XVI INTRODUCTION
montrant souvent au milieu d'eux quand ils prennent leurs repas — ce qui amène d'ailleurs aussi « meins de despense » (vv. 3493-35 14) ; —l'avis d'éviter le jeu, où se révèle trop facilement le vrai fond du caractère (v. 3889). La manière de s'habiller de ses contemporains l'indigne. Ses griefs sont nombreux : d'une part, il reproche aux seigneurs de se vêtir trop simplement, trop pauvrement, de manière à ne plus se distinguer de leur entourage, ce qui défait « onneur et honnestet » (vv. 3661-3670); d'autre part, il les blâme de tolérer chez leurs gens la plus grande diversité dans la couleur, l'étoffe et la forme des vêtements '. Il réclame énergiquement, et avec insistance, qu'on en revienne à l'ancienne mode, « a la bonne guise de France » (v. 3742), où les serviteurs étaient vêtus « d'unité, chacun selon sa qualité » (vv. 3697-3698) 2. Les termes vigoureux dont il se sert à ce propos3 font bien voir combien ce « travestissement » le mettait en colère. L'occasion est bonne pour décocher, en passant, un trait à certaines innovations de la mode qui n'ont pas l'heur de lui plaire : les souliers à la poulaine (sollers bescu^ v. 3691), dont la vogue commence vers le milieu du xive siècle, et les vêtements trop ajustés qui succèdent aux amples vêtements du siècle précédent (v. 3692). La vivacité de ces remarques et leur intérêt archéologique font regretter que Machaut n'ait pas plus souvent interrompu de la sorte la monotonie de son poème.
Pour l'achever, Machaut y met un bref épilogue (vv. 3945-3978). Très modestement, il reconnaît les imperfections et les défectuosités de son travail ; il y insiste
1. Le même reproche {Et si vestent mont dive)-s dras) figure dans un texte poétique anonyme du xive siècle, publié par Arthur Lângtors, dans les Mélanges Picot, t. 1, pp. 160-161 (v. 46).