‹ Œuvres de Gilbert précédées d'une notice historiqueChapitre 45 sur 134 · Le chevalier de Gange · texte numérisé non relu

Le chevalier de Gange

LA MARQUISE DE GANGE

Tout mon corps frissonnait de secrètes alarmes,

Je poussais des soupirs, mes yeux fondaient en larmes,

Et je crus môme entendre une plaintive voix Me dire en l’embrassant... C’est la dernière fois.

Il partit, et, le front tout rayonnant de joie.

Déjà ses deux rivaux croyaient tenii^leur proie.

En vain je me voulus dérober à leurs yeux ; ’

Partout je retrouvais leur visage odieux.

Avant-hier enfin, de tristesse abattue,

Après l’aurore au lit je me vis retenue.

Je jette, en m’éveillant, les yeux autour de moi :

Ils étaient à mes pieds : jugez de mon effroi;..

J’étais seule, on avait écarté mes suivantes.

Que faire? hélas!... « Répondre à nos flammes brûlantes, » Me criaient-ils tous deux, « Madame, ou bien mourir :

« Il n’est plus de retard, parlez, il faut choisir. »

Et tout en me parlant, d’Orme, d’un air farouche,

L’oeil en feu, présentait une coupe à ma bouche;

Je la saisis, je feins d’en boire le poison.

J’implore les secours de la religion ;

D’Orme va les chercher; 'et moi, dans son absence, ,

A SA MÈRE

J’ose de d’Olinval invoquer la clémence;

Je m’élance à ses pieds que je baise en pleurant :

« Si la vertu sur vous a le moindre ascendant,

« Si vous aimez un frère à qui l’hymen me lie,

« Si vous m’aimez moi-môme, accordez-moi la vie. » Mes larmes, mon elfroi, la pâleur de mon teint.

Ce trouble attendrissant qui m’agUait le sein,

Ce pouvoir que mon sexe a sur l’homme sensible, Tout semblait adoucir ce lion inflexible :

J’allais tout obtenir, il répandait des pleurs;

D’Orme rentre, il le voit partager mes douleurs.

Et sans l’importuner d’un reproche inutile.

Terrible, un glaive en main, l’œil de rage immobile, Fond sur moi, de vingt coups me déchire le flanc, ' Fuit, emmène son frère, et me laisse en mon sang Me traîner en criant : Au secours! on me tue!...

Je mourais : on arrive, et je suis secourue;

Mais en vain, c’qn est fait, mon trépas est certain ; Tous mes coups sont partis d’une trop sôre main. Ce n’est que pour souffrir que je respire encore :

Le ciel entre un époux qui m’aime et que j’adore. Entre ma mère et moi. va de l’éternité

m LA MARQUISE DE GANGE A SA MÈRE.

Élever malgré nous le rempart redouté.

Nous ne nous verrons plus, nous qui n’étions qu’une âme... Vous n’avez plus de fille, et Gange plus de femme :

Moi, je vous perds tous deux, et j’emporte en mourant La douleur d’affliger ma mère et mon amant.

Mon amant 1 en prison par lui je fus plongée.

Il me persécuta, je dois être vengée; <

Âhl je le serai trop 1... on va le soupçonner De" m’avoir fait, hélas! lui-mème assassiner, ><

Et sans autre raison que mes pleurs, que mes peines. Peut-être sera-t-il chargé d’horribles chaînes,

Comme un vil criminel traîné dans un cachot;

Que vous dirai-je enfin, conduit sur l’échafeud?

Ah! ma mèrel mais non, vous prendre^ sa défense :

Allez aux magistrats prouver son innocence;

Montrez-leur cet écrit, c’est votre fille en pleurs.

C’est moi qui vous en prie au nom jde mes douleurs.

Lisez, contez-leur tout d’une bouche fidèleg Dites!... mais pardonnez, déjà ma main chancelle.

Tout mon corps se roidit, je me sens assoupir,

J’expire, et c’est pour vous qu’est mon dernier soupir.

D^ORTAL A MiLlDOR

S’il est possible encor de t’arrachec^an crime,

De retenir tès pas sur les bords de l’ablme;

Si des plaisirs déjà savourant le poison,

Ton âme n'est point sourde aux cris de la raison ; O mon cher Mélidor 1 permets que je t’éclaire.

Ouvre un moment les yeux sur le destin d’un frère,

Vois jusqu’où m’a conduit la soif des voluptés, Pleure-moi, plains mes maux que j’ai trop mérités. Et tremble de marcher sur les pas d’un coupable. Mon exemple est terrible, et mon crime exécrable. L’amour et l’amitié, l’hymen, l’humanité.

