‹ Œuvres de Goethe. Tome 1Chapitre 15 sur 109 · C'est-à-dire : CL Ouvre-t-elle le spectacle · texte numérisé non relu

C'est-à-dire : CL Ouvre-t-elle le spectacle

47. — Le métier de poëte est charmant, mais je le trouve cher : à mesure que s'accroît ce petit livre, les sequins s'en vont.

48 — « Quelle démence t'a saisie dans ton loisir? Ne ces-seras-tu point? Cette fillette deviendra-t-elle un livre? Fais-nous entendre un chant plus sage. » Laissez, je chanterai bien-tôt les rois, les grands de la terre, si je comprends un jour leur métier mieux qu'aujourd'hui. Cependant je chante Bettine; car les histrions et les poètes sont très - proches parents ; ils se cherchent et se rencontrent volontiers.

49. — « A ma gauche les boucs! » Ainsi dira le juge au dernier jour. 0: Et vous, brebis, rangez-vous paisiblement à ma droite. » Bien ! Mais il est une chose encore que l'on peut espé-rer de lui; il dira ensuite : « Vous, sages, placez-vous devant moi. »

50. —Voulez-vous que je fasse infailliblement des épigrammes par centaines? Menez-moi loin de ma maîtresse.

51. — Tous les apôtres de liberté me furent toujours odieux : chacun ne cherchait au fond que l'arbitraire pour soi. Veux-tu délivrer le peuple? Ose le servir. Veux-tu savoir combien cela est dangereux? Fais-en l'épreuve.

52. — Les rois veulent le bien, les démagogues aussi, dit-on; mais ils se trompent. Ils sont, hélas ! des hommes ainsi que nous. La multitude ne gagne jamais à vouloir pour elle-même. Nous le savons, mais, qui sait vouloir pour nous tous, qu'il le montre !

53. — Que l'on mette en croix chaque enthousiaste à sa trentième année ! S'il connaît le monde une fois, de dupe il deviendra fripon.

54. — Le triste sort de la France donne à penser aux grands. toutefois il doit plus encore faire réfléchir les petits. Les grands ontpéri, mais qui a protégé le peuple contre le peuple? Le peuple a trouvé dans le peuple son tyran.

55. — J'ai traversé des temps bien fous, et je n'ai pas manqué non plus d'être fou moi-même, comme le temps le voulait.

56. — « Parle, ne faisons-nous pas bien? Il nous faut trom-per la populace. Vois comme elle se montre inepte, comme elle se montre farouche ! D Ineptes et farouches sont tous les igno-- [ Ii 8 POÉSIES.

rants trompes : soyez seulement honnêtes, et vous amènerez la populace à l'humanité.

57. — Les princes gravent souvent sur le cuivre, il peine argenté, leur auguste image; longtemps le peuple s'y trompe; les fanatiques gravent l'empreinte de l'esprit sur le mensonge et la déraison : qui n'a pas la pierre de touche les tient pour de l'or pur.

58. — Ces hommes sont fous, dites-vous des violents éner-gumènes que nous entendons pérorer en France dans les rues et les places? A moi aussi, ils me semblent fous; mais un fou ep liberté débite de sages maximes, tandis que la sagesse, hélas ! devient muette dans l'esclave.

59. — Les grands ont parlé longtemps la langue des Fran-çais ; ils estimaient peu l'homme à qui elle n'était pas fami-lière ; maintenant tout le peuple ravi bégaye la langue des Francs : hommes puissants, ne vous fâchez pas , ce qui arrive, vous l'avez désiré.

60. — « Épigrammes, ne soyez pas si hardies. » Pourquoi pas? Nous ne sommes que des titres; le monde a les chapitres du livre.

61. — Comme au grand apôtre fut montré un drap plein d'animaux purs et impurs, ami, mon petit livre se montre à toi.

62. — Une épigramme est-elle bonne peut-être?... Com-ment pourrais-tu en décider?... On ne sait pas au juste toujours ce que se voulait la friponne.

63. — Plus il est commun et plus il est près de l'envie, de la malveillance, plus vite, assurément, tu comprends le petit poëme.

64. — Chloé jure qu'elle m'aime; je n'en crois rien. Mais elle t'aime, me dit un connaisseur : fort bien ! si je le croyais, tout serait perdu.

65. — Tu n'aimes personne, Philarque et moi, tu m'aimes si passionnément!... N'est-il donc pas d'autre voie pour m'en-chaîner?

66. — Est-ce donc un si grand secret de savoir ce que c'est 1. Qui aime le pouvoir. que Dieu et l'homme et le monde? Non, mais personne n'aime à l'entendre, et la chose reste secrète.

