Tome I. i
Tout autel d'une dame di ge
Qui est rendue a Amours lige:
Quant elle a son amy perdu i656 Par mort, le cuer si esperdu
A, que jamais n'avéra joie,
Eins quiert lieu, temps, et gens, et voie,
Ou il ait tout adès tristesse, 1660 Humble habit en lieu de richesse.
Ténèbres en lieu de clarté,
Et en lieu de joliveté
Pour porter chapelès de flours 1664 Ist de son chief larmes et plours;
Et s'elle quiert aucun repos.
Il est pris en humble propos.
Einsi la dame se maintient 1668 Qui le dueil de son amy tient.
En cas qu'elle soit vraie amie.
Or diray de Tautre partie.
a Quant la segoingne se fourfait, 1672 Et ses maies en scet le fait.
Je croy bien que moult s'en aire
Et qu'il en a au cuer grant ire ;
Mais trouver en puet aligence 1676 En ce qu'il en atent vengence.
Car il s'en va tantost en serche;
Par les nis des oisiaus reverche
A ceuls qui sont de sa samblance, 1680 Tant qu'il en a grant habondance;
Puis entour son nif les assamble,
i65ô Z) a le cuer si perdu — lôSj ^4 Ka:E namera; D Que jamais elle naura j. — i63S et (gens) manque dans E — 1639 tout manque dans E — 1660 Z) au — i665 se trouve après le vers 1666 dans E : FM E ceWc — 1669 D Ou; E Quou ; E seroit — 1671 B' sygne: £■ signe ; /) si n gesse ;£) meffait — 16-^ A ait; M en haï — 1676 A veingance — 1681 DE ni.
Et quant il sont la tuit cnsamble,
Il y tiennent un grant concire, 1684 Puis metcnt celui a martirc
De mort qui l'a, ce dit, forfaite ;
La est devourcc et dcffaite.
Or a cils ses maus alcgiés 1688 Qui en ce point en est vengiés.
Tout autel di je que li homs
Doit estre fiers corn uns lions
Contre aucun tort, sil li est fais.- 1692 Et cils puet trouver moult de fais
Aus quels il se puet encliner
Pour son mal faire terminer,
Par pluseurs manières de tours.
1696 Mais la dame n'a nuls recours
Es quels elle se puist garir,
Qui son amy verra morir.
Dont elle sent pour un mal cent I 700 Que cils autres amans ne sent.
Guillaume, après moy respondez ;
Se tort avez, si l'amendez. »
Guillaume.
Après ces raisons me dressay 1704 Et mes paroles adressay
Au juge qui bien entendi
Ce qu'elle et dit et que je di.
Et je li dis : « Sire, sans faille 1708 Ma dame a bien, comment qu'il aille,
Son fait moustré, et sagement.
i683 y manque dans FBE : B' Hz tiennent la vn ; E H treuue vn gr. contire; D concilie — 1684 ^ mettront — i685 Z) qui a; FE se — 1686 DE demeurée — 1690 FE comme — 1691 FM sil y est; D si lui — 1692 Z) Et si — 1696 D nul secours — 1697 FM pcust — 1706 B El — 1708 /) a dit - 1709 Z) et moustre s.
Et de soutil entendement
Bien baillié par vives raisons, 17 12 Pour fourmer ses comparisons
Bien faites et bien devisées
Et si justement exposées,
Que qui amender y vorroit, 17 16 Je croy moult bien qu'on ne porroii.
Et ce qu'elle en a devisé,
Vous Tavez très bien avisé,
Oy, senti et entendu.
1720 Car de sa bouche est descendu
En vostre cuer par escouter ;
Si ne le faut pas repeter.
Et si croy bien certeinnement 1724 Que c'est de droit vray sentement
Ce qu'elle en a yci compté,
Gardant sa grâce et sa bonté.
Sans point de vainne entcniion.
1728 Et j*ay une autre oppinion
Qu'elle n'a; s'en diray m'entcnie.
S'il li plaist et il vous talentc,
Nom pas pour le sien fait punir, 1732 Mais pour ma cause soustenir.
On puet bien sa cause prisier.
Sans autrui fait apetisier. »
Le Juge.
« Guillaume, ne vueil contredire.
I 736 Dites ce qu'il vous plaist a dire.
