‹ Œuvres de Goethe. 1Chapitre 37 sur 59 · PENSÉES DIVERSES SUR L~ART · texte numérisé non relu

PENSÉES DIVERSES SUR L~ART

L'art repose sur une sorte d'instinct religieux, sur un senti-mont sérieux, profond, inébranlable i c'est pourquoi il aime tant a s'unir avec la religion. La religion n'a pas besoin du senti-ment do l'art; elle repose sur sa propre gravite elle né com-munique pas non plus cesentiment, et le goût tout aussi peu. Dans l'excellente gravure où Rembrandt ai représenté les marchands et les acheteurs chassés du temple~ l'auréole, qui d'ordinaire environne la tête du Seigneur, a, pour ainsi dire, passé dans sa main; qui s'avance pour agir; et qui, pendant l'action divine, rayonnant de lumière, frappe rudement. La t6te, comme aussi le visage, reste dans l'ombre. 46b La tradition rapporte que Dédale) le premier des sculpteurs, vit d'un cûil Jaloux rinvëntiondUtour du potier il se pourrait bien que là jalousie n'y fût'poUr rien, mais vraisemblab!ement le grand homme pressentit qu'a la un le métier exercerait sur l'artuncfunesteinnuence..

A l'occasion des modèles de Berlin pour les fabricants oh se demanda si une pareille: dépense pour la parfaite exécution des feuilles avait été bien nécessaire. Or on put rëcohhaitre que c'est justement l'éxecution qui charme lé plus le jeune artiste et l'ouvrier de talent, et que c'est seulement a/1'ctudtêr et a l'imiter qu'il dèYient capable de saisir l'ensemble et la beauté desformesi Un noble philosophe' appelait l'architecture 'une musique pétrifiée, et il dut voir,'& ce'ïhot, bien dësgens secouer la tête. Nous croyons ne pouvoir; mieux reproduire cette belle pensée qu'en àppclantl'architecture une harmonie expirée. Que l'on se Tëprésentë Orphée, a'qui l'on aurait assigne Une place a bâtir) déserte et spacieuse, s'asseyant, en artiste habite, dans le lieu le plus convenable et~par les sons vivifiants de sa lyre, décorant d'édifices,'autour de lui, !a vaste place. Saisies soudain par les sons vainqueurs, séduisants et doux, détachées de la roche massive, les pierres, accourant avec enthousiasme ) 1 devraient prendre les formes que l'artiste, que l'ouvrier, leur eût données, pour se disposer ensuite convenablement en assises et en murailles rhythmées. Ainsi les rues s'ajoutent aux rues la vi!lc ne manquera pas non plus de remparts protecteurs. Les sons s'évanouissent, mais l'harmonie subsistCt Les habi-tants d'une pareille cité circulent et agissent au milieu de mé-lodies éternelles l'esprit ne peut déchoir, l'activité ne peut se ralentir; l'ccil succède a la fonction, a l'office, au devoir de l'oreille, et, pendant le jour le plus ordtnaire/lcs habitants se sentent dans un état idéal sans y réfléchir, sans s'informer de la cause, ils goûtent la plus haute jouissance religieuse et mo-rale. Que l'on prenne l'habitude dose promener de long en large dans Saint-Pierre de Rome, et l'on sentira quelque chose de pareil a ce que nous avons essayé d'exprimer.

1. NoTatt! Au contraire dans une ville mal/batie 'on t~'hasard~ a~ son balai fatal, 'amoncela'les maisons pcic~ntcte~ lès iboüt'= gcois, sahsqu~ts~en'rehdënt'c~m~ Un"~t~tde vide et de tristesse~ l'étrange)~ ~qui entre dans la ville éprouve la même ~mprëssion'q(te1s'it'entendait un t!n<am ncttes/dësfMetsct de corhcmUsës/ctsIt'deYait s'àt~ a voir sauter les singes et danser lés oUrs.

