Saint Luc, chap. XXIV, vers
2. Expression adoptée dans certaines contrées qui touchent aux pays alle-mands. Son seul avantage n'est pas d'offrir une traduction littérale. Nous l'avons déjà recommandée, t. VI, p. 193.
3. On ne pouvait essayer de reproduire qu'en rimes ce badinage, que Goethe s'est permis par allusion à l'usage de faire apprendre par cœur aux enfants lei noms latins des dimanches du carème.
Aux œufs de Pâque ils s'amusent ici,
Nos QUASIMODO GENITI.
.NIISERICORDIAS ! qui n'en a pas affaire ?
JUBILATE ne se voit guère ;
CANTATE réjouit les gens;
ROGATE nous laisse indigents.
EXAUDI ton peuple docile ,
0 SPIRITUS, le dernier de la file !
Nouvelle sainte.
Toutes les belles pécheresses qui ont pleuré jusqu'à devenir saintes, sont, pour gagner les cœurs, toutes unies aujourd'hui en une seule. Voyez son amour maternel, ses larmes, son re-pentir et sa douleur ! Au lieu de Marie-Madeleine, voici mainte-nant sainte Oliva.
Avertissement.
Comme Titania, dans le pays des fées et des prodiges, trouva Nicolas Zetteln dans ses bras, bientôt, en punition de tes péchés, tu trouveras Titania dans les tiens.
Mademoiselle N. N.
Son cœur est pareil au royaume des cieux : comme les con-vives invités ne sont pas venus, elle appelle à la fète les estro-piés et les paralytiques.
Le parc de la maison.
Bonne mère, mes compagnes me disent, depuis assez long-temps, que je devrais mieux sentir ce que la nature offre en pleine campagne. Quand je suis derrière ces murs, ces haies, ce buis, elles ne veulent que me plaindre à côté de cette vieille boue.
Ces roides murailles vertes, elles ne les laisseraient pas de-bout plus longtemps; on peut, d'une extrémité, voir d'abord jusqu'à l'autre. Sous les ciseaux tombent les feuilles, tom-bent les fleurs : quelle peine ! Asmus', notre cher cousin, ap-pelle cela une pure farce de tailleur.
1. Nom sous lequel le poëte Claudius (qui se qualifiait aussi de Messager de Wandsbeck) a publié ses ouvrages.
Ils sont si magnifiques, les peupliers qui entourent le pa-villon du voisin ! Et, chez nous, comme les oignons font un effet ignoble! Si vous ne voulez pas combler mon désir.... je me résignerai : seulement, bonne mère, pour cette année, au nom de Dieu, point de choux î
Souhaits de jeunes filles.
Oh! s'il se trouvait pour moi un fiancé! Que c'est une jolie chose 1 On nous appelle maman ; on n'a pas besoin d'aller à l'école apprendre à coudre ; on peut commander ; on a des ser-vantes; on ose gronder; on choisit ses habits et le tailleur à son goût; on se fait mener à la promenade, on se fait mener au bal, sans avoir d'abord à prier longtemps papa et maman.
Menaces diverses.
Un jour je courus après ma belle au fond du bois, et je me jetai à son cou. « Ah! dit-elle avec menace, je vais crier. »
Et j'élevai la voix fièrement : « Ha! je le tuerai, celui qui nous troublera. — Silence, mon bien-aimé, dit-elle tout bas, silence ! que personne ne t'entende ! »
Motif.
Lorsqu'une mère fait à sa fille, qui nous aime, des leçons sévères de vertu, de chasteté, de morale, et que notre bonne amie ne les suit pas, et, avec une ardeur plus vive, vole à nos brûlants baisers, l'entêtement n'a pas moins de part à la chose que l'amour.
Mais la mère parvient-elle à toucher cette bonne enfant, et, toute fière de ses leçons, voit-elle que la jeune prude nous évite, elle ne connaît pas les cœurs de la jeunesse; car, si jamais une belle agit de la sorte, assurément l'inconstance a plus de part à la chose que la vertu.
Invincible.
J'ai mille fois juré de ne pas me fier à cette bouteille, et pourtant je me sens renaître, quand mon hôte me la montre de loin : tout en elle mérite la louange, verre transparent et liqueur vermeille. Le bouchon est-il enlevé , elle est vide et je ne suis plus à moi.
