CVtaît Vabb? (le fransfe
■ ■ bi^itizSti tifCoogle
A SA MÈRE
Je lui pardonae tout : non, jamais de lui-méme, Jamais il n’eût conçu des soupçons sur ma foi ;
Et des maux qu’il m’a faits il souffrit plus que moi. J’ai vu son repentir, je l’ai vu plein d’alarmes, Tomber à mes genoux, arrosés de scs jarmes; S’accuser, détester cet injuste soupçon,
Et, plus amant qu’époux, implorer son pardon.
Au moins n’est-ce pas lui dont la main forcenée Dans mon sang répandu sans pitié m’a traînée. Depuis longtemps absent, il ne sait même pas Que mes yeux sont voilés des ombres du trépas;
Et peut-être inquiet, brûlant d’impatience D’oublier sur mon sein les rigueurs de l’absence. Revient-il à l’instant, eroyan^ déjà me voir Voler, ouvrir mes bras, prêts à le recevoir.
Vain songe! quel spectacle étonnera sa vue!
, Sur un funèbre lit son épouse étendue.
Pâle, sanglante encore et d’une faible voix Lui criant : «Gange, adieu pour la dernière fois. » Quel désespoir pour lui ! que de larmes versées! Quels maux seront les siens! ô funestes pensées!
Isa
LA MARQUISE DE GANGE
J’entends déjà ses cris : « Quels sont ses assassins?
«Les monstres où sont-ils? qu’ils meurent de mes mains! »
Mais que devienda-t-il? grand Dieul que va-t-il faire,
Quand on lui répondra : « Ce monstre est votre frère I »
Il mourra de douleur... et peut-être à mes yeuxl Non : Dieu m’épargnera ce spectacle odieux;
Dieu devant son retour fermera ma paupière.
La douceur de le voir à mon heure dernière Sans doute embellirait les bords de mon cercueil ;
Mais s’il faut de ses jours acheter ce coup d’œil,
J’aime mieux expirer sans jouir de sa vue,
El je pardonne encore à l’ingrat qui me tue.
C’est ce d’Orme imposteur, cet amant inhumain Qui contre moi de Gange avait armé la main;
Ce d’Orme qui, feignant de partager mes peines,
Obtint de mon époux qu’il briserait mes chaînes,
Et qui, se prévalant du nom de bienfaiteur,
Revint insolemmerifine demander mon cœur ;
Lui, seul auteur des maux où l’on m’avait réduite :
Sans doute il ignorait que j’en étais instruite :
Mais mieux je le savais, mieux ces fers, tour à tour Rompus, forgés par lui, me montraient le détour
A SA MÈRE
Par où ses yeux cherchaient la route de mon âme,
Moins votre fille osa désespérer sa flamme :
Mon cœur saignait encor des maux qu’il m'avait faits, D’un rayon d'espérance amuser ses souhaits, Malheureuse! c’était compromettre ma gloire :
Instruire mon époux d'une ardeur aussi noire,
C’était troubler ses jours pour m’en faire un appui, C’était semer la haine entre son frère et lui;
Que faire? d’Olinval ', pour comble d’infortune, .
Me rapportait encor sa tendresse importune.
Non, tout ce qu’en prison j’avais souffert de maux;
Non, ces nuits sans sommeil ; non, ces jours sans repos L’horreur de voir à tort ma vertu soupçonnée,
D’étre par mon époux trahie, abandonnée,
Tout cela n’était rien près de mon embarras :
Gange en ce temps encor s’arracha de mes bras.
Je ne sais si mon cœur, alors qu’il vint m’apprendre Ce voyage fatal qu’il devait entreprendre.
Pressentit le destin qui m’allait accabler.
Mais mon sang se glaça; je ne pus lui parler :