Xmïtetéethnmoer.

t/art est ûtîe chose sérieusc.sérieUse surtout quand i! s'oc-cupe do sujets nobles, religieux; mais t'artistcdM ét le sujet l'un, parce qu'il le fait servir a son but; l'autre, parce v qu'il le traite a sa nianiere. ` L'art plastique a pour domaine te visibtc, l'apparence exté-rieure de l'objet naturel. Le naturel pur) autant qu'il satisfait le sentiment moral, nous l'appelons naif. Les objets naïfs sont, par conséquent le domaine de l'art, qui doit être une expres-sion morale du naturel. Les objets qui ofïreht l'un et l'autre caracteresont les plus favorables.

Le naif est ) comme le naturel, proche parent du récit Le réel, sans caractère moral, nous l'appelons commun. L'art est noble pàr'lui-mcme, c'est pourquoi l'artiste ne craint pas ce qui est commun i même, il lui sunit de l'admettre pour l'ennoblir, et c'est ainsi que nous voyons les grands ar-tistes exercer hardiment leur prérogative souveraine. ` Chaque artiste porte en lui Un germe d'audace, sans lequel !e talent n'est pas concevable, et ce talent s'éveille surtout si l'on veut lunitcr l'homme capable et le stipendier, l'employer pour des desseins borheSt i'armi les artistes modernes, Uaphael est encore ici le plus pur. Il est parfaitement naïf; citez lui, le réel n'est pas en lutte avec le moral ou même lé sacre. Le tapis sur lequel est repré-sentée l'adoration des mages, composition d'une magnificence innnic, étale tout Un monde, depuis le plus vieux des rois qui adore, jusqu'aux maures et aux singes qui jouent avec des pommes sur les chameaux. Saint Joseph y devait être aussi caractérise d'une manière toute naïve, comme père nourricier, qui se réjouit a la vue des présents qu'on apporte~

En général, les artistes Ont donné a saint Joseph une attenttoh particUlièi~/Les b~zàntins~ qu'on'n à,çê~E\r:dii )'Mte BoOntrés humoristiques outre mesure, prêtent to~ aU saint une Sguro chagrine dans ;1& scène de ta nativité l'enfant est couché dans là crèche ;'les hesUauxregaMënt au surpris ~de trouver) au lieu de leUrsëche nourriture) Une gracieù~ divine créature vivante~ lés angés'adorent le houYeau-né, la mère est assise auprès en silence, mais saint Joseph est assis a l'écart, et rétourne la tête, d'un air mécontenta vers cette scène étrange.

L'humour est un des éléments du génie~ mais, aussitôt qu'il domine, il n'en est que le pis àtler il accompagne l'art a son déchn et unit pat'l'anéantir, i ¡

C'est ce que pourra éclaircir agréaMement un traYail que nous préparons i nous hoùs proposons en eûet de considérer exclusivement sous lé point de vue moral tous les artistes qui nous sont déjà connus sous tant de rapports; d'expliquer, par les sujets et !e style de leurs ouvrages, en q~Oi le temps et le lieu, la nation et les mattrcs, enfin l'individualité propre, inef-façable/ont contribué a les faire ce qu'ils sont devenus, à les maintenir ce qu'us étaient.

L'art est l'interprète de l'inexprimable t c'est pourquoi il semble que ce soit une folie de vouloir l'interpréter lui-même par le langage. Cependant les efforts que l'on fait dans ce but procurent a l'esprit divers avantages) dont le talent pratique proSteasontour.

AphofËMM* médKef pst Mo* Mni* et Mo* *<~er<Mttre*.

Quiconque veut écrire aujourd'hui ou même disputer sur i'art devrait avoir du moins quelque soupçon de ce que la phi-tosophie a produit de nos jours et continue a produire.

Celui qui veut reprocher a un auteur l'obscurité deyrait pre-mièrement regarder en lui-même, pour voir s'il y fait bien clair: dans le crépuscule, une écriture fort nette devient iiii-eible.

