‹ Œuvres de Goethe. 1Chapitre 34 sur 59 · QUATRIÈME'PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME'PARTIE

Mme Roland, sur l'échafaUd, demanda de pôuvoirmenre pà~ écrit les pensées, toutes particulières, qui s'étaient présent técs a son esprit dans le tràJÈt supr6tne. Il es regrettable qu'on le Im ait refuse càr; à la fin de la vie, il s'élève dans tes esprits résolus des pensées jusqu'alors inimaginables. Ce sont comme de bienheureux génies, qui descendent, éclatants de lumière, sur lés sommets du passé.

On se dit souvent dans la vie qu'on doit ct'iter l'activité in-quiète (rto~o~ô~)), et surtout) a mesuré qu'on vieillit, s'engager toujours moins dans de nouvelles entreprises mais, on a beau dire, on a beau conseiller les autres et soi-même: devenir vieux, c'est déjà commencer une afïairc nouvelle tous les rapports changent) et il faut, oU bien cesser tout à fait d'agir, ou bien, le voulant et te sachant, accepter le nouvel emploi.

Les grands talents sont rares et il est rare qu'ils se connais-' sent cUx-mémes or une activité et une méditation puissantes,~ qui s'ignorent, ont, au plus haut point, des suites aussi heu-' reuses que malheureuses, et, dans cecohftit, se dissipe une précieuse vie. Il s'en trouvodans les Cont)<~a<tO!M de Medwin* t des exemples aussi tristes que remarquables.

Je ne hasarde pas de discourir sur l'absolu dans le sens spé-culatif mais j'ose affirnier que celui qui lereconnatt dans le t. Ami do !ord Byton, auteur d'un outrage traduit en francs par M. A. Pichet, sous to titre de ConKrMtton; de lord ~j/fon ou J~moWat d'MH t~ourd.t't'teoupf~ détention t8!4,2T6! phénomène, et qui ho le perd jamais de'vue, en retire un très-grahdâvahtage. w Y Vivre dans l'idée, c'est trattcr l'impossible comme s'il était pdssible.îl en est de même du caractère. Si l'idée et le carac-tère se rencontrent, on voit hattré des événéMents, qui, durant des miniers d'années, ne cesseront pas d'exciter l'etonhemcht du mondé.

Napoléon, qui rivait tout entier dans l'idée) ne put cependant la saisir d'une mantèreconsctehte.itl.n~absdh l'idéal et lui refuse toute réalité, tandis qu'il s'efforce avec ardeur dé le réaliser. Màis.tCétté contradiction intérieure perpétucHe, son intelligence claire, ihattéràbte, ne! peut la supporter; et c'est unechose extrêmement remarquable, de levoir forcé/en quel-que sorte) de s'exprimer à ce sujet d'une manière aussi àgréà-blequ'driginate.

Il considère l'idée comme un être de raison, .qui h'a~ il est vrai, aucune réalité, mais qui, en se dissipant, laissé un résidu (caput mortuMM), auquel nous ne pouvons refuser tout a fait la réalité. Cela peut nous sembler bien sec et bien matériel; mais il s'exprime tout autrement lorsque, avec foi et confiance, il entretient ses amis de l'irrésistible enchaînement de sa VM et de sa conduite. Il rccohnatt volontiers que la vie produit la vie, qu'une fécondation fondamentale agit pour tous les temps; il se platt à reconnattre qti'il a donné a là marche du monde une impulsion énergique) une direction npuveiie. G'est toujours une chose extrêmement remarquable, que des hommes presque entièrement: absorbés dans l'tdée éprouvent une si grande répugnance pour le fantastique. Tel était Ha-mann, qui ne pouvait souffrirqu'pn parlât ? des choses d'un autre mondet II s'exprimait là-dessus, incidemment, dans un certain paragraphe, qu'il'changea quatorze fois~parcc qu'il lui semblait insuffisant, et vraisemblablement il ne parvint pas a se satisfaire. Deux de ces essais nous sont restés nous en avons risqué nous-mcme un troisième, et ce qui précède nous en-gage a le faire paraître ici.