J'ai mille fois juré de ne pas me fier à la menteuse, et pour-tant je me sens renaître dès qu'elle me laisse la regarder de près. Dût-elle me traiter comme fut traité le plus fort des hommes : tes ciseaux dans mes cheveux, ô charmante Dalila!
Convenances.
Le vin croît où sont les tonneaux, il pleut volontiers où il fait humide, le pigeon vole aux pigeons, la vis convient à l'écrou, le bouchon cherche les bouteilles, les provisions les poches du voyageur, parce que toutes les choses qui se meuvent à leur fin s'harmonisent.
Car c'est un vrai don du ciel, quand la fleur rencontre la fleur : c'est pourquoi fillettes et garçons se trémoussent au printemps.
C'est en vain.
Je me souviens soir et matin de cet aimable visage; elle pense à moi, je pense à elle, et cela nous est inutile à tous deux.
Joyeux et hardi.
Mon cœur dédaigne le tourment d'amour, ses doux soupirs, sa tendre douleur; qu'on ne me parle que du solide, de brû-lantes œillades, de baisers savoureux. Qu'un pauvre diable se repaisse d'un plaisir mêlé de peine! Jeune fille, je t'en prie, à mon cœur plein de flamme, point de peine et tout plaisir !
Consolation du soldat.
Non, l'on n'est pas trop mal ici! Noires fillettes et pain blanc : demain, dans une autre bourgade, pain noir et blanches fillettes.
Problème.
D'où vient que tout est si mystérieux? Ici est la volonté, ici est la force ; la volonté veut, la force est prête et, avec cela, le temps, dans une large mesure. Voyez pourtant où le pauvre monde tient ensemble, voyez où il se disperse!
Manière de vivre du génie.
C'est ainsi que, sans relâche, comme saint Diogène, je roule mon tonneau. Tantôt la gravité, tantôt le badinage; tantôt l'amour, tantôt la haine ; tantôt ceci, tantôt cela ; ce n'est rien et c'est quelque chose. C'est ainsi que sans relâche, comme saint Diogène, je roule mon tonneau.
Hypocondre.
Au diable soit le genre humain! On en deviendrait furieux! Et je me promets, dans ma colère, de ne plus voir personne ; je veux abandonner les gens à eux-mêmes, à Dieu et au diable! Et à peine vois-je une figure humaine, qu'elle me gagne de plus belle.
8oetété.
Au sortir d'une grande assemblée, un paisible savant ren-trait un soir chez lui. On lui dit : « Avez-vous été satisfait? — Si c'étaient des livres, dit-il, je ne les lirais pas. »
Probatum est.
A. On dit que vous êtes un misanthrope.
B. Je ne hais pas les hommes, Dieu soit loué! Mais la haine des hommes allait m'enflammer, et sur-le-champ j'ai pourvu à la chose.
A. Comment donc cela s'est-il apaisé si vite?
B. J'ai résolu de vivre solitaire.
Primitif.
A. Pourquoi cette boisson te répugne-t-elle?
B. J'aime à boire à la source même.
A. Mais il en vient, ce petit ruisseau 1
B. La différence est très-considérable : il prend toujours plus de goûts étrangers, à mesure qu'il coule plus loin.
Aux originaux.
Un quidam disait : « Je ne suis d'aucune école, il n'est point de maître vivant auquel je fasse ma cour, et je suis bien éloi-gné d'avoir appris quelque chose des morts. » Cela signifie, si je l'entends bien : « Je suis un sot de ma propre main. »
Aux importuns.
Les choses qui ne vont pas ensemble doivent s'éviter. Je ne vous empêche pas de paître où il vous plaît, car vous êtes jeunes et je suis vieux : faites ce que vous voudrez, mais laissez-moi tranquille.
Aux bons.
Laissez un dieu vous inspirer ; mes paroles ne font que vous gêner. Ce que vous pouvez faire, vous l'accomplirez, mais ne me le demandez pas.
Aux meilleurs.
Je médite volontiers les morts, si éloigné de nous que soit leur mérite ; mais je trouve plus de plaisir à rivaliser avec les contemporains illustres.
Découragement.
