Tome II
Et le plus joieus mat et mournc 920 Fait en po d'eure.
Car elle n'est ferme n'estable,
Juste, loyal, ne véritable;
Quant on la cuide charitable, 924 Elle est avère,
Dure, diverse, espouentable,
Traître, poignant, decevable ;
Et quant on la cuide amiable, 928 Lors est amere.
Car jasoit ce qu'amie appere,
Douce com miel, vraie com mère,
La pointure d'une vipère 932 Qu'est incurable
En riens a li ne se compère,
Car elle traïroit son père
Et mettroit d'onneur en misère 936 Desraisonnable.
Se Fortune aimme, c'est de loing; Elle faut toudis au besoing, N'elle n'a de personne soing,
940 Soit vil ou monde.
Et pour si fausse la tesmoing, Qu'elle porteroit faus tesmoing Pour le mieudre amy mettre en coing
944 Qu'elle ait en monde.
Plus escorche qu'elle ne tonde,
920 M pau; BE poy — 924 BE amerc — 926 A Traite; F Traiste; C Traistre — 929 ce manque dans E — 932-33 Ces vers manquent dans J — 935 M metteroit — 938 et 939 Ces vers sont intervertis dans M — 940 ÀTJ Scie vit ou m.; M vile; E vif — 943 Dans K meindre est corrigé en mieudre; C en soing — 944 MBCEKJ tu — 945 E escorce; AT que corrigé en quele.
Et en mauvais malice habonde,
Par quoy sa norriçon confonde ; 948 Un pourri coing
Ne prise chose qu'elle fonde,
Qui vuet que ses ouvrages fonde,
En ce n'a pareil ne seconde.
952 Ce nom li doing :
« Lorde, borgne, fausse et enfrune. »
De mal faire onques n'est geiine.
Tout le mont ne prise une prune, 956 Eins le demeinne
A la samblance de la lune
Qui ore est pleinne, clere et brune,
Et fourme ne clarté nesune 960 N'a en quinseinne,
Fors tant que n'a mois ne semainne,
Jour prefix, ne heure certeinne,
Eins est sa venjance soudeinne ; 964 Chose est commune,
Car quant la personne est plus pleinne
D'onneur, de richesse mondeinne,
De son tour a niant la meinne.
968 Tele est Fortune.
Pren moy deus sëaus en un puis, Qu'assez bien comparer li puis :
Li uns est pleins, li autres vuis ; 972 Et se l'un monte,
L'autre descent; tout einsi truis
948-1263 Ces vers manquent dans K avec les feuillets 48 et 49 — 950 E ces — 954 J ne fut jeune — g55 E monde ; J Ne prise le monde une prune — 958 C Or — 960,4 quiseinne; .Equisaine — 962 J profix — 963 A veingence — 966 E Damour — 970 J le — 971 EJ et lautrc vuis.
Que Fortune par ses conduis
Monte l'un, l'autre avale, et puis 976 Rien n'i aconte
A roy, a duc, a per, n'a conte :
L'un donne honneur, et l'autre honte;
L'un desgrade; l'autre seurmonte; 980 C'est ses déduis;
Tout orgueil amolie et donte.
Mais Boëces si nous raconte
Qu'on ne doit mie faire conte 984 De ses anuis.
Fortune scet plus de pratique
Que ne font maistre de fisique,
De divinité, de logique, 988 Et mendiant,
Pour trouver une voie oblique ;
Elle oint, elle point, elle pique,
Elle fait a chascun la nique, 992 En sousriant.
L'un fait petit, l'autre fait grant ;
L'un met arrier et l'autre avant;
Or rit, or pleure, or ne scet quant 996 Elle aimme, si que
Si attrait sont trop décevant.
Riens ne tient qu'elle ait en couvent,
Et, pour conclure, en trébuchant 1000 Toudis s'aplique.
