‹ Œuvres de Gilbert précédées d'une notice historiqueChapitre 71 sur 134 · LETTRE A M. IMBERT · texte numérisé non relu

LETTRE A M. IMBERT

serve-l-il dans la postérité? Non, sans doute, et l’on connaît les disgrâces tragiques de nos beaux esprits si vantés. Leur réputation survit à peine k leur savante personne; et pour ne parler que de Fonteneli.e et de La Motte, malgré tout leur mérite, combien sont-ils déchus de leur haute renommée? D’ailleurs, Monsieur, quels ont été les fruits de cette manie générale d’écrire sans fin , de se transformer en auteur à cent têtes? La corruption du goût, le mépris des règles, la décadence des lettres, l’avilissement des écrivains mêmes: cette assertion ne serait pas ditBcile k prouver, et je me propose de la discuter avec vous dans notre premier entretien littéraire.

Au milieu de cette contagion qui s’est répandue sur le Parnasse, que fera donc un homme à qui la nature a refusé cette prodigieuse facilité d’écrire dont elle a doué tous les grands génies de notre âge, et qui, par un goût gothique et bizarre, méprise assez leur fécondité pour ne la point envier , k moins que, semblable k la vôtre, elle ne nuise pas à la beauté de leurs ouvrages? Ce qu’il fera? S’il est possédé de la fureur de rimer, qu’il ne puisse absolument se vaincre , il doit choisir parmi les genres de poésie le plus analogue k son caractère, lé plus facile, le genre lyrique, par exemple, et s’y livrer tout entier. Lorsqu’avec de longs efforts il aura composé quatre odes passables, je lui conseille de les envoyer successivement k l’académie : elle daignera peut-être en lire huit vers. N’a-t-elle pas lu une stance entière du Jugement

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