‹ Œuvres de Goethe. Tome 1Chapitre 48 sur 109 · Horace avait dit · texte numérisé non relu

Horace avait dit

Multa ferunt anni venientes commoda secum ;

Multa recedentes adimunt.

L'aîge.

L'âge est un seigneur fort honnête; il heurte à la porte, il heurte encore, mais nul ne lui dit : « Entrez ! a Et il ne veut pas rester à la rue : il lève le loquet, il entre soudain, et l'on trouve alors que c'est un grossier compagnon.

Epitaphe.

Enfant, il fut taciturne et mutin; adolescent, présomptueux et rebelle; homme, agissant; vieillard, fantasque et léger.... Sur son sépulcre on lira : « Celui-là, certes, fut un homme ! »

Le cours du monde.

Quand j'étais un jeune ouvrier, joyeux et de bonne humeur, les peintres laissaient voir qu'ils faisaient peu de cas de ma figure ; en revanche, mainte belle enfant me portait dans son cœur fidèle.

Maintenant me voilà siégeant comme un vieux maître; on me crie dans les rues et les carrefours ; on peut m'avoir comme le vieux Fritz sur les pipes et les tasses. Mais les belles jeunes filles restent bien loin. 0 rêve de la jeunesse! 0 étoile d'or!

Exemple.

Si je me sens parfois impatient, je songe à la patience de la terre, qui, dit-on, tourne chaque jour, et chemine une année comme une autre année. Suis-je donc là pour autre chose?... J'accompagne ma chère et digne maman.

Vice versa.

Ceux que nous aimons sont-ils dans le malheur, cela nous afflige sincèrement; mais ceux que nous haïssons sont-ils heureux, cela nous semble inconcevable. L'inverse est jubila-tion, nous éprouvons alors une joie tendre et cruelle.

Règle des princes.

Si les hommes ne doivent ni penser ni réfléchir, ménagez-leur une joyeuse vie; mais, voulez-vous leur être vraiment utiles, vous devez les fatiguer et les protéger.

Fourberie on tromperie.

Est-il permis de tromper le peuple? Je dis que non. Mais, voulez-vous lui en imposer, n'y mettez pas de finesse.

Egalité 1.

On ne veut pas s'élever jusqu'au plus grand, on n'envie que ses égaux. L'envieux le plus détestable est celui qui tient cha-cun pour son égal.

Comme tu me fais Je te ferai.

Homme aux poches boutonnées, personne ne fait rien pour toi ; c'est avec la main qu'on lave la main : donne, si tu veux recevoir.

Jour et journal.

A. Dis-moi pourquoi aucun journal ne te plaît ?

B. Je ne les aime pas, ils sont au service du jour.

Signes du temps.

Écoute le langage harum, horum : Ex tenui spes seculorum*. Veux-tu savoir qui sont harum, horum? Ils se nommeront eux-mêmes à toi.

Avec le temps vient le conseil.

A quoi bon tout approfondir d'abord? Aussitôt que la neige sera fondue, on saura tout.

Ici nul effort nouveau ne sert de rien. Sont-cedes roses, eh bien, elles fleuriront.

Assemblée nationale.

Au côté droit et au côté gauche, sur la montagne et dans la plaine, ils sont assis, ils sont prêts au combat, tous antipa-thiques les uns aux autres.

Si tu te voues au bien général et si tu votes comme tu penses, observe avec qui tu te brouilles, considère qui tu te concilies. T. Ce titre est en français dans l'original.

~. D'j celles-ci, de ceux-ci. Elle a une humble origine, l'espérance des siècles.

Au 31 octobre 18 17 1.

Depuis trois siècles déjà, le protestant a fait voir que les ordres du siége papal et du trône turc lui déplaisent fort.

Quoi que le prêtre médite et machine, le ministre fait la garde, et veille à ce que l'ennemi héréditaire ne fasse aucun progrès : c'est l'affaire de tous les Allemands.

Moi aussi, je dois me garder de dissiper en vain les forces que Dieu m'a données, et, dans l'art et la science, je veux, comme toujours, protester.

Trinité.

Le Père demeure dans un repos éternel : il s'est incarné au monde.

Le Fils a fait une grande entreprise : il est venu pour racheter les hommes ; il a bien enseigné et beaucoup souffert, vrai mi-racle, de nos jours encore.

Vient ensuite le Saint-Esprit. Il opère surtout à la Pentecôte. D'où il vient, où il souffle, personne encore ne l'a découvert. On ne lui donne qu'un bref délai, bien qu'il soit le premier et le dernier.

C'est pourquoi, d'un cœur ouvert et fidèle, nous répétons l'ancien Credo : et tous, sans balancer, nous adorons l'éternelle Trinité.

Agape 2 de Kestner»

Ton repas d'amour ne tente personne. C'est pour un chrétien un mauvais morceau.

Car, à peine le Seigneur a-t-il quitté le suaire, qu'un peuple de fripons écrit d'abord d'absurdes livres.

Les philologues ont l'avantage sur toi ; tout cela nous est inu-tile : nous sommes trompés.

Nativité* Il est docte, l'Allemand qui comprend sa langue; toutefois 1. Anniversaire du jour où Luther afficha ses fameuses thèses aux portes de l'église de Wittenberg.

2. C'est le titre d'un ouvrage dans lequel Kestner, professeur à Iéna, veut éta-blir que le christianisme résulte d'un plan médité et combiné d'avance. j on ne lui défend pas de voyager. Il reviendra bien plus docte

sans doute, mais c'est un grand bonheur, s'il ne revient pas

beaucoup plus perverti.