Nabugodonosor figure
974 C ces — 976 E acoute— 977 J na duc ; FJ na. per — 978 Eh. alautre —979 J desgarde — 980 J Et cest; B ces — 981 E double — 982 E boetes — 984 C amis — 980 J soit ; FJ plus que p. — 9$6BJ fusique — 987 E Ne — 988 J Ne— 989 A oublique — 992 E senriant — 994 J arrière ; et manque dans E — 998 J quelle est — 999 F conduire ; J tresbuchant.
Qu'il vit en songe une estature
Grande et haute, qui la figure 1004 Horrible avoit,
Et la teste d'or riche et pure,
Les bras, le pis d'argenteùre,
Ventre, cuisses de la faiture 1008 D'arein portoit,
James de fer sus qu'elle estoit,
Des piez Tune part fer estoit,
L'autre terre. Et encor vëoit 1012 Que d'aventure
Une pierre sans main venoit
Qui parmi les piez la feroit,
Si qu'en pourre la craventoit 1016 Et en ordure.
L'estature que ci propose
Estre ne me samble autre chose
Que Fortune qui ne repose 1020 Heure ne jour.
La teste a d'or, se dire l'ose,
Ou toute richesse est enclose,
Ce samble aus musars qu'elle alose, 1024 Qui en errour
Vivent tele qu'il n'est gringnour ;
Qu'elle n'a pooir ne vigour
De donner, fors peinne et labour.
1028 Retien et glose;
Car ses joies ne sont que plour,
Et ses richesses glace en four.
1002 FJ Qui — 1006 B' ajoute et entre le et pis — 1007 CJ sa — 1009 MCBEJ Jambes — ioi3 J p. en sa main tenoit — ioi5 J les — 1022 E tout — 1023 E Se; B Et — 1026 J Quelle ait p. — 1028 et manque dans B, ajouté par B' — 1029 E ces.
Pour ce fait cils trop le millour io32 Qui s'i oppose.
Car se tu yes en grant richesse,
Jamais n'avras vraie leèsse,
Fors peinne, misère et tristesse, io36 Et en doubtance
Seras dou perdre, qui trop blesse,
Ou l'ardeur aras et Faspresse
D'avarice qui est maistresse 1040 De pestilence.
Et se tu gis enmendience,
Tu n'avras mie pacience,
Eins sera la main en balance 1044 D'estre larnesse.
Si ne pris riens telle puissance
Ou pais, seiirté, souffissance
N'a, forsdoleur et meschëance, 1048 Pleur et destresse.
Les bras et le pis a d'argent,
Mais ce n'est que decevement,
Car ce qu'il luisent clerement, io52 Les yeus esbloe
Et aveugle de mainte gent
Cui elle promet largement,
Et en son pis couvertement io56 Traïson noe.
D'un des bras les met sus sa roe
Plus legierement qu'une aloe ;
1034 E grande leesse — 1037 C qui tout b. — io38 M ou lapresse — io3o, C est la m. — 1044 CEJ larrenesse — 1045 J prise rien tel p. — 1047 F Qua; M doleurs — 1049 E Ses; C les pis; £ les pies — io5i J Car qui le vise cl.; AFMBDE ce qui luisent, corrigé en quilz par B' ; C qui reluist — io52 E esboe — io53 A auuglc — io55 E pis est couuertement — 1057 E le.
REMEDE DE FORTUNE 3o,
De l'autre lesfiert en la joe 1060 Si fièrement
Qu'elle les trébuche en la boe,
Et puis elle leur fait la moe.
Einsi Fortune tous ceaus doe 1064 Qu'elle entreprent.
Ventre et cuisses porte d'arein ; Mais c'est pour moustrer plus a plain A tous ceaus qui li sont prochain 1068 Qu'elle se change
En pis. Ci vois tu le certain, Que d'or est son chief premerain, Après d'argent, nom pas d'estain.
1072 Di le voir : Men ge?
Or est d'arein vil et estrange.
Certes, ce n'est mie bon change.
Fols est qui a tels dons s'arrange,
1076 Ne tent sa main.
Car par tel change elle se vange
De ceaus qu'elle flate et losange,
Et leur oste honneur et loange 1080 D'ui a demain.
