‹ Œuvres de Goethe. Tome 1Chapitre 99 sur 109 · Voyez ci-après la pièce qui porte ce titre · texte numérisé non relu

Voyez ci-après la pièce qui porte ce titre

Ici le chat d'Abouherrira 1 file autour de son maître et le flatte ; car il est toujours saint, l'animal que le prophète a ca-ressé.

Supérieur et suprême.

Si nous enseignons ces choses , que l'on veuille bien ne pas nous punir : pour savoir comment tout s'explique, interrogez le fond de votre cœur.

Et vous apprendrez que l'homme, heureux de vivre, verrait volontiers son moi sauvé, là-haut comme ici-bas.

Et mon moi chéri aurait besoin de diverses jouissances ; des plaisirs comme j'en ai savouré dans ce monde, j'en voudrais aussi pour l'éternité.

Beaux jardins, fleurs et fruits et jolies fillettes, qui nous plai-saient à tous ici, ne plaisent pas moins à l'âme rajeunie.

Et je voudrais unir, assembler ainsi tous mes amis, jeunes et vieux, et, avec bonheur, bégayer en langue allemande le lan-gage du paradis.

Du moins on prête l'oreille maintenant aux dialectes dans lesquels babillent les hommes et les anges ; on prête l'oreille à la grammaire abstruse, déclinant rose et pavot.

Et puis on peut aussi s'abandonner avec délices à l'éloquence des regards et s'élever au ravissement céleste sans voix et sans bruit.

Cependant voix et bruit se dégagent de la parole, intelli-gibles par eux-mêmes, et, d'une manière plus prononcée, le glorifié se sent infini.

Si donc il a été pourvu aux cinq sens dans le paradis, c'est une chose certaine que je serai doué d'un sens unique au lieu de tous ceux-là.

Et maintenant je m'avance en tous lieux d'une marche plus facile, à travers les sphères éternelles, que pénètre, pure et vi-vante , la parole de Dieu.

Là, plus d'obstacle à notre ardeur brûlante, et l'on ne trouve point de fin, jusqu'au jour où, dans la contemplation de l'amour éternel, on s'envole, on disparaît.

1. Ami dévoue de Mahomet; il a beaucoup aidé à compléter le Coran, ce qui lui a fait une réputation de sainteté.

Les sept dormants.

Six favoris de la cour s'enfuient devant le courroux du prince, qui se fait rendre les honneurs divins, mais ne se montre pas comme un dieu, car une mouche l'empêche de goûter les plai-sirs de la table. Ses serviteurs effrayent la mouche en agitant l'éventail, mais ne parviennent pas à la chasser. Elle bourdonne autour de lui, elle pique et voltige, et trouble tout le festin ; elle revient, comme un envoyé du malicieux Belzébuth1.

a Eh ! quoi, disent les jeunes gens, une petite mouche gênerait-elle Dieu ? Un dieu devrait-il boire et manger comme nous autres ? Non, l'unique, celui qui créa le soleil et la lune, qui arrondit pour nous en voûte les cieux étoilés, celui-là est Dieu.... » Ces jeunes gens délicats, légèrement chaussés et parés, un berger les re-cueille, les cache, et lui-même avec eux dans la grotte du rocher. Le chien du berger ne veut pas s'éloigner : chassé, le pied brisé, il s'attache à son maître, et se joint à l'homme caché, aux favoris du sommeil.

Et le prince, auquel ils se sont dérobés, furieux par amour, médite leur châtiment. Il écarte et le fer et le feu ; il les fait murer dans la caverne avec la brique et la chaux. Mais ils dor-ment toujours, et l'ange, leur gardien, dit, en faisant son rap-port devant le trône de Dieu : « Je les ai tournés à droite, à gauche, tour à tour, pour que la vase humide ne nuise pas à leurs beaux jeunes membres ; j'ai ouvert des crevasses dans les rochers, afin que le soleil, qu'il monte ou qu'il décline, nour-risse leurs frais visages ; ainsi reposent ces bienheureux. Le petit chien lui-même, la tête posée sur ses pieds de devant, qui sont guéris, est endormi doucement. »

Les années s'enfuient, les années viennent ; enfin les jeunes gens s'éveillent ; rongée par le temps, la maçonnerie est tom-bée, et le beau Jamblique, mieux instruit que tous les autres, voyant que le berger craintif hésite : « J'irai, dit-il, je vous ap-porterai de la nourriture ; je risquerai ma vie et ma pièce d'or. Voilà bien des années qu'Éphèse révère la doctrine du pro-phète Jésus. Que la paix soit avec le bon maître ! » 1. Dieu-mouche.

Il s'éloigne, et voilà qu'aux portes, il trouve les remparts les tours et le reste changés. Cependant il court acheter du pain dans la plus proche boulangerie. « Fripon 1 dit le boulanger, as-tu trouvé un trésor, jeune homme? Donne, cette pièce d'or te trahit ; je veux la moitié pour me taire. » On dispute ; l'affaire est portée devant le roi : le roi veut partager à son tour comme le boulanger.

Alors le miracle se confirme peu à peu par mille marques. Jamblique sait maintenir son droit sur le palais qu'il a bâti lui-même ; car une inscription, gravée sur un pilier, conduit à des trésors nettement indiqués. Aussitôt les familles se rassemblent pour reconnaître leur parenté ; et Jamblique brille en qualité de premier ancêtre, dans la fleur de la jeunesse. Il entend par-ler, comme d'aïeux, de son fils et de ses petits-fils. La troupe de ses descendants l'entoure, élite de vaillants hommes , pour l'honorer, lui, le plus jeune de tous ; les indices se pressent pour compléter la preuve ; il démontre son identité et celle de ses compagnons.

Puis il retourne à la caverne ; le peuple et le roi l'accompa-gnent.... Mais l'élu du ciel ne revient pas auprès du roi, auprès du peuple ; car les sept (ils étaient huit avec le chien), depuis longtemps séparés du monde, le secret pouvoir de Gabriel les a tous portés en paradis, seion la volonté de Dieu, et l'on trouve la grotte murée.

Bonne nuit.

Et maintenant, chansons bien-aimées, reposez dans le cœur de mon peuple. Que Gabriel propice garde, au sein d'un nuage de musc, les membres du mortel fatigué; en sorte que , vigou-reux et bien maintenu, joyeux comme toujours et d'humeur sociable, il veuille briser les barrières du rocher, afin de par-courir , en compagnie des héros de tous les temps, les campa-gnes du paradis, où le beau, toujours nouveau, se développe sans cesse de toutes parts, pour la joie des multitudes : le petit chien fidèle aura lui-même permission d'accompagner ses maîtres. NOTES ET DISSERTATIONS

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