‹ Œuvres de Gilbert précédées d'une notice historiqueChapitre 46 sur 134 · PLAINTES DU MALHEUREUX · texte numérisé non relu

PLAINTES DU MALHEUREUX

Le jour fuit, la nuit naît, prompte à s’évanouir;

Tout passe, et ma douleur paraît seule éternelle!

Je cours après des biens dont je ne puis jouir;

Aux cris du malheureux la fortune est rebelle.

Point d’espoir de repos... l’abaissement, la faim.

Les pleurs, le désespoir, voilà mon apanage.

Mes talents, ma vertu, mes veilles, tout est vain ;

.Ma misère et mes maux croissent avec mon âge.

Que devenir? que faire? ô mort, à mon secours! Viens, finis mes tourments; et pourquoi vis-je encore? Pour souffrir, pour traîner d’insupportables jours?

La mort aussi me fuit!... vainement je l’implore...

Dieu cruel! réponds^noi. Quels sont donc tes desseins. En me chargeant ainsi du poids de l’infortune,

PLAINTES l)U M ALHF.UKF.tX.

Tandis qu’autour de moi je vois tous les humains M’étaler un bonheur dont l’aspect m’importune? Hélas! si tu ne veux qu’éprouver ma vertu,

C’est trop me tourmenter : je la sens qui chancelle; Le besoin la balance et va triompher d’elle.

AiTcte... malheureux! que je suis combattu!

Il est donc vrai que l’homme, en proie à la misère, Malf^ré lui vers le crime est souvent entraîné...

Malheur à ceux dont je suis né!

Père aveugle et barbare! impitoyable mère!

Pauvres, vous fallait-il mettre au jour un enfant Qui n’héritât de vous qu’une affreuse indigence? Eqeor si vous m’eussiez laissé votre ignorance. J’aurais vécu paisible en cultivant mon champ... ■ Mais vous avez nourri les feux de mon génie;

Mais, vous-mêmes, du sein d’une obscure patrie Vous m’avez transporté dans un monde éclairé. .Maintenant au tombeau vous dormez sans alarmes,

Et moi... sur un grabat arrosé de mes larmes.

Je veille, je languis par la faim dévoré.

Et tout est insensible aux horreurs que j’endure ! Tout est souid à mes cris... tout dort dans la nature.

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