Seur james de fer est assise, En moustrant que par nulle guise Tempeste, orage, vent de bise, 1084 Fait ne parole,
Ne crient cils ou elle s'est mise.
Mais c'est couverture et feintise,
1059 E roe — 1062 B moee — 1066 plus manque dans J — 1067 M prochains — 1069 C si ; E voy — 1072 CE ment je —
1073 C vil est estrange — 1075 J a ces doulz seruage — 1077 par manque dans CB, ajouté par B' — 1081 F Leur; B'CEJ jambes — io83 E ne vent — io85 C craint; CJ elle cest mise — 1080 J M. est.
Car les piez a de terre glise 1088 Gliant et mole.
Et quant sus pierre ne sus mole
N'est fondée, fors seur frivole,
Cils se honnist bien et affole 1092 Qui tant la prise
Qu'il retient riens de son escole;
Qu'adès ses escoliers rigole
Et partout leur meschief flajole 1096 Et les desprise.
Je ne tien pas celui pour kaut
Qui vuet faire un ouvrage haut
Seur fondement qui riens ne vaut, 1100 Sans grant damage.
Car quant il est en plus grant saut
D'ouvrer, li fondemens deffaut,
Dont trebuchier et chëoir faut 11 04 Tout le meinnage.
Einsi Fortune, la sauvage,
Quant elle a fait aucun ouvrage,
Et on est en plus haut estage, 1 108 Fait en tressaut
Venir un vent et un orage
D'aversité qui tout esrage,
Fondement, comble et massonnage, 1 1 12 D'un seul assaut.
Fortune a plus de mil engiens,
1087 J Car cilz les piez de t. — 1088 J Gluiant — 1090 C fondu que seur — 1091 M saffole — 1089 Dans J ce vers suit les vers 1090 et 1091 — 1095 M leurs meschies; E flagolle — 1097 C baut; E pour quant — 1 100 CEJ dommage — 1 101 J gr. haut
— 1104 B meingnage; C meegnage; E mesnage — iio5 J le
— 1 107 MC au; BE ou — 1 108 F Faicentresaut — 1 109 E ouiage
— 1 1 1 1 C massouage — 1 1 1 3 M mille.
Pour penre et décevoir les siens ;
Mais la dolente, elle n'a riens 11 16 Que donner puist.
Promettre assez puet de ses biens,
Mais tu yes trop fols, se tu tiens
Qu'il en y ait nul qui soit tiens.
1 120 En séant fuit;
Son droit lés est dous, l'autre cuit;
Le droit porte fleur, fueille et fruit,
L'autre est désert, brehaingne et vuit 1 124 Des biens terriens;
Le droit moult clerement reluit,
L'autre samble a l'oscure nuit,
Et mi partie est par déduit 11 28 D'or et de tiens.
Fortune est amour haineuse,
Bonneûrté maleiireuse;
C'est largesse advaricieuse; 1 132 C'est orphenté;
C'est santé triste etdolereuse;
C'est richesse la soufferteuse ;
C'est noblesse povre, honteuse, 1 1 36 Sans loiauté;
C'est l'orguilleuse humilité;
C'est l'envieuse charité;
C'est périlleuse seiirté; 1 140 Trop est douteuse;
C'est puissance en mendicité;
C'est repos en adversité;
1114 M decoiure — 1 1 16 J Que puist donner— 1 1 17 C Promette — 11 19 M en ait; C aist; J est; E nulz — 1121 BE Son droit lun est; Cestdô; J Son don doulzestet lautre cuit — 1 126^/J ressamble; J a obscure — 1 i3o B'E Beneurte — 1 1 3 1 E largiessce auanscieuse — 1 1 33 C tristre; J s. maie et — 1 1 34 BJ souffreteuse; MCE souflraiteuse — 1 135 J Cest richesse; CB'EJ p. et honteuse.
C'est famine en cuer saoulé; 1144 C'est joie ireuse.