Celui qui veut contester doit se garder de dire, a cette occa-sion, des choses que personne ne lui conteste.

Celui qui veut attaquer certaines maximes devrait être ca--

471 il pable de les exposer bien clairement et disputer dans les limites de cette clarté pour ne pas tomber dans l'inconvénient de combattre les ~htomesdesonimàgmatioht L'obscurité <i<)'certaihes maximes n'est qUe relative oh ne peut rendre clair pour l'auditeur tout ce qui est évident pour l'homme du métiert Un artiste qui exécute dés travaux estimables n'est pas tou' joursénëtat de rendre compte doses propres ouvrages ou de céuxd'aùtrU~ La nature et ridée ne se peuvent séparer, sans que l'art, contMëlàYie,soitdétr~ ,l' Ouahd les artistes parlent dé là nature) tis sous-ehtèhdeni tOuj6ursl'idée/sans6nàYOircIàirëmentconsciencet H eh est de mémo de tous cëuk qui vantent exclusivement l'expérience i ils ne songent pas que l'expérience n'est que là mottiédel'expériënce.

On entend d'abord parler de nature et d'imitation de là na-turc~puis on veut qu'il y ait une belle nature il faut choisir) et sans doute le meilleur) A quel signe le rcconnàhrc? h'àpres queUe règle doit-on choisir? Et cotte règle) bu est-elle? Âppa-remtnentce n'est pas aussi dans la nature?

Etsuppôséquël'ôbjet fût donnée que té fût lé plus bel arbre de là forêt, qui serait reconnu par le forestier lui-même comme accompli dans son espéce pour faire de cet arbre un tableau, je tourne alentour et je cherche le côté le plus beau; je m'éloigne assez pour lé voir parfaitement dans l'ensemble; j'attends qu'il soit éclairé d'une tnànièré favorable; et croyez-vous alors que beaucoup d'éléments de l'arbre naturel aient passé sur le pa-pier ?

Le profane peut le croire; l'artiste, derrière ses coulisses, devrait être mieux instruit.

Dans l'oeuvre d'art, ce qui frappe précisément comme na-ture les ignorants n'est point nature (extérieure), mais c'est l'homme (nature intérieure).

Nous ne connaissons d'autre monde que celui qui est en rapport avec l'homme; nous ne voulons d'autre art que celui qui est l'expression de ce rapport.

Celui qui~ le premier, dans un tableau, fixa a son horizon les

PHNSËRS.

points de'vue du jeu varié des lignes Itorizontales.trouvale principeddaporspective.

Celui qui; le premier) de la systole et diastole, pour lesquelles <cst faite'là rétine, fde cette ~<)c~ ` dicicrisis (pour parler comme Naton), déduisit l'tmrmohie des couleurs, celui-là dé-couvrit les principes du cotoris..

Cherchez en vous-même et Vous trouverez tout) et réjouissez-vous si, au dchors~quelque nom que vous lui donniez, il est une nature qui dise oMt et a~cM a tout ce que vous aurez trouvé en vous-même.

Beaucoup dé choses peuvent être inventées) être découvertes depuis longtemps, et ne pas agir sur le monde; elles peuvent agir et néanmoins ne pas être observées) agir et ne pas exercer Une influence générale c'est pourquoi l'histoire de chaque'dé-couverte s'enveloppe des énigmes les plus étranges..

Il est aussi dinicitc d'apprendre quelque chose des modèles que de la nature.

La forme veut être aussi bien digérée que le sujet; elle est môme beaucoup plus difficile a digérer.

Tel homme a étudié d'après l'antique, qui ne s'en est.pas en-tièrement approprié le génie est-il pour cela digne de blâme?

Les plus hautes prétentions~ même sans atteindre leur objet, sont en soi plus estimables que des prétentions inférieures, fus-sent-elles cnticremcnt satisfaites.