67. — Je puis beaucoup endurer. La plupart des choses désagréables, je les souffre avec un courage tranquille, comme un dieu me l'ordonne. Il en est cependant quelques-unes, il en est quatre, qui me sont aussi odieuses que le poison et les ser-pents : la fumée du tabac, les punaises, l'ail et t

68. — Dès longtemps je me serais plu à vous parler de ces petits animaux, qui, gentiment et vite, passent deçà, delà. Ils ressemblent à de petits serpents, mais ils ont quatre pieds. Ils courent, ils rampent, et glissent et traînent légèrement leur petite queue. Voyez, ils sont ici, ils sont là ! A présent, ils ont disparu ! Où sont-ils? Quelle crevasse, quelle herbe, a recueilli les fugitifs? Si vous me le permettez désormais, j'appellerai ces bestioles des lézards, car je m'en servirai souvent encore, comme d'une agréable image.

69. — Qui a vu des lézards peut se représenter ces gen-tilles fillettes, qui vont et viennent sur la place. Elles sont vives et mobiles, et se glissent, s'arrêtent et babillent, et, dans leur marche rapide, leur vêtement frémit derrière elles. Vois, elle est ici ! elle est là 1 Si tu perds une fois sa trace, tu la cherche-ras en vain : elle ne reparaîtra pas de sitôt. Mais, si tu ne crains pas les tandis, les ruelles, les petits escaliers, va, cours, tandis qu'elle t'amorce, entre après elle dans sa caverne.

70. — Ces cavernes, que sont-elles?... Si vous demandez à le savoir, ce livre d'épigrammes deviendra, peu s'en faut, un lexique. Ce sont de noires maisons dans d'étroites ruelles. La belle vous mène au café, et se montre empressée, mais non pas vous.

71. — Deux des plus fins lézards se tenaient toujours en-semble : l'une presque trop grande, l'autre presque trop pe-tite. Les voyez-vous toutes deux en même temps, le choix vous est impossible : chacune, prise à part, vous semblerait la plus belle.

72. — Les saints avaient, dit-on , une bienveillance particu--

!. Il faut donc lire : et la croix! Mais Goethe n'a ici en vue que l'ascétisme : il a rendu plus d'une fois hommage au doux et sublime Crucifié. lière pour le pécheur et la pécheresse : c'est justement aussi ce que j'éprouve.

73. — cr Si j'étais mère de famille, et si j'avais le nécessaire, je voudrais être joyeuse et fidèle, caresser, embrasser mon mari. » Voilà, parmi ses chansons ordinaires , ce qu'une don-zelle me chantait il Venise, et je n'entendis jamais de plus tou-chante prière.

74. — Je ne puis m'étonner que les hommes aiment tant les chiens, car l'homme, ainsi que le chien, est un misérable gueux.

75. — Je suis peut-être devenu téméraire : ce n'est pas mer-veille. 0 dieux, vous savez, et vous ne savez pas seuls, que, moi aussi, je suis pieux et fidèle.

76. — « N'as-tu pas vu la bonne compagnie ? Ton petit livre ne nous montre guère que les bateleurs et le peuple, et même quelque chose de plus vil encore. » J'ai vu la bonne -compa-gnie. On l'appelle bonne, quand elle ne fournit pas matière au plus petit poëme.

77. — Que voulait faire de moi la destinée? Il serait témé-raire de le demander, car, le plus souvent, elle ne Tout pas faire grand'chose du grand nombre. Un poète peut-être?... Elle y serait parvenue, si la langue ne se fût pas montrée absolu-ment rebelle.

78. — a: Tu te mêles de botanique, d'optique?... Que-fais-tu? N'est-ce pas un plus beau succès de toucher un tendre cœur? » Ah 1 les tendres cœurs!... Un charlatan peut les toucher.... Que mon seul bonheur soit de t'effleurer 1, Ô naturel

79. — De toutes les couleurs, Newton a formé le blanc : il vous a fait bien d'autres tours de magie blanche, que vous croyez depuis un siècle 2.

80. — « Tout s'explique bien, me dit un écolier, par ces théo-ries que le maître nous a sagement enseignées. » Si vous avez une fois charpenté une bonne croix de bois, il se trouvera bien un corps vivant pour y subir le supplice.

1. Toucher, effleurer, ne peuvent rendre la vivacité de l'allemand RUHREN, BEPIUHREN - 2. L'ingénieuse théorie des couleurs que Goethe a proposée détruirait ceua de Newton. t

81. — Si, par de pénibles détours, un jeune homme se glisse chez son amie, qu'il prenne ce petit livre : il est à la fois amu-sant et consolatif ; et, si, un jour, quelque jeune fille attend le bien-aimé, qu'elle prenne en main ce petit livre, et puis le jette de côté quand son amant viendra.