Hastivement ou a loisir;
Ouvrez en a vostre plaisir.
1712 E fermer — 1713 A diuisccs — ijiS E Car qui atncntic y voiroit — 171 7 £ Et de ce — 1 718 .1 auisic — 1719 Z) scntu
— 1722 E fait — 1725 en manque dans D — 1727 D de maie e.
— 1728 E joy; D vn — 1729 B sans — 1730 MDE Si — 1734 Après ce vers D met Guillaume Le roy — 1737 manque dans D -^ 1738 a manque dans E.
Je vueil bien oïr et entendre, 1740 Et s'ay assez loisir d'atendre. »
Guillaume.
« Grant merci, sire ! Je diray,
Et croy que point ne mentiray.
Je vous di que la forfaiture 1744 De dame est si aspre et si dure
En cuer d'amant, et si perverse,
Que, quant elle y est bien aherse.
Jamais jour ne s'en partira.
1748 Or ne scet cils quel part ira
Pour quérir son aligement :
Se prendre en voloit vengement
Par mort, et bien le peiist faire, 1752 II trouveroit tout son contraire
En la fourme de grant folour,
En l'attrait de toute dolour,
Un feu pour toute ardeur ateindre, 1756 Une yaue pour douceur esteindre,
Norrissemens de tous meschiez;
Car dou faire seroit péchiez.
Et péchiez qui en cuer remort 1760 Est uns commencemens de mort;,
De mort qu'on claimme mortel vie.
Car qui languist, il ne vit mie.
En mon fait que ci vous présent 1764 Maintenant, en vostre présent,
A plus de griés et plus d'ardure
Qu'en Tautre fait, et trop plus dure.
1741 BE je vous diray — 1742 AME nen — 1744 E De ma dame — 1745 £" est si p. — 1752 AFME\ — 1755 E'atendre . D estaindre— 1756 D .1. autre eaue; E Une cause; E estandre — 1757 D et tous — 1769 D qui encor r. — 1760 D Cest — 1765 FD grief.
Dont je vous requier orendroit 1768 Sus ce point ci que j'aie droit.»
Attemprance.
Adont se leva Attemprance
Qui tenoit par la main Souffrance.
Si parla attempréement 1772 En disant : « Guillaume, comment
Droit pour vous demander osastes ?
Je me merveil que vous pensastes,
Quant vous en fustes si hastis.
T776 Ou vostres scens est trop petis,
Ou outrecuidiers vous demeinne.
Ne savez vous pas bien qui meinne
Le droit, quant parties y tendent T780 Qui le désirent et attendent?
Je vueil moult bien que vous sachiez
Que Raisons en est li drois chiez
Et avec li sa compaingnie ; 1784 Ghascune y a bonne partie
D'entre nous damoiselles toutes.
De ce ne faites nulles doubtcs,
Que drois ne se puet délivrer, 1788 Se toutes ne sont au livrer,
Afin que fait soit bonnement,
Se cils qui fist les drois ne ment.
Je meïsmes y ay office 1792 Pour résister a tout malice,
Qui maintes fois le droit destourne :
Et je d'office le retourne.
Quant uns bons procès vient en fourme,
1770 B' tint; la manque dans D; BDE souffissance — 177? FBDE vous oser {D aisier) demandastes — 1777 D Oultrecuidance;£ autrecuidiers — 1778 bien manque dans D; Mss. quil — 1779 D les parties — 1780 ^ li — 1782 D Que ma dame est sages asses — 1784 DE Chascun — 1785 FBE noz.
1796 Et je perçoy qu'on l'en deffourme,
J'y puis bien tellement ouvrer
Qu'il puet sa fourme recouvrer.
Se trop y a, j'en puis oster.
1800 (Or vueilliez bien ce point noter!)
Et se po y a, j'y puis mettre,
Quant je m'en vueil bien entremettre.
Et se la chose est en bon points 1804 Je la puis garder en ce point.
C'est d'Attemprance li mestiers,
Toutes fois qu'il en est mestiers.
Or vueil je dire d'autre chose 1808 Qui contre vostre fait s'oppose.
« Vous avez un point soustenu
Dont po d'onneur vous est venu,
En ce que ma dame de pris 181 2 Avoit seur la segoingne pris,
Gomment elle est a la mort traite,
Quant envers son maie est forfaite.