Le parterre parle.

Il faut me résoudre à saluer des dames sévères ; les fleurettes

libertines, je les souffrirais plus aisément.

Là-haut, sur la scène, je n'aime pas les divagations : faudra--

t-il enfin que je loue ce que je ne comprends pas ?

Les gestes libres, intelligibles, savent me séduire ; j'aime

mieux me pervertir que m'ennuyer.

A l'emplette.

Où est-il, celui qui se tourmente à porterie fardeau qui a pesé

sur nos épaules? Si l'on manque de figures, une croix est bientôt façonnée.

Ils chantent les héros pieux, bienvenus des femmes ; ils por-tent des empeignes, mais point de semelles.

Jeunes et vieux, grands et petits , affreuse canaille! Nul ne veut être cordonnier, chacun veut être poëte.

Ils viennent tous à la course, ils voudraient bien se mettre à l'œuvre, mais qui ne se connaît pas en formes sera toujours un savetier.

Qui veut acheter au marché la chaussure maudite, avant qu'il s'en doute marchera nu-pieds.

En détail.

Depuis nombre d'années, j'ai gardé le silence sur votre con-duite : on voudrait se divertir doucement au jour le jour.

Vous pensez, de quelque part que le vent souffle, pour le dommage et pour le gain, que, si les choses marchent selon votre volonté, une volonté les dirige.

L'un fait voile par ici, l'autre par là, pour essayer le flot, et ce qui parut d'abord une flotte est absolument dispersé.

Au large!

On va si gaiement dans l'universel ! C'est facile et délicieux, comme si c'était pur aussi. Ils n'ont pas l'idée d'écueils cachés, et, toujours voguant, ces chers heureux, ils vont, comme rien, échouer tous ensemble.

Saturne critique.

Saturne mange ses propres enfants ; il n'a pas l'ombre de conscience ; sans moutarde et sans sel, et comme vous savez, il vous avale le morceau.

Shakspeare devait y passer aussi, selon l'usage traditionnel. « Qu'on me le mette à part, dit Polyphème, afin que je le mange le dernier. »

Condition essentielle.

Parles-tu de la nature et de l'art, qu'ils soient toujours l'un et l'autre devant tes yeux : en effet, que peut servir la parole sans la présence et la grâce ?

Avant de parler de l'amour, fais qu'il vive d'abord dans ton cœur, et que le radieux éclat d'un aimable visage te communi-que cette flamme.

année en année.

Sans patins et sans bruits de clochettes, Janvier est une fâ-cheuse visite.

Sans danses de carnaval et sans mascarades, Février ne vaut pas grand'chose non plus.

Si tu ne veux pas que Mars t'échappe tout à fait, garde-toi du poisson d'Avril.

Le premier Avril esquivé, tu peux espérer d'heureux succès.

Puis, au mois de Mai, si la chance est bonne, tu seras encore attrapé par une fillette.

Et cela t'occupera si fort, que tu ne compteras plus jours, semaines et lunaisons.

Nette et joliette.

As-tu vu la jeune fille passer lestement? Je voudrais qu'elle fût ma fiancée ! Oui, certes ! la blonde ! la fauve ! Elle vole gentiment, comme l'hirondelle qui bâtit son nid.

Tu es mienne et délicate ; tu es mienne et gentille ; mais il te manque quelque chose encore : tu me baises du bout des livres, comme boivent les colombes : Vest pourtant trop de délicatesse !

Pour elle.

Dans tes vers paraissent beaucoup de jolis noms. — Ce sont diverses figures pour un cadre unique. — Mais enfin la belle qui possédait ton cœur ?... — Chacune connaît les chants qu'elle inspira.

Toujours le même.

Lorsque je vais dans la place à travers la presse, et que je vois la jolie fillette dans la foule, je vais par ici, elle s'approche, mais de l'autre côté, et nul ne devine comme nous nous aimons.

— Vieillard, tu ne cesses pas encore ! Toujours les fillettes ! Dans les jours de ta jeunesse c'était une Catherine. Laquelle maintenant charme tes jours ? Parle clairement. — Voyez donc là-bas comme elle me salue ! C'est la Vérité.

Aux absolutistes1.

«Nous aspirons à l'absolu comme au bien suprême. » Soit ! je laisse chacun libre, mais j'ai remarqué, avant toute chose, comme absolument nous devons nous faire promettre l'amour absolu.

Énigmes.

L — C'est un instrument nécessaire tous les jours, aux hom-mes moins, aux femmes davantage ; doucement disposé au plus fidèle service , unique et multiple, aigu et tranchant. Il répète son jeu volontiers, si l'on se modère ; poli à l'extérieur, si nous souffrons au dedans. Mais pour que son jeu et sa parure nous restaurent, il faut d'abord que l'amour le légitime et le consacre.

II. — Nos meilleurs amis n'arrivent qu'avec les douleurs, et le mal qu'ils nous font souffrir est presque aussi grand que leurs dons. Lorsqu'ils se retirent, il faut se résigner aux douleurs.

Regard hostile.

« Toi qui es supérieur à tant de gens, pourquoi te troubler, pourquoi te fâcher d'abord, si quelqu'un te parle avec des lu-nettes sur le nez? Tu prends un air terrible, et tu restes dans le silence comme un souriceau. »

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