C'est souffrance la rigoreuse;
C'est souffissance couvoiteuse;
C'est pais dolente et rioteuse; 1 148 C'est vanité;
C'est pacience dongereuse;
C'est diligence paresseuse;
C'est oubliance la soingneuse 1 152 Contre amité;
C'est l'arbre d'inhumanité,
Enraciné seur fausseté;
L'estoc est qu'en sa vérité 11 56 Soit mansongeuse;
Les fleurs sont de desloyauté,
Et les feuilles d'iniquité,
Mais li fruis est de povreté 1 160 Dure et crueuse.
La teste a pelée a moitié;
D'un oueil rit, de l'autre larmie;
L'une joe a couleur de vie,
1 164 L'autre est com morte; S'une de ses mains t'est amie, L'autre t 'iert mortel anémie; Un piet a droit, l'autre clopie,
1 168 La droite torte.
Sa force est qu'en chëant est forte; En desconfort se reconforte ;
1 1 52 Bx Cointe; C amiste ; E amistie; J amilie — 1 1 53 E de humanité — 1 1 .S4 J sanz — 1 1 55 J Lescot quen sa v. — 1 1 56 E mencongueuse — 1 162 C lermie; J lermoie — 1 164 C comme —
11 65 t manque dans E — 11 66 EJ test — n 70 Ce vers manque dans CE, où il est remplacé par le suivant : Sa foy est qua nul foy ne porte, placé avant le vers 1 169.
En riant meschëance aporte, 1 172 Pleur et hachie;
En confortant se desconforte;
En foulant les siens entreporte;
En tous maus faire se déporte, 1 176 Quoy que nuls die.
Fortune est par dessus les drois;
Ses estatus fait et ses lois
Seur empereurs, papes et rois, 1 180 Que nuls débat
N'i porroit mettre de ces trois,
Tant fust fiers, orguilleus ou rois,
Car Fortune tous leurs desrois 1 184 Freint et abat.
Bien est voirs qu'elle se débat
Pour eaus avancier, et combat,
Et leur preste honneur et estât 1 1 88 Ne sai quens mois.
Mais partout ou elle s'embat,
De ses gieus telement s'esbat
Qu'en veinquant dit : « Eschac et mat! » 1 192 De fiere vois.
Einsi m'a fait, ce m'est avis, Fortune que ci vous devis.
Car je soloie estre assevis 11 96 De toute joie.
1 171 A/meschance; J mescheant — 1 172 CE haschie; J haitie — 1 1 74 A folant ; J volant ; E siens autres porte — 1 1 75 J Et les assiest jouste la porte — 11 78 A fais; J ses drois — 11 79 J emperiere pape; et a été effacé par B' — 1 1 8 1 M ses; E m. nulz de ces trois — 1 182 J fiers ou contes ou rois ; M et rois — 1 184 E débat — 1 185 A est drois {sur rature) — 1 186 E débat — 1 188 C queus; J quen — 1 190 E gens — 1191 A eschat; C eschech ; EJ eschec — ng3 B amis — 1 194 J qui cy.
Or m'a d'un seul tour si bas mis Qu'en grief plour est mué mon ris, Et que tous li biens est remis
1200 Qu'avoir soloie.
Car la bêle ou mes cuers s'ottroie, Que tant aim que plus ne porroie, Maintenant véoir n'oseroie
1204 En mi le vis.
Et se désir tant que la voie
Que mes dolens cuers s'en desvoie,
Pour ce ne say que faire doie,
1208 Tant sui despris.
Amours, Amours, ce m'as tu fait
Qui m'as fait faire le meffait
Qui toute ma joie deffait ! 1212 Car bien puis dire
Que si estraingnis de ton trait
Mon cuer, qu'on n'en eust mot trait,
S'avoir deiisse sans retrait 1216 Toute l'empire.
Pourquoy me feïs tu eslire
Dame pour qui mes cuers soupire
Tant, qu'il ne congnoist joie d'ire, 1220 Et tout a fait
Me vues pour s'amour desconfîre?