La sccho naïveté, la dure énergie, l'anxieuse honnêteté, et tout ce qui peut caractériser l'ancien art allemand, appartien-nent a toute manière simple et du vieux temps les anciennes écoles de Venise, de'Florence, etc.~ onrentles mêmes carac-tères'.

Ht nous ne devrons nous croire originaux, nous autres Alle-mands, qu'a la condition de ne pas nous élever au-dessus do l'enfance de l'art! t

l'arcc que Albert Durer) malgré son incomparable talent, n'a jamais pu s'élever à l'idée de proportion dans la beauté, et même iamais à l'idée d'une juste convenance, nous devrons aussi rester sans cesse attachés a la terre!

Albert Durer fut soutenu par une intuition profonde de la réalité, une aimable et bienveillante sympathie pour toutes les situations actuelles; il fut égaré par Une imagination nébuleuse, sans forme et sans ibnd.

Il serait intéressant de fafre voir quelte place Martin Schœn occupe a cAté de tu!)'et dans quelles bornes se rentcnna chez cet artiste le mérite allemand; il serait utile de montrer qu'il n'était pas arrivé a là'pcrfcctiohi.. t, Et pourtant, dans toutes les écoles ità!iehhes/!epapi!toh se dcpouiUa de !a chrysalide t Nous faudra-t- ramper cternclienient, -'comme chcnUtcs, parcequecertàins artistes du Nord y trouvent leur compte? 1. Apres que Ktopstôck nous a deitvres de là rime et qUeYoss nous a donne des modetcs de prosodie; it nous iaudra rimainer encore comme HànsSachst Aimônslà varietôt Les petits navets de la Marche ont bon goût) surtout m61és avec les châtaignes) et ces deux hobtcs fruits croissent loin l'un de l'autre.

Permettez-nous, dans nos metangeS) a cote des formes occi-dentates et septentrionales, cc!!es de l'Orient et du Midi. On n'est varié qu'en aspirant au sublime, parce qu'il te faut sérieusement, et en descendant aux bagatcUcs, quand on lé veut pour se jouer.

Ne reniflez pas sur mes tableaux t les couleurs sont mal-saines. "HEMBRANDT.

Il y a dans tous les arts un certain degré qu'avec des dispo-sitions naturelles, nous pouvons atteindre, pour ainsi dire, tout seuls: mais il est impossible de le dépasser, si l'art ne vient pas notre secours.

On dit quelquefois a la louange de l'artiste <! Il a tout tiré de lui-memet Si je pouvais une fois ne plus entendre ce lan-gage) Tout bien considéré, les productions de ce génie original sont, la plupart, des réminiscences i l'homme instruit pourra les signaler l'une après l'autre.

Le talent médiocre a lui-même toujours du génie en présence de la nature c'est pourquoi des dessins de ce genre, s'ils sont on peu soignés, font toujours plaisir.

Avec de nombreuses esquisses, les meilleurs artistes ne par-viennent pas toujours produire un ensemble.

L'allégorie change le phénomène en pensée, la pensée en imagé, mais de façon que la pensée puisse toujours être consi-dérée comme limitée et complète dans ~l'image et s'exprimer pàrélle.' '?~ La symbolique changé le phénomène en idée, l'Idée eh image, et de telle sorte que l'idée ne cesse pas d'être ihfihimehi agis-sante et maccëssible dans l'image, et, quoique exprimée dans toutes les langues, reste néanmoins inexprimable.

CwttMti* MX Jepne< tnrti«<e<t.

Quand les amateurs ont fait tout leur possible, ils ont coutume de dire pour s'excuser, que leur travail n'est pas encore àchévé.~Ët certes il né saurait jamais être àcttevé, parce qu'il n'a jamais été bien commencé. Au moyen de quelques traits, le maître présente son œuvré comme achevée; exécutée Ou non, elle est accomplie. L'amateur lé plus habile tâtonne dans le doute, et, a mesure que l'exécution avance, l'incertitude de là première ébauchése trahit toujours davantage. C'est tout a la fin seulement que se découvre la faute, qui n'est pas réparable, et, de là sorte, il est vrai de dire que l'ouvrage ne peut être achevé.

