XXIV INTRODUCTION
réveil, ils constatent qu'ils ont fait tous deux le même rêve, et quand ils voient la bague au doigt du seigneur. Un chevalier les arrache brusquement à leurs doux entretiens en leur annonçant le dîner. Sur la demande du prince, Guillaume se décideà l'accompagner jusqu'à la petite ville où le seigneur doit s'embarquer pour se rendre en prison. Puis, les derniers préparatifs achevés, l'ami s'éloigne, réconforté, presque joyeux; le poète reste, comblé de riches cadeaux. Et le poème finit sur un vers qui a tout à fait l'allure d'un refrain de ballade : « Dites moy, fu ce bien songié? ».
Ce poème, si fantaisiste en apparence, contient bon nombre de données historiques. Essayons de les dégager. L'un des deux personnages est, comme dans presque tous les romans de Machaut, le poète lui-même. On peut relever certains traits de son portrait qui le font mieux connaître. Il nous apparaît ici comme poète célèbre, accrédité auprès des grands seigneurs, accueilli par eux avec joie. Ils le jugent digne de leur amitié, de leur familiarité même et font de lui le confident de leur vie sentimentale; ils le chargent au besoin de quelque mission délicate dans leurs affaires de cœur et récompensent généreusement ses services. Somme toute, c'est le poète de cour que sa « clergie » et sa gloire littéraire ont fait pénétrer, malgré la bassesse de son origine, jusque dans l'entourage immédiat des puissants de la terre, d'un roi de Bohême, d'un roi de Navarre, d'un dauphin de France. En glissant adroitement dans ses œuvres quelque flatterie habile et quelque éloge à l'adresse de ses protecteurs, il sait mériter l'intérêt qu'ils lui portent. Machaut n'est certainement pas le plus ancien poète de ce genre, mais il est, sauf erreur, le premier dans l'œuvre duquel ce type soit nettement saisissable '. D'autres traits présentent notre poète sous
i. On en trouve une description sommaire, mnis excellente.