‹ Œuvres de Guillaume de MachautChapitre 22 sur 85 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

tions, il nous sera permis de conserver le titre de Dit de la Fontaine amoureuse qui a été définitivement consacré par la tradition commune des meilleurs manuscrits.

Pour déterminer la date du poème il importe d'abord d'en donner une analyse.

Un soir, au moment de s'endormir, le poète est réveillé par des plaintes et des gémissements qui, partant d'une chambre voisine, viennent frapper son oreille. Surmontant un premier mouvement de frayeur, il se rend compte que ce qu'il entend, ce sont les lamentations d'un amant malheureux qui, se croyant seul, confie à la nuit ses chagrins : « Jeune encore, ditil. il se voit obligé d'aller comme prisonnier outre mer, où il vivra triste et seul, privé du doux regard de celle qu'il aime et à qui il n'a jamais osé avouer son amour. Ah 1 si Morpheus, le dieu du sommeil et des rêves, qui jadis révéla à la triste Alcyone la mort de son bienaimé Ceyx, voulait de même, à la faveur d'un songe, dévoilera sa dame l'amour de son timide adorateur et

dans le premier passage Guillaume ne donne que le titre de Morpheus et que dans le second ce même titre passe d'abord, tandis que l'autre ne survient qu'incidemment. On pourrait en conclure que c'est bien Morpheus qui était la désignation première, celle de l'auteur. Mais l'accord qui s'est fait sur le second titre dans les meilleurs manuscrits — manuscrits dont Machaut a luimême revu une partie — ne contredit-il pas cette supposition? Non, pas nécessairement. Il a pu se produire ce qui s'était sans doute déjà produit pour le Dit de VAlerion (voy. t. II, p. lxiii s.) : Au titre primitif, donné par le poète, s'est substituée, pour des raisons qui nous échappent et par des voies que nous ignorons, une autre désignation qui a fini par prévaloir et que l'auteur luimême a acceptée de bonne grâce. C'est un fait peut-être analogue à celui sur lequel Marie de France nous donne des renseignements si curieux à l'occasion du double titre du Lai du Chaiiivel ou des Quatre Doels (voy . édit. Warnke, Bibliotheca Normannica, III. 2' édit., p. 179, vv. 225-237; éd. Bibliotheca Romanica, II, p. 217).

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