Guidiez vous qu'elle vosist dire 18 16 Qu'on meïst la dame a martyre
De la mort, qui se mefferoit
Envers celui qui l'ameroit ?
Nennil ! voir ! ce seroit folie.
1820 Ne ma dame ne maintient mie
Qu'il la face tuer ne tue ;
Mais elle tient qu'il s'esvertue
Encontre les tempiations 1824 Des fausses cogitations
Qui porroient en lui venir.
1796 FE le — 1797 D Je puis — 1798 FM Qui — 1802 DE me — i8o3 la manque dans E — 1806 est ajouté par B au bas du feuillet — 1808 DE nostre — 1809 -^ Tous — 1812 Z) besoigne
— i8i3 la manque dans FDE — 1821 FB Qui; AFMB facent
— 182^ BDE De.
Encor s'el pooit avenir,
Qu'elle fust de bonne mort morte, 1828 Se vaurroit il mieus, drois la porte,
Qu'elle demourast toute vive.
Car tant com la personne vive
Qui se mefferoit par folour, i83 2 On n'en a peinne, ne dolour,
Grieté, souffrance, ne meschief.
Dont on ne veingne bien a chief.
Quant il sent aucune grieté, i836 II doit penser par vérité,
Dès qu'il a loiaument servi,
Qu'il ne l'a mie desservi.
C'est une pensée valable, 1840 Pour lui conforter profitable.
Que vous iroie je comptant ?
De remèdes y a autant
En amours, com de griés pointures, 1844 Soient aspres, poingnans ou dures.
Chascune son remède enseingne ;
Or en fait bon quérir l'enseingne.
Mais une dame qui verra 1848 Que ses très dous amis morra
En cui en nul jour de sa vie
N'ara trouvé que courtoisie,
Estre porra si fort férue, i852 Si griefment, et si abatue.
Que jamais n'en porra garir,
Einsois la couvendra morir.
En l'escripture est contenu
1828 B dieux; D dieu; FME le — i832 DE ne a p.; £)na doulour— i833 M souffraite ; D soutfrete; E souffisance — i836 FBDE pour — i838 i) Qui — 1839 D vaillabie — 1841 vous manque dans E— 1842 E remède; D en y a tant — 1843 D grief — 1844 BD après; F et dure — 1846 A querre — 1847 5' M. joyne — î855 1 manque dans D,
LE .lUGEMKNT I^OU ROY DE NAVARRE 20 1
i856 Que pluseurs fois est avenu.
S'en compieray un petit compte
Qui vous fera avoir grant honte,
Et a ma dame grant honnour, 1860 Et grant clarté a mon signour,
Dont il verra plus clerement
Gomment vous errez folement.
« Il n'a pas lonc temps qu'il avint 1864 Qu'une grant dame a Paris vint.
S'amena une sienne fille
Qui, sans penser barat ne guille,
x\moit un chevalier gentil, 1868 Sage, courtois, gay et soutil,
Preus aus armes, fort et puissant,
De toutes grâces souffissant.
De lui nouvelles li venirent 1872 Qui forment au cuer la poingnirent
Qu'il estoit a un tournoy mors.
« Lasse ! » dist elle, « quel remors
Puis avoir de ceste nouvelle! »
1876 A cest mot chey la pucelle
A la terre, toute estendue.
x\dont sa mère y est venue
Acourant moult dolentement; 1880 S'en prist a plourer tenrement
Et la fist porter en un lit.
La prist elle povre délit;
Car au cuer estoit fort ateinte 1884 Et ou viaire pale et teinte
Et si de son corps amatie
Et de ses membres amortie,
i856 F fais — 1862 D Comme — 1864 gram manque dans E — 1869 ^ Preu — 1872 5 li; DE lui — 1874 M quelz — 1876 DE ce — 1880 iE Se — 1882 manque dans Z) — i883 BE esteinte
Qu'einc puis ne s'en pot soustenir, 1888 Ne des mains nulle riens tenir;
Et n'ot einc puis tant de victoire
Qu'elle peiist mengier ne boire.
Fusicien furent mandé, 1892 Et la leur fu il demandé
S'elle averoit de la mort garde.
