SIXIÈME PARTIE
Sache que cela me déplaît fort d'entendre chanter et parler tant de gens. Qui bannit du monde la poésie ? Les poètes. Comme le pape sur son trône, X — Y est assis sur son béné-fice ; il est pourvu : que peut-il espérer de plus ? Le monde est grand, il est ouvert aux fous. Nous sommes lt notre aise; nous goûtons un loisir occupé : vous autres imbéciles, assurez-vous de l'ouvrage jour par jour.
Tu prétends vivre autochthone , autodidacte, âme aveuglée ! Approche, éprouve-toi : tu verras avec chagrin, dans la pra-tique, comme tu es partout en défaut.
« Je me tiens constamment éloigné des maîtres : je serais honteux de marcher sur les traces d'un autre. J'ai tout appris par moi-même. » Et cela va en conséquence.
Si tu réussis à voir clairement que la chose pénètre d'abord dans l'intérieur, puis revient au dehors, tu es instruit excel-lemment.
Nul ne se connaîtra lui-même, ne se séparera de son moi ; mais qu'il observe chaque jour ce qui est au dehors clair et limité , ce qu'il est et ce qu'il était, ce qu'il peut et ce qu'il veut.
Comme les gens sont appliqués ! Mais l'application les égare : ils voudraient savoir autrement que celui qui sait bien.
Agis doucement et sans bruit; tu n'as pas besoin de te régler sur personne : celui-là seulement qui veut qu'on l approuve doit approuver les autres.
Le digne homme ! il voyage du Rhin au Belt pour approfon-dir la nature : qu'il voyage dans le monde entier, il y trouvera son opinion.
Ne t'occupe pas des gens, occupe-toi des choses. Voici un jeune homme : il saura bien qu'en faire. Les vieux ne sont eux-mêmes que des choses. Je ne suis jeune toujours que pour faire quelque chose. Veux-tu rester jeune, songe à faire quelque chose aussi, et, si ce ne sont pas des...., que ce soit dans un autre domaine !
Au lieu de rester à réfléchir, essayez de faire ensemble une traite : quand même vous ne savez pas où la chose aboutira, du moins vous bougerez de la place.
Dites-moi avec qui il vous est agréable et doux de converser: sans me creuser la cervelle, je saurai fort bien ce que vous ètes.
La foule sort du théâtre : cette fois la salle était pleine. Cha-cun approuve et blâme selon ses impressions, chacun imagine qu'on a joué pour lui.
Si j'aime ou si je hais?... Il suffit que je n'attaque personne : si je souffre les gens, on me souffre.
Imbécile! favorise le bousillage, tu seras partout chez toi.
Quels beaux temps c'était là : In ecclesia mulier taceat1 ! Mais aujourd'hui que chacune a sa voix, que signifie ecclesia?
Les prédilections des femmes et leurs antipathies, nous les admettrons, mais leurs jugements et leurs opinions semblent souvent bizarres.
Madame, en sa chaude retraite, mène une vie commode, élé-gante et polie : comme elle ne serait pas sans l'homme, elle se croit un homme aussi.
Je voyais passer la fille du fossoyeur : la mère de la belle ne s'était point frappée à la vue d'un trépassé.
Que servent aux jeunes filles tous leurs dons? Il faudrait qu'elles n'eussent ni des yeux ni des oreilles.
Cette jeune femme se fait peindre en Héloïse : veut-elle faire étalage de son mari?
Les belles femmes, jeunes et vieilles, ne sont pas faites pour se consumer de chagrin, et, si les nobles héros viennent à se refroidir, on peut se réchauffer auprès des pauvres diables.
J'honore la dignité des femmes, mais, pour avoir de la di-gnité, elles ne devraient pas se coucher seules ; elles devraient prendre plaisir à la dignité des hommes.
« Nous t'avons claqué et reclaqué bien sournoisement , et nous
1. <s Que la femme se taise dans l'église. » (l,c ép. aux Cor., ch. xiv, v. 34.) t'avons aussitôt plongé dans le bourbier bien profondément. Nous nous moquons de toi. Tire-toi de là. Adieu ! »
Et si je réplique, les claques n'en seront que plus cruelles; ma chère viè, dans le chimérique bourbier, sera troublée... M'en voilà dehors; je m'en moque. Adieu!