Dans l'art véritable, il n'y a point d'école préparatoire, mais il y a des préparations 1 la meilleure est la part que prend le moindre élevé au travail du mattre. Tels qui broyaiènt les cou-leurs sont devenus d'excellents peintres.

Il en est autrement de la singerie, a laquelle l'activité géné-rale naturelle à l'homme est portée accidentellement par un artiste de mérite, qui exécute avec aisance le difficile. Que, lés dimanches et les jours de fête, le jeune artiste se mêle aux danses des villageois; qu'il observe les mouvements naturels; qu'il donne a la jeune paysanne l'habillement d'une nymphe.aujcunepaysan.dcs oreilles et même des pieds de bouc s'il saisit bien la nature, et sait donner aux figures plus de bienséance, de noblesse et de liberté, personne ne devine où il a fait ces emprunts, et chacun jure qu'il à pris cela de l'an-tique.

Si même il rencontre des danseurs de corde et des spectacles équestres, il ne négligera pas non plus de les observer attenti-vement il laissera de coté ce qui est exagéré, faux, routinier

PEUSËËS.

47& mais il apprendra juger de quelle grâce infinie le corps hu-main cstsùscepttMe.

Lejeùnearttste ne devra pa~~ :dédatgq¡)¡'.lcs 'anii{I~\ix ;if~Â-" chera de bién.saisir le type caractéristique des chiens et des chevaux; il portera aussi son attention et ses études sur les botes sauvages étrangères.

Que la plastique exige nécessairemeii~d~ ture, et qu'en général ces études soient unpbrtantcs, nous en sommes assez persuadés'; mais~ noùsnë le nierons pas, .nous sommes souvent affligés de voir l'abus, que l'on fait de si louablesefforts.

Selon notre conviction te jeune artiste devrait peu ou même ne devrait pas étudier d'après nature, sans se demander eh même temps comment it pourrait Taire de .chaque feuille un tout achevé ) comment il pourrait offrir afamateur et au con-naisseur, comme un objet qui plaise, ce détail encadré à part et transformé en un agr<!ab!ctab!eau. y Souvent l'objet beau se présente isolément t c'est au talent de découvrir les enchatnements, et de produire; ainsi des couvres d'art/La fleur emprunte son charme à l'insecte qui vient s'y suspendre, a la goutte de rosée qui l'abreuve, au vase d'o~t eHc tire encore sa dernière nourriture. Pas un buisson, pas un àrbrc~ auquel on ne puisse donner de l'mterct par le voisinage d'un rocher, d'une source, et un attrait nouveau par une perspective simple et bien ménagée. On peut en dire au~-tant des figures humaines et des animaux de tout genre. Les avantages que le jeune artiste en retire sont très-divers. Il apprend a penser, a enchaîner convenablement ce qui s'accorde ensemble) et, s'il compose de la sorte avec ta-lent, ce qu'on appelle invention, l'art de tirer d'un sujet indi-viduel des développements divers, ne lui manquera pas. S'il satisfait réellement en ce point à ce qu'exige la véritable éducation de l'artiste il en retire encore accessoirement le grand avantage) qui n'est pas a dédaigner, d'apprendre a pro-duire des dessins d'une vente facile et faits pour plaire aux amateurs.

Un pareil ouvrage n'a pas besoin d'être travaillé au plus haut point ni complètement fini; s'il est bien saisi, bien pensé et bien rendu) il a souvent plUsd'at~ qu'un ouvrage plus considérable et plus travaillé. v QUë chaque jeune artiste jette les yéux'shries~ études' renterméës dans son album et son portefeuille et qu'il se demande combien de ces feuilles il aurait pu rendre ainsi présentables et dignes de plaire.