Et que chascuns y prenist garde,
S'on li porroit donner santé, 1896 Et qu'il demandassent planté
Hardiement de leur avoir,
Tant comme il en vorront avoir.
Et il en peinne s'en meïrent 1900 Et moult volentiers le feïrent
Pour trouver son aligement,
S'il peussent, diligenment.
Premiers, s'orine resgarderent, 1904 Et puis après si la tasterent ;
Li uns après l'autre tastoient
Partout ou taster la dévoient,
Les piez, le pous, et puis les temples; 1908 Et puis si moustroient exemples
Des cures qu'il avoient faites
En pluseurs lieus et bien parfaites.
Et que plus d'exemples moustroient, 1912 De tant plus esbahi estoient.
L'orine la jugoit haitie,
Et li tasters ne jugoit mie
Cause froide, ne de chalour, 19 16 En quoy il prenissent coulour
1887 D Que puis; FMBE Queins; FDE se — 1889 FMBE eins; D depuis — iSgi FB Fisicien — 1898 FM corn ; E il len; FMBE vorroient — 1899 MBDE se — 1900 D Et moût tresuolentiers le firent — igoS DE Premier — 1907 E les pous; D poins — 1908 AB V\; D monstrerent — igiB A jugent; D la monstroit haitiee — 1916 D poyssent.
LE JUGEMEiNT DOU ROY DE NAVARRE 20.^
D'où ne de quoy cils maus venoit,
Ne quel remède y couvenoit,
Pour li un po assouagier 1920 Ou dou tout ses maus aligier,
Fors tant que li uns s'avisa
Et sagement le devisa :
« Signeurs, j'ay veù en s'orine 1924 Einssi comme un po de racine
Qu'elle est en l'esperii troublée.
Or nous est la science emblée
De ce point, s'on ne s'en avise.
1928 Et nous savons une devise
Que li bons philosophes dist ;
Il afferme, et je croy son dit,
Que les maladies quelconques — 1932 Et qu'autrement il n'avint onques —
Sont curées par leur contraire.
Or ne pôons a ce point traire
De ceste maladie ci 1936 Tant seulement que par un si.
Car si hastives maladies
Puelent venir de deus parties :
C'est assavoir, se Dieus me voie, 1940 De grant dueil ou de trop grant joie.
Et cause de joie désire
Qu'on la courresse et qu'on l'aire,
Et celle de dueil autrement :
1944 Faire couvenra liement,
Présent li, ce qu'elle vorra
Et quanqu'elle commandera,
1917 D Donc — 1918 ^ il — 1921 E que lui vn — 1924 AE Aussi — 1926 BDM yQn\ E [à la marge) le dont quelle soit sanc mellee — igSo M lafferme; F la ferme; A dist — igSi A quelsconques — 1932 BDE il naient — 1933 Z) le c. — 1938 BDE trois p. — 1942 FBD courrouce; F con la ire; E la commence non layre — 1943 D De.
Et qu'on li ait admenistrez,
1948 Pour faire feste, menestrés.
Or couvenra il qu'elle die Dou quel li vient sa maladie, Pour li donner certein conseil.
1952 Je le lo einsi et conseil.
Se voit li uns tout simplement Parler a li secrètement. »
Seur ce point furent acordans;
1956 Dont li uns li fu demandans Ce que devant avez oy.
Point n'en ot le cuer esjoy, Eins en respondi moult envis,
i960 Et toute voie vis a vis Pure vérité l'en conta, Si bien que point n'i arresta.
Lors li fist cils une requeste
1964 Au mieus qu'il pot par voie honneste : « Fille, respondez moy d'un point Que je vous diray bien a point :
Vorriez vous de ci en avant
1968 Que vous le velssiez vivant,
Mais que ce fust par tel manière Que jamais ne vous moustrast chiere.
Parole, ne samblant d'ami? »
1972 Et elle respondi :« Aymi!
Sire, se Dieus me doint santé, Que c'est bien de ma volenté Que volentiers le reverroie
I 976 Vivant, et fust par tele voie
Qu'il eiist fait une autre amie.
1948 E festes; D menestries; E menestriers — 1949 £ Et ; il manque dans BE ; B' quelle nous die — 1950 D vint; A la — 1953 A voist — 1955 D finer accordant — 1958 FE ne — 1961 E Pour; F leur; B' lui enconta — 1974 Car-— 1976 E celle.
