INTRODUCTION XV
où Machaut rédigeait son Confort d"ami\ il lui était encore permis d'adresser ce poème à son ancien bienfaiteur; mais, se doutant déjà qu'un choix allait s'imposer, il se ménage une retraite honorable et garde en attendant les deux voies ouvertes. Lorsque Charles le Mauvais, après sa libération, prendra ouvertement parti contre la royauté française et forcera par son attitude ses partisans à opter, Machaut se ralliera sans hésiter à ses seigneurs naturels, les princes de la maison de France. Les éloges accordés à Jean le Bon, le père du régent, les souvenirs glorieux de Jean l'Aveugle, son grand-père, souvenirs qui se réveillent ici pour la première fois, ne seraient-ils pas les signes extérieurs du revirement qui se produit dès ce moment dans les attachements politiques de Machaut?
Parmi les enseignements pratiques qu'il prodigue si généreusement à son ami roval, ceux-là seuls offrent un réel intérêt qui, en sortant de la généralité, nous éclairent sur certaines conditions particulières à l'époque. Il y en a quelques-uns qui reparaissent assez fréquemment sous la plume des contemporains de Guillaume. Combien de fois Eustache Deschamps ne protestera-t-il pas contre l'immixtion des clercs dans les affaires politiques et les «conseils d'armes», comme le fait ici Machaut (vv. 3io5-3i 12) ! La recommandation de frapper monnaie de bon aloi (vv. 3825-36) n'était pas superflue à cette époque ; et le conseil adressé au roi de gérer en personne ses revenus avec soin, de surveiller les agissements de ses receveurs et de punir leurs exactions (vv. 3789-3818) rappelle les plaintes si nombreuses et si justifiées de la littérature du temps sur la manière dont les grands « tondaient » et « écorchaient » le menu peuple. D'autres recommandations paraissent appartenir en propre à notre poète : l'utilité, par exemple, qu'il y a pour un seigneur à soigner sa popularité, en fréquentant chevaliers, écuyers et gens d'armes, et en se