INTRODUCTION XXXI
énumération des nombreux points que comporte le catalogue des devoirs et des vertus des rois, avec ses raisonnements, ses argumentations, ses exhortations, est remplacée par un récit fantaisiste, varié et vivant, où des inventions romanesques se mêlent étrangement à des données puisées dans la vie réelle. Guillaume revient ainsi à son genre préféré, au « dit amoureux », qu'on peut considérer, sous un certain rapport, comme sa création personnelle ; car c'est lui qui a fait sortir, par une transformation heureuse, de l'ancien « roman d'aventure» ces poèmes où partant d'une donnée réelle, historique, personnelle le plus souvent, le poète brode sur ce fond, emprunté à la réalité même, les arabesques capricieuses de sa fantaisie poétique '.
Dans le poème pris ainsi, l'idée fondamentale se trouve moins dans la trame du récit que dans les parties qui, à première vue, semblent n'y être que des horsd'œuvre, c'est-à-dire dans les deux grands intermèdes lyriques du roman, dans la « Complainte » du début (vv. 235-io34) et dans le « Confort » vers la fin du poème (vv. 2207-2494). L'une, en effet, expose les tristesses, les craintes, les douleurs de l'amant malheureux, l'autre réfute un à un tous les arguments présentés précédemment et réunit tous les raisonnements susceptibles de redresser le courage abattu de l'amant. Il est tout à fait caractéristique de constater que la donnée principale appartient beaucoup moins à la poésie narrative qu'au domaine de la poésie lyrique ; on sait que Machaut a toujours cultivé la poésie lyrique de préférence.
Cette donnée, il s'agissait de la placer dans un cadre approprié. C'est encore la poésie lyrique qui a fourni au moins l'un des éléments de ce cadre, car c'est dans les « chansons à personnages » que paraît le plus sou-