Quant mon dolent cuer fais defrire
Et fondre en amoureus martire,
1224 Est ce bien fait?
Helas! que me demandes tu?
1 198 J grief et plour tourne — 1 199 E tous mes biens sont r. — 1205 J ce; E que tant — 1206 J cuers dolens— 1210.E le mal fait — I2i3 C estrangis; E estranguis — 1214.E ne neust — 1220 J de fait — 1221 Ce vers est remplacé dans J par le vers \iib —
1225 A Le las.
Je t'aim de toute ma vertu.
Or me hez et m'as abatu 1228 De haut en bas
Et de tes verges si batu
En ta chartre ou m'as embatu
Que je me rens dessous l'escu 1232 Veincus et mas.
Si fais trop mal, se tu me bas,
Quant je me ren et que pris m'as,
Car prisonnier on ne doit pas, 1236 S'on l'a vaincu,
Batre ne ferir en nul cas,
Eins doit on voloir son respas.
Helas! or me bas en tes las, 1240 Pris et rendu!
Ce n'est pas ton honneur, ce croy,
Quant je te ser en tele foy
Qu'humblement a morir m'ottroy, 1244 Se c'est tes grez,
Pour ma dame que plus ne voy.
Car doubte ay, dont je me marvoy,
Que ses gentis cuers envers moy 1248 Ne soit irez.
Dont je sui trop mal atournez,
Tristes, pensis, desconfortez,
Quant tous mes biens as destournez, 1252 Ne say pourquoy.
S'en est mes vis descoulourez
Et mes cuers de plours saoulez,
1228 J Que me subas — 1229 J Et de verges si fort batu; FC ces v. — i23i J Que je met cuer d. — 1 235 J Son — 1 236 J Sen
— 1238 on manque dans A ; BJ repas — 1 23g J me as ; M en ces
— 1242 J en bonne foy — 1243 F a amour mottroy; J a toy moctroy — 1 246 A manoy ; E meruoy ; J meruay — 1 249 J arriuez
— i2 5o C Tristres — 1 25 1 J Quen touz... mas destornez.
De griés souspirs entrcmeslez, 1256 Et tout par toy.
Nompourquant pas ne m'en merveil, Quant le regart de son dous oueil Et son cler vis blanc et vermeil
1260 Qui resplendist
De biauté plus qu'or en soleil Et son corps gent qui n'a pareil De douceur, de cointe appareil
1264 Vers moy guenchist,
Se mes regars s'en esbloïst, Se la parole m'en tarist, Se ma vigour en amenrist.
1 268 Car par ton vueil
Nature en moy s'en esbahist
Et mes sens s'en esvanuïst,
Dont li cuers me tramble et fremist.
1272 De ce me dueil.
Einsi sa parfaite biauté,
Fresche et douce com fleur d'esté,
Et la mervilleuse clarté
1276 De son viaire
Dont je me vi enluminé, Le ray de son oueil que plus n'é, Mes cinc sens orent tost maté;
1280 Plus n'en pos faire.
Helas! s'en ay tant de contraire
!2 56 E pour — 1257 E ne mesmerucil; MCJ me m. — 1261 J au s. — 1262 ./gent corps — I2Ô5 E r. ses esbloist; AVesbahist — 1266 K Et ; KJ ma parole sen t. — 1268 E par trop vueil — 1269 E sanz estanchist — 1 270 E mes cuers sen esmanuit — 1271 B' froumit — 1273 E E. fu p. — 1277 J me sui — 1279 E Maiz; E tout mate — 1280 B' peut; E ne peu: K pou: J po.
Que je ne say quele part traire,
N'en moy joie plus ne repaire, 1284 Ne gaieté.
Car pour ce que j'aim sans meffaire,
Tu me vues de tous poins deffaire,
Se la très douce débonnaire 1288 N'en a pité.
