‹ Œuvres de Goethe. Tome 1Chapitre 43 sur 109 · Fred. Schlegel, les deux Stolberg et d'autres · texte numérisé non relu

Fred. Schlegel, les deux Stolberg et d'autres

L'Amour et Psyché.

Les Neuf Sœurs prirent fantaisie d'enseigner aussi avec mé-- 1hode à Psyché l'art des vers : la petite âme restait toute pro-saïque; la lyre ne trouvait nul accord touchant, même dans la plus belle nuit d'été ; Amour survint, avec ses regards et sa flamme : le professeur eut bientôt formé son élève.

Emblème.

Je cueillis naguère un bouquet dans la prairie, et je le portai en rêvant à la maison, mais la chaleur de ma main, avait fait pencher vers la terre toutes les corolles. Je les place dans un verre d'eau fraîche, et quelle merveille je vois ! Les jolies têtes -se relèvent, tiges et feuilles reverdissent, et toutes aussi saines que si elles étaient encore sur le sol maternel.

Je ne fus pas moins émerveillé, lorsqu'un jour j'entendis mes vers dans une langue étrangère.

Pondre aux mouches.

Elle suce avidement la boisson perfide, sans s'arrêter, sé-duite par le premier trait; elle se trouve bien, et dès long-temps les jointures des jambes délicates sont déjà paralysées. Elle n'est plus habile à nettoyer ses petites ailes ; elle n'est plus adroite à coiffer sa petite tête.... La vie se perd dans la jouis-sance. Ses pieds à peine vont suffire à la soutenir, et toujours elle aspire, et, tandis qu'elle suce, la mort enveloppe d'un nuage ses mille prunelles.

Au bord de la rivière.

Si tu habites au bord d'une large rivière, quelquefois elle baisse, elle cesse de couler; puis, quand tu veux préserver tes prairies, elle les inonde ; c'est un bourbier.

Par un beau jour, les barques descendent, le pécheur remonte -avec précaution ; maintenant la glace presse cailloux et rochers; le peuple des enfants est maître de la carrière. Sache observer ces choses et, cependant, accomplir toujours ce que tu veux. Il ne faut ni t'arrêter ni te presser : le temps marche avec mesure.

Le renard et la grue.

Deux personnes fort différentes s'invitèrent à ma table. Pour l'heure elles vivaient en paix : c'étaient le renard et la grue, dit la fable.

Je fis pour tous deux quelques apprêts ; je plumai d'abord les plus jeunes pigeons. Comme il était, lui, de l'espèce du chacal, je servis des raisins mûrs.

Puis, sans tarder, je plaçai vis-à-vis une bouteille au long col, où frétillaient dans l'eau claire des petits poissons d'or et d'ar-gent.

Si vous aviez vu le renard dévorer tout le plat, vous auriez dit avec envie : « Quel appétit pour la bonne chère ! »

Cependant l'oiseau circonspect se berçait sur un pied, et courbait joliment son col et son bec délicat, effilé, et pourchas-sait les poissonnets.

Au départ, ils me remercièrent avec joie, l'un, des pigeons, l'autre, des poissons. Et l'un se moquait de l'autre, comme s'il avait soupé à la table du chat.

Veux-tu ne perdre ni ton sel ni ton beurre, quand tu te pro-poses de traiter les gens, il faut, selon les vieilles histoires, te régler sur le museau et sur le bec.

lie renard et le chasseur.

Dans les buissons et le taillis il est difficile d'atteindre les renards à la piste; si le chasseur est d'accord avec le renard, il est impossible de le prendre.

Il y aurait ainsi maintes merveilles à exprimer comme A, B, AB, sur lesquelles présentement on se creuse la cervelle et l'on se rompt la tête.

Vacation de la cigogne.

La cigogne, qui se nourrit de grenouilles et de vers au bord de notre étang, pourquoi fait-elle son nid sur le clocher, où elle n'est pas à sa place?

Là elle craque et craquète sans cesse; ennuyeuse musique! Mais ni jeune ni vieux ne se hasardent à lui déranger son nid.

Comment donc, soit dit par révérence, peut-elle prouver son droit, sinon par sa louable tendance à fienter sur le toit de l'église?

lies grenouilles.

