‹ Œuvres de Goethe. Tome 1Chapitre 49 sur 109 · Ce mot doit s'entendre ici dans le sens philosophique · texte numérisé non relu

Ce mot doit s'entendre ici dans le sens philosophique

La chose est pourtant claire comme le jour. Je me présente, le visage nu et découvert, le regard libre et sincère; et lui, il a mis un masque, il arrive avec des regards scrutateurs. Et je devrais m'en accommoder ?

Mais, dans la conversation, qu'est-ce qui satisfait le cœur et l'esprit, sinon cette empreinte fidèle du langage, qui de l'œil passe dans l'œil? Aussi, quand cet homme arrive avec ses verres, je reste bouche close ; je ne dis à personne un mot rai-sonnable à travers les lunettes.

Conseils multiples.

Parlez-vous avec chacun, vous n'entendez personne, toujours un autre homme sera d'un autre avis. Que serait alors le con-seil à nos oreilles ? Si vous ne connaissez homme à homme, vous êtes perdu.

Langage.

Quoi, riche et pauvre ! quoi, fort et faible ! Est-il riche, le ventre de l'urne enfouie? Est-elle forte, l'épée dans l'arsenal? A l'œuvre avec souplesse, et un bonheur aimable s'épanchera de toi, divinité ; vaillant homme, saisis l'épée pour la victoire, et ta renommée éclipsera les voisins.

Etymologie

(C'est Méphistophélès qui parle.)

« ARS, ARES est le nom du dieu de la guerre ; ARS, c'est l'art, et.... 1 est aussi connu. Quel mystère dans ces sons merveil-leux ! La langue est toujours un pur souffle du ciel, senti seu-lement des paisibles fils de la terre ; la base est solide, l'usage est commode, et, où l'on habite, il faut s'habituer. Qui parle avec le sentiment de ce qu'il dit n'enchante que lui seul, tandis que, si le bimbaum de la cloche résonne, tout le monde se presse à l'assemblée. De Kœnnen vient Kunst et Schœnheit vientdeSchein 3. Ainsi la langue est peu à peu solidement pilotée, et ce qu'un 1. Avant cette pièce il en est une que nous supprimons, parce qu'elle roule sur un jeu de mots qu'il est impossible de traduire. 2. Ici est sous-entendu un homonyme allemand, qui répond à clunis. 3. Koennen, pouvoir; Kunst, art; Schoenheit, beauté; Schein, clarté. peuple bégaye pêle-mêle devient, pour le cœur et l'âme, une loi éternelle.... »

Une cuisine éternelle, au lieu d'un joyeux festin ! Que sert-il de compter, de peser, de quereller ? De tout cela il ne résulte rien, sinon que nous devons renoncer à l'hexamètre, et patrio-tiquement nous résoudre, nous réduire, à rimailler.

L'art et l'antiquité.

cc Qu'est-ce donc que l'art et l'antiquité, et l'antiquité et l'art? » Il suffit : l'un a la gloire et l'autre la faveur.

Musées.

Vous traînez deçà et delà des tableaux perdus et des tableaux conquis, et, avec ces expéditions en tout sens, que nous reste-t-il enfin ? Des tableaux abîmés.

Panacée.

« Dis-nous comment tu te renouvelles sans cesse ? » Vous le pouvez aussi, mais il faut vous plaire à ce qui est grand. Le grand conserve sa vigueur, il réchauffe, il anime : dans les petites choses tremble et frissonne le petit esprit.

Homère derechef Homère.

Ingénieux comme vous l'êtes, vous nous avez affranchis de tout respect, et nous avions hardiment déclaré que l' Iliade n'est qu'un rapiécetage.

Puisse notre défection n'offenser personne ! Mais la jeunesse sait nous enflammer, et nous aimons mieux regarder le poëme comme un tout, le sentir comme un tout avec délices.

Sur le divan.

Qui connaît les autres et lui-même doit aussi reconnaiirv que l'Orient et l'Occident sont désormais inséparables. J'admets que l'on se berce en rêvant entre les deux mondes : aller et venir du couchant au levant soit donc pour le mieux !

Souvenir.

Le souvenir de la bonté ranime sans cesse notre courage.

Le souvenir de la beauté est le salut des fils de la terre.

Le souvenir de l'amour serait le bonheur, s'il vivait sa cesse.

Le souvenir de l'unité reste, à mon sens, le bien suprême.

Littérature universelle.

Comme David chanta royalement aux sons de sa harpe ; comme le chant de la vendangeuse1 résonna doucement au pied du trône; comme le bulbul * du Persan murmure autour du rosier, et comme brille, en ceinture sauvage, la peau du serpent : de pôle à pôle, les chants se renouvellent, danse des sphères, har-monieuse dans le tumulte. Laissez tous les peuples, sous le même ciel, jouir gaiement des mêmes biens.

Compensation.

L'un marche avec l'autre, et même aussi devant l'autre. Eh 'bien, fidèles, braves et hardis, parcourons les sentiers de la vie ! Un jeune soldat tombe peut-être dans les premières ba-tailles; l'autre, dans ses vieux ans, doit passer la nuit au bi-vouac : mais, qu'il augmente avec ardeur sa gloire et celle de son maître, son dernier apanage est assurément le lit d'hon-neur.

Jouissance de la vie.

« Comment peut-on vivre de la sorte ? Tu ne t'accordes pas un bonjour! » Une bonne soirée s'approche, quand j'ai tra-vaillé tout le jour.

Si l'on m'entraîne çà et là, où je ne puis rien, je suis séparé de moi-même, et j'ai perdu mon jour.

Mais se trouve-t-il qu'on ait besoin de quelque chose, et que je puisse le faire, je mets la main à l'œuvre, cela marche vite, et j'ai vécu mon jour.

Je ne me sens dans aucun lieu ; le temps même n'est plus le temps ; une parole qui se révèle avec génie agit pour l'éternité.

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