LE DIX-ULITIKME SIÈCLE
Qui gouverne la mode, à son gré met en vogue Nos petits vers lâchés par gros in-octavo,
Ou ces drames pleureurs qu’on joue incognito ;
Protège l’univers, et, rompue au.\ affaires.
Fournit vingt financiers d’importants secrétaires;
Lit tout, et même sait, par nos auteurs moraux ,
Qu’il n’est certainement un Dieu que pour les sots.
Parlerai-je d’iris? Chacun la prône et l’aime;
C’est un cœur, mais un cœur... c’est l’humanité même - Si d’un pied étourdi quelque jeune éventé Frappe, en courant, son chien qui jappe épouvanté , ' La voilà qui se meurt de tendresse et d’alarmes;
Un papillon soufiTrant lui fait verser des larmes :
Il est vrai; mais aussi qu’à la mort condamné,
Lally soit, en spectacle, à l’échafaud traîné.
Elle ira la première à cette horrible fête Acheter le plaisir de voir tomber sa tête.
Dira-t-oti qu’en des vers, à mordre disposés.
Ma muse prête aux grands des vices supposés?
LK DIX-UUrnÉME SIËCLK
J'aurais pu te montrer nos duchesses fameuses, Tantôt d’un histrion amantes scandaleuses,
Fières de ses soupirs, obtenus à grands prix, Elles-méme aux railleurs dénonçant leurs maris ; Tantôt , pour égayer leurs courses solitaires , Imitant noblement ces grâces mercenaires..
Qui, par couples nombreux, sur le déclin du jour. Vont aux lieux fréquentés colporter leur amour; Contents d’un héritier comme eux frêle et sans fur Les époux, très-amis, vivant dans le divorce; Vainqueurs des préjugés, les pères bienfaisants.
Du sérail de leurs fils eunuques complaisants;
De nouvelles Sapho, dans le crime affermies.
Maris de nos beautés sous le titre d’amies;
Et de galants marquis, philosophes parfaits,
En petite Gomorrhe érigeant leurs palais.
Mais la corruption , à son comble portée ,
Dans le cercle des grands ne s’est point arrêtée; Elle infecte l’empire, et les mêmes travers Régnent également dans tous les rangs divers.
LE DlX-HUlTIÉME SIÈCLE.
Il faut voir ce marchand, philosophe en boutique , Qui , déclarant trois fois sa ruine authentique , Trois fois s’est enrichi d’un heureux déshonneur, Trancher du financier, jouer le grand seigneur; Monsieur, pour ses amis, entretient une actrice; Madame, des beaux-arts, bourgeoise protectrice, En couvent d’esprits forts transforme sa maison.
Et fait de son comptoir un bureau de raison.
Partout s’offre l’orgueil, et le luxe, et l’audace. Orgon à prix d’argent veut anoblir sa race ; Devenu magistrat, de mince roturier.
Pour être un jour baron, il se fait usurier.
Jadis son clerc, Mondor, enviait son partage;
Tout à coup des bureaux secouant l’esclavage,
11 loge sa mollesse en un riche palais.
Et derrière un char d’or promenant trois valets. Sous six chevaux pareils ébranle au loin la rue : Mais sa fortune, ami, comment l’a-t-il accrue?
Il a vendu sa femme, et ce couple abhorré.
Enveloppé d’opprobre, est pourtant honoré.
Eh! quel frein contiendrait un vulgaire indocile.
LK blX-Ulii TIEME SIÈCLE.
Qui sait, grâce au» docteurs dü moderne évangile,
Qu’en vain le pauvre espère en un Dieu qui n’est pas": Que l’homme tout entier est promis au trépas?
Chacun veut de la vie embellir le passage ;
L’homme le plus heureux est aussi le plus sage ;
Et, depuis le vieillard qui louche à son tombeau. Jusqu’au jeune homme à peine échappé du berceau,
A la ville, à la cour, au sein de l’opulence,
Sous les atfreux lambeaux de l’obscure indigence,
La débauche au teint pâle, aux regards ellronlés, Enflamme tous les cœurs, vers le crime emportes.
C’est en vain que, fidèle à sa vertu première,
Louis instruit aux mœurs la monarchie entière;
La monarchie entière est en proie aux La'fs ;
Leurs vices sont les'dieux qu’encense leur pays;
Et la religion, mère désespérée, . •
Par ses propres enfants sans cesse déchirée.
Dans ses temples déserts pleurant leurs attentats.
Le pardon sur la bouche, en vain leur tend les bras ; Son culte est avili, ses lois sont profanées.
Dans un cercle brillant de nymphes fortunées,
Entends ce jeune abbé, sophiste bel esprit :