Un étang se trouvait gelé : les pauvres grenouilles, perdues dans le fond, ne pouvaient plus coasser ni sauter ; mais elles se promirent, dans leur demi-rêverie, que, si une fois elles trou-vaient là-haut de l'espace, elles chanteraient comme des rossi-gnols. Un vent tiède souffla, la glace fondit, les grenouilles na-gèrent et abordèrent fièrement, et s'accroupirent au loin sur la rive, et coassèrent comme auparavant.

lia noce.

On faisait bombance au village; c'était une noce, me dit-on. Je pénétrai dans la salle du cabaret : là tournaient tous les jeunes couples; chaque fillette avec son galant. On y voyait maint visage amoureux. Je demande enfin quelle est la fiancée. Un danseur me regarde fixement. Il Vous pouvez le demander à un autre. Nous dansons à son honneur, nous dansons depuis trois jours et trois nuits, et personne encore n'a songé à elle. »

Qui observera autour de lui le train du monde recevra beau-coup de confidences pareilles.

El nterrement.

On emportait une jeune fille à la sépulture : les bourgeois re-gardèrent par la fenêtre ; ils étaient à table en goguette, man-geant leur patrimoine. Ils se dirent : « On l'emporte, bientôt on nous emportera de même, et qui restera le dernier au logis aura du bien et de beaux écus : ne faut-il pas qu'ils aient un maître! »

Signes menaçants.

Que madame Vénus se montre au couchant dans tout son éclat; ou qu'une comète sanglante apparaisse, comme une verge à travers les étoiles, le philistin court à la porte de son logis. « L'étoile est juste sur ma maison! 0 malheur! C'est trop fatal pour moi ! crie-t-il avec angoisse à son voisin. Ah! voyez de quels malheurs un signe me menace! Certainement, nous sommes perdus, pauvres gens que nous sommes. Ma mère est alitée, avec une mauvaise toux; mon enfant est souffrant de flatuosités et d'une mauvaise fièvre; ma femme, je le crains, va tomber aussi malade : voilà déjà huit jours qu'elle ne gronde: et tant d'autres choses que je pourrais dire! Voici, je le crains, la fin du monde ! »

Le voisin dit : « Vous avez raison, je pense; cela va mal pour nous tous cette fois. Mais parcourons quelques rues, vous ver-rez comment sont situées les étoiles. Elles pronostiquent ici, elles pronostiquent là-bas. Que chacun reste sagement chez soi et fasse du mieux qu'il pourra, et souffre comme les autres. »

lies acheteurs.

Vers la marchande de pommes accourent des enfants ; tous veulent acheter. Le cœur joyeux, ils choisissent dans le mon-ceau ; avec désir ils contemplent de près et de plus près les pommes aux joues vermeilles. On leur en dit le prix, et ils les rejettent comme si elles étaient brûlantes.

Oh! qu'il trouverait d'acheteurs, celui qui voudrait donner la marchandise gratis !

Le Village de la montagne.

« Nous l'avons vu naguère réduit en cendres, le village de la montagne : voyez donc comme il s'est vite relevé ! Tout est re-bâti en planches et en bardeaux; les enfants enmaillottés dor-ment dans leurs berceaux. Qu'il est beau de se confier en Dieu! »

C'est un nouveau bûcher qu'on a construit, et, s'il plaisait au vent et aux étincelles, Dieu lui-même n'aurait pas beau jeu.

Symbole.

Au Vatican, le dimanche des Rameaux, on se sert de véri-tables palmes; les cardinaux s'inclinent et chantent de vieilles hymnes; ces hymnes, on les chante aussi en tenant dans les mains des rameaux d'olivier; dans la montagne, il faut même employer le houx pour cet usage; enfin, l'on veut un rameau vert, et l'on prend une branche de saule, afin que l'homme pieux exprime son adoration , même dans la plus humble forme. Et qui a bien pris les choses à cœur, on lui permet ces facilités, pourvu qu'il se fortifie dans la foi. Tout cela est my-thologème.

Trois palinodies.

L'encens n'est un tribut que pour les dieux

pour les mortels il est un poison.

1. La fumée de ton sacrifice serait-elle donc importune aux dieux? Tu te bouches le nez.... Que dois-je croire? On estime l'encens plus que toute autre chose : qui ne peut le respirer ne doit pas l'offrir.

Le visage immobile, tu adores des poupées, et, si le nez du prêtre ne sent rien, le dieu est enrhumé.

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