L’honneur, les lois, le ciel) je n’ai rien respecté.

J’ai tout Iralii ; je suis un monstre sanguinaire

Dontle fer d’.un bourreau doit délivrer la terre.. Malheureux! je frémis en songeant à mon sort;

Le seul nom de mon crime est l’arrôt'de ma mort ; Et l’instant précieux que j’emploie k t’instruire Est le dernier peut-être où je pourrai t’écrire...

Ces chaînes, ces prisons, que le coupable on pleurs Remplit à tousmojnents du cri de ses douleurs.

Ces échafauds honteux dressés pour son stipplice. Tout CO que pour punir inventa la justice Menace incessamment mes regards éperdus :

Mais mon trépas n’est rien s’il te rend aux vertus. Non, ce n’est point les fers, la perte de ma vie.

Ce n’est pas même un nom marqué d’ignominie Que redoute ton frère au repentir livré;

11 tremble de mourir sans t’avoir éclairé.

La vérité, longtemps à moi -même inconnue,

Sur les bords du tombeau brille enfin à ma vue; Mais son jour tr^ tardif est déjk vain pour moi : Et s’il me sert encor, c’est pour voir plein d’effroi Le repos le bonheur que m’a ravi le crime,

Et les tourments affreux don J il me rend victime.

LE CHIHINEL.

Qu’il passe donc en toi, ce jour si redouté;

Je te laisse, en mourant, pour bien la vérité.

Vois combien aisément on tombe au précipice; Les charmes du plaisir sont le masque du vice; Sous ces dehors trompeurs il éblouit nos vaux ; D’abord faible, on finit par être vicieux.

J’avais, il t’en souvient, des vertus en partage; Mes crimes du plaisir ont tous été l’ouvrage. Tendre ami, riche affable, et guerrier valeureux. Je servis mon pays, j’aidai les malheureux.

Et le poste éclatant que j’occupe à l’armée,

Je le tiens de mon bras et de ma renommée :

Heureux, si j’avais su gouverner mes penchants 1 Les passions pour nous sont d’aimables tyrans. D’un sexe impérieux adorateur volage,

De beautés en beautés je portais mon hommage. Ma naissance, mon nom fameux par les combats. Ce faste éblouissant qui marchait sur mes pas. D’un peuple de Phrynés chatouillaient l’avarice. Et leurs charmes trompeurs, didés par l’artifice, Dans mon cœur, dévoré par la faim du dé.sir,' •

168 LE CRIMINEL

Versaient en môme temps le vice et le plaisir.

La raison, mais en vain, me découvrait l’ablme;

Je courais au bonheur sur la route du crime :

Ce juge redouté qui tonne au fond des cœurs,

La conscience, #n moi s’armant de traits vengeurs, S’indignait, combattait, me gourmandait sans cesse; Je noyais mes remords dans les flots de l’ivresse :

Des bras d’une Laïs, bientôt vil suborneur,

J’allai de l’innocence attaquer la pudeur;

Et du titre d’épouse abusant sa tendresse.

Je lui ravis l’honneur, et ris de sa faiblesse :

Et tu ne tonnais pas, grand Dieu! que lardais -tu?... Ma mort était trop peu pour venger la vertu ;

Il me manquait encore un titre à ta colère;

Oui, celui d’assassin, oui, celui d’adultère.

J’avais franchi la borne; et coupable une fois. L’homme pour s’arrêter ne connaît plus de lois : Raison, gloire, amitié, religion, nature.

J’avais tout oublié, tout; et mon âme impure.

Si ta mort eût comblé son plus léger désir.

Aurait de ton sang même acheté le plaisir; Dusses-tu me haïr, non, je ne puis le taire,

LE CRIMINEL

L’amour à cet excès m’eùt rendu sanguinaire :

De mon plus cher ami devenu le bourreau,

Monstre, j’ai bien osé le plonger au tombeau,

Lui dont j’avais séduit la moitié si chérie !

Lui qui dans Fontenoi me conserva 1a vie!

Mais sois instruit de tout, vois jusqu’aux moindres traits : Qui peut craindre un moment d’avouer ses forfaits,

Qui peut les excuser chérit encor le crime.

Accable qui voudra d’un mépris légitime Un malheureux rendu la honte de son sang.

D’autant plus criminel que plus noble est son rang;

Je n’en murmure point : toi- même, toi, mon frère.

Tu dois me détester, si la vertu t’est chère.