Il n'est pas question des hauteurs de l'art, dont on pourrait sàhsttoutc parler aussi ce que nous disons n'est qu'un aver-tissement, po'Ur détourner l'artiste d'une fausse route et signa-ler de loin lesjmutéurs; Que l'artiste essaye seulement six mois de travailler ainsi, et qu'il ne prenne ni le charbon ni le pinceau sans avoir n-tion de rendre au complet l'image d'un objet naturel qui s'ôure à ses yeux t s'il a un vrai talent~ oh reconnattra biëht6t quelle vue était dans notre pensée, quand nous avons donné ces indi-cations.

Quand je demande & de jeunes peintres allemands même & ceux qui ont séjourné quelque tetnps en Italie, pourquoi donc ils présentent A l'ceil, surtout dans leurs paysages, des tons si criards et si tranchants, et semblent fuir toute harmonie; ils répondent avec une parfaite assurance qu'its voient la nature exactement comme cela.

Kant nous a fait observer qu'il est une critique de la raisonque Cette faculté, la plus haute que l'honime possède; a sujet de se surveiller elle-même combien ce conseil nous a été avantageux, je souhaite 'que chacun en ait fait l'épreuve sur lui-même, mais je voudrais, dans le même esprit, établir qu'une critique des sens est nécessaire, si du moins l'art en général, et surtout l'art allemand, est destiné à se relever et à taire d'heureux progrès.

L'homme, né pour la raison, a encore besoin d'un long ap-prentissage elle doit se révéler à lui peu a peu par les soins de ses parents et de ses instituteurs, par de doux exemples ou par une sévère expérience. Il en est de même de l'artiste il nait débutant et non pas accompli. Il se peut qu'il sache porter sur le monde un regard plein de vie; que son œil saisisse heu-reusement les formes, les proportions, les mouvements mais, pour la grande composition, pour la distribution des lumières,

PEKSHHS.

des ombres et des couleurs lés dispositions naturelles peuvent lui manquer sans qu'il vienne~ s'en apercevoir. Or, s'il n'est pas disposé à apprendre des grands mahres, anciens et contemporains, 6e qui lui hianqùc~poùrétre Un vén-table artiste, H restera au-dessous de lui-même, dans la fausse idée qu'il est véritabiement original car ce n'est pas seu-lement ce qui nous est inné, mais aussi ce que nôtis pouvons acquérir, qui nous appartient et qui nous fait ce que nous sommes..

TTtéàtfettMttntmd.

Le terme ~'école, comme 'on l'emploie dans l'histoire des arts plastiques, b~ l'on parle d'une école norentinc, rûmame et vem~enhe, ne pourra plus désormais s'appliquer au théâtre allemand. Peut-être cette expression était-elle encore de mise, il y a trente ou quarante ans, torsque, dans un horizon plus borné, on pouvait concevoir encore une culture basée sur la nature et sUr l'art mais, tout bien considéré, même dans les arts plastiques, le terme d'école ne convient que pour les com-mencements; car, aussitôt que l'art a produit 'des hommes éminents.il exerce son influence au loin. Florence déploie la sienne en France et en Espagne; les Pays-Bas et l'Allemagne s'instruisent chez les Italiens, et acquièrent une plus grande liberté de pensée et de sentiment; en revanche, le Midi ap-prend d'eux une meilleure technique et du Nord l'exécution la plus achevée.

Le théâtre allemand se trouve dans l'époque {mâle, où une culture générale est tellement répandue, qu'elle ne saurait plus appartenir a aucun lieu particulier ni partir d'aucun point déterminé La base de tout l'art théAtral, comme de chaque autre, est le vrai, le naturel. Plus cette maxime est importante, et plus le poëte et l'acteur savent la saisir d'un point de vue élevé, plus le théAtre occupera un rang honorable. Un grand avantage pour l'Allemagne, c'est que la récitation de la bonne poésie est devenue d'un usage plus général, et s'est répandue même hors du théâtre:

Toute déclamation et toute mimique reposent sur la récita-tion. Or, comme, dans la lecture a haute voix, c'est a ladécla--

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