L'homme est, comme être réel, placé au milieu d'un monde réel, et doué d'organes tels qu'il peut reconnaurc et produire le réel, et, en outre, le possible. Tous les hommes en santé

PENSHHS.

ont le sentiment de leur existence et d'un monde extérieur qui les environne; Cependant il se trouve aussi dans le ccrVcau'une = place vide, c'est-a-d!rë Une place pu nul objet ne se reflechtt, tout con)me dans l'œit nième il~M troUVe Ü~epêtiieplac9 -CjÍii, ne voit pas si l'homme porto son attention pârticuhèrcment sur cette place, et qu'il s'y enfonce, il tombe dans uhe~maladie mentale; il y devine < des choses d'un autre monde, lesquelles sont proprement des chimères sans forme sans lirmt&s, mats qui angoisseht~t comme un espace ténébreux et vide, et qui poursuivent, avec plus d'acharnement que des spectres, l'homme quih6saitpass'6ndéiivrcr/ La littérature est le fragment des fragments. Oh n'a écrit que la moindre partie de ce qui s'est fait et de ce qui s'est dit) ci) de Ce qu'on a écrit, il ne nous reste que la moindre partie.

Ht cependant, si incomplète que soit la littérature, nous y trouvons mille répétitions, ce qui montre combien l'esprit et la destinée de l'homme sont bornés.

A chacune des absurdités du jour oh devrait se contenter d'opposer les grands ensembles de l'histoire du monde. Comme donc nous sommes appelés, en qualité d'assesseurs~ quoique sans droit de suffrage, a ce conseil général du monde, et que nous devons entendre jour par jour les rapports des fai-seurs de gazettes; c'est un bonheur de trouver aussi de bons rapporteurs pour le temps passé. Tels ont été pour moi) tout dernièrement t de Raumcr'et Wacluer*.

Est-ce l'historiens est-ce au poète, qu'appartient la préémi-nence ? C'est la une question qui ne doit pas être posée. Ils ne sont pas rivaux, pas plus que le coureur et le lutteur. A chacun revient sa couronne.

L'historien a deux devoirs a remplir, l'un envers lut-meme, l'autre envers le lecteur il doit examiner à part lui, soigneu-t. Fr6'Mricde Raumer, professeur d'histoire Hertin, trës-connu par ses ïoyages et par ses ouvrages historiques, particulièrement par son 7/t'ï(o)'re des Hohen!(an~ct)..

Jcan-t'rcJetic-I/)uis WacMer, professeur d'histoire et MMiothecairo a Hfcsiau, auteur de plusieurs ouvrages sur la littérature generalo et la littérature allemande.

PHNS~ËS.

sèment, ce'qui'peut être arrivé et pour le lecteur, établir solidement ce qui est arrivé. Comment il procède dans son tra-vail, c'est un point sur lequel il Sien tendre avcê's~s côü= frères~ mais le public ne doit pas pénétrer dans le secret, ni savoir combien peu de clioses en histoire peuvent être présen-tées comme certaines.

Il en est pour nous des livres coinme dès nouvelles connais-sances. D'abord nous sommes charmés.quand nous trouvons, eh général, de !à sympathie, quand nous sentons un contact agréable sur un point éssenUel dënotre existence :'c'est seule-ment apr~s une cohhaissancc plus intimé que les ditTérences se manifestent;' alors l'objet principal d'une sage conduite est de ne pas reculer aussitôt avec horreur) comme cela petit arriver dans la jeunesse, mais, au contraire~ de maintenir avec soin les points communs ci de s'expliquer complètement sur les différences sans prétendre néanmoins se mettre d'accord. J'ai trouvé une de ces conversations familièrement instruc-tives dans la 7~c/t0~;c de Stiedenroth*. Il expose d'une ma-nière incomparable toute l'action de l'extérieur sur l'intérieur, et nous voyons Une seconde fois le monde nattre en nous peu a peu; mais il ne réussit pas aussi bien en ce qui touche la réaction de l'intérieur sur l'extérieur. il ne rend pas justice à l'cntéléchic, qui ne reçoit rien sans se l'approprier par ce qu'eDe y ajoute de son propre fonds, et, sur cette voie, le génie ne fait aucun progrès. Que si l'auteur songe a déduire l'idéal de l'ex-périence~ et s'il dit que l'enfant n'idéalise point, on peut ré-pondre que l'enfant n'engendre point, car la perception de l'idéal exige aussi une puberté. Quoi qu'il en.soit, ce livre me sera toujours un ami, Un compagnon précieux, et je no veux plus m'en séparer.

