‹ Œuvres de Gilbert précédées d'une notice historiqueChapitre 14 sur 134 · I.E DIX-HlîlTlfeME SIÈCLE. <S · texte numérisé non relu

I.E DIX-HlîlTlfeME SIÈCLE. <S

Thalie a de sa sœur partagé les revers :

Peindre les mœurs du temps est l’objet de ses vers :

Mais lasse d’un emploi que le goût lui confie.

•\pôtre larmoyant de la philosophie,

Elle fuit la gaîté qui doit suivre ses pas,

Et d’un masque tragique enlaidit ses appas.

Tantôt c’est un rimeur dont la muse étourdie.

\Dans un conte ennobli du nom de comédie,

Passe, en dépit du goût, du touchant au bouffon.

Et marie une farce avec un long sermon :

Tantôt un possédé, dont le démon terrible Pleure éternellement dans un drame risible :

Que dis-je? oser blâmer un drame, un drame enfin !

• La comédie est belle, et le drame est divin ;

Pour moi, j’y goûte fort, car j’aime la nature.

Ces héros villageois, beaux esprits sous la bure,

Et j’approuve l’auteur de ces drames diserts.

Qui ne s’abaisse point jusqu’à parler en vers :

Un vers coûte à polir, et le travail nous pèse;

^ Mais^ en prose du moins on est sot à son aise.

Parlhut le même ton : chaque muse en ses chants.

,\ux dépens du vrai goût, fait la guerre aux méchanUc

LE mX-HUlTlÈME SIÈCLE.

Le plus lourd chansonnier de l’Opéra -Comique Prèle à son Apollon un air philosophique,

Et des vers sont charmants, si peu qu’ils soient moraux.

Mais de la poésie usurpant les pinCeaux,

Et du nom des vertus sanctiGant sa prose.

Par la pompe des mots l’éloquence en impose.

Que d’orateurs guindés qui se disent profonds.

Se tourmentent sans Gn pour enfanter des sonsl Dans un livre où Thomas rêve, comme en extase.

Je cherche un peu de sens, et vois beaucoup d’emphase.

Un plaisant, des dévots Zo’i’le envenimé.

Qui nous vend par essais le mensonge imprimé,

Des oppresseurs fameux développant les trames.

Met, pour mieux l’ennoblir, l’histoire en épigrammes. Chaque genre varie au gré des écrivains,

Et ne connaît de lois que leurs caprices vains.

Sans doute le respect des antiques modèles

Eût au vrai ramené les mu.ses inGdèles : •

Eux seuls, de la nature imitateurs constants.

LB DiX-HUITlÈME SIÈCLE.

Toujours lus avec fruit, sont beaux dans tous les temps Heureux qui, jeune encore, a senti leur mérite !

Même en les surpassant il faut qu’on les imite.

Mais les sages du jour, ou de fiers novateurs.

De leur goût corrompu partisans corrupteurs.

Ne pouvant les atteindre, ont dégradé leurs maîtres; Et, protecteurs des sots flétris par nos ancêtres,

O de la sympathie inévitable effet!

Ils vengent les Colins des affronts du sifflet.

Voltaire en soit loué! chacun sait au Parnasse

Que Malherbe est un sot, et Quinault un Horace.

Dans un long commentaire il prouve longuement Que Corneille parfois pourrait plaire un moment.

J’ai vu l’enfant gâté de nos penseurs sublimes.

La Harpe, dans Rousseau trouver de belles rimes :

Si l’on en croit Mercier, Racine a de l’esprit ;

Mais Perrault, plus profond, Diderot nous l’apprit, Perrault, tout plat qu’il est, pétillé de génie :

Il eût pu travailler à l’Encyclopédie. ■ '

Boileau, correct auteur de libelles amers.

Boileau, dit .Marmontel, tourne assez bien un vers;

'i6 I.K IHX-HUITIÈME SIÈCLE.

El tous CPS demi-dieux, que l’Europe en délire A depuis cent hivers l’indulgence de lire,

Vont dans un juste oubli retomber désormais.

Comme de vains auteurs qui ne pensent jamais.

Quelques vengeurs pourtant, armés d’un noble zèle.

Ont de ces morts fameux épousé la querelle ;

T)e là sur l’Hélicon deux partis opposés / •

Régnent, et l'un par l’autre à l’envi déprisés.

Tour à tour s’adressant des volumes d’injures,

Pour le trône des arts combattent par brochures :

Mais plus forts par le nombre, et vantés en tous lieux. Les corrupteurs du goût en parai.ssent les dieux ;

Si Clément les proscrit, La Harpe les protège.

Eux seuls peuvent prétendre au rare privilège D’aller au Louvre, en corps, commenter l’alphabet; Grammairiens jurés, immortels par brevet,

Honneurs, richesse, emplois, ils ont tout en partage, Ifors la saine rai.son que leur bonheur outrage;

Et le public esclave obéit à leurs lois.

Mille cercles savants s’assemblent à leurs voix ;

C’est dans cæs tribunaux galants et domestiques

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I,K DIX UIHTlfeMK SIÈCLK. • M

Que parmi vingt beautés, bourgeoises empiriques, Distribuant la gloire et pesant les écrits,

Ces fiers inquisiteurs jugent les beaux esprits.

O malheureux l’auteur dont la plume élégante Se montre encor du goût sage et fidèle amante ;

Qui, rempli d’une noble et constante fierté,

Dédaigne un nom fameux par l’intrigue acheté,

Et, n’ayant pour prôneurs que ses muets ouvrages.

Veut par ses talents seuls enlever les suffrages!

La faim mit au tombeau Malfilàtre ignoré;

S’il n’eût été qu’un sot, il aurait prospéré :

Trop fortuné celui qui peut avec adresse Flatter tous les partis que gagne sa souples.«e !

De peur d’être blâmé, ne blâme jamais rien ;

Dit Voltaire un Virgile, et même un peu chrétien:

Et toujours en l’honneur des tyrans du Parnasse De madrigaux en prose allonge une préface !

Mais trois fois plus heureux le jeune homme prudent Qui, de ces novateurs enthousiaste ardent,

Abjure la raison, pour eux la sacrifie;

Soldat sous les drapeaux de la philosophie.

D’abord, cx>mme un prodige on le prône partout :

LR DIX - liDlTIÈME SIÈCLR.

11 nous vante I en effet c’est un homme de goût :

Son chef-d’œuvre est toujours l’écrit qui doit éclore ; On récite déjà les vers qu’il fait encore.

Qu’il est beau de le voir de dinés en dlnés,

OÉBcieux lecteur de ces vers nouveau-nés.

Promener chez les grands sa muse bien nourrie 1 Paralt-il, on l’embrasse : il parle, on se récrie;

Fût-il un Durosoy, tout Paris l’applaudit.

C’est un auteur divin, car nos dames l’ont dit :

La marquise, le duc. pour lui tout est libraire;

De riches pensions on l’accable; et Voltaire Du titre de génie a soin de l’honorer Par lettres qu’au Mercure il fait enregistrer.

Ainsi de nos tyrans la ligue protectrice D’une gloire précoce enfle un rimeur novice : L’auteur le plus fécond, sans leur appui vanté. Travaille dans l’oubli pour la postérité:

Mais par eux, sans rien faire, un fat nous en impose Turpin n’est que Turpin, Suard est quelque chose.

Ohl combien d’écrivains languiraient inconnus,

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