Je n'ai jamais eu de débats avec vous, philistins de sacristie, engeance jalouse! Vous êtes impolis comme des Anglais, mais vous ne payez pas si bien.
Ils assombrissent en vallée de misère le lumineux séjour de la terre de Dieu : en quoi nous découvrons d'abord comme ils sont misérables eux-mêmes.
Aux ÉTATS-UNIS. Amérique, tu es plus heureuse que notre vieux continent; tu n'as point de châteaux en ruines, point de basaltes, tu n'es point troublée au dedans, en ton époque de vie, par d'inutiles souvenirs et de vaines querelles. Jouissez du pré-sent avec bonheur, et, si une fois vos enfants poétisent, qu'un sort propice les préserve des histoires de chevaliers, de bri-gands et de fantômes.
Les voilà qui vantent Faust et tout ce qui fermente encore dans mes ouvrages pour leur plaisir; le vieux micmac les enchante : la canaille imagine que l'on n'est plus comme cela.
cc Quelle déchéance! Autrefois tu étais, le soir, si brillant et si sublime! » Lorsqu'on n'attend point de bonne amie, il n'y a plus de nuit.
L'étourderie sied bien à la jeunesse ; elle veut aller en avant; la faute devient vertu; dans la vieillesse, il faut veiller sur soi.
« La douleur que tu fais paraître est-elle sincère ? Bon ! Elle est forcée, elle est feinte! » Le comédien gagne les cœurs, mais il ne donne pas le sien.
Quel exemple bizarre!... J'apprends que les railleurs me dédient le temple auguste, le temple de Vesta, mais je passe sur ce reproche en gardant ma contenance, car je dois fort m'af-fliger de le mériter trop bien.
« Combien veux-tu donner pour le monument de Goethe? » se demandent celui-ci, celui-là et un autre. Si je ne m'étais élevé à moi-même un monument, le monument d'où vien-drait-il ?
Vous pouvez bien, tête levée, m'ériger comme à Blücher un monument. Il vous a délivrés des Français, et moi des filets du Philistin.
Qu'est-ce qu'uri Philistin? Un boyau creux, rempli de crainte et d'espérance : que Dieu l'assiste !
Si tu es ingrat, tu as tort ; si tu es reconnaissant, cela va mal pour toi : tu ne manqueras jamais le droit chemin, en agissant selon ton cœur et ta conscience.
Celui que gêne la reconnaissance est dans une fâcheuse si-tuation : songe qui fut ton premier guide, qui s'est employé pour toi.
« On a présenté un nouveau projet, ne veux-tu pas t'en occu-per? » J'ai déjà fait banqueroute une fois, je veux laisser leur tour aux autres.
Comment va le monde, à proprement parler, personne ne le sait bien, et, jusqu'à ce jour, personne qui veuille le savoir. Comportez-vous avec sagesse, en prenant le jour comme il vient; dites-vous toujours : « cela est allé jusqu'à présent; cela ira bien encore jusqu'au bout. »
LE PANTHÉISTE. Que me font vos railleries sur le tout et l'unité? Le professeur est une personne, Dieu n'en est pas une.
Selon un grand physicien et son école, NIL LUCE OBSCURIUS 1. Fort bien, pour les obscurants 1
Je les supporterais volontiers, si seulement les autres les supportaient, mais cela ne veut prendre et prévaloir nulle part : pourquoi m'occuperais-je de ces gens-là?
Volontiers je les. verrais honorés et loués, mais ils ne peuvent l'obtenir du dehors : ils voient enfin leur doctrine ensevelie dans le palais Caffarelli 1.
« Dis-nous pourquoi ta bile ne cesse pas de nous repousser au loin? » Vous avez tous du sentiment, mais point d'esprit.
« 0 pilote, pourquoi tourner ta quille droit contre l'écueil? » On ne comprendrait pas le dessein des fous, si l'on ne se com-prenait pas soi-même.
Je ne veux pas m'arrêter un moment auprès de pécheurs tel--