VI INTRODUCTION
les Gloses sont trop incomplètes pour avoir pu fournir à notre poète tous les renseignements qu'il ajoute au texte biblique. Ou bien il s'est servi d'un commentaire dont nous n'avons pas eu connaissance, ou bien il a combiné des données puisées à des sources différentes. Il semble bien ressortir du passage cité où il parle de « pluseur docteur », qu'il a en effet connu et utilisé des commentateurs différents.
La comparaison des traductions de Guillaume avec le texte latin de la Vulgate nous montre en lui un traducteur habile, intelligent, souvent heureux dans les transformations qu'il impose à son modèle. Elles donnent au récit plus de clarté, plus de vraisemblance et plus de vie ; elles lui impriment souvent une allure plus dramatique ou un caractère plus naturel et plus familier. Quelquefois, par contre, les changements n'ont d'autre raison d'être que de faciliter la tâche du traducteur : témoin, les nombreuses chevilles qu'il se permet et que tolérait d^ailleurs l'art poétique de son temps '.
Les vers 1660-1662 introduisent la deuxième partie du poème. Elle est faite, pour une part, de remarques d'ordre pratique dont quelques-unes sont d'une naïveté amusante : par exemple la recommandation au roi de ne pas trop manger d'un mets qu'il aimerait particulièrement, car ses ennemis se hâteraient de l'en priver aussitôt. Ailleurs, ce sont plutôt des conseils moraux et des discussions sur Amour et Fortune \ A vrai dire,
1. Si l'on veut se faire une idée de la manière des traductions de Machaut, on pourra comparer utilement sa version de l'histoire de Suzanne aux récits analogues d'Eustache Deschamps (Miroir de Mariage, vv. 4400 ss., dans les Œuvres complètes, t. IX> pp. 145 ss.) et du Tiaudelet (éd. Parducci, Romania, t. XL1V pp. 45-49).
2. Au v. 1904, Machaut renvoie, à ce sujet, à l'un de ses auteurs préférés, le Livre de Boé'sse ; plus loin, aux vers 2248 et 2249,