‹ Œuvres de Guillaume de MachautChapitre 35 sur 85 · INTRODUCTION XXXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXIII

Jugement de Paris chez l'autre. Il est naturel que Machaut ait substitué au conte de Narcisse, que tout le monde connaissait précisément par le Roman de la Rose, un autre conte moins répandu. Machaut n'essaie d'ailleurs pas de donner le change ; au contraire, il indique clairement la source de son inspiration, en rappelant lui-même l'histoire de Narcisse, sculptée sur le pilier d'ivoire qui soutenait sa fontaine. Enfin, l'effet produit par la fontaine est identique chez les deux poètes : elle rend amoureux ceux qui s'v mirent, chez l'un, ceux qui y boivent, chez l'autre '.

D'autre part, la Fontaine amoureuse se rattache de très près, comme on l'a vu, au Confort d'Ami qu'elle complète en quelque sorte. Les consolations prodiguées à l'amant malheureux, qui en sont le contenu principal, ne sont qu'un développement plus ample de ce qui n'avait été qu'une esquisse sommaire dans le dit précédent (vv. 2057-2276). De nouveaux souvenirs de jeunesse du poète, du temps qu'il avait passé au service du roi de Bohême (vv. i3o, ss.), viennent s'ajoutera ceux qu'il avait déjà rappelés dans le Confort d'ami. Enfin, le grand « exemple » mythologique des Noces du Pelée et du Jugement de Paris, qui occupe plus de 5oo vers dans notre poème (vv. 1 633-2 144), n'est, lui aussi, que le développement plus circonstancié et plus

1. Les fontaines merveilleuses ne manquent pas dans la littérature que Machaut pouvait et devait connaître, depuis la source de la forêt de Brocéliande chez Wace et Chrétien de Troyes jusqu'aux fontaines miraculeuses de l'Inde dans le Roman d'Alexandre, et à la Fontaine de Jouvence dans les récentes interpolations du Roman de Fauvel. Aucune cependant ne présente des ressemblances aussi frappantes avec notre « Fontaine amoureuse » que celle de Guillaume de Lorris. Quant à la Fontaine d'amour de Watriquet de Couvin, cette froide allégorie qui n'a que le nom de commun avec la fontaine de Narcisse du Roman de la Rose, elle est restée, semble-t-il, inconnue à Machaut.

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