Qui vit beaucoup avec les enfants trouvera que nulle action de l'extérieur ne demeure chez eux sans réaction. La réaction d'une excellente nature d'enfant est même pas-sionnée, sa pénétration, énergique.

C'est pourquoi les enfants jugent vite, pour ne pas dire qu'ils préjugent, car, avant que l'impression, prompte mais exclu-- I. KrnMtStiedenroth, professeur de ph))o!Ophie&Grcifs\vatd.

PHNSHHS.

siye, se soit 'cfïacéë~ pour faire place a une plus générale, il faut du tcinps. Veiller là-dessus est un des plus grands devoirs del'instituteur~ < Un entant de~dëux ans avait compris les têtes d'àhmvëMatre; il s'était approprié, avec joie et rëconnaissahcC) les cadeaux qu'on lui avait faits pdtir la sienne~ il n'avait pas vu avec moins de plaisir son frère'recevoir les siens a* son tour cela le con-duisit) la vëilte de Ï<ôël/ademânder,'lorsqu'tlvit:tànt de ca-deaux étales, quand tiendrait' donc son ~oel ? H lui fallut toute une année encore pour comprendre cette fête g~ La grande dimculté'dës meditattohs psychologiques tient a ce qù'i! faut tbujours'considërer l'intérieur et l'exteneur pai'a!-leictnent~ou plutôt combines ensemble. C'csi toujours la systole; et la diastole, l'inspirationet l'expiration de l'être vivant. !!ien qu'on ne puisse expliquer la chose, il convient de l'observer exactement et d'y faire une sérieuse attention. Ma liaison avec Schiller reposait sur notre tendance pronon-cée vers un même but~ notre activité commune, sur la difTé-rence des moyens par lesquels nous nous efforcions de l'at-teindre.

Au sujet d'un point délicat sur lequel nous étions un jour en discussion, et que me rappelle un passage d'une do ses lettres, je f)s tes réflexions suivantes < C'est une chose bien différente pour le poète, de chercher l'idée particulière en vue de l'idée générale, et de voir l'idée générale dans l'idée particulière. Du premier cas résulte l'allégorie, bu l'objet particulier n'est qu'un emblème, un cxcmpICt de l'idée générale~ mais lé second est, a proprement parler, l'essence dé la poésie elle exprime une idée particulière, sans songer a l'idée générale ou sans y faire aUusioUt Mais celui qui saisit vivante cette idée particulière re-çoit en même temps l'idée générale, sans le remarquer ou en ne le remarquant que plus tard.' p Quand je jette lés yeux autour de moi dans une ville, grande ou moyenne, et que j'observe ou se rendent les gens pour passer leur soirée, il se trouve toujours que l'on va où l'on re-çoit et rend des salùts, ou l'on écoute, où l'on est écouté avec plaisir, et où, soit au jeu, soit dans un agréable entretien, on est toujours assuré de trouver sa partie.

PËUSÉËS.

C'est à{hstqUej'a!itris goût ~là~MtMe li~l~r'c~i~ e ïtb` pit~er~sn- !tM~ qui du reste n'est tenue de se présenter chez moi que comme CaMtr (fc con<)e~a<fo)t. Le monde he nous !atsse~pas manquer de distractions quand je Us, je veux ine recueinir et ne pas être tenu ensuspens, comme ce suUan des Indes, avec des contes mtérrompuSt L'amitié ne peut se de~vel~ ne peut durera que d'unÈ mam~re pratique Ï'ihchhatioh et même l'amour ne sauraient produire ~amitié. L'amitié vëntàble,; active) euicace, tient A ce que nous marchons du même pas dans ta Yie~qtlemoh ami approuve mes vues, moi les.sienhes~ et que.nqus avançons en-semble constamment, si différentes que soient d'aiUeurs nos manières de vivre et de penser.

Page 1