‹ Œuvres de Goethe. Tome 1Chapitre 46 sur 109 · POËMES ÉPIGRAMMATIQUES · texte numérisé non relu

POËMES ÉPIGRAMMATIQUES

Que le mérite d'une pareille production soit

l'expression riante d'une pensée profonde.

Le sonnet.

Exerce-toi dans la pratique rajeunie de cet art : c'est un devoir sacré que nous t'imposons; tu peux aussi, comme nous, te mou-voir posément, selon le pas et la mesure, comme nous te l'avons prescrit :

Car la gêne elle-même se fait aimer, quand les esprits s'agi-tent violemment, et, de quelque façon qu'ils veuillent se déme-ner, l'œuvre finit pourtant par s'accomplir.

Je voudrais donc à mon tour, dans des sonnets artistement construits, avec l'audacieuse fierté d'un rhythme savant et flexible, rimer les meilleures inspirations de mon cœur.

Mais je ne sais pas m'accommoder à cela; j'ai toujours aimé à tailler en plein bois, et pourtant il me faudrait aussi coller de temps en temps.

Nature et art.

La nature et l'art semblent se fuir, et ils se rencontrent avant qu'on y pense. Pour moi aussi cette répugnance a disparu, et tous deux semblent m'attirer également.

Il suffit vraiment d'un effort sincère! Et si, dans des heures réglées, nous commençons par nous attacher à l'art avec zèle, avec intelligence, la nature se ranimera librement dans notre cœur.

Il en est ainsi de toute culture : c'est en vain que les esprits indisciplinés aspirent à la pureté suprême de la perfection.

Qui veut de grandes choses doit rassembler toutes ses forces : c'est seulement dans la contrainte que le maître se révèle, et la loi seule peut nous donner la liberté.

Proposition amiable.

LUI. Tu me ravis, ma chère enfant, et, tels que nous voilà l'un avec l'autre, je voudrais ne te quitter jamais : ce serait notre bonheur à tous deux.

ELLE. Si je te plais, tu me plais; tu le dis librement, je le dis à mon tour. Eh bien, il faut nous marier, le reste s'arrangera.

LUI. Nous marier, mon ange? C'est un terrible mot! Il me semble q\1e je voudrais fuir aussitôt.

ELLE. Est-ce un si grand malheur? Si cela ne va pas, on di-vorce.

Confiance.

A. Pourquoi faire tant de bruit et tant te glorifier?

B. C'est que j'ai, ma foi, une gentille maîtresse!

A. Montre-la-moi donc! Qui est-elle enfin? Maint luron la connaît sans doute ?

B. Eh! toi, gredin, la connais-tu ?

A. Je ne dis pas cela précisément; mais apparemment, dans l'occasion, elle n'a rien refusé à tel et tel.

B. Qui donc sont-ils TEL et TEL? Il faut que tu me le déclares. Je te brise le crâne à l'instant, si tu ne peux me les nommer.

A. Et quand tu me briserais le crâne à l'instant, je ne pourrais plus parler jamais ; et, si tu crois ta mignonne fidèle, il ne faut rien de plus.

Gémissement.

Ah 1 l'on épargnerait bien du mal, on manquerait le but plus rarement, il y aurait moins de noire tristesse, de désirs inutiles, je pourrais être bien plus heureux.... si seulement il n'y avait point de vin et point de pleurs de femme !

Souvenir.

LUI. Te souvient-il encore des heures où l'un vers l'autre se portait?

ELLE. Si je ne te trouvais pas, le jour était bien long pour moi.

LUI. Et puis, ô délices ! un tête-î-tête.... qui me ravit encore!

ELLE. C'était une erreur mutuelle; c'était un beau temps.

Perfectibilité.

« Je voudrais bien être meilleur que je ne suis! Que serait-ce?... Mais, s'il faut que je sois meilleur que vous, veuillez m'instruire !

« Je voudrais bien aussi être meilleur que tant d'autres ! » Si tu veux être meilleur que nous, cher ami, va courir le monde.

Aveu.

A. Misérable fou, avoue-le sans détour, on t'a surpris dans mainte faute.

B. Fort bien, mais je les ai réparées.

A. Comment donc?

B. Eh! comme chacun fait.

A. Enfin, le moyen?

B. J'ai commis une faute nouvelle. Les gens se sont tellement acharnés dessus, qu'ils ont oublié les premières.

Courage de tailleur 1.

« Un coup de fusil!... Bon Dieu! dit-il, qui a tiré là dehors? » C'est le jeune chasseur qui tire derrière la maison.

