‹ Œuvres de Gilbert précédées d'une notice historiqueChapitre 34 sur 134 · SUR LA MORT DE S. A. H. MADAME LA PRINCESSE ANNE-CBARLOTTE DE LORRAINE · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DE S. A. H. MADAME LA PRINCESSE ANNE-CBARLOTTE DE LORRAINE

Où courent, les cheveux épars,

, Ces vierges, ces époux, ces naères.

Et ces enfants et ces vieillards Inondés de larmes amères ?

. Pourquoi ces temples ébranlés

Par l’airain qui gémit dans l’ombre ?

Pourquoi ces citoyens sans nombre, Partout errants ou rassemblés, ,

Du sommeil, des amours interrompant les heures, Font-ils de cris plaintifs retentir nos demeures?

A-t-on vu flotter tes drapeaqx

ODE A LA REINE

D’un voisin prêt à nous surprendre?

Brillent- ils déjà les flambeaux Qui vont mettre nos murs en cendre?

Quel trouble! hélas! tel fut ce jour',

Jour funèbre où nos derniers princes,

Pour rendre à la paix ces provinces,

De la guerre éternel séjour,

Cédant leur trône anticpie aux souhaits de la France,

Délaissèrent nos bords pleins de leur bienfaisance.

« Quoi ! ces bords sont votre pays, ' - « Et vous ignorez nos alarmes?

« Entourés d’armes, d’ennemis,

« Ah I nous verserions moins de larmes î « Mais la mort frappe, et désormais •

« A Léopold rejoint sa jîlle :

« Ces pauvres, immense famille,

« Riche autrefois de ses bienfaits,

« Nos parents, nos amis, et leur sœur et leur frère,

1. On se raplielle quel désespoir montra le peuple le jour oîi nos princesses partirent de Lunéville.

ODE A LA REINE

« Tout ce peuple orphelin redemande une mère.

« Ici, par des jeux solennels,

« Nous célébrâmes sa naissance ;

« Plus loin, sous les yeux paternels,

« Nous vîmes croître son enfance ;

« Elle nous promit en ces lieux a De revoir bientôt sa patrie, ^

« Le jour où, de nos cœurs suivie,

« Elle passa sous d’autres deux :

« Nous ne la verrons plus : rien ne peut nous la rendre, « Et des murs étrangers posséderont sa cendre. »

Pleurez, citoyens malheureux.

Pleurez cette princesse auguste^:

Autant son cœur fut généreux.

Autant votre douleur est juste.

Elle est donc plongée au tombeau,

Elle qui vouait sa fortune A la prospérité commune? . .

Pareillé à ce pâle flambeau, ^ ’

Astre de nos foyers et rival de l’aurore,

134 ODE A LA REIISE.

Qui, pour servir nos vœux, lui-même, '%e dévore.

Hélas! vos pères, abattus Sous le fardeau de la vieillesse,

En me racontant ses vertus,

Retrouvaient leur jeune allégresse.

Quels héros, quels dieux bienfaisants Ils me peignaient dans ses ancêtres!

« Quoi ! disaient-ils, sous d’autres maîtres « Il faut donc finir nos vieux ans? •

« Nos climats, l’univers, tout est plein de leur gloire, « Et Louis seul en peut effacer la mémoire. »

Pleurez... Mais pourquoi succomber .\u malheur qui vous désespère?

Le ciel n’a pu vous dérober

Votre déesse tutélaire :

Non ; d’un grand cœur tel est le sort ;

Appui des siens durant sa vie,

II protège, il sert sa patrie ”

Dans le sein même de la' mort.

Ainsi, lorsfjue son char a disparu sur l’onde,

ODE A LA REINE

Le soleil de ses feux éclaire encor le monde.

Ce sont ces exemples sacrés Qui nous instruisent d'âge en âge :

Toujours des héros expirés Les héros vivants sont l’ouvrage.

. Suivez ces Germains aux combats :

Sans cesse du sauveur de Vienne L’ombre terrible se promène.

Et tonne au milieu des soldats,

Guide, enOamme les chefs en qui son cœur respire. Et, du fond des tombeaux, Charles ' soutient l’empi

Semblable à ce prince indompté.

Dieu de la guerre en Germanie,

Parmi vous de l’humanité Sa fille sera le génie.

Le juste à ces mânes vengeurs Peindra ses vertus méconnues.

Les malheureux à ses statues

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