La quele fust de moy servie,
Mon vivant, jusqu'au deschaucier.
1980 Ne m'en vueilliez plus enchaucicr;
Car tous li cuers de dueil me font
Si aigrement et si parfont,
Toutes fois que j'en oy parole.
1984 Si ne vueil plus qu'on m'en parole. »
Après ce mot, cils s'en départ
Et s'en ala de celle part
Ou cil estient qui l'atendoient, 1988 Qui desiroient et tendoient
Savoir quel fin celle feroit.
Et il leur dist qu'elle morroit :
« Je n'y puis vëoir nul retour.
1992 Ses cuers est fermez en la tour
D'Amours, sous la clef de Tristesse,
Ou elle suefFre grant destresse,
Si que morir la couvenra 1996 Briefment ; ja n'en eschapera.
Pour quoy nous nous départirons
De ci; plus n'i arresterons. »
En l'eure de la se partirent, 2000 Et puis a la mère deïrent :
« Ma dame, on n'y puet conseil mettre.
Mais vueilliez vous bien entremettre
De li garder et tenir près. »
2004 Euls départis, tantost après
Elle cria a haute vois :
1979 F3/ jusques au — 1980 E cnchanticr — 1981 E iml — 1983 FM Toute; A os; >/ paroles; D parler — 1984 F Se; D Si nen vueil plus oir parler — 1985 FD si sen ; B ci sen — 1986 F Se; D Si; £" Cil — 1987 DE estoient — 1988 E et attcndoient 1993 A Damour — 1997 FD Par; nous manque dans D une fois — 2000 D le deirent — 2001 E Dame — 2oo3 D Tresbien g. : E la — 2004-5 D Euls d. a haulte vois [le texte entre ces deux moitiés de vers est omis).
(( Hé! douce mère, je m'en vois.
A Dieu vous commant, douce dame! »
2008 Et droit a ce point rendi Tame.
Elle fut de la gent criée,
Et sa mère en fu tourmentée.
De ce ne tieng je pas mon compte, 2012 Car a mon propos riens n'en monte.
'( Guillaume, ou porrez vous trouver
Comment vous peiissiez prouver
Qu'uns homs seroit a mort menez 2016 De ce point que vous soustenez,
Dou forfait de sa bien amée,
Et que ce fust chose prouvée
Qu'elle eùst fait la villenie, 2020 Et qu'adès demourast en vie?
De la pucelle est chose voire.
Mais ce seroit trop fort a croire
Que plus grans fust li siens meschiez 2024 Que de celle. Bien le sachiez! »
Guillaume.
« Attemprance, moult bel parlez
Toutes les fois que vous volez.
Ci endroit especiaument 2028 Avez parlé moult sagement.
Et quanqu'avez ci dit, je croy,
Ne dou croire point ne recroy.
Car c'est pour moy en aucun point 2o32 Qui vient a mon propos a point.
Quant celle damoiselle gente
Ot mis ou chevalier s'entente,
2006 D Cria ma mere — 2008 E larme — 2009 BE Celle — 2011 E tiengne pas — 2012 ME en mon p.; D ne m.; E conte — 2oi3 E pouez — 2014 A trouuer — 2017 D Donc; BD et de bien a. — 2018 D Que ce — 2o3o F recroire — 2034 A en.
Et il cstoit ses vrais amis, 2o36 Et puis se fu a la mort mis,
Dont Amours si fort Tatrapa
Que la mort tantost la hapa.
Amours en fist pour li assez; 2040 Car cils cops fu tantost passez.
Aussi a morir avoit elle :
Nuls contre ce point ne rebelle,
Cui la mort ne veingne haper ; 2044 Nuls ne li porroit eschaper.
Quant uns homs est grieteusement
Tauxez a mort par jugement
D'un bon juge sans mesprison, 2048 Et il le met en grief prison
D'enfermeté en lieus divers,
Ou estre puet rungiez de vers
Et de planté d'autre vermine, 2o52 Et il y est un lonc termine,
Chargié col et les bras de fers
Et les jambes, c'est bien enfers.
La est il de foy en destour, 2o56 Pour renoier son creatour ;
Volentiers le renieroit
Qui de la le delivreroit.