Les moineaux font beaucoup de dégât dans le jardin. Deux moineaux et un tailleur sont tombés du coup.

Les moineaux par la dragée, le tailleur par la frayeur; les moineaux dans les pois verts, le tailleur dans l'ordure.

Catéchisme.

LE MAÎTRE. Réfléchis, mon enfant : d'où viennent tous ces biens? Tu ne peux rien tenir de toi-même.

L'ENFANT. Eh! j'ai tout reçu de mon papa.

LE MAÎTRE. Et lui, de qui le tient-il?

L'ENFANT. De grand-papa.

]. Expression proverbiale, employée par antiphrase.

LE MAÎTRE. Mais non 1... Et le grand-papa, de qui l'a-t-il reçu?

L'ENFANT. Il l'a pris.

Complet.

Un cavalier qui a de la tête et du cœur est partout bienvenu ; avec son esprit et ses badinages, il a captivé mainte femmelette ; mais, s'il manque de bras et de force, qui pourra le défendre ? Et, s'il n'a point de derrière, comment le noble sire pourra-t-il s'asseoir?

lie laid visage.

Si quelque veuve fait graver sur cuivre un brave homme, un louable pasteur ou conseiller, et estropier au-dessous un petit vers, on peut lire : « Voyez ici, avec sa tête et ses oreilles, le noble, le vénérable, l'honorable !... Voyez ses yeux et son front ; mais, sa bonne cervelle, tant de mérites envers le public, vous ne pouvez les lire au bout de son nez. »

Aimable Charlotte, voici la même affaire. Je t'envoie mon image. Tu pourras bien voir le front sérieux, l'œil animé, les boucles flottantes ; tel est à peu près le laid visage : mais, mon amour, tu ne le vois pas.

Biner à Cobleutz, dans l'été de l ";'-1:.

Entre Lavater et Basedow, j'étais à table et de joyeuse hu-meur. Monsieur le diacre1, qui n'était rien moins que pares-seux, se campa sur un cheval noir', prit un pasteur en croupe, et courut à la révélation que Jean, le prophète, nous a bien scellée d'énigmes ; il rompit le sceau bel et bien, comme on ouvre les boîtes de thériaque, et mesura avec un saint roseau la ville de Cubus et la porte de perles 3, devant le disciple fort surpris. Pour moi, je n'étais pas allé loin; j'avais mangé tout un morceau de saumon.

Sur l'entrefaite, le père Basedow s'empare d'un maître de danse, qui était à son côté, et lui montre clairement ce qu'était le baptême chez le Christ et ses disciples, et qu'il ne sied nullement aujourd'hui de mouiller la tête aux enfants. Là-- 1. Lavater.

2. Expression figurée, pour dire qu'il se mit à parler de choses sérieuses. Apocalypse, chap. VI, vers. 5.

3. Allusion à la Jérusalem céleste. Apocalypse, chap. XXI, vers. 10 et suivants. dessus l'autre se fâche bien fort et ne veut plus rien entendre. « Chaque enfant, dit - il, sait que la Bible parle autre-ment. » Moi, cependant, tout à mon aise, j'avais expédié un poulet.

Et comme sur le chemin d'Emmaüs, nous continuâmes notre inarche, avec l'esprit et le feu', un prophète à droite, un pro-phète à gauche, le mondain entre deux.

La foire de Honefeld, le 20 juillet 8 14.

J'allais, avec l'orgueilleuse confiance de l'esprit, faire un tour de foire, voir les acheteurs devant les boutiques des mar-chands ; essayer si je savais encore quelque chose de ce que Lavater m'avait jadis enseigné en confidence; cela allait fort loin. Je vis d'abord des soldats, pour qui les choses avaient tourné le mieux du monde ; ils étaient au bout de leurs fatigues et de leurs souffrances, et n'étaient pas disposés à reprendre la chaîne de sitôt ; l'habit était bien suffisant pour la belle, en sorte qu'elle lui frappa vivement dans la main. Paysans et bourgeois semblaient muets, les bons petits garçons presque stupides. La bourse et la grange étaient balayées, et ils n'a-vaient point recueilli d'honneur. Tous attendaient l'issue , pro-bablement assez mal à leur aise. Femmes et fillettes, fort tran-quilles, essayaient des sabots. Aux mines et aux gestes, chacun semblait dire : « Elle est en espérance2, ou bien elle veut s'y trouver. »

Versns memo ri ales

INVOCAVIT , ma voix t'implore :

0 REMINISCERE que je suis fille encore.

OCULI partout vont trottant.

L^ETARE plus modérément.

J UDICA nos avec clémence.

Nous répandons PALMARUM abondance.

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