82. — Comme les signes de la vive jeune fille, qui, furtive-ment, au passage, se borne à frôler doucement mon bras, Muses, vous accordez au voyageur de petits poèmes : oh ! ré-servez encore à votre ami de plus grandes faveurs.

83. — Lorsque, enveloppé de vapeurs et de nuages, le soleil ne nous envoie que des heures sombres, comme nous suivons sans bruit notre sentier ! Lorsque la pluie fatigue le voyageur, comme l'abri du toit champêtre nous est agréable ! Comme on repose doucement durant la nuit orageuse ! Mais le dieu revient : écarte bien vite les nuages de ton front ; imite la nature, notre mère.

84. — Veux-tu goûter, avec un pur sentiment, les joies de l'amour, éloigne de ton cœur l'audace et l'humeur sévère. Celle-ci veut chasser l'amour, celle-là songe à l'enchaîner : à l'une et à l'autre, le dieu malin répond par un sourire.

85. — Divin Morphée, vainement tu secoues tes aimables pavots : mes yeux veillent toujours, si l'amour ne les ferme pas.

86. — Tu m'inspires l'amour et le désir; je le sens et je brûle : aimable femme, inspire-moi maintenant la con-fiance.

87. — Ah! je te connais, Amour, aussi bien que personne! Tu portes ton flambeau, et il brille devant nous dans l'obscu-rité ; mais bientôt tu nous mènes par des routes confuses : c'est alors que ton flambeau nous serait bien nécessaire , hélas ! et le traître s'éteint!

88. — Une seule nuit sur ton cœur! et tout ira bien.... Amour nous sépare encore dans la brume et la nuit. Oui, je le verrai le jour où l'aurore guettera les amants dans les bras l'un de l'autre , où le matinal Phébus les éveillera.

89. — Est-ce ta sérieuse résolution, n'hésite pas plus long-temps; fais mon bonheur: voulais-tu badiner , ma belle? assez de badinage ! 90. — Mon silence t'afflige? Que dirais-je? Tu ne remarques pas la muette éloquence des soupirs, du regard. Une déesse peut lever le sceau de mes lèvres, c'est l'Aurore seulement, si quelque jpur elle m'éveille sur ton sein. Oui, qu'alors mon hymne re-tentisse à l'approche ^.s divinités matinales, comme la statue de Memnon doucement chantait ses mystères.

91. — Quel agréable jeu! Le disque, échappé de la main, revient vite au fil s'enrouler! C'est ainsi que je semble jeter mon cœur tour à tour à chaque belle, mais il revole aussitôt sur ses pas.

92. — Oh! comme j'observais autrefois toutes les saisons de l'année ! Comme je saluais la venue du printemps et soupirais après l'automne ! mais l'été ni l'hiver ne sont plus : depuis que l'aile de l'amour abrite mon bonheur, un éternel printemps m'environne.

93. — « Parle, comment vis-tu? » Je vis, et quand des siècles et des siècles seraient donnés à l'homme, je souhaiterais que demain fût pour moi tel qu'aujourd'hui.

94. — 0 dieux, comment vous remercier? Vous m'avez donné tout ce que l'homme implore, mais presque rien selon la règle.

95. — Dans le crépuscule du matin, gravir la plus haute cime, te saluer dès l'aurore, messagère du jour, étoile char-mante , attendre avec impatience les regards du roi des cieux.... délices du jeune homme, que de fois, la nuit, vous m'avez attiré hors de ma demeure! Maintenant vous m'apparaissez, messagers du jour , célestes regards de ma bien-aimée, et tou-jours trop tôt paraît le soleil.

96. — Avec un air de surprise, tu me montres la mer : elle paraît en feu. Comme la vague enflammée roule autour du navire en sa course nocturne ! Cela ne m'étonne point : les flots enfantèrent Aphrodite , et, pour nous, du sein de la déesse ne s'est-il pas élancé une flamme , son fils !

97. — Je voyais briller la mer et scintiller la vague amou-reuse ; les voiles fuyaient vivement avec un vent favorable ; mon cœur n'éprouvait aucun regret ; bientôt, vers la neige des montagnes se retourna mon regard languissant : au midi, que de trésors je laisse! Mais il en est un dans le nord, un grand ai-mant, qui me rappelle avec une force irrésistible.