Mais en celle heure qu'il est pris, 2060 Jugiez a mort par juste pris,
Trop mieus li vaut qu'on l'en délivre
Par la mort, qu'en tel dolour vivre.
Einsi est il d'un vray amant
2o33 B ces — 2006 A si fu; D fust — 2o38 D latrappa — 2040 FE corps; D fust— 2043 D Que — 2045 D est trop griefmcnt; E griefensement — 2046 BD Traitties ; E Traittes — 2048 F gries — 2049 ^-^^ Denfermetez; D lieu — 2o5o A mengiez; D mengie — 2o5i D Et dautre plautre de vermine — 2o52 E est par 1. — 2o53 BDE fer — 2054 BE enfer; D cest vn enfer — 2o55 E au destour — 2007 F renienroit — 2o58 FM deliueroit; D deliuroit.
2064 Qui est trahis en dame amant,
A tel tin com devant est dit.
J'afferme et se di en mon dit
Que nuls meschiez ne s'apartient 2068 Aus grietez que ses cuers soustient,
Tant comme il dure et elle dure.
Et si say moult bien que Nature
A de son bon droit establi 2072 Qu'on mette celui en oubli
Qui est mors et n'en puet ravoir
Pour grant peinne, ne pour avoir.
Seur ce point droit atenderoie; 2076 Mieus estre jugiez ne vorroie. »
Pais.
Après ces mos s'est Pais levée
Et dist, comme bien avisée :
« Guillaume, assez souffissanment, 2080 Selonc le vostre entendement,
Avez vostre propos baillié ;
Mais vous Pavez trop court taillié
Pour avoir droit pour vous si tost; 2084 Car uns autres poinsle vous tost.
Vous avez de Nature trait,
Pour prouver, un assez biau trait,
Lequel on a bien entendu.
2088 Mais j'ay un autre las tendu
Contre celui, de plus grant pris,
Par lequel vous serez soupris,
D'un exemple ancien de fait 2092 Qui bien a ramentevoir fait.
2o65 F comme; E ay dit; D ditte — 2066 si manque dans B'E — 2068 E gricstes — 2069 E nelle — 2070 E Et je say moult manque dans D — 2071 A manque dans D — 2072 E Quen ; D Quem — 2073 E et non ne p. — 2076 D verroie — 2080 F nostre; E S. nostre ent. — 2090 A sourpris — 2091 Mss. aucun, corr. en nnclcn par B' — 2092 M ramentoiure.
LE JUGEMENT DOU ROY DE NAVARRE 20fJ
Et pour ceci le vous propos, Car il sert bien a mon p^-opos.
« Dydo, roïnc de Cartage, 2og6 Ot si grant dueil et si grant rage
Pour l'amour qu'elle ot a Enéc
Qui li avoit sa foy donnée
Qu'a mouillier l'aroit et a femme; 2100 Et li faus l'appelloit sa dame,
Son cuer, s'amour, et sa déesse,
Et sa souvereinne maistresse.
Puis s'en ala par mer nagent 2104 En larrecin, lui et sa gent,
Qu'onques puis Dydo ne le vit.
Oiez, comme elle se chevit :
Quant failli li ot dou couvent 2108 Qu'eu li avoit en couvent,
Einsi com pluseurs amans font
Qui l'amant loial contrefont,
La désespérée, la foie, 2 1 1 2 Qu'amours honnist, qu'amours afole,
L'espée d'Eneas trouva
Et en son corps si l'esprouva
Qu'onques ne se pot espargnier 2 1 1 6 Qu'en soy ne la feïst baingnier.
Dont elle morut a dolour
Pour amer, et par sa folour.
Mais elle ne morut pas seule, 2120 Einsois a deus copa lagueule,
Car d'Eneas estoit enceinte,
2097 a manque dans E; D onncc — 2098 E a. samour d. — 2099 ^ lamoit ; E et sa f. — 2100 D Et lui laulz — 2101 Aï dicucssc — 2io5 M Quonque ; E pis — 2106 AME comment ; M el — 2107 D le conuent — 2108 D Qui en lui a. ; E Que on lui a. — 2109 -^ ^^^ P^* — 21 17 E mourust — 21 18 Z) Par; E et pour — 21 19 ME mourust.