INTRODUCTION III
49-54) les paroles de Mathathias (vv. 161 1-1 638), aux Proverbes (XXX, 8-9) les vers 1779- 1786; les vers 1289 ss. sont inspirés du Livre de la Sagesse (XIII, 10 ss.), et les vers 1703- 1720 résument l'histoire de Job. On voit que Machaut connaît sa Bible à fond. Voyons la manière dont il l'a utilisée.
Sans tenir compte des traductions françaises qui existaient de son temps ', il remonte directement au texte latin, dont il prétend donner une traduction aussi fidèle que possible :
Dou latin ou je l'ay veu
L'ay mis si près com j'ay peu (vv. 415-416).
Certains passages rendent en effet le modèle dans ses moindres détails et reproduisent quelquefois jusqu'au mouvement de la phrase latine 2. Mais, dans l'ensemble, le poète donne plutôt une paraphrase. C'est dans le premier de ses récits, l'histoire de Suzanne, qu'il se montre le plus fidèle au texte. Ailleurs, tantôt il abrège : la prière d'Azarias et le cantique des trois Juifs dans la fournaise (Daniel, II 46-III 97) sont remplacés par un simple renvoi au Benedicite qu'on « récite » encore souvent, nous dit-il, « a matines en maint couvent » (v. 617-618). Tantôt, mais plus rarement, il amplifie : il s'étend bien plus longuement que le texte biblique sur les paroles mystérieuses de la vision de Balthazar (Dan. V i-3o; voy. vv. 865-932).
Les divergences s'expliquent en partie par les nécessités de la versification, en partie par le désir de l'auteur
1. Samuel Berger, La Bible française au moyen âge (1884); Jean Bonnard, Les traductions de la Bible en vers français au moyen âge (1884).
2. Inexactitude de la traduction est telle que, dans certains cas, le texte latin permet de décider d une leçon douteuse de nos manuscrits, par exemple au vers 1014, où le texte biblique confirme la leçon Or du ms. B contre O des autres mss.