‹ Œuvres de GilbertChapitre 12 sur 41 · LE JUBILE · texte numérisé non relu

LE JUBILE

ODE

J 'ai vu l'Impiété , de forfaits surchargée , Triomphante, et partout en Sagesse érigée, Sur nos autels détruits marcher impunément : Ses soldats, du Très-Haut vainqueurs imaginaires,

Par ses blasphèmes téméraires Annonçaient aux Mortels leur gloire d'un moment

Nous t'avons sans retour convaincu d'imposture . « O Christ ! toi qui disais : Ma loi solide et pure « Doit survivre au soleil allumé par mes mains : « Le soleil luit encore et dément ta parole ;

« Où règne enfin ta loi frivole, « Fantôme, autrefois Dieu des crédules humains!

« Les peuples ne vont plus , aveuglés par tes mages « Suspendre leurs présens autour de tes images ,

« Tributaires craintifs d'un bois mangé des vers. « L'enfant même se rit de sa mère insensée

« Qui veut dans sa jeune pensée « Graver un Dieu menteur, banni de l'Univers.

« Tombez, temples chrétiens, désormais inutiles! « L'oiseau seul de la Xuit , ou des prêtres serviles « Fréquentent de vos murs la sombre et vaste horreur. « Embrasez-vous, autels! Rentrent dans la poussière,

« Avec leur idole grossière , « Tous ces tyrans sacrés qui trafiquent l'erreur. »

Ainsi parlait hier un peuple de faux sages : Si ce roi des soleils, sensible à leurs outrages, Eût dit dans sa pensée : Ingrats, vous périrez; Le Tonnerre , attentif à son ordre suprême ,

Se fut éveillé de lui-même , Et les eût parmi nous choisis et dévorés.

Mais tu l'as commandé, la foudre est assoupie. Grand Dieu! tu veux confondre, et non perdre Y Impie* « Fais triompher ma loi ; renais , temps précieux. , « O temps où de la grâce ouvrant la source immense,

« Durant deux saisons de clémence, « Mon église élargit l'étroit sentier des cieux. »

Eh sien ! sages d'un jour, ces temps viennent d'éciore ; Demandez au Seigneur où sa loi règne encore :

La loi du Tout-Puissant fleurit clans nos cités; Elle charme vos fils, elle enchaîne vos femmes ;

Elle vit même dans vos âmes , Dont l'orgueil déicide étouffait ses clartés

Ouvrez les yeux ; pleurez vos triomphes stériles ; O Babylone impure ! ô reine de nos villes , Long-temps d'un peuple athée exécrable séjour ! Dis-nous , n'es-tu donc plus cette cité hautaine

Où l'Impiété, souveraine, Avait placé son trône et rassemblé sa cour ?

Sitôt qu'aux champs de l'air l'œil du jour étincelle , Sur les pas de la Croix qui marche devant elle , Toute une nation , les enfans , les vieillards , Les vierges , les époux, les esclaves , leurs maîtres.

Conduits en ordre par nos prêtres , Du nom de l'Eternel remplissent tes remparts.

Mais que vois-je? où vont-ils ces fils de la Victoire,

Ces guerriers mutilés, chargés d'ans et de gloire ,

Restes d'hommes , jadis l'effroi de nos rivaux ?

"< un quoi ce frontbaissé, ces bras dépouillés d'armes?

Pourquoi ces prières , ces larnies , Et ces chefs pénitens qui suivent leurs drapeaux ?

O ferveur! ô d'un Dieu triomphe mémorable, Pleins de la même foi que ce peuple innombrable !

Dans cet humble appareil implorant ta pitié. Seigneur, ils vont t'offrir, pour calmer tes vengeances,

Et leurs lauriers et les souffrances D'un corps dont le tombeau possède la moitié.

Ciel! quel vaste concours! Agrandissez-vous, temples; Peuples , prosternez-vous ! Soleil , qui les contemples , Éclairas-tu jamais des spectacles plus saints ? Torrens des airs, craignez d'interrompre ces fêtes !

Taisez-vous, Foudres et Tempêtes!

Jours de paix , levez-vous toujours clairs et sereins !

Tu peux enfin cesser tes plaintes maternelles, Sion ! quitte ce deuil ; vois tes enfans rebelles , Dans ces temps de pardon revoler dans tes bras. Tout marche, tout fléchit sous ta loi fortunée;

Et l'Impiété détrônée Cherche où fut son empire, et ne le trouve pas.

OETTRES

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