En toy en est, bien t'en couveingne, Car je sui tiens, comment qu'il prengne. Mais jeté pri qu'il te souveingne
1292 Comment je port
En mon cuer l'amoureuse enseigne Dou mal d'amours qui me mehaigne, Et qu'il n'est lieu dont il me veingne
1296 Aucun confort.
Et se ma dame est en acort De moy grever, je te pri fort Que tu li moustres qu'elle a tort
i3oo Et qu'elle teingne
Tant de moy que, s'elle s'amort A moy grever, elle m'a mort, Et qu'elle est ma vie et ma mort,
i3o4 Que qu'il aveingne.
Je n'i say autre conseil mestre, Se je ne vueil l'amer demestre.
Mais c'est chose qui ne puet estre, i3o8 Car sans mentir,
Se tous ceaus que Dieus a fait nestre
1284 KJ lcesse — 1288 EKJ pitié — 1289 E conuiengne — 1293-1294 Ces vers sont intervertis dans KJ — 1294 J De — 1295 E Si; E viengne — 1297 E si — i3oo CEJ tiengne — i3o3 B mamie, corr. par B' en ma uie — i3o4 CE Quoy qui! auiengne — i3o5 C meittre — i3o6 KJ dcsmetrc.
Estoient tout aussi grant mestre
Com Seneques d'art et de lettre, 1 3 1 2 Li déguerpir
Ne me feroient pour morir,
Car seur toutes l'aim et désir.
C'est celle ou sont tuit mi plaisir; 1 3 1 6 C'est ma main destre;
C'est celle qui me puet garir
Et faire en joie revenir,
Se de son regart mon désir i320 Deingnoit repestre.
Las ! dolens ! or ne m'ose attendre Qu'envers moy fust jamais si tendre Qu'elle seur moy deingnast descendre
1324 Son dous regart ;
Car tu me feïs tant mesprendre, De moy partir sans congié prendre Et sans nulle autre raison rendre,
i328 Que tempre et tart
Me fait ce dolereus départ Pleindre, plourer, et par son art Fait de cent mil a meins dou quart
i332 Mon espoir mendre;
Dont je morray, se Dieus me gart, S'elle par toy ne me départ De ses douceurs aucune part
1 336 Pour moy deffendre.
Carmes dolens cuers tant s'esmaie,
i3io MCK tuit — i3ii K scnesques; A lcstre — 1 3 1 2 E deguerpist — 1 3 1 3 E feroie — 1 3 1 5 C mon; KJ désir — 1 3 ig C Se son doulz r. — 1 325 C fais — i32g E fait ses dolereus; KJ despart — i33o J P. et pi. — i33i E mille; KJ dun quart — i332 BKJ Son — 1 333 Dans M ce vers est placé après le vers 1 335 — 1 334 KJ Selle de soy — i33j KJ trop sesmaie.
Pour ce que m'esperence vraie
N'est pas, qu'il n'est joie que j'aie.
1340 Ce me tourmente;
Ce me fait meinte mortel plaie;
Ce me confont; ce me deplaie ;
Si qu'il n'est maus que je ne traie 1344 Qu'autre amis sente.
Car m'amour donnay en jouvente,
Cuer, corps, ame, vie et entente,
A ma très douce dame gente, 1348 Plaisant et gaie.
Las ! or langui en grief attente
Et vif en pensée dolente :
C'est le guerredon, c'est la rente i352 Qu'Amours me paie.
Amours, ce n'est mie raison
De moy donner tristece en don
En lieu de joieus guerredon, 1 356 Eins est péchiez,
Quant je suis sans condition
Tous mis en ta subjection.
Or me mes a destruction i36o Et entrepiez
Qui deusses estre mes chiés,
Et par toy m'est li dez changiez,
Et par toy de joie essilliez !3b4 Sans occoison
Sui et de ma dame eslongiez.
Mais s'auques einsi dure m'iez
1342 E Se... se; CE confort; EJ desplaie — 1346 K C. et corps ; ame manque dans KJ - 1 34y KJ entente - i35o E Car je vif — 1354 MCE tristresce — i35y J sus condition — i358 E Tout; AFM sa — 1364 EKJ achoison - 1 365 KJ esloigniez — f36G E se onques.