Mon frère! Ce doux nom m’est-il encor permis?

A l’échafaud voué... mes parents, mes amis,

Doivent me rejeter, doivent me méconnaître. ^

Je suis le déshonneur du sang qui m’a fait naître;

J’ai perdu jusqu’au droit d’exciter la pitié t ‘Tout de moi jusqu’au nom,*tout doit être oublié.

Voilà, cher Mélidor, voilà ce qu’il m’en coûte Pour avoir des vertus abandonné la route!

Mes jours 1... ahl que ne puis-je encor les réparer!

LE CRIMINEL

Alais je n’ai qu’un instant... Qu’il serve à l’éclairer. Vois enfin, vois, mon frère, où l’amour nous entraîne, Et tremble si jamais tu gémis dans sa chaîne...

Que ne puis-je t’armer contre ses faux attraits!

Il promet le bonheur et nous mène aux forfaits.

AhI si lu connaissais le prix de l’innocence!

Si tu pouvais savoir quelle est sa récompense! Crois-moi... nul ne sait mieux combien vaut la vertu Que l’homme criminel, quand il s’est reconnu.

Une aimable sirène avait su me séduire :

Mes vœux étaient fixés; heureux sous son empire,

Je m’en croyais aimé, l’ingrate me trahit.

En proie à ces fureurs qu’allume le dépit,

Je jurai d’abhprrer tout son sexe perfide.

L’amitié désormais devait être mon guide;

Je voulais asservir mon cœur à la raison.

Bélidor à Paris m’ouvre alors sa maison :

Peu content qu’à son bras ton frère dût la vie,

Au rang de ses amis ce vieillard m’associe.

C’est dans mes entretiens qu’il cherchait ses plaisirs. Et les siens, jusqu’alors bornant tous mes désirs.

LE CRIMINEL

Commençaient à verser le repos dans mon âme,

Quand par lui présenté je vins devant sa femme :

Sa femme!... Ah! Mélidor!... A peine en son printemps... Je la vois... C’est Vénus... Malgré tous mes serments,

Je brûle, je languis, je ne puis plus m’en taire...

Je n’examinai point si ma flamme adultère Outrageait un ami qui m’accablait de biens,

' Si sa femme pouvait, perfide à ses liens,

Sans flétrir son honneur répondre à ma tendresse!

Mon âme ne songea qu’a fléchir ma maltresse.

Je déclarai mes feux, ou plutôt ma fureur.

Mon criminel aveu fut payé de bonheur...

J’en jouis... Et l’époux de ma coupable amante ^ Admirant sur mon front la gailé renaissante.

Pour être défiant; hélas! trop vertueux.

Peut-être à l’instant même où cédant à mes feux,

Où souillant son honneur, j’allais, monstre farouche. Porter insolemment l'adultère en sa couche.

Peut-être qu’il songeait à son indigne ami.

Heureux de voir enfin mon repos affermi...

Et moi, moi, .Mélidor... Cette seule pensée Doit fermer à mes pleurs ton âme courroucée!

LE CRIMINEL

Cependant Bélidor s’avance un jour vers moi ;

« Mon ami, me dit-il, je suis sûr de ta foi...

« Mais il transpire un bruit. Tu vois mes pleurs, pardonne; « II faut nous séparer : c’est l’honneur qui l’ordonne...

« Ne me crois pas atteint du plus léger soupçon,

« Nous nous verrons toujours... mais hors de ma maison. » Je promis tout, mon frère, et peut-être mon âme Aurait-elle à la fin triomphé de sa flamme.

Je rougis, j’eus horreur d’outrager l’amitié :

Célimène m’écrit, et tout est oublié :

Mais par sa lettre même assuré de mon crime,

Bélidor en fureur attendait sa victime.

Je vais au lieu marqué... Te le dirai-je? hélasl Vingt fois près d’arriver, retournant sur mes pas,

Je reviens, je m’éloigne ; une voix effrayante Me criait d’un côté : « D’Orval, fuis ton amante;

« Regarde son mari, brûlant de se venger,

« S’attacher à tes pas, tout prêt à t’égorger; »

D’un autre, de l’amour la voix enchanteresse Me peignait le plaisir, m’invitait à l’ivresse.

L’amour fut obéi; déjà... — Mais son époux Entre le fer en main, et s’élance sur nous.

LE CRIMINEL

Terrible, l’oéil en feu, versant des pleurs de rage,

Et déjà du regard punissant qui l’outrage...