Il serait bon de nourrir quelque bonne pensée, si le sang se-trouvait toujours le même.: votre bonne pensée, dans des veines étrangères, contestera d'abord avec vous.
Il me plairait fort d'être encore un homme actif, mais je veux me reposer, car il faut que toujours je fasse ce que j'ai fait toujours à contre-cœur.
Volontiers je m'imposerais plus longtemps la charge de maître, si les écoliers ne devenaient pas maîtres du premier coup.
Dits, contredits.
Ne me troublez pas par vos contredits : il suffit que l'on « dise », pour que l'on commence à se tromper.
Humilité.
Quand j'observe les œuvres des maîtres, je vois ce qu'ils ont fait; quand je considère mon petit bagage, je vois ce que j'au-rais dû faire.
Bien qui plaise. «
Si tu te fais toi-même serviteur, nul ne te plaint quand les choses vont mal pour toi ; si tu te fais maître, les gens ne le
6GETHE. — 1 1 J voient pas non plus avec plaisir; enfin, si tu restes ce que tu es, ils disent qu'il n'y a chez toi nulle étoffe.
lie savoir-vivre.
Que les caprices de la température et des maîtres ne te fas-sent jamais froncer le sourcil; et, pour les fantaisies des jolies femmes, sache les voir toujours d'un œil satisfait.
Peine inutile.
Si tu veux être le fidèle Eckart 1 et signaler à chacun les pé-rils, c'est un rôle encore, un rôle ingrat : les gens n'en courent pas moins au piège.
Condition.
Vous ne renoncez pas, vous persistez, vous me demande-conseil : je puis le donner, mais, pour que je sois tranquille, promettez-moi de ne pas le suivre.
lie mieux.
Si' quelque chose chantonne dans ta cervelle et dans ton cœur, que veux-tu de mieux? Qui n'aime plus et ne s'égare plus se fasse enterrer.
Ma préférence.
J'aime les gens de bonne humeur, surtout comme convives : qui ne sait pas plaisanter sur lui-même n'est certes pas un bon plaisant t.
Memento.
1. —Vous pouvez résister au sort, mais quelquefois on y gagne des coups. S'il ne veut pas sortir de votre chemin, eh bien, sortez-en vous-même.
II. — Il ne faut pas résister au sort, mais il ne faut pas non plus le fuir. Si vous allez au-devant de lui, il^bûs mènera douce-ment à sa suite. f
Aussi large que long. v Qui est modeste doit pâtir et qui est impudent doit souffrir : 1. Vov. la note p. 77.
2. Goethe joue sur le mot : on ne pouvait l'imiter que de loin. tu te rendras donc également coupable, que tu sois impudent ou modeste.
Règle de vie.
Veux-tu t'arranger une vie agréable? Ne te fais point de sou-cis du passé; prends du chagrin le moins possible; sache jouir sans cesse du présent, surtout ne haïr personne et remettre à Dieu l'avenir.
Œuf frais, bon œuf.
Mes bons messieurs, il en est de l'enthousiasme comme des huîtres, qui sont un méchant régal si vous ne les mangez fraî-ches. L'enthousiasme n'est pas, comme le hareng, une mar-chandise que l'on encaque pour quelques années.
Dignité humaine.
Chacun n'est-il pas homme, enfin!... Quand il se considère, il voit qu'en vérité la nature n'a rien épargné pour lui ; qu'il nourrit dans son sein bien des joies et des peines, son propre apanage : après cela, ne devrait-il pas aussi se montrer joyeux ?
Énigme.
Il est le père de nombreux frères et leur pareil en toutes choses; c'est un membre nécessaire de membres nombreux, dans l'empire d'un auguste père; mais on le voit bien rare-ment; peu s'en faut, comme un enfant supposé; les autres le souffrent seulement où ils sont impuissants eux-mêmes.
lies années.
Les années sont de fort aimables personnes : hier elles ap-portèrent, elles apportent aujourd'hui, et nous passons, de la sorte, nous autres jeunes gens, la plus agréable vie de pares-seux. Puis tout à coup les années s'avisent de n'être plus obli-geantes comme auparavant ; elles ne veulent plus donner, elles ne veulent plus prêter; elles dérobent aujourd'hui; elles déro-bent demain1.