp. 26-30). — Yolande d'Aragon n'était pas, comme le ditProissart, fille de Pierre, roi d'Aragon, mais de Jean I*' et d'Yolande de Bar. Elle était fort Jeune à cette époque, et son mariage ne fut célébré qu'assez bngtemps après , le 2 décembre 1400.
Projets de voyage du roi de France (pp. 30-32). — Caries V, instruit des exactions du duc d'Aigou, s'était vu réduit à lui retirer le gouvernement du Languedoc pour le confier au comte de Poix ; mais, dès Tavénement de Charles VI, le duc de Berry le réclama et l'obtint. Les exactions se renouvelèrent associées à des violences de tout genre. Une partie de la population s'exila , et ce fut seulement lorsque Charles VI eut pris entre ses mains le gouvernement du royaume , qu'un religieux du diocèse de Toulouse, nommé Jean de Grandselve,
vint à Paris et osa signaler en la présence da duc de Berry la dépbrable sitaation du Languedoc. Le roi lui promit d*aller TÎsiter luimême cette province.
Les habitants du Languedoc avaient envoyé vers le roi des dépotés qui lui exposèrent secrètement que les exactions da duc de Berry étaient devenues intolérables et qu^ils se verraient réduits à émigrer en ' Aragon. Charles YI leur promit d*alléger lears souffrances et résolut d6 ne pas permettre au duc de Berry de raccompagner dans son voyage. (Religieux de Saint-Denis,)
Le récit du Religieux de Saint-Denis relatif an moine qui osa porter ses doléances Jusqu*au palais de Paris , explique la lettre snivante adressée par Charles VI an duc de Bourgogne :
« De par le roy,
« Très-chier et très-amé oncle , beaux oncles de Bonrbon , noetro cousin le oonnestable et plusieurs de nostre conseil nous ont monstre certaines lettres que vous leur avés envoiées (aisans mention comment on &UX traistre moyne, qui est venu des parties de la Languedoc, a parlé en nostre présence et dit aucunes paroles qui sont contre lonneur et estât do besux oncles de Berry, et vous donnés grant merveille comment Ten Ta en ce fait un tout seul mot oy et que de ces paroles Ten le deust avoir tantost Jeté en un sac en la rivière. Si sachiés » tréschier et très-amé oncle, quMl est cerîain que un moyn^ des dictes parties de la Languedoc a exposé , en nostre présence , certaines choses touchans Testât dndit pays, et, entre les autres, par manière de fiction et paroles couvertes que Ten povoit assés enten«Ire, a bien parlé contre aucuns de nos officiers et de conlx de nostre dit oncle de Berry, comme commissaires , esleus , receveurs , sergens et autres tels officiers, et non pas contre capitaines, sénescaux, ne autres notables personnes ; et , pour ce que le chancellier de nostre dit oncle de l^rry avoit, à la première journée, aucunement entendu , sicomme il ilisoit, que le dit moyno avoit dit aucunes paroles qui povoient regard««r et touchier la personne de nostro dit oncle do Berry, nous, beau frère de Touraine, nostre dit oncle de Bourbon . nostre dit cousin le connestable et tous coulx de nostre conseil , 'cusmes advis de reprendre une autre journée pour faire venir , par devant nous et noitre dit conseil , le dit moyne affin de satisfaire au dit chancellier de Berry , combien que nous , nul de nostre sanc , ne aucun de nostre conseil ne entcndismcs ouques que le dit mojoc deist rliuse (jui feust coutn* Tonneur