« Ingrat, il est donc vra^ je vois ta trahison I ■

« Pour me déshonorer je t’ouvris ma maison 1 <( Viens, lâche, me dit-il; viens, et défends ta vie « Du front dont tu couvrais Bélidor d'infamie.

« Je t’aurais pardonné de m’arracher des jours « Dont bientôt là vieillesse interrompra le cours ; '

B Mais me ravir l’honneur!... prends tes armes; si l’âge,

« Blanchissant mes cheveux, a glacé mon courage,

« S’il m’a ravi la force, il me reste le cœur,

« Et si je meurs, au moins mourrai-je avec honneur. »

Te peins-tu ma rougeur, ma honte, ma surprise.

Ce vieillard, dont l’aspect m’accable et me maîtrise, L’embarras de sa femme et ses cris superflus?

Pardonne., hélas! d'Orval ne se connaissait plus.

Nous fondons l’un sur l’autre, et mon ami succombe...*

Et c’est sous mes effortsi... Grand Dieul... le voilMx)mbe; Je le vois à mes pieds, défiguré, sanglant;

Je me suis élancé sur son corps expirant.

Je le serre en mes bras, et de ma bouche impure Pour étancher son sang jecouvre'sa blessure;

LE CRIMINEL

Je pleure, âppelle en vain des secours trop tardifs :

La chambre retentit de mes discours plaintifs;

Bélidor t Bélidor! ah I rouvre la paupière, ■ * ^ .

Dis au moins, dis avant de quitter la lumière,

Dis que ton cœur pardonne au malheureux d’Orval. Réponds-moi, mon ami!... vains accents 1 coup fatal!

Il n’est plus, et je vis! et je suis l’homicide De ce faible vieillard!... Moi ! son ami!... ^rfide...

Le désespoir m’enflamme, et d’un bras afl'ermi

J’ai pris ce glaive teint 4u sang de mon ami.

J’en veux percer mon cœur... Son épouse m’arrête.

« Retire-toi, barbare! ou tremble pour ta tète.

« Vois^ce cdlrps, vois ce sang répandu par mes coups,

« C’est le sang d’un ami, c’est le sang d’un époux,

« Femm« ingrate, et cruelle : et tu veux que je vive?

« Ah! rends-lui donc le jour dont ma fureur le prive... « Oir plutôt prends ce glaive, et sur ce corps fumant,

Cl Si tu^l’aimes encor, viens, égorge un amant « Qui ne peut plus te voir, qui maudit la lumière.

« Je,t’en prie à genoux ; c’est la grâce dernière « Que désormais je veuille exiger de ta foi :

« Ma mort est un bienfait que j espère de toi... »

LE CRIMINEL

En vain, pour apaiser le trouble de mon àine,

Elle attestait encor nos plaisirs et sa flamme.

« Moi, céder à tes vœux? répondre à tes transports? « Regarde ce cadavre... et connais mes remords :

« Va, porto ailleurs tes feux, tes caresses, tes larmes, « Barbare, laisse-moi : périssent tous tes charmes! »

Je sors tout agité d’un trouble furieux;

Le tableau de ma vie était devant mes yeux,

J'y lisais les horreurs dont j’ai souillé ma gloire : Tous mes crimes enûn accablaient ma mémoire.

Plein de haine pour moi, n’osant plus me montrer, Moi-même aux magistrats je courais me livrer, Quand mes amis tremblants, alarmés pour ma vie, M’entratnent avec eux loin de l’ignominie.

Je viens dans cet asile; et, depuis ces moments, Solitaire, j’y vis dans le sein des tourments;

Le vautour tourmenté d’une faim dévorante Acharne moins son bec a sa proie expirante.

Que le remords ne poigne et déchire mon cœur.

Toujours sombre, farouche, et couvert do pâleur.

Je sèche, je languis au milieu des alarmes:

LE CRIMINEL

Je me nourris de fiel, je m’abreuve de larmes;

J’invoque le sommeil, et le sommeil me fuit; '

■ Mon œil blessé du jour voit à regret la nuit ;

Je voudrais me cacher à la nature entière,

M’enfoncer tout vivant dans le sein de la terre,

Et m’éloignant d’un monde où je suis trop connu,

Le forcer d’oublier que d’Orval a vécu.

Souvent, croyant tromper l’ennui qui m’inquiète,

J’erre dans ces jardins qui bordent ma retraite;

L’ennui marche avec moi : tout est noir à mes yeux;

Un nuage éternel me dérobe les deux ;

L’onde frappe mes sens d’un lugubre murmure; L’horreur qui règne en moi s’étend sur la nature ;

La' crainte est dans mon cœur, le trouble en mon esprit; Partout en traits de sang mon forfait est écrit.

