INTRODUCTION XXVII
héros de son poème concorde, avec une précision remarquable, avec les renseignements qu'on possède sur le duc de Berrv. Il s'agit de Jean, troisième fils du roi Jean le Bon. Les documents contemporains nous le font connaître comme grand collectionneur d'objets d'art, amateur de livres, de sculptures, d'architecture. Il était célèbre pour la prodigalité inouïe avec laquelle il dépensait les revenus de ses domaines pour satisfaire à son amour du beau et à sa passion du luxe. Il méritait certainement plus qu'aucun autre l'éloge de « largesse », et quand Guillaume vante la beauté de son château, nous savons que ce n'est pas une simple fleur de rhétorique r. La situation spéciale dans laquelle le poète a placé son héros se présente avec une ressemblance frappante dans la vie du duc. En i36o, à l'âge de vingt ans. il fut obligé, d'après les stipulations du traité de Brétigny, d'aller comme otage en Angleterre. On sait qu'il fut l'un de ceux qui mirent le plus de mauvaise volonté à exécuter le traité 2. On trouve un reflet de cet état d'esprit dans notre poème. Le départ se fitil exactement dans les conditions indiquées par le dit? Nous n'avons pu nous procurer des renseignements précis à cet égard. La Chronique de Froi>sart nous présente les choses un peu autrement que Machaut : dans le courant du mois d'octobre i36o, les otages se réunirent à Saint-Omer, la ville des « avollés »; ils se rendirent ensuite à Calais où ils prêtèrent serment le
légère incorrection s'explique par la difficulté qu'avait le poète à faire entrer dans ses vers tous les éléments nécessaires à un ensemble de mots aussi étendu.
i. Voy. S. Luce, La France pendant la guerre de Cent ans (1890), p. 2o3-2 28; Champeaux et Gauchery, Les travaux d'art exécutés pour Jean de France duc de Berry (1894); Delisle, Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque Impériale, t. I, p. 56- 88 ; t. III, p. 170-194.
2. A. Coville, Les premiers Valois et la Guerre de Cent ans, dans YHistoire de France de E. Lavisse, t. IV, 1 (1902), p. 1 55 .