INTRODUCTION VII
le seul passage qui mérite d'être signalé, c'est la théorie de Machaut sur la vraie noblesse, qui se fonde, non pas sur la naissance, mais sur « bon et noble courage » ; paré de vertus, un savetier est noble; un roi qui ferait « maises ouevres et villonnie » serait un vilain (vv. 1909-1916). Ce n'est pas que ces idées soient nouvelles ', mais elles frappent dans un poème adressé à un prince régnant.
La succession ininterrompue de ces recommandations menaçait de devenir à la longue monotone et fastidieuse. Pour parer à ce danger, l'auteur les entrecoupe de réminiscences littéraires ou de nouveaux « exemples » longuement détaillés. S*inspirant d'un passage analogue de son Dit dou Lyon (vv. 1 3 1 5 ss.) 2, il donne encore une fois la liste des Neuf Preux : il y omet cette fois deux des preux juifs, David et Josué (v. 2797-2801 ); il y ajoute par contre quelques héros fournis les uns par l'antiquité gréco-latine, Ayaus, Achillès, Pompée, les autres par l'épopée nationale, Roland, Ogier, Guillaume, Olivier. Quant aux « exemples », ils sont tous, dans cette partie profane du poème, empruntés à la tradition antique, en particulier aux Métamorphoses d'Ovide 3. Mais, cette fois, Machaut n'est pas remonté à
il rappelle deux de ses propres œuvres, le Remède de Fortune et le Lay de Bon Espoir (sur ce dernier, voy. -la note du v. 2249 dans les « Notes et Corrections » à la fin de ce volume).
1. Machaut les énonce ici pour la première fois; il y revient un peu plus loin avec quelques modifications (vv. 37i3-3y3o). Mais Jean de Meun notamment les avait depuis longtemps répandues dans la littérature en langue vulgaire (Roman delà Rose, w. 19550 ss.), et Wace et tant d'autres bien avant Jean de Meun.
2. Voy. t. II, p. lxi. Levers 2803 (Gauvains, Tristans ne Lancelos) reproduit exactement le vers 1 3s 1 du Dit dou Lyon, de même la rime du vers suivant (bien dire l'os).
3. « Orphée et Eurydice » (vv. 2277-2352 et 2517-2632), voy. Métam., X, 1 -85 ; XI, 1-66 : 1' « Enlèvement de Proserpine » (vv.