Quelquefois, espérant désarmer sa colère,

Prosterné devant Dieu, je lui fais ma prière :

« Toi qui vois mes remords, qui sais mon repentir,

« Qui petix finir mes maux ou bien m’anéantir;

n 11 en est temps, grand Dieu! consulte ta clémence.

LE CniMINEL.

« Ou, le tonnerre en main, consomme ta vengeance :

'« Coupable, hélas I d’Orval dut être châtié; '

« Malheureux maintenant, j’m droit à ta pitié. »

Mais ce Dieu courroucé, prêt à me mettre en poudre,

Pour réponse à mes vtBux me présente la foudre.

Sur la teêre aussitôt jel^be plein d’efTroi,

Et la terre, en grondant, semble s’ouvrir sous moi.

Je me lève égiaré...' des spectres m’environnent;

J’erre, je fuis, j’entends des accents qui m’étonnent;

Je m’arrête, j’écoute... et soudain Bélidor Me découvre son sein de sang tout rouge encor;

Il me montre en pleurant sa blessure mortelle :

« Vois l’ouvrage, dit-il, de ta main criminelle;

« Mon amitié, tes jours que mon bras défendit,

« Tant de dons que sur toi ma bonté répandit,

« Regarde, ils ont produit cette, reconnaissance :

« Tremble, le juste ciel va remplir ma vengeance. »

Il disparaît, et moi, je le suis à grands pas;

Je le rappelle en vain, j’ouvre, je'tends les bras,

Je l’embrasse, il s’échappe, et je le suis encore :

Chère ombre, ô mon amil... tu fuis, et je m’abhorre 1

T,E CRIMINEL

Viens, parle, entends ma voi.v, qu’exiges-lu? mon satig? Vois-le couler, ce fer va déchirer mon flanc;

Un moment; chez les morts je*suis prêt à te suivre...

Héla?! c’est mon désir, mais on me force à vivre :

Les lois. Dieu me défend, par un ordre crue).

De porter en mon cœur moi-même un fer jnortel;» ■

Mais quand du haut du trône où s’assied la justice J’entendrai prononcer l’arrêt de mon supplice.

Rien no peut m’arracher à ce juste dessein...

D'un bras ensanglanté je percerai mon sein...

Eh ! qu’importe, mon frère, à l’état, au ciel même, ^ ■ Quand les vengeurs des lo;s, par uu ordre suprême. Condamnent un coupable à descendre au tombeau.

Que son glaive l’y plonge, ou le fer d’un bourreau?

Je vengerai les lois, je punirai mes crimes;

Mais je ne veux point être lyine dé ces victimes Qui, mourant au grand jour d’un infâme trépas,

Servent d’exemple à ceux qui marchent sur leurs pas.

Ahl qu’il en coûte au cœur qui perd son innocence! Maisqu’eijl<ends-je?:.unbfuit8ourd...etvers moi l’on s’avance. C’en est fait, malheureux f.. mon asile est connu.

La liberté, rhonneur, pour moi tout est perdu!

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Que faire?... me défendre? ou m’arracher la vie?

Me défendre!... est un crime... ah! fuyons l’infamie... Qu’est devenu mon fer?... frappons, j’en ai le temps... Mais le bruit a cessé... rien ne s’offre à mes sens.. Vivons... Ah! Méüdor! que! détupn me tourmente!

La feuille qui^frémit me glace d’épouvante.

Je demande, je crains tout à la fois la mort.

Quand verrai-je, ô mon Dieu ! le terme de mon sort? Ces remords, ces combats, ces tourments, 'ces alarmes, N’auront-ils point de fin? point de trêve à mes larmes?

Venez, venez me voir, vous qui dans les plaisirs

Apaisez sans terreur la faim de vos désirs :

Approchez, contemplez ce corps pâle et livide.

Ces yeux creux et flétris, ce front que l’ennui ride.

Ce cœur par les remords percé, mis^en lambeaux :

L’amour des vçluptés a causé tous ceJ'maux.

Et toi, mon frère, et Iqi... que toujours mon image ■* ■> Soit présente à tes yeux, écarte du naufrage...

Par les tourments affreux dont je suis abattu,

Présume le bonheur dont jouit la vertu... ,

-\h ! si je revivais, mes jours tissus de crimes.

Qu’ils seraient innocents!... Souhaits illégitimes! Adieu, mon frère, adieu... je t’ai tout révélé... Sois heureux, surtout sage, et je meurs consolé.

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