‹ Œuvres de Guillaume de MachautChapitre 23 sur 85 · INTRODUCTION XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIII

le chagrin dont l'accable ce départ maudit ! » Guillaume a pris soin de noter mot pour mot la longue complainte, savamment agencée, qu'il vient de surprendre ainsi dans le silence de la nuit. Le jour venu, il se met à la recherche de l'amoureux et n'a pas de peine à le découvrir. Quelques questions le lui ont bientôt fait connaître : c'est un grand et puissant seigneur, un prince du sang, doué de toutes les qualités du corps et de l'esprit, remarquable surtout par sa « largesse », cette qualité maîtresse des grands de la terre aux yeux de nos vieux poètes.

Guillaume présente ses hommages à ce seigneur, qui, heureux de cette rencontre, l'emmène avec lui en promenade. Tout en causant, ils entrent dans un jardin d'une beauté merveilleuse et s'assoient auprès d'une fontaine dont l'eau possède la vertu de rendre amoureux quiconque en boit. Les deux amis, l'un et l'autre déjà suffisamment pourvus d'amour, déclarent d'un commun accord qu'ils s'abstiendront d'y boire. C'est une occasion toute trouvée pour le seigneur de révéler sa peine au poète en le priant de composer là-dessus quelque lay ou quelque complainte. Guillaume, alors, lui remet en souriant le poème qu'il vient de recueillir, dans la nuit précédente, de la bouche même de son ami princier.

Pris subitement d'un invincible besoin de sommeil, ils s'endorment tous deux. En rêve, ils voient venir vers eux Vénus, la déesse, tenant par la main la bien-aimée du prince. Vénus, d'abord, explique à Guillaume les scènes mythologiques qui sont « entaillées » dans le marbre de la fontaine; ensuite la dame prend la parole pour consoler son ami par un « Confort », en promettant de lui conserver pendant son absence un amour pur et fidèle. En gage de cette promesse, elle lui remet une bague ornée d'un rubis, qu'elle portait à son doigt. On devine Pétonnement des deux amis quand, au

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