98.—Ah ! mon amie va partir! Elle s'embarque! .. Éole, mon roi, puissant prince, enchaîne les tempêtes ! « Insensé, me crie le dieu, ne crains pas les furieuses tempêtes : crains le souffle des ailes de l'Amour doucement balancées. »

99. — Elle était pauvre et sans habits, la jeune fille, quand je fis sa conquête : alors elle me plaisait nue, comme elle me plaît encore aujourd'hui.

100. — Souvent je me suis égaré, et j'ai retrouvé ma route ; mais ce ne fut jamais plus heureusement. Maintenant cette jeune folle est mon bonheur : si c'est une erreur encore, dieux sages, épargnez-moi, et ne me l'ôtez que là-bas sur le froid rivage.

101. — Midas, il fut triste ton sort : dans tes mains trem-blantes, tu sentais, vieillard affamé, la nourriture transformée en métal pesant. En pareil cas, les choses se passent pour moi plus gaiement : ce que je touche devient d'abord sous ma main une vive poésie. Douces Muses, je ne résiste point : seulement, quand je presse ma mignonne contre mon cœur, ne me la chan-gez pas en fable.

102.—* Ah ! ma gorge s'est un peu enflée,,, disait ma mie avec angoisse. Tais-toi, mon enfant, tais-toi ! et retiens cette parole: la main de Vénus t'a touchée ; elle t'annonce sans bruit que bientôt, hélas! irrésistiblement, elle déformera ton joli corps. Bientôt elle gâtera cette taille élégante, cette charmante gorge-irette ; tout enflera ; la robe la plus nouvelle n'ira plus. Mais sois tranquille, la fleur qui tombe annonce au jardinier que le' doux fruit se gonfle pour mûrir en automne.

103. — C'est un délice de tenir dans ses bras amoureux la bien-aimée, quand son cœur palpitant nous fait le premier aveu de tendresse; c'est un délice plus grand encore, de sentir les battements de l'être nouveau qui se nourrit et s'agite dans le sein bien-aimé. Déjà il essaye les élans de la vive jeu-nesse; déjà il frappe à la porte avec impatience; il aspire à la lumière du ciel. Attends quelques jours encore ! Les heures te feront suivre avec rigueur tous les sentiers de la vie, comme le destin l'ordonne. Quelque obstacle que tu rencon-tres, ô trésor naissant, l'amour t'a formé, que l'amour soit ton partage! 15ft POÉSIES.

104. — C'est ainsi que, séparé de tous mes amis, je m'amu-sais, laissant couler les jours comme des heures dans la cité neptunienne. Tout ce que j'éprouvais, je l'assaisonnais de doux souvenirs, de douces espérances : ce sont les assaisonnements les plus aimables du monde.

PROPHÉTIES DE BACIS'.

Étranges sont les chants des prophètes;

doublement étranges, les événements.

1. — On criait folie à Calchas et l'on criait folie à Cassandre, avant de partir pour Ilion et lorsqu'on en revint. Qui est capable d'écouter le lendemain et le surlendemain? Personne. Et ce que la veille et l'avant-veille ont dit.... qui l'écoute ?

2. — Longue, étroite, est la route2. Aussitôt que tu es en marche, elle s'élargit ; mais tu traînes derrière toi des ser-pents entrelacés. Es-tu arrivé au terme, que le nœud terrible pour toi se change en fleur, et que ta main l'abandonne à l'hu-manité !

3. — Non-seulement Bacis annonce l'avenir; comme initié, il révèle encore ce qui est maintenant secret et caché. Voici des baguettes divinatoires : lorsqu'elles sont encore sur la tige, 1. Bacis, devin de Béotie, mentionné par Cicéron, de Divinatione, I, 18, 34. Goethe affecte ici le langage des oracles, et il est souvent obscur, quelquefois im-pénétrable. Cependant nous avons cru convenable de faire connaître ces singu-liers petits poëmes, dont plusieurs ont figuré dans les Xénies. Chacune de ces prophéties est renfermée dans un quatrain formé de deux distiques. Goethe se proposait de composer autant de prophéties qu'il y a de jours dans l'année, et, du recueil, on aurait fait des sorts, à la manière des Sortes homericœ et vir-mlianx.

2. Le chemin de la vie. Les serpents sont les soucis et les chagrins qui accom-pagnent l'expérience. La fleur est le fruit de l'expérience, qui doit profiter à nos semblables. elles n'indiquent pas les trésors ; c'est seulement dans les mains intelligentes que se remue le magique rameau.

