LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE
SATIKE A M. FRÉRON
Ne prétends plus, Fréron, par tes savants efforts, Détrôner le faux goût qui règne sur nos bords ; Depuis que nous pleurons l’innocence exilée, Sous tes mâles écrits vainement accablée ,
On voit renaître encor l’hydre des sots rimeurs; Et la chute des arts suit la perte des mœurs.
ün monstre dans Paris croit et se fortifie,
Qui , paré du manteau de la philosophie.
Que dis-je? de son nom faussement revêtu.
Étouffe les talents et détruit la vertu :
Dangereux novateur, par son cruel système,
LE Dl\-niITIÈME SIÈCLE.
Il veut du ciel désert chasser l'Être suprême ;
Et du corps expiré l’âme éprouvant le sort,
L’homme arrive au néant par une double mort.
Ce monstre toutefois n’a point un air farouche,
Et le nom des vertus est toujours dans sa bouche.
D’abord , de l’univers réformateur discret,
Il semait ses écrits à l’ombre du secret :
Errant, proscrit partout, mais souple en sa disgrâce. Bientôt, le sceptre en main , gouvernant le Parnasse ,
Ce tyran des beaux-arts , nouveau dieu des mortels ,
De leurs dieux diffamés usurpa les autels;
Et lorsque, abandonnée à cette idolâtrie,
La France qu’il corrompt touche à la barbarie.
Fidèle à nous vanter son parti suborneur.
Nous a fermé les yeux sur notre déshonneur.
« Quoi 1 votre muse en monstre érige la sagesse I 0 Vous blâmez ses enfants , et leur crédit vous blesse,
« Vous, Jeune homme! Au bon sens avez-vous dit adieu? « Je soupçonne entre nous que vous croyez en Dieu ;
« Gardez-vous de l’écrire, et respectez vos maîtres :
« Croire en Dieu fut un tort permis à nos ancêtres;