I.E DlX-HülTIÈME SIÈCLE
La mort qui les attend au sein des voluptés ;
De leurs biens, prodigués pour d’infâmes caprices, Enrichir nos Phrynés dont ils gagent les vices ; ^ Tandis que l’honnëte homme, à leur porte oublié. N’en peut même obtenir une avare pitié :
Demi-dieux avortés, qui , par droit de naissance. Dans les camps , à la cour, régnent en espérance , Quels succès leurs talents semblent nous présager ; Ceux-là font de leurs mains courir ce char léger ■ Que roule un seul coursier sur une double roue; Ceux-ci , sur un théâtre où leur mémoire échoue , En bouffons apprentis défigurent ces vers Où Molière, prophète, exprima leurs travers :
Par d’autres, avec art, une paume lancée Va , revient , tour à tour pousséé et repoussée.
Sans doute, c’est ainsi que Turenne cl Villars S’instruisaient dans la paix aux triomphes de Mars.
La plupart, indigents au milieu des richesses. Achètent l’abondance à force de bassesses :
Souvent, à pleines mains, d’Orval sème l’argent; Parfois, faute de fonds, monseigneur est marchand
n I.E DIX-HUlTtÈME SIÈCLE.
Que dirai-je d’Arcas? quand sa tête blanchie En tremblant, sur son sein se penche appesantie, Quand son corps, vainement de parfums inondé.
Trahit les maux secrets dont il est obsédé ;
Sc.andalisant Paris de ses vieilles tendresses.
Areas, sultan goutteux, veut avoir vingt maîtresses; Mais, en fripon titré, pour avoir leurs appas,
Areas vend au public le crédit qu’il n’a pas :
Digne fils d’un tel père, Alford , chargé de dettes.
Met ses jeunes amours aux gages des coquettes :
Plus philosophe encor, d’Orimond ruiné Épou.se un équipage en épousant Phryné.
Qui blâmerait ces nœuds? L’hymen n’est qu’une mode. Un lien de fortune, un veuvage commode.
Où chaque époux, brûlé d’adultères désirs,
Vit. sous le même nom, libre dans ses plaisirs.
Vois-tu, parmi ces grands, leurs compagnes hardies Imiter leurs excès, par eux même applaudies;
Dans un corps délicat porter un cœur d’airain , Opposer aux mépris un front toujours serein;
Et, du vice endurci témoignant l’impudence,
Sous leur casque de plume étouffer la décence ?
Assise dans ce cirque où viennent tous les rangs Souvent bâiller en loge, à des prix différents, Cloris n’est que parée, et Cloris se croit belle;
En vêtements légers l’or s’est changé pour elle; Son front luit, étoilé de mille diamants ;
Et mille autres encore, effrontés ornements, Serpentent sur son sein, pendent à ses oreilles; Les arts, pour l’embellir, ont uni leurs merveilles Vingt familles enfin couleraient d’heuieux jours , Riches des seuls trésors perdus pour ses atours. Malgré ce luxe affreux et sa fierté sévère,
Cloris , on le prétend , se montre populaire ;
Oui , déposant l’orgueil de ses douze quartiers , Madame, en ses amours, déroge volontiers; Indulgente beauté, Zélis la justifie;
Zélis qui , par bon ton , à la philosophie Joint tous les goûts divers, tous les amusements. Rit avec nos penseurs, pense avec ses amants; Enfant sophiste , au fond coquette pédagogue ,