4. — Si le col du cygne se raccourcit, et si, avec une figure humaine, l'hôte prophétique s'avance sur le miroir liquide, la beauté laisse tomber de la nacelle le voile argenté, et soudain les flots dorés courent sur la trace de l'oiseau qui nage 1.

5. — J'en vois deux ! Je vois le grand, je vois le plus grand ! Tous deux, avec des forces ennemies, se détruisent l'un l'autre. Ici des rochers et la terre, et là des rochers et les flots ! Lequel est le plus grand ? La Parque seule nous le dira 2.

6. — Un prince voyageur vient dormir sur le seuil glacé. Que Cérès le ceigne d'une couronne tressée sans bruit : alors les chiens feront silence ; un vautour l'éveillera, et un peuple labo-rieux jouira d'un nouveau sort*..

7. — Sept marchent voilés et sept le visage découvert. Ceux-là, le peuple les craint ^ les grands du monde les craignent. Mais les autres.... les traîtres!... nul ne les pénètre, car leur propre visage déguise, comme un masque, le fourbe \

8. — Hier la chose n'était pas encore ; elle ne sera ni aujour-d'hui ni demain, et déjà chacun la promet aux voisins et aux amis. Même on la promet aux ennemis. C'est ainsi que nous entrons noblement dans le nouveau siècle, et la bouche et la main restent vides 5.

9. — Les souris accourent en foule sur la place publique : le voyageur survient, sur pied de bois, quadruple et bruyant. Au même instant, les colombes volent et passent devant la moisson. Alors, Tola, la fortune t'est propice sous la terre6.

10. — Chez elle, solitaire, la vierge se pare de soie et d'or; sans être conseillée par le miroir, elle devine le vêtement con-- 1. Comme Viehoff, nous renonçons à chercher le mot de cette énigme. 2. Ces deux pourraient bien être la France et l'Angleterre. o. ueci paraii laire aiiusiuii a. uiits itj&unucuiuii iuiuie eu naine. 4. Sans attacher un sens particulier au nombre sept, on peut voir dans les deux classes d'hommes ici désignées, d'une part, les conspirateurs secrets, de l'autre, les égoïstes, qui marchent à visage découvert, mais qui sont plus réellement dangereux.

5. Ces belles promesses sont la liberté et l'égalité, annoncées par les Français aux voisins, aux amis, même aux ennemis, auxquels on veut les imposer. Chi-mères! dit le poëte. En attendant, le bonheur matériel s'évanouit. 6. Enigme insoluble pour nous. venable. Paraît-elle en public, elle ressemble à la servante. Un seul d'entre tous la connaît: son œil montre à la vierge sa par-faite image

11 . — Oui, flots puissants, poussés par Jupiter, vous roulez par-dessus digues et rivages; vous emportez champs et jardins. Je vois un homme. Il est assis, et sa harpe salue ce désastre ; mais le flot ravissant emporte aussi les chansons2.

12. — Tu as le pouvoir, tu as aussi la culture, et tous s'in-clinent, lorsque, avec une suite magnifique, tu traverses la place. Enfin il est passé 1 Alors chacun demande tout bas si la justice était aussi dans le cortège des vertus 3.

13. — Je vois des murailles détruites et je vois des murailles bâties : ici des prisonniers en foule, là des prisonniers encore. Le monde n'est-il peut-être qu'une grande prison? Et l'insensé est-il bien libre , qui se fait une couronne avec des chaînes?

14. — Laisse-moi en repos : je dors. — Mais moi, je veille. — Nullement. — Est-ce que tu rêves? — Je suis aimé. — Assuré-ment tu parles en songe! — 0 toi qui veilles, qu'as-tu donc? - Vois tous ces trésors! — Que je les voie? Un trésor se voit-il avec les yeux?

15. — Les clefs sont éparses dans le livre pour résoudre l'é-nigme r. : car l'esprit prophétique s'adresse aux intelligents. Je déclare les plus sages ceux qui se laissent aisément instruire par le temps : le temps amène à la fois l'énigme et le mot.

16. — Bacis vous révèle aussi le passé : car souvent, ô monde aveuglé, le passé lui-même demeure une énigme devant toi. Qui connaîtrait le passé saurait l'avenir : l'un et l'autre s'unissent au présent en un tout accompli.

17. — Les cieux s'ouvrent et versent la pluie; l'eau dégoutte sur les rochers et les gazons, les murs et les arbres à la fois. Le soleil revient-il, le bienfait s'évapore de la pierre ; la vie garde seule les dons du ciel.

1. Cette vierge est la liberté, que les lois et les convenances enchaînent, des qu'elle se produit en public. L'homme privilégié qui la connaît. c'est le poëte.

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