‹ Œuvres de Goethe. Tome 1Chapitre 51 sur 109 · PENSÉES POLITIQUES · texte numérisé non relu

PENSÉES POLITIQUES

Dans une grande inondation, on appela le feu au secours. Aus-sitôt le ciel devint rouge, et nulle part on n'était en sûreté : à travers forêts et campagnes, arrivèrent à la course les éclairs en troupes flamboyantes; toute la terre fut embrasée, avant même que les poissons fussent bouillis.

Et quand les poissons furent bouillis, on prépara de grandes fêtes ; chacun apporta son petit plat; il était grand, le nombre des convives. Chacun se faisait place avec effort, et point de pa-resseux : mais les plus brutaux fendirent la presse, et avalèrent tout sous le nez des autres.

Les anges combattirent pour nous autres justes; ils eurent le dessous dans chaque rencontre ; tout fut précipité sens dessus dessous ; au diable la défroque ! Alors ce furent des prières et des supplications. Dieu fut tenté d'y regarder; Logos, pour qui la chose avait été claire de toute éternité, prononça ces paroles :

« Il ne faut point vous gêner : osez une fois agir comme dia-bles, remporter la victoire par un moyen quelconque, et chan-ter là-dessus le Te Deum. »

Ils ne se le font pas dire deux fois, et voilà les diables battus. Naturellement, on trouva dès lors que c'était fort joli d'être un diable.

Au dernier jour, devant le trône de Dieu, parut enfin le héros Napoléon. Le diable tenait un grand registre contre lui et ses frères : c'était un merveilleux, un maudit grimoire. Satan com-mença donc à lire.

Dieu le père ou Dieu le fils, l'un des deux, parla du haut du trône, si ce n'est peut-être même le Saint-Esprit qui prit tout d'abord la parole :

« Ne va pas répéter cela devant les oreilles divines ! Tu parles comme les professeurs allemands. Nous savons tout : abrége ! Au dernier jour, ce n'est qu'un.... Si tu oses le saisir, tu peux le traîner en enfer. »

Voulez-vous élever dans les campagnes de Leipzig un monu-ment jusqu'aux nues, accourez, hommes et femmes, pour célé-brer une pieuse procession ; que chacun jette alors à la masse compacte, arrondie, la folie qui tourmente et lui-même et les autres, et notre but ne sera pas manqué.

Si les nobles cavaliers et les belles dames entreprennent aussi le paisible pèlerinage, nous verrons, imposantes et colossales, grandir nos pyramides.

Les Allemands sont de très-bonnes gens ; chacun à part, ils vont très-loin ; aujourd'hui, pour la première fois, ils ont su ac-complir ensemble de grandes choses : que chacun dise Amen ! Et plaise à Dieu que cette fois ne soit pas la dernière!

Au prince Blucher de Wahlstadti les siens1.

Dans la halte et le combat, dans la défaite et la victoire, sage et grand! C'est ainsi qu'il nous délivra de l'ennemi. 1. Inscription gravée sur le piédestal de la statue érigée en l'honneur de Blucher à Rostock, sa ville natale.

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