HÉROÏQUES ET MORALES
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A SA MÈRE '
Ma mère... je frémis! que vais-je vous'apprendre! Aurez-vous, sans mourir, la force de m’entendre? % C’était peu que le ciel, brisant un nœud chéri.
1. Rien de pins terrible, rien de plus Aonimnt (jae4‘bistoirc de la marquise de Gange. Qui se fût Jamais imaginé que deux fibres rivaux se passent assca aecorder outre eux pour égorger la femme de leur frète! En vérité, il est des événémenta qui humilient bien riiumanité, et je erois quecelui-ci est du nombre.
Le marquis de Lanide, depuis appelé de Gange, reclierclia en mur^c mademoiselle de Rostan, veuve du marquis de Castellane, et une des plus cliarmantes têtes de son siècle. 11 l'obtint. Les premiers Jours de leuri union 4 ftireiit heureux. Quelque temps après, deux frères du marquis de Gange, dont l iiiViltAit abbé, l*antrc militalTe, vinrent se Joindre h nps doux époux,
156 LA MARQUISE DE GANGE
Vous donnât à pleurer la perle d’un mari;
Il vous restait au moins, pour essuyer vos larmes, Un objet où vos yeux en retrouvaient les charmes; Mais cet objet si cher, l’orgueil de votre amour,
Le seul frjiit de vos feux qui vit encor le jour, j Hélas I quoique innocente, à souffrir condamnée. Loin de vous votre fille expire assassinée...
Vous pleurez I... Et je suis la cause de vos pleurs I 3’ai dû taire mon sort, vous cacher vos malheurs; 'Et j’ai révélé toutl... ahi pardonnez, ma mère... L’heure qui va sonner peut-être est ma dernière : Il me reste un moment; c’est à peindre mes maux, A signer le pardon de mes cruels bourreaux;
C’est à vous consoler que je le sacrifie...
'Dieux! si ma perle allait abréger votre vie!
qui vivaient dans nii^A leurs châteaux. A peine eurent - ils vu leur belleaœnr, qu'lis en devinrent tous les deux amoureux. Bientôt le mari devint jaloux et la persécuta L'abbé , intrigant et capable de tout , croyant s'en faire un mérite auprès de sa maîtresse, dissipa les* soupçons du marquis.
, Mais tout ce qu’il put faire , n'eut point assez de force pour fléchir une femme aussi vertueuse que belle. Il résolut donc de l'assassiner, et exécuta ce?horrlbfe projet avec son frère.
VoHît l'affreuse catastrophe dont j’ai fait une ^pttre-bérolde. Les mœurs de notre siècle, toutes perverses qu'elles sont, n’ empêcheront point d’en plaindre l'héroïne. La vertu persécutée excite toujours la pitié.
K SA MÈRE. 157
Ah ma mèrel ah! combien la mort va me coûter;
Mon cœur vers vous s’élance, et ne peut vous quitter;
Du coup qui l’en détache il frémit, il murmure,
Et je meurs de vos maux plus que de ma blessure.
Mais pourquoi tant de pleurs? pourquoi ces cris affreux? Pourquoi ce désespoir, ces regrets douloureux.
Ce sombre abattement? ces serments de me suivre Me rendront-ils à vous? mq.feront-ils revivre?
Non ; tout leur fruit sera de hâter vos vieux ans.
D’ajouter des douleurs à mes derniers instants.
Dieu devait-il nous faire une âme si sensible?
Que ne m’aimez-vous moins I je mourrais plus paisible.
Hélas! qu’est devenu ce temps où votre cœur Dans mes lettres jamais ne puisait la douleur;
Où Gange, toujours tendre, était loin de me croire Capable d’un amour qui pût blesser ma gloire?
Tout alors m’assurait le destin le plus doux;
Quand, voulant habiter et vivre parmi nous.
Ses frères criminels arrivèrent, me virent,
Et du feu le plus noir pour mes charmes s’éprirent :
L’un, hardi dans ses vœux, dissimulé, cruel,
LA MARQUISE DE GANGE
Avait voué ses jours au service du ciel I ’ ■
L’autre, né généreux, tendre, mais téméraire, Prétendait aux lauriers que l’on cueille à la guerre.
Ils osèrent tous deux me déclarer leur feu.
Le dédain fut le prix de ce coupable aveu :
Qui? moi! moi, j’aurais pu répondre à leur tendresse? Moi, femme sans honneur, j’aurais ou la faiblesse IVoutrager mon époux, de trahir mon amant.
Gange, lui, de mes jours le charme et l’ornement? Ah! mon devoir fût-il un rempart peu solide Pour défendre mon cœur d’un amour si perfide.
Ma vertu suffisait; et vos leçons, ma mère, ’
N’ont point à votre fille enseigné l’adultère.
Furieux cependant de se, voir mépriser,
D’Orme ‘ auprès de son frère osa m’en accuser : Gange, un instant séduit, le crut, et dans sa rage Il voulut me punir, venger son faux outrage.
Et sans daigner me voir, sans daigner m’écouter.
Dans le fond d’un cachot me fit précipiter;
Mais on l’avait trompé; c’est mon époux, je l’aime,.