L’AMANT DÉSESPÉRÉ
Forêts solitaires et sombres,
Je viens, dévoré de douleurs.
Sous vos majestueuses ombres,
Du repos qui me fuit respirer les douceurs.
Recherchez, vains mortels, le tumulte des villes!
Ce qui charme vos yeux aux miens est en horreur. ' Ce silence imposant, ces lugubres asiles.
Voilà ce qui peut plaire au trouble do mon cœur.
Arbres! répondez -moi... Cachez-vous ma Sylvie? Sylvie, ô ma Sylvie!... elle ne m’entend pas.
Tyrans de ces forêts me l’auriez -vous ravie?
Hélas! je cherche en vain la trace de ses pas.
L AMANT DÉSBSPÉRÉ.
O feuillages chéris, voluptueux feuillages!
Combien de fois vos noirs ombrages Nous ont aux yeux jaloux l’un et l’autre voilés.
Et que ces doux instants se sont vite écoulés!
To* qui me répétais les chants do ma Sylvie,
Ouand, seule, elle vantait les douceurs de sa vie, l.’entends-tu? parle, écho; dis, me la rendra-t-on? Hélas! il semble qu’il dit non...
Mais quel son a frappé mon oreille éperdue?
l’eut-étro est-ce un soupir de ma divinité.
Qui dit à mon cœur agité ;
Viens, elle to sera rendue...
C’est elle! ô doux retour! hâtons-nous d’approcher! J’entends ses pieds fouler les feuilles gémissantes. Mais non... c’est ce ruisseau qui va contre un rocher Briser en murmurant ses ondes blanchissantes.
Ce ruisseau murmurer?... Il gémit sur mon sort... Ces arbres attristants et \oués à la mort.
Qui couronnent ces rives,
Os sapjns, ces cyprès, leur morne majeslé,
Os bois silencieux, leur vaste obscurité,
Tout semble prendre part à mes douleurs plaintives.
Ab! revînt-elle encore;' il ne sera plus temps.
Ses yeux, au lieu de moi, retrouveront ma cendre; Ft les pleurs que sur elle on la verra répandre.
Ses regrets douloureux, ses longs gémissements,
\ iendront au tombeau même éveiller mes tourments.