INTRODUCTION" XXXIX
la font que mieux ressortir '. Le récit va droit au but. sans presque dévier, sans s'attarder ou s'égarer en route.
On y retrouve aussi ce mélange curieux de fantaisie et de réalisme qui caractérise la plupart des œuvres de notre poète. Aux récits les plus irréels et les plus fantaisistes, Machaut cherche à donner l'apparence de faits réels et vrais. Cette impression de réalisme, il l'obtient ici en s'ingéniant à motiver les événements et à les expliquer de la manière la plus naturelle et la plus vraisemblable. Ainsi l'étrange sommeil qui s'empare des deux amis auprès de la fontaine est expliqué comme un effet naturel de l'insomnie de la nuit précédente : l'apparition de Vénus est habilement motivée par l'impression que viennent d'exercer sur les deux amis les sculptures de la fontaine; et pour rendre plausible le fait qu'ils aient pu avoir tous deux le même rêve. Guillaume s'appuie gravement sur un événement soi disant historique. Habilement, il fait passer ses lecteurs du domaine de la fiction en pleine réalité, pour les ramener ensuite dans un monde purement fantaisiste. Il réussit ainsi à donner à ce roman, comme à d'autres, une apparence de vie et de vérité telle qu'aujourd'hui il ne nous est plus toujours possible de distinguer nettement les éléments réels des éléments fictifs \
Dans la Fontaine amoureuse, la forme, et particuliè-
i. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas aussi quelques parties qui soient vraiment superflues et sans le moindre rapport avec l'idée fondamentale du roman, comme les réflexions sur la peur ou les souvenirs du roi de Bohême. Mais ces digressions inutiles sont rares et peu étendues, si on les compare à celles du Confort d'ami ou du Voir dit.
2. La difficulté se présente sous sa forme la plus aiguë à propos du Voir Dit. Jusqu'ici on n'a pas encore pu nettement trancher la question de savoir si ce roman est inventé de tous points, comme le voulait H. Suchier (voy. t. I, p. xl s.), ou s'il a à sa base quelque événement réel, comme le pensait l'éditeur du poème, et comme nous le pensons aussi.